‹ L'âme devant la Sainte EucharistieChapitre 4 sur 53 · DEUXIÈME CONSIDERATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CONSIDERATION

l'amour de Jésus-Christ pour nous en se donnant luimême tout entier dans la sainte Eucharistie.

I. Saint Augustin, en considérant l'excellence du don que Jésus-Christ nous a fait dans la sainte Eucharistie, en était si ravi, qu'il émit cette pensée sublime : que Dieu, en faisant à l'homme un tel don, semble comme avoir épuisé le trésor de ses immenses perfec-

tions. Dieu, en vertu de sa toute-puissance, dit ce saint docteur, peut, selon le langage des divines Ecritures, faire tout ce qu'il veut dans le ciel et sur la terre, dans la mer et jusqu'au fond des abîmes. Il peut créer mille mondes infiniment plus beaux les uns que les autres, et néanmoins sa puissance ne peut aller jusqu'à faire un don plus grand que celui de l'Eucharistie : Cum esset omnipotens, plus dare non potuit (Tract. 84, in Joan.). Dieu est infiniment sage, et sa sagesse n'a ni mesure, ni limite, ni nombre. Sapientiœ ejus non est numerus (Psal. 146). Toutefois, dans sa sagesse, il n'a rien trouvé de plus précieux à nous donner que la sainte Eucharistie : Cwn esset sapientissimus , plus dare nescivit. Enfin, Dieu est infiniment riche et ses trésors sont infinis; et néanmoins, avec toutes ses richesses, il n'a pu offrir à l'homme de trésor plus précieux et plus inestimable que celui de l'Eucharistie : Cum esset ditissimus, plus dare non habuit. Et quel autre trésor, s'écrie saint Bernardin de Sienne, plus précieux et plus grand peut désirer une âme que le corps de Jésus-Christ? Quis melior thésaurus in corde hominis esse potest quàm corpus Christi ?

Sainte Madeleine de Pazzi avait coutume de dire qu'une âme, après avoir communié, pouvait s'écrier avec justice : Tout est consommé : Consummatum est. Car le Seigneur, en se donnant tout entier à moi, a mis le comble à son amour , et il ne peut rien me donner de plus.

Pesez bien, âme pieuse, l'excellence d'un don si auguste. Ah! si la foi ne nous donnait la certitude d'un

tel prodige, qui pourrait îe croire? Qui eût été assez téméraire pour le demander à Jésus-Christ, s'il ne nous l'avait fait de son propre mouvement? Qui aurait eu la hardiesse de lui dire : Seigneur, si vous voulez nous faire connaître l'amour que vous nous portez, mettezvous sous les espèces du pain et du vin, afin que nous puissions nous nourrir de votre chair et nous abreuver de votre sang? Ne semble-t-il pas , dit saint Augustin, que ce soit pour Jésus-Christ une folio de nous dire ce qu'il disait dans cette heureuse nuit qui précéda sa mort : 0 hommes, pour que vous compreniez combien je vous aime, je veux que vous veniez à vous nourrir de ma chair et à vous abreuver de mon sang. Faut-il donc s'étonner, si , lorsqu'il annonça cette promesse , ceux qui le suivaient ne purent soutenir ce langage et s'éloignèrent : Durus est hic sermo, et quis potest eum audire? Ce que l'homme ne pouvait imaginer, un Dieu l'a résolu et son amour l'a accompli.

Comment donc, âme pieuse, ne vous consumez-vous pas toute d'amour pour Dieu , à la vue du don si magnifique qu'il vous a fait dans la sainte Eucharistie? Ah! les saints, à la seule contemplation des créatures, étaient ravis en Dieu, et enflammés d'amour pour le >éateur. Sainte Marie Madeleine de Pazzi, à la vue d'une belle fleur, se sentait si embrasée d'amour pour Dieu qu'elle s'écriait : Mon Dieu a donc pensé de toute éternité à créer cette petite fleur pour moi ! Et cette pensée, comme un trait d'amour, pénétrait son cœur de reconnaissance, et l'unissait intimement à son Dieu. Saint Augustin sentait son cœur se soulever d'amour

vers Dieu à la seule vue des collines, des montagnes, des fleuves, des mers, des étoiles du ciel, et il s'écriait: Seigneur, tout ce que je vois au ciel et sur la terre, tout me presse de vous aimer : Cœlum et terra et omnia mlhi dicimt ut amem te.

