DIX-NEUVIÈME CONSIDÉRATION
Sur l'exemple de vie cachée que nous donne Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie.
I. Considérez, âme pieuse, l'exemple de vie cachée que nous donne Jésus -Christ dans la sainte Eucharistie, Qui dirait, à le voir dans l'état où il se trouve ici, qu'il est le Roi des rois et le souverain Dominateur de l'univers? Qui croirait qu'au ciel il habite une lumière inaccessible, et qu'il siège sur un trône éblouissant de splendeur et environné d'innombrables légions d'anges et d'âmes saintes qui l'entourent avec respect? Ici rien ne paraît d'un si vaste et si grandiose exercice de sa providence, de sa sagesse et de sa puissance infinies. Il n'y reste que pour les mystérieux intérêts de son cœur envers les âmes. Il aime par-dessus tout le silence, la solitude, l'humilité, la patience, l'anéantissement, la vie retirée et intérieure. D'après ce plan d'admirables exemples, considérez ce que c'est que la vie
cachée dans laquelle il désire que vous l'imitiez. Le fondement de cette vie mystique est l'esprit intérieur qui doit être l'âme de toutes vos actions, esprit qui n'agit jamais au hasard ni pour une fin stérile, mais qui regarde toujours Dieu en tout ; esprit qui ne cherche jamais à faire beaucoup, mais à bien faire ; esprit à qui rien ne paraît petit dans ce qui plaît à Dieu; esprit, par conséquent qui naît du pur amour de Dieu et qui le cherche pour être son guide et le prix de ses actes. Sainte Marie-Madeleine de Pazzi possédait à un tel point cet esprit, que, pendant qu'elle s'acquittait des œuvres extérieures, il semblait, comme disaient ses compagnes, qu'en elle le corps seul travaillait et que l'âme était tout absorbée en Dieu. On rapporte la même chose du vénérable P. Jean Léonard, qui se montrait, au milieu des affaires, si absorbé en Dieu, que sa conversation, comme celle de saint Paul, semblait se passer dans le ciel. On raconte de sainte Rose de Lima qu'au milieu de ses occupations extérieures , elle tenait sans cesse son esprit élevé vers Dieu , de manière qu'en lisant , en tissant, en brodant, en conversant avec les autres, en pourvoyant aux besoins de sa famille, en marchant dans les rues, enfin dans toutes ses actions, en tout lieu et en tout temps, elle était toujours à admirer comme dans le plus transparent miroir, et à contempler avec amour la belle face de son bien-aimé ; et, ce qui est plus merveilleux encore, c'est qu'elle pratiquait cet esprit intérieur sans la moindre abstraction des sens, de manière que, tandis qu'elle s'entretenait intérieurement avec Dieu, elle traitait extérieurement avec
les hommes, répondant à propos, agissant et accomplissant ce dont elle avait besoin avec la même facilité et la même promptitude que si elle n'eût eu d'autre pensée dans l'esprit que celle de son occupation actuelle. Enfin, saint Philippe de Néri s'appliqua tellement à cultiver en lui l'esprit intérieur, dès son enfance, y fit de si grands progrès et en acquit une telle habitude, que partout où il allait ou s'arrêtait , son cœur était élevé vers les choses divines. Aussi , bien que sa chambre fût souvent pleine de gens et qu'on y traitât de diverses affaires, il ne laissait pas que d'élever, de temps à autre, ses yeux et ses mains vers le ciel, et de laisser échapper quelques soupirs, malgré la contrainte qu'il s'imposait pour ne point le faire paraître en la présence des autres. D'après tout cela, il vous sera facile, âme pieuse, de comprendre combien cet esprit intérieur est nécessaire à votre perfection. Commencez donc ici vos résolutions pratiques, car, si vous ne commencez point à vous en mettre en peine, vous n'arriverez jamais à cette vie cachée en Jésus-Christ, dont les saints, après saint Paul, nous disent de si grandes choses.
