TRENTE-UNIÈME CONSIDÉRATION
Sur la fréquente Communion.
I. Considérez, âme pieuse, le grand plaisir qu'on fait à Jésus quand on le reçoit souvent dans la sainte Communion. Dans la Vie de sainte Marguerite de Cortone , on lit que le Seigneur lui dit un jour qu'il voulait beaucoup récompenser son confesseur, parce qu'il lui avait conseillé de communier souvent. On lit aussi dans la Vie du vénérable Antoine Torres, que ce serviteur de Dieu apparut glorieux, après sa mort, à une personne , et lui dit que Dieu avait augmenté sa gloire dans le ciel, à cause des fréquentes Communions qu'il avait prescrites à ses pénitents. Par contre, Louis de Blois rapporte (Monit. spir., c. 6, § 1) que Jésus-Cbrist , se plaignant un jour à sainte Gertrude de ceux qui dissuadaient les autres de la Communion fréquente, lui dit ces paroles : Comme je trouve mes délices d'être avec les enfants des hommes, pour lesquels j'ai institué le saint Sacrement de l'autel, ceux qui éloignent les âmes de me recevoir sont ennemis de mon bonheur. C'est pour cela que le P. Jean Avila disait que ceux qui improuvent les Communions fréquentes font l'office du démon, qui a spécialement en horreur ce Sacrement, parce que les âmes y reçoivent de grandes grâces pour s'avancer dans la perfection.
On lit dans la vie de saint Bonaventure, que ce saint s'étant un jour abstenu d'offrir à Dieu le divin sacrifice par excès de respect, se contentait d'y assister en méditant pieusement sur la Passion de Notre-Seigneur, lorsqu'un ange, divisant l'hostie que le prêtre tenait dans ses mains, en déposa une partie sur ses lèvres, comme pour lui signifier que celui qui s'approche souvent de la Table eucharistique avec respect et amour, est bien plus agréable au Seigneur que celui qui s'en éloigne par trop de respect.
C'est pourquoi nous lisons que la sainte Eglise et les saints Pères recommandent et louent grandement la fréquente Communion. Le concile de Trente exprime le désir que tous les fidèles qui assistent à la Messe communient non-seulement en esprit et en affection, mais encore sacramentellement, en recevant la sainte Eucharistie, afin qu'ils participent aux truits abondants du très-saint sacrifice (Sess. 22, c. 6). Saint Jérôme approuve et recommande la louable coutume établie de son temps des Communions fréquentes, afin de goûter souvent, comme dit le Psalmiste, l'ineffable suavité de Dieu, pourvu toutefois qu'il n'y ait pas de faute qui rende indigne de ce divin commerce. Saint Basile affirme que la fréquente participation au corps et au sang précieux de Jésus-Christ est une chose excellente et très-utile, puisqu'il a dit lui-même que celui qui mange sa chair et boit son sang aura la vie éternelle (Epist, ad Csesarium patritiam). Le pape saint Grégoire VII, écrivant à la comtesse Mathiide, jeune personne d'un esprit éminent et d'une rare piété, lui
conseille, comme moyen principal d'arriver à la perfection, de communier souvent; puis il ajoute : Debemus, ô filia, ad hoc singulare confugere sacramentum, singulare appetere medicamentum (Àpud Baron., anno 1074, num. 42, 43). Nous devons, ô ma fille, souvent recourir à ce grand Sacrement comme à une salutaire médecine.
