LE CERVEAV DE L HOMME
définir : la réponse par un acte aux excitations du monde extérieur. Les énergies de la nature, qui aous baignent de toutes parts, sont, en eifet, la véritable source de notre propre force : elles entrent en aous sous forme de vibration nerveuse, par nos nerfs sensitifs, et nous les restituons au milieu ambianC par la voie de nos nerfs moteurs qui font se contracter nos* muscles, gesticuler nos membres, parkr aotre larynx, écrire notre main.
Le liteu précis où la sensation se change en mo«L- Tement, où Tondulation nerveuse venue du dehors se réâécàit et devient centrifuge, c'estt la cellule cérébrale, p^int culminant des trois règnes de la nature, lieu précis où Psyché s^ncame.
Or, ce manteau de substance grîse «qui recouvre les hémisphères est constellé de ces «eellules qu'en raison de leur forme on appell«e pyramidales, et qui s'y pressent^ aussi nombreuses que les étoiles à la voûte iioctiu*ne.
YoÂei l'image de leur forme et de leur disposî*tion (£g. 3).
Triangulaire, écornée, cheveltte, k grande ' cellule nerveuse de ï-éc&rce cérélirale est munie de prolongements disposés suivant un ordre constant ,:
1. Sa grandeur est, comme on pense bien, relative : elle ne dépasse pas SO à 100 millièmes d'un millimètre, pour le oorp« mâvfee de la eellnle, car le tube Jiery«ux qu'elle •émet, quand il ya, par exeniple, du sommet du cerveau jusqu'à la partie inférieure de la moelle épinîëre, est long de près d'un
être.
prolongements latéraux (/?, /), prolongements de tête (jy, /?), prolongement ou tube nerveux (f, n). Ce dernier filament, que la cellule émet vers le milieu de sa base, est précisément celui que nous avons vu tout à l'heure (fig. 2) descendre dans la substance blanche, passer du côté gauche au côté droit ou réciproquement, et s'en aller d'une venue jusqu'à la corne antérieure de la moelle épinière, d'où il repart sous la forme d'un nerf moteur. Quant au prolongement de tête (/?, p)^ prolongement protoplasmique y pour employer le mot technique, il est beaucoup plus court : il ne dépasse pas quelques centièmes d*un millimètre. C'est à proximité des arborisations de son panache que vient mourir l'épanouissement terminal du tube nerveux sensitif (n, s) qui apporte au cerveau les vibrations, les sensations communiquées par le monde ambiant.
Au moyen de cet appareil, dont j'ai tenu à mettre sous les yeux de mon lecteur le rouage le plus intime et plus délicat, notre cerveau transforme ses sensations en actes : c'est le mécanisme réflexe, celui de nos actions promptes et irréfléchies, celui de nos élans immédiats, de nos colères, de nos brutalités.
Mais le cerveau de l'homme n'est un organe noble, il ne domine la nature entière que parce qu'il sait refréner ces réflexes, différer ces désirs, ralentir ces impulsions, et, comme disait Brown-Séquard, les inhiber» C'est que notre substance grise est par-
Fia. 3. — SCB<MA d'une ORAWDB CBLLULB PTRAMIDALI DB L*iC0RCI cilléBRALB.
e, corps de la cellale. — p, p, prolongement de tête, cellolipète. — t, a, tube nerveux, rcllulifuge, qui se prolonge, d'une Tenue jusque dans la moelle épinière. — 6, fibres collatérales. -~ n, s, tube neryeuz sensitif apportant du dehors les stimuli externes.
dessus tout un oi^oe d'assocUtion , de comparaison, de jugement*
Reprenons notre image. La cellule nerveuse n'a pas que son prolongement de tête et son tube nerveux : elle a ses prolongements latéraux {p^ /) et ses fibres collatérales (b) dont le rôle est de prendre contact, d^une manière intermittente, avec les émanations des cellules voisines, avec les neurones *■ voisins. Rien de plus curieux que la façon dont ce contact s'établit et prend fin.