Ce qui concourt en outre à former cette vie cachée, dont Jésus-Christ nous donne l'exemple dans le divin Sacrement , c'est l'attention qu'on a de se dérober au monde et de lui cacher ses actions. Celui qui agit ainsi n'est point une âme pleine d'illusions qui, par un faux esprit, se retire de ses devoirs et de ses habitudes; mais c'est une âme qui, hors des cas où l'obéissance et la charité exigent d'autres choses d'elle, aime tendrement la solitude, le silence, le recueillement, et ne
laisse connaître ses actions qu'à son époux bien-aimé qui règne dans le cieL Elle craint de voir le monde et d'être vue de lui, de peur que les regards humains ne s'insinuent secrètement dans ses actions. Elle ne désire, elle ne cherche d'autre témoin de ses vertus et de ses souffrances que Dieu : pour cela elle renonce à toute vaine consolation du monde, à qui elle s'efforce de cacher de son mieux tout signe, tant de ses joies intérieures que de ses peines secrètes. Dans ses vertus mêmes, bien qu'elle en aime et qu'elle en recherche les plus délicates nuances , elle évite, autant que possible, tout ce qui la ferait inutilement paraître ; elle voudrait que jamais personne ne s'occupât d'elle; elle ne s'ingère jamais dans ce qui ne la regarde pas ; et si elle peut , elle choisit toujours ce qui a moins d'apparence, et ce dont les autres font le moins de cas. La charité et l'obéissance seules ont la clef de son cœur ; et si elles ne l'obligent à parler d'elle, elle sait vivre des années entières sans en fournir l'occasion.
Comparez la peinture de cette vie cachée avec celle de Jésus-Christ dans le divin Sacrement. Elle est tout ainsi. Confrontez-la avec votre vie de chaque jour, et voyez ce qui vous manque. N'eussiez- vous encore rien de cette vie, gardez- vous infiniment de perdre confiance. Priez le cœur divinement caché de votre époux de faire pénétrer dans le vôtre un désir plein de courage et de confiance.
IL Considérez, âme pieuse, que, quelque soit votre état, vous pouvez et devez imiter l'exemple que Jésus- Christ vous donne de la vie cachée. Que faut-il, en
effet, pour que vous imitiez un tel exemple. Faut-il que vous alliez vous ensevelir dans les déserts de la Thébaïde et de Nitrie, avec un rude sac sur vos chairs nues, un déchirant cilice sur votre poitrine, une chaîne rouillée aux flancs, la tête découverte et les pieds sans chaussure? Que vous meniez une vie comme celle d'une Pélagie solitaire dans un désert, ou comme celle d'une Madeleine pleurant dans une caverne, ou comme celle d'un saint Jacques caché dans un sépulcre, ou bien comme celle d'un Paul dans les forêts, au milieu des bêtes sauvages? Que vous alliez, exilée des hommes et comme de la nature, passer vos jours sur le haut d'une montagne, exposée aux injures des saisons, des vents, à la pluie, aux frimats, aux neiges et aux tempêtes? Que vous passiez la nuit en veilles, en oraisons, et le jour dans les fatigues et le silence, en faisant tomber de vos yeux des larmes continuelles, en poussant du fond du cœur des soupirs d'angoisse ; faut-il que vous soyez morte à toute consolation et que vous ne viviez que dans le repentir et la douleur? Ah ! non, non, Jésus ne veut pas de nous tant de rigueur.
Pour imiter son exemple, deux choses suffisent : recueillement intérieur, c'est-à-dire, union intime avec Dieu , et l'attention de dérober , autant que vous le pouvez, et vous-même et vos actions aux yeux du monde.