II. Tel est le plaisir qu'on fait à Jésus-Christ en s'approchant souvent de la sainte Eucharistie, qu'il a opéré plusieurs fois les plus grands prodiges pour nous en montrer sa reconnaissance. Nous lisons dans la vie de sainte Catherine de Sienne qu'elle désirait quelquefois si ardemment de s'unir à son Sauveur dans le Sacrement, qu'elle tombait en d'extatiques défaillances et qu'elle sollicitait le bienheureux Raymond, son confesseur, de la communier au premier rayon de l'aube matinale, comme si elle eût craint de mourir de l'ardeur de ses désirs. Et cette amoureuse anxiété de la pieuse vierge plaisait si fort à Jésus-Christ, qu'un matin, tandis que le prêtre célébrait la sainte Messe, au moment où il opérait la fraction de l'hostie consacrée, une parcelle s'envola de ses mains et vint se poser sur la langue de la sainte, qui assistait au sacrifice. C'est ainsi que le Seigneur apaisa les désirs passionnés de son épouse (S. Anton., 3. par.Chron.,tit.23, c. 44, 1 8). Un semblable événement arriva à Venise à une religieuse avide de la sainte Communion. Ne pouvant communier dans la solennité de la Fête-Dieu, elle envoya faire part de son désir au grand patriarche, saint Laurent Justinien, et le fit prier que du moins il
la recommandât au Seigneur pendant le temps du saint sacrifice. Or, tandis que le saint célébrait le mystère d'amour devant tout le peuple rassemblé dans l'église, ia religieuse le vit entrer dans sa cellule, tenant la sainte Eucharistie, et lui présentant de ses propres mains le corps auguste du Rédempteur.
Mais voici encore quelque chose de plus étonnant qui arriva à la bienheureuse Imelde, religieuse de Saint- Dominique. Imelde était une fille jeune encore, mais tellement avancée dans la vertu, qu'elle semblait être l'enfant de l'innocence et le nourrisson de la piété. Dans son brûlant amour pour Dieu, elle se montrait singulièrement inclinée à honorer le saint Sacrement, et elle avait bien raison; car l'amour de Dieu, quand il est fort et véhément, ne peut souffrir que le cœur se transporte ailleurs qu'où il trouve son trésor. Assistant chaque jour au saint sacrifice de la Messe, elle s'abîmait tellement dans la contemplation de ce grand mystère, qu'elle s'écoulait en sentiments passionnés d'amour, s'inondait de douces larmes, poussait du fond de son cœur de brûlants soupirs, et se consumait dans le feu de ses désirs, qui la portaient à s'unir à son céleste époux par la Communion. Mais, hélas! la tendresse de son âge l'excluait encore du banquet sacré, ets malgré sa fervente piété, les religieuses ne voulaient pas consentir à l'y admettre. Impossible de dire combien elle souffrait en se voyant si près de la source de vie sans pouvoir y étancher sa soif. Il suffit qu'on sache qu'elle ne voyait jamais les autres religieuses s'approcher de la sainte Eucharistie sans se sentir toute con-
sumée par un feu intérieur ; de saintes flammes sortaient de ses yeux, et son visage, illuminé d'amour, ressemblait à celui d'un Séraphin. Cependant, le Seigneur ne tarda pas longtemps à apaiser ses fervents désirs et à la récompenser avec surabondance. Gomme elle se trouvait un jour sur une colline avec les autres religieuses ses compagnes, et qu'elle suppliait plus que jamais, par les désirs les plus ardents et les plus excessifs le Seigneur de venir à elle, tout-à-coup, ô merveille d'amour!... une particule sacrée, entourée de rayons lumineux, apparut dans l'air et vint se reposer radieuse sur la tête de la fortunée jeune fille. O Dieu! comme cette admirable vision dut ravir tous les cœurs en extase d'amour et de vénération! Les religieuses demeurèrent stupéfaites, et comme hors d'elles-mêmes, à la vue d'un tel prodige; elles en firent porter la nouvelle au prêtre qui les dirigeait, et l'invitèrent à venir s'en assurer de ses propres yeux. Le ministre sacré accourut, et, à la vue de ce miraculeux événement, il resta muet d'admiration; puis, jugeant qu'il devait recevoir à la Communion cette âme privilégiée que le ciel venait de lui désigner si clairement, il prit une patène, sur laquelle il recueillit l'hostie sainte , et la donna à Imelde, qui l'eut à peine reçue dans son sein, qu'elle sentit redoubler le feu de ses transports ; son cœur en fut embrasé au point qu'elle expira dans un excès d'amour et de sainte allégresse; et elle monta au ciel pour y célébrer ses noces éternelles avec Jésus, l'époux tendre et fidèle dont elle avait si ardemment désiré la société pendant la vie.
