‹ L'âme du voyageurChapitre 34 sur 41 · SUR L ABYSSINIE ET LE TRANSVAAL · texte numérisé non relu

SUR L ABYSSINIE ET LE TRANSVAAL

où la terre lui semblera trop petite. A moins que son appétit n’ait dépassé scs moyens, qu’en un mot, elle ait eu les yeux plus grands que le ventre, et qu’il ne lui faille rendre des aliments mal digérés. Peut-être est-ce cette préoccupation qui tourmente certains esprits avisés, lorsqu’ils considèrent l’Inde ; d’aucuns, en Angleterre, songent que la domination anglaise aux Indes est assise sur des bases artificielles et n’est pas de toute sécurité ; qu’on y sent d’ailleurs déjà le souille du colosse russe.

A l’égard de leurs ancêtres, au moins du côté paternel, les Yankees ne sont pas toujours aimables ; ils se souviennent des conseils qu’on leur donnait quand ils étaient petits. Au Yénézuéla ils ont eu la main lourde. Le flegme britannique a senti la pression, mais n’a pas marqué le coup.

En Australie souffle aussi un certain vent d’indépendance ; on dit que dans les rues des grandes villes il apporte parfois les accords de la Marseillaise.

Les considérations que je viens d’énumérer, et différentes du même ordre, ont donné à réfléchir à l’Angleterre et l’ont poussée à s’occuper tout spécialement de la côte africaine.

A l’Ouest, la question qui l’intéressait le plus particulièrement, celle de la navigabilité du Niger, se trouva assez facilement résolue. On avait bien jadis employé des arguments ad hominem ; M. Mizon en sait quelque chose.

Pour ce qui regarde l’Est et le Sud de l’Afrique, un vaste projet lentement germé, mûri dans le cer-

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veau de quelques hommes d’État anglais, s’était peu à peu fait jour, et avait apparu, effrayant par sa hardiesse, par la volonté éclatante de manifester l’omnipotence britannique, et aussi par le mépris qu’il devait entraîner de la part de la Grande-Bretagne, de tout ce qui s’opposerait à sa réalisation, fût-ce le mieux établi en droit.

On conçoit facilement les phases d’évolution de l’idée première, et en suivant son développement on assiste en même temps aux actes et aux manœuvres d’une politique dépourvue de scrupules et tendant à un but déterminé.

Il faut d’abord la clef de la route des Indes ; puisqu’on n’a pu, malgré les troubles suscités parmi les travailleurs et dénoncés récemment par M. Charles- Roux, empêcher M. de Lesseps de terminer son canal, on l’achètera.

Le Khédive a besoin d’argent, la cavalerie de Saint- Georges marchera.

Le canal pris, on s’emparera de l’Égypte. Vous avez tous présentes à l’esprit les circonstances à la suite desquelles les troupes anglaises débarquèrent seules en Égypte et, avec le triomphe aisé de Tellel-Kébir, en monopolisèrent les bénéfices.

Jetons un voile sur ce passé douloureux.

La basse Égypte conquise, pour mener à bien le plan, il fallait s’emparer du bassin de la mer Rouge et du Soudan.

D’un côté, Aden était déjà fortifiée au mépris des engagements de ceux qui nous avaient défendu

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d’occuper Cheik-Saïd. (La défense est toujours respectée.)

Pour venir à bout de ses fins, la Grande-Bretagne emploie tout procédé qui lui semble bon.

Contre l’Abyssinie, elle lance son amie l’Italie.

Pour le Soudan, elle signifie à l’Égypte l’ordre de l’abandonner. La tutrice renonce pour sa pupille aux droits que celle-ci avait, afin de la spolier ellemême.

Gordon est sacrifié, on lui refuse les deux cents hommes de renfort qu’il réclame et qui doivent lui suffire à repousser les Derviches.

Et le héros du devoir, avant de mourir, semble avoir une vision de l’au-delà. Comme s’il était déjà entré dans le monde où l’injuste n’existe pas, il sent plus vivement l’odieux du rôle qui lui est imposé, et il flétrit la conduite de son gouvernement, marquant à jamais d’un blâme expressif, dans l’histoire, la politique des hommes d’État de son pays.

Le Soudan étant abandonné, il devait désormais appartenir au premier occupant.