Or, la pratique de ces deux choses n'est-elle pas possible dans quelque état que ce soit? Qui fut plus accablé d'affaires que saint François de Sales? Et pourtant, au milieu du tourbillon des affaires humaines, il con-
serva toujours une intime union d'esprit avec Dieu. Il se retirait souvent en lui-même, et appelait le centre de son âme le sanctuaire de Dieu, parce que c'était le lieu où il se recueillait fréquemment pour s'entretenir familièrement avec lui. Qui fut plus accablé d'occupations et de fatigues que sainte Catherine de Sienne ? Et cependant elle conserva toujours en elle un grand esprit de recueillement. Chargée par ses parents de nombreux travaux, elle se forma dans son propre cœur une retraite où elle se tenait constamment retirée, même au milieu de ses plus grandes occupations, en s'y livrant à la contemplation de Dieu et en s'entretenant familièrement avec lui. Et ainsi, elle parvint à une intime et constante union avec sa divine majesté; et elle avait coutume de dire que notre cœur est vraiment le royaume où Dieu fixe son séjour. Saint Pierre Chrysologue dit qu'une âme vraiment pieuse, même au milieu des places publiques, sait trouver sa solitude et demeurer unie avec son Dieu : In plateis et in triviis suum pietas habet secretum (Serm. 9). Par contre, à quoi sert, dit saint Jérôme, la solitude du corps, s'il nous manque celle du cœur ? Quid prodest solitudo corporis, si solitudo defuerit cordis? Ayez donc soin, âme pieuse, de vous recueillir souvent en vous-même et de fixer fréquemment votre pensée en Dieu, qui vous contemple d'en haut, qui vous soutient, qui vous environna, qui vous pénètre jusque dans les parties les plus intimes de votre être. C'est ainsi que vous établirez dans votre cœur le principe de la vie mystique*
Cependant tout cela ne suffit pas pour la pratiquer saintement. Il faut, en outre, qu'autant que possible vous vous cachiez au monde, et que vous voiliez à ses regards vos actions. Il est vrai que ce n'est pas la solitude du corps qui constitue la vie cachée, mais il est vrai aussi qu'elle l'aide beaucoup. C'est pourquoi nous trouvons que toutes les âmes qui aiment Dieu aiment aussi la solitude, parce que le Seigneur s'y communique plus familièrement à elles, les trouvant plus libres et plus détachées des affaires et des affections terrestres : 0 solitudo in qm Deus cum suis familiariter loquitur et conversatur (S. Hier.). Dieu ne se communique point aux âmes au milieu du fracas et du tumulte, mais il les conduit dans la solitude pour parler à leur cœur. Non in commotione Dominus... Ducam eam in solitudine, et loquar ad cor ejus. Un jour, le Seigneur dit à sainte Thérèse ; Oh! comme je voudrais parler à un grand nombre d'âmes! Mais le monde s'agite tant dans leur cœur, que ma voix ne peut s'y faire entendre. Oh! si les âmes pouvaient s'éloigner un peu du monde, disait le vénérable Vincent Caraffa, qui ne désirait rien en ce monde, et qui, s'il eût eu à y désirer quelque chose, n'aurait souhaité qu'une petite grotte avec un morceau de pain et un livre spirituel pour y vivre toujours dans la solitude. Saint Eucher raconte (Epist. ad Hil.) qu'un homme désireux de se faire saint demanda à un serviteur de Dieu ce qu'il devait faire pour trouver Dieu. Celui-ci le conduisit dans un lieu solitaire et lui dit : Voilà où Dieu se trouve ; voulant lui signifier par là que Dieu
ne se trouve pas dans le tumulte du monde, mais dans la solitude. Quelle occupation plus digne pourrait-on trouver que celle des apôtres? Et cependant Jésus- Christ voulut qu'ils se retirassent de temps en temps dans quelque lieu solitaire , pour y donner du repos à leur esprit. Venite seorsum in desertum locum, et requiescite pusillum (Marc, 6). On n'est pas obligé de vivre constamment dans la solitude, mais il faut la chercher quand on le peut, et l'aimer alors même qu'on ne peut l'avoir, comme dit saint Laurent Justinien : Solitudo semper amanda est, tenenda vero non semper.