III. Quelle impression fait sur vous cette vérité, âme pieuse? Quelle excuse pouvez-vous apporter pour justifier la lâcheté et la négligence avec laquelle vous vous approchez de la Tahle eucharistique?
Je me reconnais indigne de tant d'honneur, me direzvous peut-être. Mais, si cette raison était valide, il faudrait en conclure que vous ne devriez jamais communier, car vous ne serez jamais digne d'un si grand honneur. Dieu seul est digne de recevoir un Dieu. En raisonnant ainsi, vous ne devriez donc jamais aller à l'église, ne jamais prier; car l'homme, dans sa misère, n'est ni digne d'entrer dans la maison de Dieu, ni de parler à Dieu comme on le fait dans la prière. Ne savez-vous donc pas que plus vous retardez votre Communion, plus vous vous en rendez indigne? Car vos défauts augmentent d'autant plus que vous vous privez des secours qu'elle vous fournirait. Une sainte de l'ordre de Saint- Dominique disait : C'est parce que je me reconnais indigne, que je voudrais communier trois fois par jour, car je pourrais espérer de diminuer toujours mon indignité. Cassien se demande : Qui est le plus humble? Est-ce la personne qui communie souvent, ou celle qui ne le fait que rarement? Il conclut que la personne la plus humble, c'est celle qui reçoit souvent Jésus-Christ; parce que, se reconnaissant plus infirme, elle cherche plus souvent le remède à ses maux. Ainsi pense le Docteur angélique. Bien que, dit-il, Dieu se complaise dans l'hommage de ceux qui s'abstiennent de la Communion par humilité ou par crainte, il est néanmoins bien plus satisfait de l'amour et de la
confiance que lui témoigne une âme en le recevant (3 p., quass. 8, art. 10, ad. 3).
Il ne faut point nous renfermer dans notre misère, mais dans la miséricorde divine. Les invités à la Cène mystique, figure de l'Eucharistie, ne furent pas les nobles et les grands de la terre, mais les aveugles et les boiteux, qui figurent les misères qui nous accablent. Quiconque porte la robe nuptiale, symbole de la grâce sanctifiante, ne sera point exclu de ce banquet.
Mais, me direz- vous, je ne me corrige pas de mes défauts, et je ne fais pas de progrès dans la vertu. Mais si vous n'êtes point attachée à ces défauts, si vous désirez de vous en défaire, si vous cherchez à les fuir, pourquoi vous abstiendriez-vous de communier souvent? Plus vous vous voyez infirme, plus vous devez chercher le remède qui vous est offert dans la Communion. Vous dites que vous n'êtes pas corrigée de vos défauts ; mais vous en corrigerez- vous si vous ne communiez pas? Vous ferez pire encore. Le P. Grenade dit, dans son traité de la Communion, que celui qui désire se guérir de ses infirmités ne doit pas s'éloigner de ce remède souverain. Vous ne devez pas non plus penser que vous communiez inutilement, parce qu'il vous semble que vous ne croissez pas en vertu. On se nourrit chaque jour et on n'augmente pas chaque jour en force; car celle de chaque homme serait aussi prodigieuse que celle de Samson. La nourriture sera-t-elle pour cela inutile? Non, sans doute; car si elle n'augmente pas les forces, elle conserve du
moins celles que nous avons. Appliquez celte comparaison à la nourriture de l'âme.
