‹ L'âme devant la Sainte EucharistieChapitre 25 sur 53 · VINGT-UNIÈME CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

VINGT-UNIÈME CONSIDÉRATION

De l'amour de Jésus-Christ pour nous en renouvelant tant de fois dans la sainte Eucharistie le sacrifice de la Croix.

I. Considérez, âme pieuse, l'excellence du sacrifice de l'autel que Jésus-Christ offre continuellement à son Père pour notre bien. Qui pourrait comprendre, du moins en partie, le profond mystère qu'il renferme? Qui saurait en expliquer l'excellence infinie? Qui pourrait dire quelle est cette œuvre sublime, étonnante, merveilleuse? Ah! toutes les intelligences angéliques s'anéantissent à la vue des prodiges d'une seule Messe, et en sont si ravis qu'ils restent sans voix. Là, il n'est rien de terrestre, rien d'humain, rien de fini : tout est céleste, divin, infini.

Ranimez vivement votre foi, si vous voulez vous faire une idée de ce redoutable mystère. Que vous dit-elle sur cette hostie que chaque jour le prêtre consacre sur nos autels? Que vous enseigne-t-elle sur ce calice que vous voyez bénir tous les matins? Par l'infaillible voix de la vérité elle vous apprend que, par la vertu toutepuissante de quelques paroles, ce pain et ce vin se transforment et se changent en vrai corps et vrai sang de Jésus-Christ. Vos yeux voient encore la couleur

et la figure de Tune et de l'autre substance ; le palais en sent même encore le goût. Mais la foi vous assure qu'il n'y a plus rien là de tout ce que vous montrent les sens ; et elle vous commande d'adorer, voilé sous ces apparences, votre Rédempteur, vrai Dieu et vrai homme. Oui, il est là présent non en figure, mais en réalité ; il s'y offre en holocauste à son Père pour nous, adorant sa majesté, remerciant sa bonté, en même temps qu'il satisfait à sa justice et qu'il détermine sa libéralité. De là vient que le sacrifice de la Messe doit être regardé comme étant absolument le même que celui de la croix, car il l'est en substance ; là se renouvelle tout ce qui se fit au Calvaire ; il est offert dans le même but ; on y rend à Dieu le même honneur, et on en retire les mêmes fruits qu'en retira autrefois l'humanité. Toute la différence est dans la manière seule dont il s'accomplit. Ainsi, sur le Calvaire, le sang du Christ fut effectivement répandu, tandis que sur l'autel il ne l'est que mystiquement. Jésus-Christ y meurt aussi d'une manière mystique , car le sacrifice y est consommé par la communion du prêtre, comme il le fut sur la croix par la violence des douleurs. Que faisons-nous donc quand nous entendons la sainte Messe ? Nous assistons à la Passion et à la mort du Fils de Dieu ; nous assistons au spectacle de l'immolation et de l'annihilation du Verbe éternel, qu'il vient accomplir en témoignage de sa soumission à son Père. En un mot , nous voyons ce que vit Jérusalem le vendredisaint , ce que virent les Juifs, ce qu'au milieu des plus déchirantes angoisses, contempla, brisée de douleurs

au pied de la croix, Marie, sa sainte Mère : Quoties hujus hostiœ commemoratio recolitur, toties opus re~ demptionis exercetur (Dom. 9 post Pentec.).

Soyez bien pénétrée de cette vérité, âme pieuse, car il vous importe de la croire fermement. Lorsque vous célébrez les autres mystères de la vie de Jésus-Christ, vous ne faites qu'en rappeler la mémoire ; mais ces jours ne reviennent pas réellement. Au jour de Noël, l'Eglise nous représente la naissance du Seigneur ; mais il n'est pas vrai qu'il naisse en ce jour. Aux jours de l'Ascension et de la Pentecôte, on représente l'entrée du Seigneur dans le ciel et la venue de l'Esprit-Saint sur la terre ; mais il n'est pas vrai qu'en ces jours le Seigneur monte au ciel et que l'Esprit-Saint descende visiblement sur la terre. On n'en peut pas dire de même du mystère de la sainte Messe, car il ne s'y fait pas une simple représentation, mais le sacrifice même non sanglant qui s'accomplit sur le Calvaire avec effusion de sang. Ce même corps, ce même sang, ce même Jésus qui s'offrit alors sur le Calvaire, s'offre maintenant dans la sainte Messe. Ah! quelle œuvre merveilleuse ! quelle œuvre étonnante î