Ce qui doit surtout vous préoccuper, âme pieuse, c'est de cacher, autant que la charité et l'obéissance le permettent, aux yeux d'autrui le peu de bien que vous faites, si vous ne voulez encourir le péril de le corrompre par le ver rongeur de l'amour-propre et de la vaine gloire. Rappelez-vous souvent ce qu'ont écrit, pour notre instruction, deux grands saints. La vaine complaisance, dit saint Vincent de Paul, le désir de paraître, de faire parler de soi , de faire louer sa conduite, d'entendre dire que nous faisons bien, et que nous réalisons de grandes choses, est un mal qui nous fait oublier Dieu et corrompt les plus saintes actions ; c'est le vice le plus funeste aux progrès de la vie spirituelle. A quoi pensent les hommes, dit saint Bernard, de chercher à bien paraître devant les créatures et de leur plaire ? Que nous importe qu'elles nous inculpent et nous avilissent, pourvu que devant Dieu nous soyons grands et sans tache ? Ah ! que nous sommes tardifs à
comprendre cette vérité! Aussi, jamais nous n'arrivons à la perfection ! Le plus grand plaisir des saints était de vivre cachés et abjects aux yeux de tous.
III. Considérez, âme pieuse, les beaux fruits que produit cette vie cachée, dont Jésus-Christ nous donne l'exemple dans le divin Sacrement. C'est un moyen sûr et court pour arriver à une grande pureté de conscience, à un grand détachement du monde et de nousmêmes. Et d'où naissent ordinairement vos défauts? Ils naissent des occasions que trouvent vos sens et vos mauvaises habitudes, dans les objets extérieurs, comme aussi dans les impatiences, dans la curiosité, dans la vanité, etc. L'étude de cette vie cachée, en vous invitant à la retraite, à vous tenir en garde contre vous-même, à ne point vous ingérer dans les choses superflues, vous enlève sans doute une foule de ces occasions. De plus, l'étude de cette vie nous accoutume insensiblement à souvent réfléchir sur nousmêmes, sur nos intentions et les mouvements de notre cœur, et par là nous empêche de tomber dans une foule de fautes que nous n'apercevons qu'après qu'elles sont commises. Ainsi diminue peu à peu notre attachement au monde et à nous-mêmes ; car nous perdons sensiblement l'habitude de penser, et par là même de nous complaire dans les antiques objets de nos inclinations et de nos coutumes désordonnées.
L'acquisition de l'esprit d'oraison est le second fruit de cette vie cachée. Cet esprit ne peut être le partage d'une âme remplie d'elle-même, occupée de mille futilités et continuellement dissipée. Voilà donc le moyen
de faire enfin cesser toutes vos lamentations au sujet de l'oraison. La vie intérieure vous rendra admirablement facile un si saint exercice.
Enfin, les douceurs intimes et les plus précieuses faveurs divines dans la conduite ordinaire de Dieu sont un autre fruit de cette vie mystique. Celui qui ne la pratique pas la croit mélancolique ; mais celui qui la pratique y trouve bientôt des plaisirs infiniment supérieurs à tous ceux du monde. C'est le témoignage de saint Jérôme, qui, après s'être enfui de Rome et s'être réfugié dans la grotte de Bethléem, déclare y avoir trouvé son paradis : Solitudo mihi paradisus. Les saints paraissent seuls lorsqu'ils mènent une vie cachée; mais il n'en est pas ainsi, dit saint Bernard : Nunquam minus solus quàm cùm solus : Je ne suis jamais moins seul que lorsque je me trouve seul ; parce qu'alors le Seigneur m'accompagne et me donne bien plus de bonheur que la conversation de toutes les créatures. Le monde , en les voyant éloignés des divertissements de la terre, les juge malheureux et sans consolation; mais, hélas! combien il se trompe! Ils jouissent d'une paix immense et ininterrompue : Quasi tristes, semper autem gaudentes (S. Paul.). Le Seigneur, dit le prophète Isaïe (71 , 5), saura bien consoler l'âme solitaire; il la récompensera au centuple de toutes les pertes des plaisirs temporels ; il changera sa solitude en un jardin de délices. Là, à jamais se trouvera la joie et l'allégresse ; on n'y entendra que des actions de grâces et des louanges à la divine bonté.
