‹ L'âme devant la Sainte EucharistieChapitre 21 sur 53 · DIX-SEPTIÈME CONSIDERATION · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME CONSIDERATION

Sur l'exemple de sincère charité que nous donne Jésus- Christ dans la sainte Eucharistie.

I. Le moment de la mort est sans doute celui d'une immense tribulation ; c'est alors, par conséquent, que nous avons le plus besoin d'un ami qui nous console et nous soutienne. Imaginez-vous, âme pieuse, imaginez-vous que vous êtes à ce terme douloureux... Le souvenir des fautes passées... l'horreur de votre état présent, l'incertitude de votre sort futur... puis les douleurs du corps toujours croissantes, les angoisses de l'agonie... Ajoutez à cela les regrets que nous cause la perte de nos biens, de nos jouissances, de nos parents. Joignez-y la guerre furieuse livrée par le démon, qui, essayant ses dernières forces, vous assaillit avec une furie, une fougue et une rage capables d'ébranler, s'il était possible , la constance même des plus grands

saints 0 Dieu! lorsque toutes ces choses, comme

un immense flot, tomberont sur votre cœur, inonderont votre esprit, sans que vous ne sachiez plus ni que penser ni que vouloir, vous vous écrierez douloureusement avec le roi David : Dolores inferni circumdederunt me, et laquei mortis prœoccupaverunt animam meam.

Or, dans un si triste passage, qui sera votre conso-

lateur? Qui pourra faire descendre un peu de paix au sein de votre cœur agité. Peut-être vos amis qui sont dans le monde, peut-être vos parents! Oh! gardezvous de le croire. Car, parmi eux, quelques-uns auront à peine appris votre mal, qu'ils chercheront à en perdre le souvenir pour ne point s'attrister par de mélancoliques pensées ; d'autres se contenteront de s'enquérir de vos nouvelles auprès de vos serviteurs ; quelques-uns arrivèrent jusqu'à votre lit : mais que vous diront-ils? De stériles et faibles paroles de compassion, et puis ils se hâteront de sortir pour échapper à l'odeur nauséabonde de votre demeure et à la douleur de votre vue, surtout si, comme il peut facilement arriver, vous étiez frappée d'une maladie dégoûtante. Vous les verrez courir à leurs divertissements, et seule, seule, vous resterez dans votre mélancolie et dans vos douleurs... Les parents, oh! les parents, dites-le vousmême, qui l'avez souvent remarqué, s'ils sont propres à consoler un pauvre mourant. Ou ils sont pour vous remplis de tendresse et d'amour, et alors leurs pleurs ne serviront qu'à accroître le chagrin de les quitter ; ou ils vous sont peu affectionnés, et alors leur froideur ne pourra également qu'augmenter votre souffrance. Sera-ce le ministre de Dieu qui vous consolera? Oui, si vous avez le bonheur d'en trouver un ; oui , s'il est rempli de chanté, d'onction et de l'esprit de Dieu. Mais aussi, il ne pourra pas toujours être auprès de vous... Parfois il sera obligé de vous laisser seule. Qui donc sera voire consolateur dans votre suprême tribulation?

Ah ! reconnaissez, âme pieuse, la sincère charité de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. Car c'est luimême qui seul alors prendra soin de vous, qui viendra vous consoler dans votre tristesse mortelle, qui vous ranimera par la suave onction de sa grâce, qui vous remplira de lumière , de force et de suavité , en vous nourrissant de sa chair divine. Fussiez -vous même plus fétide qu'un Lazare enseveli depuis quatre jours; ne se trouvât -il même personne qui voulût rester auprès de vous; lui, quoiqu'il n'ait jamais été invité à venir vous trouver au temps de votre prospérité, de cette prospérité dans laquelle vous l'avez peut-être

même offensé, maintenant qu'il vous voit malade,

maintenant que les remèdes humains sont impuissants et que nul ne veut plus vous secourir, il quitte sa demeure pour venir dans la vôtre; et bien qu'il ait été le dernier, peut-être, auquel vous ayez pensé de recourir, il se hâte néanmoins , plein de joie, de se rendre auprès de vous pour demeurer à vos côtés, prêt à entrer dans votre cœur pour vous conduire au paradis. Heureuse, si après avoir ardemment aimé Jésus dans la vie, vous vous trouvez du nombre de ces âmes pieuses qu'on voit, à leurs moments suprêmes, après avoir reçu le Viatique, s'illuminer d'une joie pure, éclater en d'ineffables affections et lever amoureusement vers le ciel des yeux animés de la plus vive espérance, puis, quand leur arrivent les angoisses de l'agonie, invoquer leur Jésus, se ranimer comme d'une nouvelle vie pour baiser tendrement le crucifix et le serrer sur leur cœur, en répétant d'une voix affaiblie ;

