‹ L'âme du voyageurChapitre 28 sur 41 · DU TÜ.VKIN AU Y U A > A N · texte numérisé non relu

DU TÜ.VKIN AU Y U A > A N

éprouver la vérité, c’est tout autre chose. Il ne nous reste qu’à parlementer. D’abord on ne nous écoute pas ; mais quand, pour la seconde fois, nous sortons le métal tentateur, on semble se radoucir un peu ; nous arrivons à comprendre qu’on nous donnera quelque aliment, mais qu’il faudra partir aussitôt après. Voilà une première concession obtenue, ce n’est pas encore assez. A. ce moment une idée de génie, subitement germée dans le cerveau de Sao, vient nous tirer complètement d'affaire et fait de nos assaillants, sinon des amis, du moins des neutres. Tandis que nous déblayons la cour pour faire un peu de feu, mon boy a l’inspiration de tracer avec son doigt des caractères chinois sur le sable. Ce qu’on ne pouvait arriver à faire comprendre, on l’écrit. La cour est transformée en une grande ardoise, sur laquelle Sao et le chef tour à tour se parlent. Les fusils, dont les canons continuaient à me regarder d’une manière inquiétante, sont relevés, et j’ai l’explication de ce qui s’est passé. La vieille propriétaire avait envoyé sa fille prévenir le village que des pirates avaient envahi sa demeure. On était venu la défendre, et par un quiproquo qui eût pu mal tourner, nous nous étions mutuellement pris pour des bandits. Tout s’arrange donc. On me donne du riz, du thé et des herbes que je mange avec appétit, quoique encore entouré de plusieurs hommes armés. On me fait ensuite signe de me coucher. Je m’étends, mais ne puis fermer l’œil que lorsque je vois mes nouveaux amis sortir pour rentrer chacun dans leur logis, et je ne suis

Page 1