Mais, me direz-vous encore, je me sens distraite, froide, sans dévotion, et sujette à de grandes tentations! Mais, qu'entendez-vous par dévotion? Si vous croyez que c'est la ferveur apparente, détrompez- vous et sachez qu'elle n'est pas nécessaire : il suffit que la ferveur soit dans la volonté, c'est-à-dire dans une volonté résolue d'accomplir tout ce que vous connaissez être agréable à Dieu ; voilà la véritable dévotion et la ferveur que Dieu demande de vous. Et encore que vous ne reconnaissiez pas en vous cette ferveur de volonté, vous ne devez pas moins communier souvent afin de l'obtenir par le moyen de la sainte Eucharistie. Autrement, dit Gerson, l'âme qui s'abstient de la Communion, parce qu'elle ne se sent pas assez fervente, fait comme celui qui, ayant froid, ne voudrait pas s'approcher du feu pour ne pas sentir la chaleur. En outre, dit saint Laurent Justinien, ce sacrement opère souvent en nous à notre insu. C'est ee que vous fait remarquer saint Bonaventure. Bien que, dit-il, vous vous sentiez encore tiède et sans dévotion, ne laissez pas de vous approcher de la Communion, vous confiant en la divine miséricorde; car, plus vous vous trouvez malade, plus vous avez besoin du médecin. Licet tepide, accède fiducialiter, quia quà magis œger, mugis indiges. (De perf. relig., c. 21). Ne vous arrêtez pas à la pensée que vous éprouvez plus de dévotion quand vous communiez rarement. Celui qui mange rarement, mange avec plus d'appétit, mais
avec moins de profit; ainsi, en communiant rarement, vous sentirez peut-être plus de dévotion, mais vous retirerez bien moins de fruits. Vous ne devez pas non plus laisser de communier souvent, parce que vous êtes en butte aux tentations. Si vous abandonnez la Communion pour ce motif, vous laissez la victoire à vos ennemis; car, plus le danger du combat augmente, plus vous avez besoin de force et de valeur. Allez donc vous nourrir souvent du pain des forts, et vous serez victorieuse.
Mais, me direz-vous enfin, les affaires de ma maison ne me permettent pas de communier souvent. Ah! quelles affaires? quels embarras? N'êtes-vous donc venue au monde que pour les affaires de la terre, ou bien pour traiter celles du paradis avec la terre ellemême? Comment voudriez- vous donc abandonner la fin principale pour laquelle vous avez été créée, pour courir après une ombre du bien, tel qu'est ce gain pénible et éphémère qui vous donne tant de sollicitude? N'avez-vous pas une âme à sauver? comment donc ne songez-vous pas à l'alimenter souvent de cette nourriture du paradis? Cette terre n'est-elle pas vile et misérable? pourquoi donc la préférer à un aliment si sublime et si salutaire, comme est le pain des anges? Prenez donc la résolution de vous approcher souvent et avec respect pour recevoir Jésus dans le Sacrement. Que si les mondains vous demandent pourquoi vous communiez souvent, répondez-leur que vous le faites pour apprendre à aimer Dieu, pour vous purifier de vos imperfections, pour vous délivrer de vqs
misères, pour vous consoler dans vos afflictions, pour vous soutenir dans vos faiblesses ; dites-leur que deux classes de personnes doivent surtout communier souvent ï les parfaits, qui, étant bien préparés, feraient très-mal s'ils ne s'approchaient pas de la fontaine et de la source de perfection ; et les imparfaits, afin d'aspirer à la perfection; les forts, pour ne pas devenir faibles, et les faibles, pour devenir forts; les infirmes, pour être guéris, et les sains, pour ne pas tomber malades; que pour vous, âme imparfaite, faible et malade, il vous est nécessaire de souvent recourir à la source de perfection et de force, au médecin de votre âme. Dites-leur que ceux qui n'ont pas beaucoup à faire dans le monde doivent communier souvent, parce qu'ils en ont la facilité, et que ceux qui ont beaucoup d'affaires le doivent aussi, parce qu'ils en ont besoin, et que ceux qui éprouvent beaucoup de fatigues et qui sont affaissés par le travail doivent se nourrir d'aliments substantiels et salutaires. Dites-leur que vous recevez la sainte Eucharistie pour apprendre à la bien recevoir, parce qu'on ne fait bien que les choses qui sont passées en habitude. Communiez le plus souvent que vous pourrez, avec l'autorisation de votre directeur, et soyez sûre qu'en continuant à adorer la beauté, la bonté et la pureté voilées sous ce divin Sacrement et à vous en nourrir, vous deviendrez belle, sainte et pure, et vous réparerez les nombreux outrages dont tant d'ingrats abreuvent votre tendre époux dans ce Sacrement d'amour.
Préparation à la Communion.