Jésus, Jésus, mon bon Jésus!... puis, après avoir fait entendre de tendres soupirs et laissé couler quelques douces larmes, expirer doucement. 0 Jésus, aurai-je ce bonheur, moi pécheur ingrat, qui vous ai tant de fois outragé?... Oh! oui, je l'espère, mon bon Jésus, car je renonce au monde entier pour mourir ainsi avec vous, dans vos embrassements d'amour.

II. Mais, pour mieux apercevoir l'excessive charité de Jésus-Christ, lorsqu'il vient au secours de ses fidèles au moment de la mort, considérez, âme pieuse, de quelle manière il y vient. Voyez quelle religieuse solennité l'accompagne. Celui qui le précède en annonce la présence aux voisins et aux habitants éloignés. Seigneurs et peuples accourent à l'envi de toutes parts. En quelque lieu qu'il se rende , dans la chaumière du pauvre ou dans le palais des grands , un peuple nombreux, pieusement confus, le front baissé et tenant des flambeaux allumés, accompagne partout le Maître des peuples, et tous s'unissent dans des prières communes et privées, pour intercéder en faveur de l'âme de leur frère, sans l'avoir souvent ni vu ni connu. Enfin toute cette cérémonie religieuse inspire à chacun des sentiments d'union et d'amour pour lui. Le prêtre entre, et au nom du divin Sauveur, qu'il porte respectueusement en ses mains, il annonce la paix à ce fortuné séjour et à tous ses habitants. Pax huk domui et omnibus habitantibus in eâ ! Oh ! qui peut dire combien douce doit être cette parole de paix à cet infortuné qui, luttant contre la mort, se sent à chaque instant abattu sous le poids d'une furieuse tempête de sentiments et

de pensées tristes et effrayantes? Mais ce qui est à son cœur bien plus cher et plus doux, c'est de voir Jésus, le Dieu d'amour, s'avancer vers lui pour le bénir, le rassasier de lui-même et l'enrichir de ses grâces. Paix, à cette âme, crient alors inclinés les anges adorateurs qui servent à Jésus de couronne! Paix éternelle, paix permanente , crient pour le malade en péril tous ceux qui se tiennent à genoux et inclinés autour de lui ! Et l'Eglise, notre tendre mère, implore aussi du Seigneur, par l'entremise de son ministre, la rémission, la miséricorde, la défense, le salut et la vie éternelle. Que dirons-nous des saintes paroles que prononce le prêtre dans l'acte mémorable de l'administration du saint Sacrement? Qui pourrait dire l'aimable mystère de charité qu'elles renferment? Qui pourrait exprimer la consolation qu'elles apportent à l'esprit du malade? Prends, dit le prêtre, prends, ù mon frère, ce céleste trésor. Je t'apporte pour ton voyage le corps de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Qu'il te préserve de l'ennemi infernal et te conduise sain et sauf à la vie éternelle. Accipe, frater, viaticum corporis Domini nostri Jesu Christi, qui te custodiat ab hoste maligno, etperducatin vitam œternam. Amen. Ah! qu'elles sont douces ces paroles pour un pauvre mourant ! Comme elles soulagent, consolent et pacifient !

Après de si saints préparatifs, Jésus étant enfin entré pour défendre, dans sa dernière épreuve, une âme qui lui est chère et fidèle, pensez de quelle plénitude de grâce, de quelle joie, de quelle espérance et de quelle suavité d'amour elle est comblée par celui qui est ap-

pelé dans l'Ecriture l'ami fidèle et le Seigneur éminemment riche en miséricorde. Les signes sensibles de cette effusion de miséricorde sont dans une certaine pieuse allégresse qui brille tout-à-coup sur le visage pale de notre frère qui vient de communier, comme aussi dans le changement de la crainte de la mort en une magnanime résignation, dans le détachement de tout soin de ce monde , et dans cette espérance de la gloire future qui l'exalte jusqu'à lui faire prendre le rôle de consolateur envers ceux que sa mort afflige, leur rappelant avec joie la ferme confiance qu'il ne les quitte que pour les revoir bientôt au paradis. Ah ! qui peut dire les merveilles, qu'en ces moments suprêmes, opère dans son cœur le bien-aimé Rédempteur?