Les belles recherches de l'Italien Golgi et surtout celles de l'Espagnol Ramon y Cajal ont nettement montré que le neurone constitue une individualité distincte, sans relation de continuité avec ses congénères. Une cellule et ses prolongements n'affectent, avec les prolongements des cellules environnantes, que des relations de contiguïté. L'onde nerveuse ne se transmet que par contact. Or, — voyez l'importance philosophique de ces notions d'anatomie, — ce contact n'est pas constant. Semblable à ces amibes qui étendent des bras hors de leur masse cellulaire et qui les ramènent en elle, la cellule cérébrale a le pouvoir d'ériger ses tentacules dans les moments de vitalité haute, de les pousser jusqu'au contact des tentacules d'une voisine, ou, au contraire, de les rétracter légèrement, de se
t. On «|>f>elle meurone Tensemble ««Mmtitvé par la •oftUale et ses prolongements.
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reprendre un peu, aux JMsres de fatigue, de i^e|»o&, de so«iD«il ^.
Et c'est ici le mécaniame de raBsoclation d'images et d'idées.
Supposons le cerveau d'iuihorane sain, vigoureux, équilibré, normal. Une sensation vieati lui, toujours accotmpagnëe de iDoaveBiairt, de (tendance à l'acte. Par exemple, uj»e somme importante est Ik qu'il peut s'approtprier d'un geste. Mais la vibration nerveuse sensitive, se traaametULOt ptar les collatérales, va se propageant de nenrcHie à /neurone, éveillant au passage des représentations mentales anciennes, qui anessuscitent^ entrent en scène, viennent en comparaison. Désormais, l'image de la proie désirable B -est phis seule snr k théâtre de la conscieufce : ¥oici qoe se présentent, pour liBtter et la vaifiicre, ridée calmante du gendarme, celle d'un Dieu vengeur, voire des sentiments plus délicats encore s'il s'agit d'une âme affinée. La délibération s'établit; le bien, s*il est plus ibrt, triomphera du mal. Il en triomphera « vite chez un être tout à fait sain et dès longtemps accoutumé à délester le vol, qu'il ne
1. A vrai dire ces mouTements des prolongements cellalaires n*ont pas été directement obseryés. Ce n'est donc là qu'une hypothèse, mais une faypothÀse très rraîsemblable. En tous cas, ce qui est certain de certitude scientifique, c'est que le libre passage de courant neryeux d'un neurone à un autre, l'interrompt à certains moments et reprend à d'autres. S'il n'y a pas réelle oétractatioii des fibres collatérales, il 7 a au moins mauTaise conduction (hypothèse de Branly).
prendra même pas conscience de cette délibération.
Mais s'il s'agit d*un cerveau épuisé, dont les neurones ont perdu leur souplesse de mouvements par inertie habituelle et dont l'activité vitale est viciée par une maladie héritée ou acquise, comment la comparaison se ferait-elle entre Timage tentatrice et les images susceptibles de lui servir de frein ? A l'appel sensitif, les collatérales paralysées ne peuvent pas étendre leurs tentacules au contact des collatérales prochaines ; Tonde nerveuse ne se diffuse pas ; les notions salutaires déposées dans l'esprit par l'éducation n'entreront pas en lutte avec l'impulsion.
Songez que la sensation est une force, une énergie qui tend à s'accomplir, à devenir un acte ; puisque rien ne l'entrave, elle s'accomplit donc. L'argent est là, promettant mille joies; leur représentation mentale, toute seule, occupe le champ de la conscience. Tout le reste du cerveau dort. C'est l'idée (ixe. La béte humaine, que rien n'entrave, étend les griffes, saisit la proie... et le crime est commis. N'entrevoyez-vous pas déjà sur quelles bas^s précises, anatomiques, nous pouvons établir notre psychologie du crime, et de quelle importance pour l'iniégrité du vouloir est le libre fonctionnement de la cellule cérébrale et de ses dépendances?
En elle réside, en effet, la faculté fondamentale d'où dépend tout le reste, la Mémoire.