Que sont cependant les créatures en face du Créateur? Si leur seule vue est si puissante pour embraser d'un céleste amour le cœur des saints, quel effet ne produira pas dans votre âme le don infini que vous donne le Créateur dans la sainte Eucharistie? Comment ne pas brûler du plus doux feu et ne pas se consumer d'amour pour lui? Ah! sondez ces pensées et faites-en le sujet de vos résolutions.

II. L'apôtre saint Paul nous dit que le Seigneur, en se faisant homme, a lait voir jusqu'où s'étendait sa bonté pour nous : In hoc apparuit benignitas et humanitas Salvatoris nostri; mais en se donnant à nos âmes , il a fait voir jusqu'où allait la tendresse de son amour pour nous. Et quelle preuve plus lumineuse pouvait-il nous donner de son amour, que celle qu'il nous a donnée dans le divin Sacrement, où il nous livre son corps, son sang, son âme et sa divinité, son humanité sainte avec tous les mérites de sa vie mortelle, sa divinité avec tous les trésors de sa sagesse, de sa puissance, de sa bonté infinie? Enfin, dit saint Jean Chrysostôme, Jésus-Christ, en se donnant à nous dans la sainte Eucharistie, nous donne tout ce qu'il a de plus beau , de plus riche, et ne se réserve rien pour lui-même ; Totum tibi dédit, nihil sibi reliquit. 0 amour infini de a pour l'homme! 0 charité de Jésus pour nos âmes!

I! avait donc bien raison, le Seigneur, lorsqu'on lui demanda, aux noces de Cana, de changer l'eau en vin, de répondre que son heure n'était pas encore venue : Nondum venit hora mea. Son heure est venue quand, dans la dernière cène, il changea, non l'eau en vin, mais le vin en sang et en son propre sang, par un changement qui surpasse toute intelligence créée. Cette heure fut celle qu'il avait si ardemment désirée dès le commencement, pour déposer dans notre sein, avec sa chair divine , les riches trésors que son Père avait mis dans ses mains, voulant ainsi nous faire entièrement comprendre toute l'étendue de l'amour dont son cœur brûlait pour nous. Il nous donna tant dans cet acte sublime, que si une âme, dans le cours de sa vie mortelle, venait encore à lui demander de nouvelles faveurs, il lui répondrait, ce semble : Je t'ai donné mon corps et mon sang sous les apparences du pain et du vin. Que pouvais-je te donner de plus? Je n'ai rien de plus précieux dans les trésors infinis de ma bonté et de ma puissance, et je les ai épuisés pour toi. C'est en vain que tu chercherais sur la terre quelque chose de plus digne de tes désirs.

Considérez bien cet excès de l'amour divin, âme sensible aux bienveillances humaines. Que fallait-il de plus pour gagner votre amour ? Ne lui en témoignerezvous aucune reconnaissance ? Continuerez- vous à fei • mer votre cœur à celui qui répandit tant d'amour sur vous? Les dons humains vous plaisent, vous touchent, vous fascinent, vous ravissent, et le don immense que Jésus-Christ vous fait de tout son être dans la sainte

Eucharistie ne fera aucune impression sur votre cœur! Ah! fasse le ciel que vous ne commettiez jamais un tel excès d'infidélité et d'ingratitude envers un Dieu si bon ! Plutôt, prenez la résolution de vous sacrifier à l'avenir tout à lui, en échange de l'amour infini avec lequel il s'est sacrifié pour vous. Ne réservez rien dans ce sacrifice, car on ne donne rien à Dieu, si on ne lui donne pas son cœur, qui est ce qu'il estime le plus ; et ce n'est point donner un cœur que de le donner avec réserve. Le sacrifice que vous devez donc faire à Jésus consiste dans un sincère et entier abandon de tout votre être en ses mains, uni à la résolution absolue de vous laisser guider selon son plaisir; pour cela vous ne devez plus vous considérer comme vôtre en rien, mais comme tout à Dieu, et penser que Dieu dispose d'une chose qui est à lui , en ce qu'il vous envoie de doux et d'amer. En un mot, vous devez en tout vous appliquer à plaire à Jésus. Oh! qu'il est beau, qu'il est doux de plaire à Jésus! Voulez- vous savoir ce que c'est que de plaire à Jésus? Je vous le dirai avec un grand serviteur de Dieu : Plaire à Jésus, c'est être agréable à ce tendre ami à qui nous devons tant de reconnaissance ; c'est charmer cet œil divin qu'une tendre sollicitude tient constamment fixé sur nous ; c'est contenter ce cœur toujours occupé à nous aimer ; c'est plaire à Dieu , qui est la fin pour laquelle nous fûmes créés, le but vers lequel doivent tendre tous nos désirs, et la règle qui doit être la mesure de notre vie.. Plaire à Dieu, c'est ce qu'ont cherché les saints, c'est ce qui a mù tant de vierges à s'enfermer dans les cloîtres, et poussé tant d'anachorètes à