Voici, ô Jésus, votre pauvre serviteur qui, se prévalant de votre bonté infinie, ose s'avancer vers la Table sainte pour se nourrir de votre substance divine. Mais suis-je pourvu de tout ce qui est nécessaire pour m'asseoir à un si redoutable banquet? Ah! Seigneur, je reconnais en moi l'extrême besoin d'être fortifié par ce pain de vie que vous dispensez du haut de vos saints autels; mais je ne vois en moi ni vertu, ni mérite qui m'encourage à me présenter pour le recevoir. Humblement prosterné à vos pieds, je vous prie de réveiller en moi les sentiments et les affections dont doit être pénétré celui qui s'assied à votre Table sainte.
Je déteste, Seigneur, toutes les offenses que je vous ai faites, et je ne cesserai jamais de les détester de toute la haine de mon cœur. Je veux mourir plutôt que de m'en rendre encore coupable une seule fois. Fussé-je mort avant de les commettre, j'en aurais la plus grande joie. Quel qu'eût été le malheur qui me fut arrivé, il me pèserait moins que celui de vous avoir offensé. C'eût été pour moi un bonheur, si une maladie des plus douloureuses m'avait mis hors de mes sens, avant d'en avoir abusé pour vous outrager. Oui, Seigneur, mon cœur n'a d'autre chagrin que celui de vous avoir offensé, ni d'autre désir que celui de se consumer de repentir, ou de vivre uniquement pour réparer les ingratitudes du passé.
Combien fut grand votre amour, ô Jésus, de renfermer votre immense majesté sous les accidents d'un
peu de pain et (Tun peu de vin pour vous unir à mon âme! A combien de profanations n'avez -vous pas exposé votre sainteté en la cachant sous ce voile! Oh! que de miracles il faut que vous opériez pour accomplir vos pieux desseins! Ah! ce trait d'amour si extraordinaire, que votre sagesse seule pouvait concevoir, à qui seule votre bonté pouvait consentir, que votre toute-puissance seule pouvait réaliser, m'attendrit et commande toutes les affections de mon cœur. Je les vouerai toutes à votre amour, ô mon Dieu! et si j'en donne quelques-unes aux créatures, ce ne sera qu'en votre considération et pour n'aimer que vous. Je vous aime, Seigneur, de toutes les forces de mon esprit ; je vous aime plus que tout autre bien, plus qu'aucune créature, plus que moi-même. Je vous aime avec le plus ardent désir de me consumer d'amour pour vous. Oh! que l'agonie 4a plus douloureuse me serait douce, si je la souffrais pour votre amour et votre service ! Plus doux me serait de mourrir pour vous que de vivre une vie heureuse pour moi. Faites, Seigneur, que ma conduite ne démente point mes paroles. Elles partent du cœur, mais d'un cœur qui se montra jadis inconstant; c'est pourquoi je reviens à vous et vous conjure de faire que votre divine grâce rende efficaces mes résolutions. Ne vous contentez pas, Seigneur, de m'accorder la grâce de ne plus vous offenser, revêtez-moi en outre des ornements des vertus. Parez-moi surtout de la pureté, de la charité et de l'humilité. Ah! Seigneur! je ne vous demanderai jamais trop, quoi que je vous demande, et ce ne serait point une présomption que de
Pespérer. Que ne puis-je pas me promettre d'un Dieu qui, par un excès d'amour, s'est donné entièrement à moi? Oh! que mon sort est heureux! Voici le moment (ortuné où je vais recevoir sur ma langue mon Sauveur; voici le moment où je vais le presser sur mon sein et me nourrir de sa divine substance. Je soupire ardemment, Seigneur, pour ce don sublime de vousmême, que vous allez me faire dans le saint Sacrement; mais, en même temps, je vous demande la grâce d'en être digne. Ainsi, je vous supplie de nouveau d'enflammer mon cœur de ces feux d'amour dont doivent être pénétrés ceux qui s'approchent de votre Table sainte. Marie, mère chérie de mon Dieu, assistez-moi de votre protection dans ce moment où je m'approche pour recevoir votre Fils, et obtenez-moi la grâce de le recevoir dignement.
Action de grâces.