III. Considérez, âme pieuse, quelle reconnaissance nous devons à Jésus pour la grande charité qu'il exerce en faveur des hommes dans le divin Sacrement. Nous devons d'abord mettre en lui seul toute notre confiance, puisque lui seul peut nous aider, nous secourir, nous consoler dans nos besoins. Gardez-vous bien, disait saint Vincent de Paul, de ne pas trop vous appuyer ni de trop vous fonder sur l'estime et la protection des hommes, parce qu'ils ne peuvent eux-mêmes vous soutenir ; et le Seigneur, quand il nous voit appuyés

sur eux, se retire de nous Mettons notre confiance

en Dieu, et établissons -nous dans une entière dépendance de sa providence ; et puis, ne craignons point ce que diront ou feront les hommes contre nous : tout cela tournera à notre avantage. Quand même toute la terre se soulèverait contre nous, il n'arrivera

jamais que ce qu'aura disposé le Seigneur, en qui nous avons mis nos espérances. Le même saint dit encore : Quand quelqu'un a mis toute sa confiance en Dieu, Dieu exerce sur lui une spéciale et constante protection ; et dans cet état de choses, il peut être assuré qu'il ne lui arrivera aucun mal. Saint François de Sales écrit la même chose : Quand quelqu'un , dit-il, met toutes ses pensées en Dieu et qu'il s'appuie entièrement sur lui, en s' appliquant à le servir fidèlement, Dieu prend soin de lui, et plus sa confiance augmente, plus les soins de Dieu s'étendent sur lui, et il n'y a pas de danger qu'il lui fasse défaut, car il a un amour infini pour les âmes qui se reposent en lui. Que Jésus-Christ soit donc l'unique objet de notre confiance. Que lui seul, qui peut nous soutenir et nous consoler dans nos misères, possède tout notre cœur et ait toute notre confiance. Et en qui la reposerons-nous, cette confiance, si nous la refusons à Jésus? Sera-ce dans les hommes, qui, dans nos grandes nécessités, ou nous abandonnent , ou sont impuissants à nous secourir ? Le véritable ami en qui seul nous puissions nous confier, c'est Jésus-Christ. Quand je m'appuie sur lui, je trouve en moi tant de force, qu'il me semble de pouvoir résister au monde entier, quand même je l'aurais tout contre moi.

Ce que nous devons encore faire, âme pieuse, pour correspondre en quelque sorte à la charité que Jésus- Christ exerce dans le divin Sacrement en faveur des hommes, c'est d'imiter son exemple et de nourrir une sincère charité envers notre prochain. Heureux si nous

agissons ainsi: car alors nous aurons l'espérance la plus fondée de notre salut. Saint Vincent de Paui disait : La charité envers nos frères est un signe de prédestination pour nous, car elle nous fait reconnaître pour les vrais disciples de Jésus-Christ. Ainsi, lorsque nous nous trouvons dans l'occasion de souffrir pour la charité, nous devons en bénir Dieu. Tertullien rapporte des premiers chrétiens qu'ils s'aimaient les uns les autres par des démonstrations d'affection si expressives, que les Gentils eux-mêmes en demeuraient tout ravis et se disaient entre eux : Voyez comme ces chrétiens s'aiment mutuellement ; comme ils se portent de respect les uns aux autres; comme ils sont attentifs à se rendre toutes sortes de services, jusqu'à être prêts à subir la mort l'un pour l'autre. Nous apprenons de saint Jérôme que saint Jean l'Evangéliste, dans son extrême vieillesse, ne pouvant plus se rendre aux saintes assemblées que soutenu sur les bras de ses disciples, ni parler longtemps à cause de la faiblesse de sa voix, se contentait de répéter ce peu de paroles : Mes enfants, aimezvous les uns les autres. Ses disciples, étonnés d'entendre toujours la même chose, lui demandèrent pourquoi il leur faisait sans cesse la même recommandation. Parce que, répondit-il, c'est le précepte du Seigneur, et si vous l'observez, celui-là seul vous suffit.

