‹ L'âme du criminel (volume 2)Chapitre 14 sur 39 · LE CERVEAU DE L*HOMMB · texte numérisé non relu

LE CERVEAU DE L*HOMMB

Ce qu'il y a vraiment d'essentiel, de cardinal en physiologie cérébrale, ce qui constitue TAme à proprement parler, c'est la propriété dont est douée la cellule pyramidale de l'écorce grise de garder les images à l'état de sommeil, et de les faire s'éveiller, sous rinfluence d'une stimulation externe, d'une circulation plus vive, ou d'une propagation d'onde nerveuse d'un groupe de cellules à un groupe voisin. Tout découle de ce pouvoir, évidemment assez mystérieux, pas plus mystérieux pourtant que l'éternel inconnaissable où notre esprit se heurte constamment.

Or, ce que la recherche scientifique nous a appris sur la mémoire, c'est que l'intégrité de cette faculté est indissolublement liée à l'intégrité même de la cellule cérébrale. Qu'une hémorragie limitée ou un foyer de ramollissement viennent à détruire le territoire où se localise l'audition des mots de notre langue maternelle (v. fig. 1, A'), et désormais ces mots nous seront étrangers. La grande zone A,, qui nous sert à entendre les sons en général, ne percevra plus les syllabes que comme des bruits dénués de sens, et, de nouveau, il nous faudra apprendre le français tout comme une langue inconnue. Quand notre cerveau s'appauvrît après de longues maladies ou dans les cas, certes fréquents, d'épuisement nerveux neurasthénique, la mémoire devient confuse, et nous cherchons sans les trouver les dates, les chiffres les plus familiers, et jusqu'au nom de nos meilleurs

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amis. Sofomes-nons, an conlfaire, dans un de ces moments àe vitaUté haute o« lui sang généreux ck*cule vivenent dans mon artères cérébrales, les -sotiventrs affluent en fonle «et le verbe abondant me demande qu'à les tradaire. Variable au gré des instabilités de notre nutrition, notre mémoire est ce que la fait notre vitalité momentanée : elle n'est rien qu'une fonction cellulaii*e.

domment concilier ce fait indisculnble avec fat vieille tendance au dualisme, à la distinction entre le corps et TAme, entre 1* esprit et la matière ? Je ne sais rien de plus artificiel, de plus contraire à tout «e que Ton connaît, et cependant la morale •du monde, réducation, ia justice, tonte rorganisation socûie moderne reposent sur ce malentendB.

Le jour où Pasteu* prit séance à TAcadémie fran* çaise, Renan, chai^ <de le recevoir, «ntre autres paroles profondes, prononça celle-ci : « Vous vous servez de deux mots, dont, pour ma part, je ne me sers jamais, matérialisme «t spiritnalisfl»e. Le but da monde, c'est l'idiée ; mais je ne connais pas de cas où rid-ée se soit produite sans matière, je ne «oaanais pas d'esprit pur, ni d'ecuvre d'esprit pur.... » Et c'est bien là oe qu'il faut dire. L'antique o^K>sitk>n du physique avec le moral, de la bête et de l'âme, n'est hien intelligible qu'au sens anat»miqué. Ce '&QTA là deux manières d'être 4'nn même ii»rgane, Ja cellule Jkerveuse. Quand la bète domine en no>us« c'est iqu'un puissant disir, ou pour parler pAiysiolo-

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giquement, «lae véhémente vibration nerveuse sensitive, venue jusqu'à récorce ^rise, s'y réfléchit immédiateBMnt en acte, avant 4}ue ies callatérales aient eu le temps de mettre en éveîi les régions avoisiftantea. Et, quand TàiBe triomphe de nos mauvais instincts, c'est que la vibration s'est diffusée, allant ressusciter dans toute la substance grise les Botions utiles au bien commun, ies idées sages et les apaisaates iMages mises en nous par xios éducateurs.

l«a sauvagerie impulsive, c'est une onde nerveuse qui s'écoule en longueur;; ia raison dominatrice c'est la même énei;gie qui s'étale en surface. La béte, «'est ie réflexe aveugle avec oubli de tout; l'âme^ c'est le libre jeu des collatérales et des fibres d'association^ c'est la comparaison, le jugement, l'expérience« et, pour tout dire d'un mot, la mémoire. «C'est le total de nos sensations passées, reconnais- .sant une sensation jMuve, profitant de sa force vive, et lui apportant en échange la modération, la civilisation, tout ce que nos pères nommaient politesse et honnêteté.

Qu'on veuille bien le remarquer : ce ne sont pas ici de vagues théories, de hasardieusesliypotfeèses, œaîs de bons faits d'anatomie, partout vérifiés par les maîtres du genre. Ces ftnts, on peut les ignorer, mais, une fois qu'on ies «connaît, qui pourrait en nier llmportaiice psychologique? Ils nous «ondtnsent, non point, comme on »e manquera pas de le dire, à

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Tadoption du plus grossier matérialisme *, mais au rejet de la conception dualiste, admettant l'existence d'une âme libre, indépendante, extérieure et supérieure à la fonction cérébrale.

Bon gré mal gré, tout ce que nous savons nous contraint à admettre comme totale et absolue Tincarnation de Tesprit dans le corps. Ils subissent un sort commun, et rien jamais ne les différencie de ce qui peut tomber sous l'observation scientifique.

Dans l'aliénation mentale, dans la paralysie générale, la dissociation anàtomique de l'écorce grise par l'évolution progressive du mal s'accompagne fatalement d'une dissolution parallèlement progressive de 'intellect : l'atrophie, la rupture des collatérales et des fibres d'association comportent inévitablement l'impossibilité de comparer, de juger, de vouloir. Peu à peu, et uniquement par déchéance vitale, par dénutrition profonde de ses cellules cérébrales et de leurs tentacules, un paralytique général perd son âme, ou, si vous aimez mieux, les facultés de son âme, si bien que, vers la fin, il ne lui en reste que le

1. En dépit de sa banalité, l'épîthète grossier me parait devoir s'appliquer au mot matérialisme, la science moderne n*ayant aucun motif plausible de croire à la réalité objective de la matière. L'homme sait bien qu'il vit baigné dans un océan de sensations, de vibrations, de mouvements, venus du monde extérieur, et affectant sa vue, son ouïe, son odorat, son goût ou son toucher; mais rien d'autre ne vient jusqu'à sa connaissance, et l'existence réelle de la matière n'est qu'une hypothèse à jamais invérifiable.

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