L’Angleterre cherchait néanmoins à s’y créer un droit de préemption par un bail conclu avec le Congo belge. Le plan de la convention anglo-belge, dénoncée par les puissances, dut être abandonné.

C’est en vertu du droit bien établi de Res nullius que le commandant Marchand, chargé par le gouvernement français d’occuper le poste de Fachoda, remplit sa mission avec le succès, avec le courage, avec l’habileté auxquels la France entière a été heureuse

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d’applaudir. Je puis dire que le gouvernement abyssin n’a pas manqué à ses engagements.

Nous sommes tous fiers de Marchand !

Peut-être un jour nous racontera-t-il par quelles épreuves il a passé, quelles difficultés il a rencontrées, quels obstacles il a surmontés.

Vous devrez alors, en connaissance de cause, rendre à son œuvre un hommage supérieur encore à celui que vous lui rendez déjà dans votre simple bon sens de Français et de patriotes.

Le drapeau français planté aux rives du Nil, c’était l’écroulement du plan anglais. Ce ne pouvait être, ce ne devait être, ce n’a pas été. La théorie anglaise a été changée du tout au tout. Les droits de l’Égypte, tantôt répudiés, furent invoqués à nouveau. La légitime suzeraine, la Turquie, fut laissée de côté, et de fait la route se trouva libre au pavillon anglais du Caire aux grands lacs.

Sur la côte orientale, un établissement anglais avait été fondé, par le protectorat de Zanzibar. Nous avions renoncé à nos droits sur cette région, contre la reconnaissance de nos droits sur Madagascar. Nous donnions quelque chose à nous, pour garder quelque chose à nous.

Au sud de l’Afrique , une colonie fondée au xvne siècle, par des Hollandais et des réfugiés français, fut refoulée au nord, au commencement du xixe siècle, par les Anglais. La république d’Orange se constitua.

En i848, devant une nouvelle attaque anglaise

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aussi injuste que la précédente, des Boërs franchirent le Yaal et fondèrent cette république dont l’indépendance était reconnue quatre ans plus tard par le traité de Sand-River. Le président du Transvaal s’appelait alors Prétorius.

Pendant les années qui suivirent, une révolution se produit dans les républiques sud-africaines. Des gisements aurifères sont découverts. Le général Joubert devait, dans une inspiration prophétique, deviner quelle influence aurait pour la vie et la tranquillité de ses compatriotes la rencontre des masses métalliques.

Où l’or apparaissait, il n’y avait plus d’indépendance qui tînt. Le voyageur était sur la route, les Boërs (pour ne pas dire les Bours, qu’on me pardonne un mauvais jeu de mots) devaient devenir Anglais. Telle était la théorie d’outre-Manche. Mais si Albion savait mettre dans ses intérêts le Dieu d’Israël, il s’agissait de savoir si elle aurait une fois de plus l’habilité de confondre son droit avec sa force. La journée de Majuba en décida autrement. La politique anglaise montra alors, dans le revers, la sagesse qu’elle avait su montrer vingt années auparavant, lorsqu’après avoir défait à grands frais d’hommes et d’argent l’empereur Théodoros à Magdala, elle limitait sa marche et ses réclamations.

Elle avait en 1881 Gladstone. Celui-ci n’écrivait-il pas alors : « Nous avons fait tort au Transvaal ; nous lui devons réparation? »

Une convention de 1881 conserva à l’Angleterre

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un protectorat dont ne fit plus mention un traité de i884.

La puissance qui avait éprouvé un échec conservait simplement un droit de veto, durant six mois, pour les traités extérieurs du Transvaal, autres que ceux conclus avec Orange.

Tout fut alors mis en œuvre pour faire échouer la construction du chemin de fer du Transvaal à Lourenço-Marquès. La vaste rade, qu’un arbitrage du maréchal de Mac-Mahon avait su conserver au Portugal, tentait singulièrement l’Angleterre. Admirablement placée sur la route des Indes, face à Madagascar, la haie de Delagoa, en même temps qu’elle pouvait offrir un abri sûr à des flottes entières, se trouvait être en même temps le débouché naturel de considérables gisements de charbon.

L’Europe doit à la fermeté du Portugal d’avoir conservé à l’abri de la griffe britannique ce point qui intéresse toutes les puissances.

Et le Transvaal a eu le mérite de ne pas tomber dans le piège qui lui était tendu pour le désintéresser de la question lorsqu’on lui offrait, plus au sud, un accès à la mer.