Ici, examinez- vous , âme pieuse, sur la manière dont vous vous comportez envers votre prochain ; et si vous trouvez que vous manquez en quelque manière de charité, prenez promptement la résolution de vous en corriger.

Préparation à la Communion.

Tressaille de joie, ô mon cœur, tu le peux avec

raison. Bientôt tu auras le bonheur de devenir le

sanctuaire de Jésus-Christ, ton Sauveur, ton Juge,

ton Dieu Ce Dieu qui, d'un rayon de sa face, ravit

en extase d'amour tout le paradis 0 Dieu de

mon cœur! que vous êtes bienfaisant et miséricordieux envers l'un de vos pauvres serviteurs! Il est vrai que j'ai en moi-même une âme qui est l'œuvre de vos mains, une âme qui porte l'empreinte de votre image, une âme que vous regardez comme votre fille et votre épouse chérie, une âme qui sortit des eaux du saint baptême, innocente, pure, immaculée. Mais, hélas! comme sa beauté s'est obscurcie! comme je l'ai défigurée, avilie, souillée! J'espère néanmoins que le baume de la pénitence l'aura guérie de ses plaies; mais si elle n'est plus maintenant pécheresse, il lui reste l'opprobre de l'avoir été. Ah! Seigneur! comment ai-je pu vous offenser? comment n'expiré-je point de la douleur de mon péché? Hélas! la pensée de mes outrages devrait être pour moi un glaive qui me perçât le cœur. Ah! Jésus ! je suis indigne de participer au plus auguste de vos mystères. Loin d'être digne de vous servir, je mérite à peine que vous me gardiez un souvenir, et que vous laissiez tomber sur moi un regard de bonté. Le nombre de mes péchés est trop grand, et leur malice trop monstrueuse! Malheureux qui me suis montré tant de fois souru à vos avis et aux inspirations par lesquelles vous cherchâtes à me ramener de la voie de perdition sur celle du salut! Malheureux qui ai si mal répondu

aux tendres marques d'amour par lesquelles vous cherchiez à vous affectionner mon cœur ! Ah ! je suis bien ce coupable dont l'iniquité ne peut trouver d'excuse ni dans l'ignorance , ni dans l'inadvertance, ni dans aucun autre motif! Oh! quel monstre d'ingratitude et d'indifférence j'ai été! Hélas! Seigneur, je vous ai trop longtemps offensé ; il ne m'arrivera plus de vous outrager de nouveau. Assez longtemps j'ai aimé les créatures; c'est à vous désormais que je veux donner tout mon amour. Toujours je vous aimerai de tout l'amour dont je suis capable; et dès ce moment, je vous aime plus que tout objet créé , plus que moimême, et je désire de vous aimer avec toute l'affection dont vous aiment au ciel les plus sublimes Séraphins, et comme vous aima Marie, votre tendre Mère.

Dilectus meus descendit in hortum suum pascatur

ut in horlis, et lilia colligat (Gant., 6). Mon doux Sauveur, puisque vous descendez du ciel pour venir dans mon âme, faites, par votre grâce, qu'elle devienne votre jardin, afin que vous puissiez y recueillir les lis et les fruits que vous aimez. Pardonnez-moi si je vous ai offensé. Accueillez-moi si je vous ai laissé, maintenant que, plein de repentir, je retourne à vous. Donnezmoi cette pureté que vous désirez de moi. Donnez-moi la force d'accomplir vos désirs. Eclairez mon intelligence et dissipez les ténèbres qui l'obscurcissent et qui l'empêchent de voir les splendeurs du Sacrement que je vais recevoir. Gardez mon esprit afin qu'il ne s'égare pas en inutiles pensées, mais qu'il s'occupe tout entier à méditer sur la grandeur du don que je

vais recevoir. Faites naître enfin, dans mon esprit, de saintes pensées, et embrasez-moi de ces purs sentiments d'amour dont doit être pénétré celui qui se dirige vers la sainte Table pour se nourrir de vos chairs immaculées. Je vous sacrifie toutes mes inclinations; et ma volonté , mon désir sont de ne plaire qu'à vous seul. Je soupire, ô mon Jésus, après le moment fortuné où je pourrai vous presser sur mon sein ; oui , je soupire après lui , et je désire ardemment de m'unir à vous et de jouir de votre si douce compagnie^

