SB
!*un par rapport à nous, qui est la détestation du péché ; l'autre par rapport à Dieu, qui est de lui promettre de se corriger et de l'espérer de sa protection. Il ne faut donc, pour une vraie contrition, ni soupirs, ni larmes, ni commotions extérieures. Il en est qui se lamentent et se tourmentent pour obtenir la contrition qu'ils désirent. Que ceux-là se tranquillisent, car le désir de contrition est une preuve qu'on est contrit. Le feu qui est sous la cendre ne se voit pas, et cependant c'est un véritable feu (S. François de Sales). Ne croyez pas que vous faites de mauvaises confessions, parce que vous ne parvenez pas à vous corriger de certaines fautes de surprise, de faiblesse et d'infirmité. Il est certains défauts dont on sera heureux de pouvoir être délivré un quart d'heure avant la mort (S. François de Sales). Il en serait autrement, s'il s'agissait de fautes tout-à-fait volontaires, commises avec réflexion, et pour ainsi dire à l'œil nu.
Pour éviter le danger de faire des confessions invalides, prenez la sainte coutume de réciter, avant de vous confesser, un acte de douleur et de ferme propos en vue des péchés mortels de votre vie passée ; et à la fin de la confession, rappelez-en quelques-uns dont vous vous serez déjà confessé, en disant, par exemple : Je m'accuse de nouveau d'un péché de haine, ou de vengeance, ou de murmure, ou d'impureté, etc., de la vie passée. Que si, par un heureux sort, vous n'avez jamais péché mortellement, faites un acte de douleur et de ferme propos au sujet de quelque péché en particulier (B. Léonard).
Nous ne sommes pas obligés de nous confesser des péchés véniels; mais lorsqu'il nous arrive de nous en confesser, nous devons avoir la volonté ferme de nous en corriger ; autrement la confession ne serait qu'un abus.
§ II. — Courtes réflexions pour s'exciter à la douleur de ses
péchés.
Considère, âme ingrate, l'énorme excès que tu as commis par tes péchés ! Tu as offensé un Dieu dont la sagesse est infinie , la bonté ineffable et la beauté indicible... Un Dieu qui est l'ensemble de toutes les perfections, qui est la gloire des élus et les délices du paradis... Un Dieu source de tout bien, de qui seul dérive tout ce qu'il y a de beau, de noble, de resplendissant dans l'univers... Hélas! comment as-tu pu te révolter contre un Seigneur si bon? N'est-il pas ton créateur, ton protecteur, ton rédempteur? Que pouvait-il faire pour toi qu'il n'ait pas fait? Par amour pour toi , il naquit dans une pauvre cabane , au cœur de la nuit, dans la saison la plus rude, dans la nudité et l'indigence... Il fut persécuté et enveloppé dans une mort barbare dès son berceau... Il fut abreuvé d'injures, meurtri de coups, couvert de crachats, en proie aux railleries, à la flagellation, aux mépris... Il fut traité comme l'opprobre des hommes et l'abjection de la plus vile populace... Il fut percé par une couronne d'épines aiguës, et traîné comme un malfaiteur et un scélérat à traversées rues de Jérusalem... II monta au Calvaire accablé sous le pesant
fardeau de la croix, maltraité par les bourreaux, insulté par les prêtres, maudit par la populace.. . Il se laissa clouer sur un infâme instrument de supplice, entre deux voleurs; il fut tenaillé, déchiré, meurtri dans tout son corps, jusqu'à ne présenter qu'une seule plaie de la tête aux pieds. .. Il souffrit une longue et douloureuse agonie, ayant les mains et les pieds traversés de clous... Il versa jusqu'à la dernière goutte de son précieux sang... Il mourut cloué à la croix, submergé dans une mer d'opprobres, et il devint ainsi, par excellence, l'homme des douleurs... Il le laissa dans le divin Sacrement son très- saint corps pour être ta consolation et ton appui dans ta faiblesse. . . Il te prépara dans le ciel le règne d'une éternelle félicité... Et tu as eu le cœur de l'outrager! Tu as eu le courage de percer le sein d'un si tendre père ! de trahir ta foi jurée à un si doux époux ! d'abandonner un si bon maître ! d'offenser un si aimable Sauveur ! de fouler aux pieds son honneur, de déchirer son si aimable cœur, d'avilir son précieux sang! de rouvrir ses plaies adorables, de le crucifier de nouveau par tes péchés!... Vois donc, ingrate, sur qui s'est exercée ta perversité... vois à qui se sont adressés tes péchés;... vois l'objet de tes insultes, de tes mépris, de tes mauvais traitements!...