Pour comprendre les intentions de l’Angleterre dans ces régions, nous devons revenir à l’idée maîtresse qui la dirigeait. Avec la découverte des gisements aurifères et diamantifères du sud de l’Afrique, se formait, en effet, prenait corps le projet dont l’embryon avait semblé, jusque-là, inspirer la politique anglaise en Afrique.

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Voici le plan : la riche terre d’Egypte, le limon fécond du Nil, seront reliés aux masses métalliques des plateaux boërs. Du nord au sud de l’Afrique, l’agriculture et l’industrie seront ainsi étroitement et commercialement unies, à travers le plus beau champ d’exploitation qui puisse être conçu, sous le pavillon britannique. On dressera, suivant la pittoresque expression de Grosclaude, une colonne vertébrale d’acier au continent noir.

L’idée n’est pas trop vaste pour les cerveaux britanniques, surtout pour les cerveaux britanno- africains.

Sur la masse aurifère des Rands s’est éclose, en une sorte de génération spontanée, comme les larves d’une terre trop grasse , une race d’hommes qui tenant l’or pour foi, pour loi, pour droit, croient toute entreprise permise du moment qu’elle a la fortune pour but.

Ces frères cadets des Anglais, en poussant à l’extrême les théories de leurs aînés, ont obligé ceux-ci à les suivre.

Un homme s’est fait l’apôtre de l’idée ; à la suite de M. Rhodes, ses partisans, comme s’ils étaient éblouis par l’ardeur du métal, ont vu grand partout : grand dans les projets, grand dans les actions, grand dans les compagnies à charte. On a cru qu’il y aurait toujours de l’argent, et qu’avec de l’argent on viendrait à bout de tout. Les échecs momentanés dans diverses tentatives, le bluffage d’une Compagnie qui suspend sans cesse au-dessus de l’Angleterre la me-

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nace d’un effroyable Panama, tout cela était compté pour peu de chose.

« Nous avons de l’argent, disait-on ; forcément les choses s’arrangeront à notre gré. »

On parlait ainsi jusqu’à ce qu’on vînt aux réalités.

Matériellement, la construction de ce chemin de fer ne serait pas, dit-on, chose aisée. Certaines régions de hautes montagnes, au sud des grands lacs, ne pourraient être franchies facilement. Politiquement, il faudrait obtenir le droit de passage sur l’Est- Africain allemand. Et malgré les avantages purement commerciaux et presque politiquement désintéressés qu’a mis en lumière à Berlin M. Rhodes, il ne semble pas que l’empereur soit bien disposé à internationaliser une route qui traverserait son territoire.

Les obstacles les plus sérieux à la réalisation du rêve du Caire au Cap sont l’Abyssinie et le Transvaal,

Non loin de l’océan auquel ils ne touchent pas, les plateaux éthiopiens et boërs, appuyés au bourrelet qui entoure l’Afrique et interrompt, par des seuils, la navigabilité des grands cours d’eau, semblent avoir été placés au nord et au sud comme des rochers imprenables, contre lesquels viendront impitoyablement se briser les flots du courant anglais.

Les habitants sont bien différents.

En Ethiopie, ce sont des noirs, d’origine indoeuropéenne, il est vrai, des guerriers qui, pendant plus de mille quatre cents ans, ont su défendre leur foi et sauvegarder leur indépendance au milieu des

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remous des guerres ou des invasions qui ont ensanglanté l’Afrique du Nord.

Au Transvaal, des pasteurs, des colons hollandais et français venus il y a deux siècles; race solide, d’autant plus attachée au sol qu’elle défend qu’elle vient plus récemment de l’arracher à la barbarie, qu’elle l’a fécondé d’un sang encore plus chaud, qu’elle a plus présentes à l’esprit les luttes et les souffrances communes dont l’ensemble forme l’apanage des traditions nationales.

Rien donc de commun entre ces deux peuples séparés par des millions de kilomètres ! Si pourtant : la foi en Dieu et la conscience de son droit. La Bible et la Patrie !

Lorsqu’un voyageur novice remarque chez un peuple un instrument ressemblant à un autre qu’il a vu chez un autre peuple, il est d’abord tenté d’en tirer des conclusions de communications ou de traditions communes. Il n’en est souvent rien.