Action de grâces

Mais, Seigneur, pourquoi tant de bonté et tant de miséricorde? Ne vous souvient-il plus que j'ai été jadis un grand pécheur? Pourquoi donc avez -vous voulu venir visiter ma pauvre âme?... Ah! la cause de votre merveilleuse bonté ne peut être que votre immense amour pour nous! Eh bien! puisque vous avez daigné venir demeurer dans men pauvre cœur, daignez y pourvoir à ses besoins. Oh! qu'ils sont grands et nombreux, ô mon Jésus! je ne sais même par où commencer pour vous les exposer ; mais pourquoi vous le dirai-je? Vous les connaissez mieux que moi. Daignez donc y pourvoir, afin qu'au moins, désormais, je vous consacre toutes mes affections.

Je vous adore , ô mon Dieu , avec les plus profonds sentiments d'humilité et de respect que vous offrent, dans leurs adorations , les plus sublimes intelligences angéliques qui entourent votre trône, saisies du respect le plus profond et voilant de leurs aiies leurs yeux,

qu'elles n'osent fixer sur votre face. Je rends les plus tendres actions de grâces à votre bonté pour le don ineffable qu'elle m'a généreusement accordé ce matin, et dont je me reconnais très-indigne! Oh de quels sentiments de vive reconnaissance ne devrait pas être pénétré mon cœur! Je me recommande à vous, ô Vierge sainte, et je vous prie de suppléer à mon insuffisance. Que votre doux langage, que votre tendre cœur me servent d'interprète auprès de Jésus pour lui présenter mes remerciments, que je voudrais bien , mais que je suis incapable de lui offrir. En le remerciant de m'avoir admis au banquet eucharistique, offrez -lui aussi mon cœur. Ah! il n'est plus à moi, mais il est tout à mon Dieu. Oui, Seigneur, je vous l'offre sincèrement, et en vous l'offrant, j'entends me déclarer votre très-fidèle serviteur ; j'entends faire uniquement pour votre honneur et votre gloire tout ce que je ferai dans le cours de ma vie ; j'entends vous aimer de tout l'amour dont mon cœur est capable ; j'entends en bannir toute affection aux créatures. De là, ô Jésus, traitezmoi comme il vous plaira , je vous aimerai toujours. Soit que vous me donniez des douceurs ou que vous m'envoyiez des tribulations, je ne me détacherai jamais de votre divin amour, mais je regarderai cela comme un effet de la tendresse de votre cœur, qui dispose tout pour mon bien. Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum. Voici ma volonté, Seigneur; elle est prête à accueillir tout ce qu'il vous plaira de m'envoyer. Benedicam Domino in omni tempore. En tout temps, dans la prospérité et les revers, toujours, je veux vous

bénir et vous aimer, ô mon Créateur. Je ne désire ni ne mérite d'obtenir de vous des consolations, moi qui vous ai causé tant d'amertumes par mes péchés; aussi je ne cherche qu'à vous plaire. Pourvu que vous soyez content, je serai dédommagé de mes peines. Jésus, mon Jésus, éloigné ou proche de vous, vous serez toujours mon désir, toujours l'objet de mon amour. Que vous me consoliez ou m'affligiez, toujours je veux vous aimer, toujours vous bénir.

Ah! mon Dieu, tant que je vis, je suis dans le péril de vous perdre. Hélas! quand viendra le jour où je pourrai vous dire : Mon Jésus, je ne puis plus vous perdre? Je vous aime, ô bien infini, mais faites-moi connaître l'auguste bien que j'aime, et donnez-moi l'amour que vous désirez de moi. Faites que je triomphe de tout pour vous plaire.

O Père éternel, par amour pour Jésus-Christ, ne me dédaignez pas ; acceptez que vous aime un des plus grands pécheurs que vous ayez jamais eus sur la terre. Je veux vous aimer assez dans cette vie, pour vous aimer assez dans l'autre.

Chère Marie, Mère du bel amour, embrasez mon cœur d'amoureuses flammes. Vous qui désirez tant de voir aimer votre Fils, faites que je l'aime assez pendant toute la vie qui me reste. Je me confie en vous, chère Mère et ma souveraine. Vous qui priez Dieu pour tous ceux qui sont dévoués à votre culte, priez-le aussi pour moi, et obtenez-moi la grâce que je vous demande.

Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 23.

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