IL II semble qu'on ne peut trouver une plus excellente glorification du saint sacrifice de la Messe, que de dire qu'il est, non pas une représentation, mais la reproduction même du sacrifice de la croix. Mais ce qui le rend encore plus grand, c'est qu'il a pour prêtre un Dieu fait homme. Trois choses sont à considérer dans ce grand sacrifice : le prêtre qui offre, la victime offerte, la majesté de Dieu à qui se fait l'offrande. Ces

trois considérations constituent le glorieux résultat qu'opère la sainte Messe. Le prêtre qui l'offre est un homme-Dieu, Jésus-Christ; la victime est la vie d'un Dieu, et elle ne s'offre qu'à un Dieu.

Ranimez donc de nouveau votre foi , ô âme pieuse, et reconnaissez dans le prêtre qui célèbre la personne adorable de notre Sauveur Jésus-Christ. Il est le premier à l'offrir, non-seulement parce qu'il a institué ce saint sacrifice et qu'il lui a donné toute son efficacité par ses mérites, mais encore parce que dans chaque Messe il daigne lui-même, pour notre bien, changer le pain et le vin en son corps et en son sang. Voilà donc le privilège le plus auguste de la sainte Messe : celui d'avoir pour prêtre un Dieu fait homme. Et quand vous voyez à l'autel le célébrant, apprenez que son plus grand mérite est d'être le ministre de ce prêtre invisible et éternel, qui est notre Rédempteur.

De là vient que le sacrifice ne laisserait pas que d'être agréable à Dieu, bien que le prêtre qui le célèbre fût inique, sacrilège et pervers, parce que le principal offrant est le Christ lui-même, tandis que le prêtre n'est que son simple ministre. Béni donc soit Dieu qui nous a donné un prêtre trois fois saint, qui non-seulement en tous lieux, mais encore en tout temps, offre au Père éternel ce divin sacrifice. Béni soit mille et mille fois l'amour de Jésus-Christ, qui offre pour nous à son Père son sang , son âme et tout son être , et qui renouvelle ce sacrifice autant de fois qu'il se célèbre de Messes dans le monde entier! O trésor immense! ô raine d'inestimables richesses!

Ici pensez, âme pieuse, combien est sublime la dignité du prêtre et combien grand est le respect qu'elle mérite. Ne trouvez-vous pas merveilleux ce qu'opèrent quelques paroles d'un simple prêtre? Et quelle est la langue, je ne dis pas humaine, mais évangélique, qui pourrait expliquer un pouvoir si immense? Qui aurait pu imaginer que la voix d'un homme dût avoir la puissance inouïe de faire descendre le Fils de Dieu du ciel sur la terre? Cette puissance est plus étonnante que celle de transporter les montagnes d'un lieu à un autre, de dessécher la mer et de remuer les cieux. Aussi est-ce en quelque sorte renouveler le premier Fiat, par lequel Dieu tira toutes choses du néant, et, sous certain rapport, c'est dépasser encore cet autre Fiat, par lequel la sublime Vierge conçut dans son sein le Verbe éternel ; car elle ne fournit au corps du Christ que l'enveloppe mortelle formée, il est vrai, de son très-précieux sang, mais non par son opération ; tandis que la voix du prêtre, qui n'est que l'instrument du Christ dans l'acte de la consécration , reproduit d'une manière aussi miraculeuse, quoique différente, le mystère de l'Incarnation.

III. Considérez, âme pieuse, combien Dieu a eu raison d'exiger que chaque prêtre fût tout à lui, afin qu'on pût dire qu'il est en réalité un homme de Dieu : Homo Dei. Si le Seigneur n'avait , dans le monde, investi qu'un homme du sacerdoce , et qu'il eût eu seul le privilège de faire descendre le Verbe incarné sur la terre, quelle estime n'auraient pas pour lui tous les chrétiens? Et lui, quelles actions ne rendrait -il pas à

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