J'ai donc osé offenser mon Dieu!... mon père et le meilleur des pères!... mon souverain bienfaiteur!... mon doux époux ! mon plus tendre ami ! . . . mon bien ma vie, mon trésor, mon tout!... Ah! pourquoi cette pensée ne me perce-t-elle pas le cœur? Pourquoi ne
me le déchire-t-elle pas? Pourquoi ne me le brise-telle pas? Pourquoi ne meurs-je point, ou du moins n'en suis-je pas anéanti de douleur?... Moi, la plus vile des créatures, j'ai offensé mon Créateur!... Moi, vil vermisseau, j'ai outragé le Dieu de majesté et de gloire!... Ce Dieu qui tient dans sa main le fil de mes jours, ce Dieu qui pourrait me foudroyer à chaque instant!... Ce Dieu si grand, en présence de qui toutes les générations humaines sont moins qu'un grain de sable comparé à tous les mondes visibles!... Moi, poussière et cendre, j'ai offensé le Monarque suprême de l'univers!... Je l'ai offensé après avoir été comblé de ses immenses bienfaits!... Je l'ai offensé en lui jetant honteusement le dédain et le mépris à la face!... Je l'ai offensé pour un rien, pour un vil gain, pour un peu de fumée, pour un caprice, pour un misérable plaisir!... Je l'ai offensé en sa présence et sous ses yeux ! . . . Je l'ai offensé au mépris de sa terrible indignation, au risque d'être pour jamais repoussé de sa face et de rester éternellement écrasé sous les coups de sa terrible vengeance ! Et je l'ai offensé souvent par une malice volontaire et avec indifférence!...
0 Dieu! pourquoi ne tombé-je pas anéanti de douleur à vos pieds? Pourquoi ne m'avez- vous pas frappé d'un rayon de votre foudre avant que je vous eusse offensé? Ah! Seigneur, je suis couvert de honte et de confusion de vous avoir ainsi maltraité ; je me repens d'avoir tant de fois méprisé votre grâce et votre amitié, et je voudrais que mon cœur se brisât par la véhémence de sa douleur. Hélas! daignez, Seigneur,
laisser tomber un regard sur cette ingrate créature, qui, comme l'enfant prodigue, revient à vous pleine de confusion de douleur et de confiance. Ah! j'ai trop péché, et j'ai péché de la manière la plus impie et la plus barbare. Je ne mérite plus d'être votre fils, ni que vous soyez mon père. Ce serait déjà pour moi une faveur trop grande que celle d'être compté au rang de vos plus infimes serviteurs... Et cependant vous m'offrez encore votre grâce... Vous m'attirez à vous, vous me tendez les bras, avec un désir brûlant de me presser sur votre cœur.
Pourrai-je donc résister à une si douce invitation? Oh! non, mon adorable Jésus : je veux sortir de l'abîme de mes péchés, et cesser de vous faire de la peine. Je hais jusqu'aux plus légères injures que je vous ai faites, et je suis résolu de plutôt mourir que de vous offenser de nouveau. Je déclare solennellement à la face du ciel et de la terre, que je ne veux plus vivre, ni agir, ni parler, ni respirer que pour vous, en vous et avec vous. Oui, mon Jésus, désormais plutôt subir mille morts que de retomber dans le péché... Mon désir, au contraire, est de vous aimer d'autant plus que je vous ai plus offensé dans le passé.