Ce n’est que coïncidence. On doit avoir présente à ¥ l’esprit cette loi ethnique : « Dans les milieux analogues, les hommes se servent de moyens analogues pour arriver à des résultats analogues. »

Ce que je viens de dire peut parfaitement s’appliquer à l’Abyssinie et au Transvaal.

L’Italie a fait la guerre à l’Abyssinie. Elle l’a déclarée à la suite d’une discussion sur l’interprétation d’une clause d’un traité.

L’Italie avait fourni auparavant beaucoup d’armes a l’Abyssinie.

G ONFÉRENCE

Elle avait aussi arrosé de ses fonds secrets quelques bons fonctionnaires éthiopiens qui s’empressaient d’en informer l’empereur, et de verser ces pots-de-vin à une caisse militaire.

Un ministère italien désirait beaucoup une victoire.

Un général montra une certaine impéritie. Les Abyssins semblent avoir attiré les Italiens dans les défilés qui mènent à leurs plateaux.

Les assaillants se trouvaient en plusieurs colonnes qui furent battues les unes après les autres sans s’être entre-secourues.

Enfin un Français, M. Chefneu (j’aurai occasion d’en reparler), avait annoncé la défaite italienne.

Changez les noms ; vous avez sauté trois mille kilomètres, et vous vous trouverez sur les plateaux boërs.

Etait aussi singulièrement renseigné M. Grosclaude lorsqu’il disait, le 2 février 1899, c’est-à-dire quelques mois avant la déclaration de guerre :

« Il (le chemin de fer de Lourenço-Marquès au Transvaal) a d’ailleurs transporté depuis lors, sur divers points du territoire, des armements considérables venus d’Europe et qui garantissent aujourd’hui la sécurité de cette vaillante République contre les convoitises d’alentour. »

Il n eût peut-être pas fallu beaucoup de fonds secrets à lord Salisbury pour avoir ce document.

Messieurs, j’ai essayé de vous indiquer aussi brièvement que possible, en négligeant des questions pour-

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lant de la plus haute importance, comme celle du Congo belge, quel était le but de la politique anglaise en Afrique pendant ces dernières années et à quels obstacles elle pouvait se heurter.

Je n’ai presque parlé que de l’Angleterre, car c’est à ses aspirations que sont dus les principaux conflits dont le continent noir vient d’être et est encore le théâtre.

Le rêve anglais s’accomplira-t-il?

La dernière partie s’engage en ce moment.

Ce n’est plus de politique ténébreuse ou d’insinuations qu’il s’agit. Les cartes sont retournées, nous connaissons les besoins de l’Angleterre, ses appétits énormes ; les nécessités de son commerce nous apparaissent.

Les théories impérialistes avec leurs dangers pour nous, et peut-être aussi pour leurs promoteurs euxmêmes, avec l’obligation de la main-mise sur la domination du monde, sont dévoilées. On reconnaît déjà un peu tard la puissance que donne à celui qui la possède la gigantesque toile d’araignée étendue sur les mers, et dont la trame est faite des câbles télégraphiques.

Des gens avisés songent déjà qu’en se battant pour leur patrie les Boërs combattent pour nous tous, car ils défendent contre les envahisseurs la cause de la liberté et du droit des nations.

Nous avons le droit et le devoir de nous préoccuper de l’issue de la lutte. Quelle qu’elle soit, il est évident que la durée même et les conditions de la résistance

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opposée jusqu’à maiutenant par les Boërs à l'envahissement de leurs plateaux, sont des considérations qui doivent singulièrement grandir à nos yeux l’importance de l’Abyssinie et attirer notre attention plus que jamais sur cette contrée.

Il serait long, et je n’ai pas cette prétention, de vous décrire ici en quelques mots l’Abyssinie, dont je ne connais d’ailleurs qu’une faible partie.

Voici ce que je vais vous proposer.

Je vous invite à faire avec moi le voyage de Djibouti, possession française, jusqu’à Addis-Ababa, capitale des Etats du Négus Ménélick.

Quelques mots vous permettront peut-être de vous faire une opinion, si rapidement puisse-t-elle se former, des régions que nous traversons et de ses habitants.

L’Abyssinie s’étend sur une superficie supérieure à celle de la France. Le plateau offre assez l’aspect d’une carte en relief renversée, c’est-à-dire que les grandes profondeurs remplacent ce qui en d’autres pays serait de grandes hauteurs.