s'ensevelir dans lcsdéseils. Plaire à Dieu, c'est ce qui a rendu les persécutions, les calomnies, les opprobres insensibles aux martyrs, et doux les tourments et la mort. Plaire à Dieu, c'est ce pourquoi les âmes éclairées des lumières d'en haut s'oiïrent à toutes les misères, à toutes les douleurs, à toutes les infamies et aux morts les plus horribles. Plaire à Dieu est chose si précieuse, qu'il n'est pas de trésor et de félicité qui doivent y être préférés. Voilà ce que veut dire : plaire à Dieu.

Que je regrette, ô mon Dieu, les jours où, loin de vous aimer, j'ai honteusement méprisé votre grâce et dédaigné votre tendresse. Je déteste par-dessus tout les injures graves ou légères que je vous ai faites, et je suis résolu de plutôt mourir que de retourner à mes égarements. Non-seulement je suis résolu à ne plus vous offenser, mais encore à vous aimer et à vous servir inviolablement. Mais, qui suis-je, ô Jésus, pour m'inviter à vous recevoir, et brûler du plus ardent désir de me voir uni à vous dans votre Sacrement? O amour immense^amour incompréhensible, amour infini! Un Dieu se donner tout à moi... Un Dieu... Mon âme, le crois-tu? que feras-tu? que pourras-tu lui dire? 0 Dieu infiniment aimable, unique objet de tout mon amour, je vous aime de tout mon cœur, je vous aime par -dessus toutes choses, je vous aime plus que moi-même, plus que ma vie. Mère du bel amour, trèssainte Marie, aidez-moi à aimer ce Dieu que vous désirez tant de voir aimé.

Pour arriver jusqu'à moi dans votre Sacrement, par combien de sacrifices , ô mon Sauveur, ne vous a-t-il

pas fallu passer! De Dieu vous avez dû vous faire homme , d'immense devenir petit , et de seigneur esclave ; du sein du Père éternel descendre dans le sein d'une vierge, du ciel dans une étable, du trône de votre gloire au Calvaire; et ce matin vous consentez à quitter le séjour céleste pour venir habiter dans mon sein.

Voici, ô mon âme, que ton doux Jésus, embrasé du même amour dont il t'aima en mourant sur la croix, demeure maintenant caché sous les espèces de l'Eucharistie. Et qu'y fait-il? Du mystère de l'hostie, ce Dieu jaloux de ton amour t'observe sans être aperçu de toi; il te considère, tandis que lu te prépares à te nourrir de sa chair divine ; il observe à quoi tu penses, qui tu aimes, qui tu désires, qui tu cherches, et quelles oifrandes tu vas lui présenter. Allons donc, ô mon âme, prépare-toi à le recevoir, en lui disant avec confiance : Vous allez donc, ô mon bien-aimé Rédempteur, venir dans un petit moment à moi? O Dieu caché et méconnu de la plupart des hommes, je vous crois, je vous confesse, je vous adore dans le saint Sacrement, comme mon Seigneur et mon Sauveur, et pour confirmer cette vérité, je donnerais volontiers ma vie. Vous venez pour m'enrîchir de vos grâces et vous unir tout à moi.

Quelle ne doit donc pas être ma confiance dans cette si douce visite que vous me faites! Très -sainte vierge Marie, ma mère, voici que je m'approche pour recevoir votre Fils. Je voudrais avoir votre cœur et votre amour pour lui. Donnez-moi vous-même votre Jésus, comme vous le donnâtes aux bergers et aux mages dans la cabane de Bethléem.