Que dites -vous maintenant de tels biens, ô âme
pieuse ? Allumez-en le désir en vous, et servez-vous-en pour vaincre l'horreur de l'amour-propre. Proposezvous d'y penser souvent pour renouveler chaque jour vos résolutions. Offrez- vous au cœur de Dieu, implorez sa grâce, et promettez-vous de faire tous les jours un examen sur les résolutions prises dans cette méditation.
Préparation à la Communion.
Vous m'aimez donc, mon Jésus, au point de vouloir venir habiter dans mon âme? Ah! mon Dieu! une faveur si grande ne peut être pour moi, qui en suis très-indigne. Réservez -la pour ces âmes fortunées qui sont parées de la plus éblouissante pureté d'esprit et de cœur. Pour moi, qui suis plein de défauts, trèspauvre en vertus , c'est assez que vous me supportiez en votre divine présence et que vous me souffriez prosterné devant votre autel pour implorer votre pitié et votre miséricorde.
Oh! quel bien trouvez-vous en moi pour vouloir venir vous unir à mon àme? Peut-être est-ce mon cœur? ce cœur qui déborde de tendresse et de sensibilité pour les créatures, et qui n'est que froideur et qu'infidélité pour vous, mon Créateur? ce cœur tout attaché aux souillures de cette terre et si oublieux de vous, ô soleil, beauté et pureté infinie? ce cœur qui vous a tant de fois outragé? Et que vous a-t-il jusqu'ici donné en échange de l'amour si délicat et si tendre dont vous m'avez aimé au-delà de ce que je puis m'imaginer? Trouvez- vous en lui ces élans brûlants qui consument ceux qui vous aiment réellement? Où sont
en lui ces pures flammes d'amour qu'ils élèvent vers vous? Ah! cœur ingrat! cœur oublieux! cœur perfide! Comment as-tu pu, à ce point, offenser, injurier et couvrir d'opprobres un Dieu si bon ? Comment as-tu pu te décider à offenser ton Dieu pour un simple caprice , pour satisfaire une curiosité , pour jouir d'un plaisir momentané, pour contenter ton orgueil, et pour assouvir une indigne passion? Ah! la perfidie est si grande , que pour la faire oublier, ce serait encore peu que de te consumer et t'anéantir dans une vive contrition . Comment donc peux-tu supporter encore ta froideur et ton insensibilité devant un ami si tendre? Comment ne te brises-tu pas dans l'amère douleur de l'avoir couvert d'outrages et d'opprobres?
Oh ! que ma honte est grande, que mon ingratitude est monstrueuse ! Ah ! mon Dieu ! donnez-moi la plus vive contrition de mes péchés. Celle que j'éprouve dans mon cœur est trop peu sensible et trop éloignée de celle que je devrais avoir et que je désire ardemment. Répandez-la dans mon âme, Seigneur, et avec elle donnez-moi une volonté toujours plus ferme de ne plus vous offenser, et spécialement de ne plus céder à cette passion qui me tyrannise plus que toute autre. Je vous demande non-seulement la grâce de ne plus vous offenser, mais encore celle de vous aimer tendrement et d'animer les autres par mon exemple à l'exercice des vertus, Changez mon cœur, guérissez-le de ses infirmités, détachez-le des affections de la terre, embrasez-le d'un saint amour et enrichissez-le de vertus, surtout d'humilité, de charité et de chasteté.
Je désire , ô Jésus , vous recevoir bientôt dans mon sein, afin que mes vœux soient remplis et mes prières exaucées. Venez donc, ô bon Jésus, venez à la voix des brûlants soupirs de mon cœur. Vos consolations me sont insuffisantes si vous ne venez à moi vousmême, qui êtes la source des consolations; sans vous, ce n'est point assez pour moi des fruits de votre amour, car vous êtes le vrai, l'unique trésor de tous les cœurs. Vous seul me suffisez ; et pourvu que je vous possède, vous qui êtes tout mon bien , je renonce volontiers à toute autre douceur. Je vous aime , ô Jésus, non pour me complaire, mais pour vous être agréable ; car vous voulez que je vous aime, et vous méritez le souverain amour des âmes.