Chante, ô mon âme, le mystère du corps et du sang glorieux de Jésus-Christ, par lequel il est venu te visiter aujourd'hui. Redis, ô ma langue, des cantiques d'actions de grâces au cœur de ton Dieu, qui, né pour toi à Bethléem, mort pour toi sur le Calvaire, vient de se donner à toi dans le Sacrement eucharistique : Pange, lingua^ gloriosi corporis mysterium. O mon cœur, serais-tu froid, indifférent, insensible à la vue du gage d'amour infini que tu viens de recevoir de ton Dieu? Oh! réveille-toi enfin Seigneur, réveillez-le vousmême, délivrez-le de l'opprobre de rester froid et insensible envers vous, surtout dans ce moment heu-
reux, où il vous possède caché sous les espèces du Sacrement. Oh! quelle ineffable bonté de mon Dieu! ô banquet vraiment sacré, où se dispense une nourriture toute céleste, où se renouvelle le sacrifice de la croix, où l'intelligence s'illumine des divines splendeurs, où la volonté jouit de l'espérance du paradis, dans la possession anticipée de Dieu! O sacrum convivium, in qao Christus sumitur, recolitur memoria passionis ejus, mens impletur gratta, et fulurœ gloriœ nobis pignus datnr.
Ah! pourquoi tardé-je à m'offrir à mon Dieu, qui a voulu se donner tout à moi? Ah! Seigneur, puisque vous n'avez pas dédaigné mon pauvre cœur pour votre demeure , daignez l'accepter comme une offrande que je vous fais. Mon Dieu, extirpez-en toutes les habitudes vicieuses qui le rendent indigne de vous; ornez-le de vertus, et principalement de pureté, de charité et d'humilité. Avec mon cœur, je vous offre tout moimême; et mon intention est d'accomplir pour votre honneur et votre gloire tout ce que je ferai dans le cours de ma vie, et de me conformer en toutes choses à votre sainte volonté. Acceptez, Seigneur, cette offrande comme gage de ma reconnaissance pour le don que vous m'avez fait en m'admettant à la Table eucharistique. O sublime âme de mon Sauveur, merveille du ciel, joie suprême du paradis, jubilation perpétuelle des esprits bienheureux, source précieuse de toute sainteté, unique splendeur de toute beauté» trésor inépuisable de tous les biens, nourrice bienfaisante de toute âme sainte, conservatrice des pieux
désirs, flambeau de nos intelligences, je recours humblement à vous, et je vous demande ardemment ma sanctification! Rendez-moi saint dans le cœur et dans l'esprit , dans les pensées et dans les affections , dans les désirs et dans les œuvres. Voilà ce que je désire et ce que je vous demanderai tant qu'il me restera un souffle de vie.
0 Jésus, pardonnez-moi les fautes que j'ai commises en vous recevant ce matin dans le divin SacremenL Accordez-m'en le pardon et en même temps la grâce de vous recevoir plus dévotement à l'avenir, et spécialement au moment de la mort. Ah! mon Dieu! il arrivera aussi pour moi ce moment (et peut-être n'estil pas éloigné) où je me retrouverai retenu sur un lit de douleur et entouré des périls d'une mort prochaine. Oh! c'est alors que j'aurai besoin de vous, ô mon Jésus! Hélas! qu'il ne m'arrive pas de passer, sans vous, du temps à l'éternité! Que je sois au moins consolé par une de vos pieuses visites à l'heure de mon agonie mortelle. Que j'entende à ma dernière heure retentir à mes oreilles ces paroles de joie, de paix et de consolation que profère votre ministre dans ce moment suprême. Oh! que je serais heureux et que ma mort serait sainte, si mon âme se séparait de mon corps lorsque je répondrai Amen à ses prières! J'irais alors vous présenter dans le paradis des actions de grâces pour cette dernière Communion, et m'unir à votre sein pour ne plus me séparer de vous à jamais.
Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 23.
Aspirations
i . Dieu éternel, j'espère vous aimer éternellement. 2. Et qui ne vous aimerait, ô bonté infinie? 5. Puissé-je mourir de douleur, ô mon Jésus» à la pensée de vous avoir tant offensé 1
Maximes.
\ . Les esprits curieux sont toujours dissipés.
2. Celui qui aime Dieu trouve ses délices même au milieu des tribulations.
3. La seule voie qui conduit au ciel, c'est la voie de la sainte Croix.