Action de grâces.

Mon Dieu est donc venu me visiter; mon Sauveur est venu habiter dans mon âme. Mon Jésus se trouve en moi ; il s'est donné tout à moi , afin que je sois tout à lui ! Ainsi Jésus s'est écoulé en moi et moi en Jésus. 0 bonté! ô miséricorde infinie! ô amour infini! Un Dieu est venu en moi et s'est fait tout à moi! Un Dieu, contre qui je me suis souvent révolté, et que j'ai tant de fois et si déplorablement offensé. O bonté! ô clémence de mon Seigneur!... O dureté, ô ingratitude de mon cœur ! Que fais-tu , ô mon âme, maintenant que tu es si étroitement unie à Jésus? Ne lui dis-tu rien? Ne parles-tu pas avec ton Dieu qui habite en toi. Allons , ranime ta foi , songe que les anges t'environnent en adorant leur Dieu, dont ton sein est le séjour. Recueillie en loi-même dans le mystérieux sanctuaire qu'il s'est choisi , adore-le aussi en repoussant loin de toi toute autre pensée ; rassemble toutes tes affections, et, unie étroitement à ton Dieu, dis-lui : Ah! Jésus, mon trésor, mon bien infini, mon tout, soyez le bienvenu dans la pauvre demeure de mon âme. Ah! Seigneur! où êtes- vous venu? Dans un cœur pire que l'étable même où vous prîtes naissance, dans un cœur plein d'attachements déréglés , d'amour-propre et d'appétits désordonnés. Comment avee-vous pu venir l'habiter? Très-sainte Marie, et vous, Séraphins et Anges du ciel, qui aimez Dieu d'un amour si pur, inspirez-moi vos affections pour que je sois di&ne d'être auprès de mon

Sauveur, maintenant que, par un excès de bonté, il a daigné s'unir à ma pauvre âme.

Dilectus meus mihi et ego Mi (Gant., 2). Mon bienaimé est à moi, et moi je suis tout à lui. Si un roi de la terre venait visiter un pauvre berger dans sa chaumière, que pourrait-il lui offrir, sinon cette chélive chaumière telle quelle? Puisque donc, ô Roi du ciel, vous êtes venu visiter la triste demeure de mon âme, je vous l'offre , ainsi que ma liberté, mon être et ma volonté. Vous vous êtes donné tout à moi, je me donne aussi tout à vous. Dès aujourd'hui je ne suis plus à moi, mais à vous et tout à vous. Que mes sens vous appartiennent pour ne servir qu'à vous plaire. Et quel bonheur plus grand peut-il exister, disait saint Pierre d'Alcantara , que celui de vous plaire , à vous le Dieu d'affection , de grâce et d'amour? 3e vous donne mes facultés, afin qu'elles soient à vous; je veux que ma mémoire ne serve qu'à me rappeler vos bienfaits et votre amour ; mon intelligence , à ne songer qu'à vous, qui ne pensez qu'à mon bonheur ; ma volonté, à n'aimer que vous et à ne vouloir que ce que vous voulez. Je vous consacre donc aujourd'hui et vous sacriiie, ô mon doux Sauveur, tout ce que j'ai : mes pensées , mes affections , mes désirs , mes goûts , mes inclinations, ma liberté ; en somme , je remets en vos mains mon corps et mon âme. Acceptez, ô majesté infinie, le sacrifice entier que vous fait de lui-même le pécheur le plus ingrat qui ait existé sur la terre, mais qui maintenant veut être à vous et à jamais à vous. Seigneur, faites et disposez de moi selon votre volonté.

Venez , amour divin , et consumez en moi tout ce qui est de moi et tout ce qui offense l'infinie pureté de vos yeux , afin qu'à l'avenir je sois tout à vous et m vive que pour accomplir non-seu 'ement vos préceptes, mais encore tous vos saints désirs, et qu'ainsi je vous sois agréable en tout. 0 Marie, présentez vous-même mon offrande à la très- sainte Trinité, et faites qu'elle l'accepte et m'obtienne la grâce d'y être fidèle jusqu'à la

mort.

Aspirations.

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