Action de grâces.
Ahi mon Dieu, mon Dieuî qu'elle est grande, qu'elle est ineffable votre bonté pour une pauvre créature comme je suis ! Où placez-vous donc votre plaisir, si vous demeurez avec une âme qui s'est révoltée contre vous, qui vous a outragé en tant de manières, qui vous a déshonoré, et vous a préféré ses indignes caprices et les choses les plus viles de cette terre ? Plus j'y pense, mon Dieu, plus je m'y perds, et rien ne me contente si je ne recours à votre immense bienfaisance et à votre amabilité. Je vous presse sur mon sein, ô Jésus! je vous adore profondément, et je m'afflige de ne pas trouver des pensées , des affections et des paroles dignes de la haute faveur que j'ai reçue. Que j'apprenne au moins à vous mieux connaître , et que ma
reconnaissance et mon amour pour vous s'accroissent en raison de votre bienfaisance pour moi. Mais je suis si froid, que cette faveur suffit à peine pour m'embraser. J'ai un cœur si dur, que tant de bonté est à peine suffisante pour l'amollir et le détremper dans les larmes. Hélas! que cette dureté et cette froideur de mon cœur, qui sont les malheureux effets de mes fautes, vous émeuvent de compassion; et puisque vous êtes venu en moi pour me faire du bien, brisez-y tous les obstacles qui s'opposent encore à votre grâce. Faites, Seigneur, que pour vous aimer et soupirer après vous, j'oublie les amours mondaines, et que j'éprouve du dégoût pour toutes les choses de la terre qui ne me conduisent point à vous, ou qui pourraient, pour mon souverain malheur, m'en séparer. Vous seul, ô mon Sauveur, vous seul savez l'heure de ma mort, celte heure qui doit mettre un terme à toutes les craintes et à tous les périls de mon âme. Je vous demande, pour faveur dernière, de m'assister de votre grâce dans ce moment terrible, et de m'appeler dans votre sein. Couronnez, en ce moment, vos miséricordes; admettezmoi dans la société des bienheureux, et rendez-moi participant des joies et des voluptés dont ils jouissent, afin que je puisse m'unir à eux pour vous bénir dans toute l'énernité. O plaisirs sans fin! ô consolations permanentes! S'il y a tant de bonheur à goûter, même un seul instant, les douceurs du paradis, que sera-ce d'y entrer pour le posséder éternellement?
Pone me ut signaculum super cor tuum (Gant., 8). Oui, adorable Jésus, puisque je vous ai consacré mon
cœur, il n'est que trop juste que je vous mette sur lui comme un sceau d'amour, afin d'en fermer l'entrée à toute autre affection, et qu'ainsi je fasse savoir à tous que mon cœur est à vous, et que vous seul en avez l'empire. Je vous le donne, Seigneurr ce pauvre cœur, afin que vous en disposiez selon votre plaisir. Possédezle tout, je ne veux plus y avoir part. Par pitié, ne le laissez pas entre mes mains, si vous ne voulez pas que je revienne à vous le ravir. Je ne veux vivre, ô Jésus, que pour vous aimer, et ne vous aimer qu'afin de vous être agréable. Vous qui opérez tant de miracles pour arriver à mon cœur par le divin Sacrement, faites encore celui de vous l'approprier tout entier, sans partage et sans réserve , de manière que je puisse dire, en cette vie et dans l'éternité, que vous êtes l'unique Seigneur de mon cœur et mon unique richesse ; Deus cor dis mei, et pars mea Deus, in œternum. Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 23.
Aspirations.
4. Puissé-je beaucoup souffrir pour vous, ô mon Dieu, qui avez tant souffert pour moi!
2. Je ne vous ai déjà que trop offensé, mon Dieu; je veux maintenant vous aimer.