DESCRIPTION ET SITUATION DE LA VILLE PAGODES, CITADELLE
La ville de Battambang, chef-lieu de la province, s’étend sur les deux rives du Sang-Ké, sur une longueur de quatre à cinq kilomètres.
Le mouvement et la vie sont concentrés autour du fleuve sur les berges duquel se pressent les cases, semées de la façon la plus pittoresque au milieu des cocotiers et des bambous ; à cent mètres de chaque rive commencent les rizières qui couvrent la plus grande partie du pays. Peu de maisons en briques, sauf dans le quartier du marché et dans les environs de la citadelle.
En remontant la rivière on rencontre à 12 kilomètres environ du centre de la ville, la douane, et tout près de là les deux fortins qui ont fait l’objet d’un article du récent traité avec le Siam. Les principaux édifices de la ville sont les pagodes et la citadelle.
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Des pagodes, pas grand’chose à dire, sinon qu’elles sont toutes de construction récente et sans aucun cachet artistique. Les principales sont Wât Balat, Wât Sophi, Wât Sang-Ivé, Wât Po, Wât Yéal sur la rive droite ; Wât Romdal, Wât Paphit, Wât Tam may sa (de l’Éléphant blanc) sur la rive gauche 4.
C’est dans la Wât Sang-Ké que se célèbre tous les ans au commencement de la baisse des eaux, c’està-dire au mois d’octobre, la cérémonie de « l’eau du serment ». Le gouverneur, suivi des principaux mandarins de la province, se rend à la pagode, où le chef des bonzes bénit solennellement en leur présence une cuve pleine d’eau recueillie dans la grotte du Banone 1 ; tous les assistants en boivent quelques gouttes et prêtent serment de fidélité au roi de Siam. Les mandarins qui ne peuvent pas assister à la cérémonie doivent envoyer un représentant qui leur rapporte l’eau sacrée ; de même qu’à Madagascar, lors de la cérémonie du « Fondroana », chaque gouverneur de province reçoit une urne pleine de l’eau du « Bain de la Reine »...
Il y a plus de quarante pagodes à Battambang ; les bonzes y sont donc très nombreux et y exercent une grande influence. Cela tient surtout à ce que presque tous les jeunes gens, surtout les fils de mandarins, sont
i. Cette grotte sacrée, jadis remplie de Bouddhas, est située dans la colline du Banone que surmontent quelques ruines Kmères ; avec les restes d’un pont de 32 arcades fait de pierres sans ciment, qui permettait à la route royale d’Angkor au Siam de franchir un important arroyo, les ruines de Banone sont les seules traces actuelles de la civilisation Kinère dans la province de Battambang.
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tenus vers l’âge de dix-huit ans, de passer six mois ou un an dans une bonzerie ; pendant ce temps ils sont astreints à toutes les règles de la vie des bonzes. Or, ces règles sont fort étroites, surtout en ce qui concerne le vœu de chasteté ; peu de prêtres cambodgiens y manquent, et les peines les plus sévères sont édictées contre les délinquants. L’ancienne loi cambodgienne allait même jusqu’à prescrire la peine de mort, mais elle n’est plus appliquée aujourd’hui.
La partie la plus animée de la ville est le marché. C’est là que se trouvent les jeux des trente-six bêtes, du bacouan, et des douze bêtes; les fermes de l’opium, de l’alcool de riz, les magasins chinois et hindous, etc. Une foule considérable s’y presse, surtout dans la matinée, de six à neuf heures, et l’après-midi, de trois à cinq heures.
La citadelle est à l’extrémité sud de la ville, sur la rive gauche du Sang-Ké. — Le mur d’enceinte, dont le développement est d’environ 1 5oo mètres, a la forme d’un carré, flanqué de quatre petits bastions.
Les murs n’ont pas plus de 4 mètres de haut sur 5o centimètres d’épaisseur, et ne pourraient présenter une résistance bien sérieuse ; comme armement, la citadelle possède 4 gros canons-bouche placés en face de chaque porte. Ces canons ont été vendus à un gouverneur par l’ancienne Compagnie des Indes, il y a plus de cinquante ans : c’est donner une idée de leur valeur. D’après des renseignements, à la vérité un peu incertains, il y aurait une soixantaine de petits canons-bouche (11 seulement sont visibles, près de