Miséricorde, ô mon Dieu! Soyez ému de pitié pour cette pauvre créature qui se prosterne humble et confuse à vos pieds. Je reconnais le mal déplorable que j'ai fait par mes péchés, et je les déteste le plus que je puis. Hélas! que me serait-il advenu, Seigneur, si vous m'aviez traité selon mes mérites? O Dieu! que je serais malheureux! Je me verrais maintenant en-
seveli dans un abîme de feu et de tourm&tôs, où je pleurerais éternellement avec les réprouvés, sans jamais pouvoir espérer d'en sortir. Je serais contraint à gémir, à sangloter, à frémir, à blasphémer, à brûler et à être tourmenté pendant toute l'éternité... Je pousserais des cris de malédiction sous les coups terribles de la colère divine... Je souffrirais éternellement la faim, la soif, l'horreur des ténèbres; je serais en proie à la rage, au désespoir, aux tortures... Les cachots de l'enfer seraient ma demeure, et la face des damnés, la laideur des démons, ma société... Ah! je déteste mes péchés, ô Jésus, je les hais et les abhorre, et je voudrais avoir souffert tous les maux plutôt que de vous avoir offensé! A l'avenir, confiant en votre appui; je me propose de ne plus vous offenser, de fuir toutes les occasions du péché, et de vous satisfaire par de dignes fruits de pénitence; car je vous aime par-dessus toute chose, et je suis résolu de toujours vous aimer au prix de tous les sacrifices. Seigneur, soyez dans mon esprit et sur ma langue, afin que je déteste et accuse sincèrement tous mes péchés ; soyez aussi dans le cœur et dans l'esprit de votre saint ministre, afin qu'il dirige mon âme selon votre volonté.
Action de grâces après la Confession.
Combien je vous rends grâces, ô mon Jésus, de m'avoir épargné les terribles châtiments que mes fautes méritaient, et que vous m'avez pardonnées avec tant de miséricorde dans ce sacrement. Je m'en repens de nouveau en connaissant que j'ai offensé un Dieu si
bon, un Dieu qui mérite un amour infini. Ah! Jésus, suppléez, par votre extrême charité, aux oublis que j'ai pu commettre dans cette occasion et dans d'autres semblables. Votre sang vous demande grâce pour moi, ce sang que vous avez versé en si grande abondance dans la circoncision, au jardin des Olives, au tribunal et sur la croix, lorsque vous vous chargeâtes du fardeau de mes péchés pour en obtenir la rémission. Les mérites de votre divine mère Marie vous supplient aussi,... les mérites de cette très-sainte Mère, qui fut toujours pour votre cœur l'objet d'une spéciale tendresse et d'une singulière complaisance... Ayez égard aux tourments, aux fatigues, aux peines qu'elle a éprouvés pour votre amour; et en vue d'elle, ayez pitié de moi qui suis aussi son fils. En pénitence et satisfaction de toutes les fautes que j'ai commises, je m'offre pour souffrir toutes les tribulations qu'il vous plaira de m'envoyer. Que vous m'envoyiez des ennuis, des douleurs, des infirmités, des persécutions, je suis prêt à tout souffrir en expiation de mes péchés. Vierge sainte, anges et saints du ciel, je vous remercie de votre assistance, et je vous prie de remercier pour moi le Seigneur, à cause de son immense miséricorde, et de m'obtenir la fermeté et la constance dans mes résolutions.
Que toutes ces choses, âme pieuse, vous portent à désirer avec ardeur de recevoir fréquemment Jésus- Christ dans la sainte Communion, Désirez de vous nourrir souvent de ce pain céleste ; et, renonçant aux biens trompeurs de cette terre, dites avec saint Ignace :
Je n'ambitionne point les plaisirs vains et passagers de ce monde; je ne désire que le pain céleste, le pain d'un Dieu, le pain de vie, la chair de Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant; je ne désire que ce sang, qui est une essence d'amour et un extrait de vie éternelle.
Vous devez, âme pieuse, vous écrier aussi en vousmême : Non voluptates hajus mundi desidero, sed panem Dei, panem cœlestem, panem vitœ, qui est car o Jesu Christi Filii Dei vivi, et potum volo sanguinem ejus, qui est dilectio incorruptibilis et vita œterna. Je méprise les délices, les richesses et les beautés que le monde donne à ses partisans. Je ne désire que de recevoir mon Jésus, qui est le délice des anges , un trésor inépuisable de richesse et une fleur de toute beauté. Je n'aspire qu'à participer à ce corps glorieux qui, par la splendeur de sa face, porte la joie dans le paradis; à ce sang qui fut répandu pour moi; à cette âme qui défaillit pour mon amour sur la croix; à cette divinité qui est la source de tout bien. Gibus meus Christus est, et ego ejus, comme dit saint Bernard (Serm. 71, in Gant). Je me nourris en Jésus-Christ, et Jésus-Christ se nourrit en moi.