L’altitude moyenne est de 800 à 1 000 mètres. Le climat est tempéré et sain. La population, d’origine très variée, semble se rattacher à deux races principales : la race ambarique et la race galla.

Le type dominant, coloration à part, a le caractère européen . On retrouve fréquemment des traits sémites et arabes.

On évalue généralement le chiffre de la population à une dizaine de millions d’habitants, capable de

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fournir en cas de guerre facilement 3oo ooo soldats, lesquels seraient actuellement armés de fusils à tir rapide. Les Abyssins possèdent plus de 5oo ooo fusils de guerre. Ceci est une considération qui a son importance, lorsqu’on se demande de quel poids pourrait peser le facteur éthiopien dans la balance de la politique africaine.

Il ne faut pas oublier qu’en 1868, lord Napier n’avait affaire qu’à 60 ooo hommes de Théodoros, mal armés, et que le succès de Magdala coûta un prix excessivement élevé pour l’époque.

De plus récentes expériences ont appris qu’on ne se frottait pas impunément aux soldats de Ménélick.

Le gouvernement est féodal ; le pays est divisé en provinces gouvernées par des ras qui forment le Conseil de l’Empire. Au-dessus, le Négus, qui a souvent fort à faire pour mettre à la raison ses vassaux.

L’esclavage est aboli, et la féodalité abyssine n’est pas contraire aux aspirations de la démocratie.

Je me souviens d’avoir trouvé le salaire, demandé par un homme à Addis-Ababa, trop élevé ; et comme je lui faisais remarquer que chez l’empereur il n’en recevait pas le quart : « Chez vous, me fut-il répondu, je ne puis arriver à rien. En travaillant chez l’empereur, je puis devenir dedjaz (général) et même ras (gouverneur). »

La religion abyssine est chrétienne ; c’est un schisme importé au ive siècle. Un évêque nommé Abouna est donné ou plutôt cédé moyennant finances à l’Abys-

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sinie par le patriarche d’Alexandrie. Son rôle semble plutôt figuratif et on ne peut prévoir le temps où l’importation de ce personnage ne semblera pas indispensable.

A côté de lui, un clergé séculier et des moines abyssins.

Je voudrais vous dire deux mots du caractère abyssin et de l’opinion qu’il donne à ceux qui ont à le juger.

Je ne crois pas mieux faire que de vous répéter ce quej’écrivais l’été de 1898 à Harrar :

« En rentrant chez moi, je me remémore ce que je viens de voir et je me demande si mes impressions me donnent un juste sentiment de ce qu’est le peuple abyssin. Tant de voyageurs français viennent de redescendre tous plus ou moins désillusionnés sur le compte de l’Abyssinie et des Abyssins, que je suis à me demander si je ne fais pas erreur en persistant dans l’opinion que je me suis faite l’an dernier. Pour voir juste, à moins de rester dans une impartialité rare, il ne faut pas que l’objet à juger soit pour vous un sujet quelconque de mécontentement. Or, ils sont mécontents ceuxqu i espéraient trouver ici monts et merveilles et qui n’ont rien obtenu ; mécontents, ceux qui ont eu à se plaindre de leurs domestiques ; mécontents, ceux qui avaient pensé voir dans le peuple abyssin une nation arrivée déjà à un même haut point de civilisât n que nous, et qui se sont aperçus qu’ils s’étaient trompés. Ils ont voulu coûte que coûte établir des comparaisons ; ils ont oublié qu’en mettant le

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pied sur le plateau d’Éthiopie, on recule de plusieurs siècles ; voyant qu’ils s’étaient trompés, ils ont passé d’un extrême à l’autre. Pour eux, les Abyssins sont sur le même rang que les nègres de l’Afrique ; où il y a un abîme, ils n’ont vu qu’un pas à franchir.

w Les désillusionnés ont demandé ce qu’ils ne pouvaient avoir, ont cherché ce qu’ils ne pouvaient trouver ; et au lieu de s’en prendre à eux-mêmes de n’avoir pas réussi dans leurs vœux, ils s’en sont pris à leur objectif.

» Que de gens qui, préoccupés seulement des intérêts matériels, croient que la force vitale d’un peuple ne se juge qu’à sa production, et oublient que son énergie se dénote aussi par la hauteur de ses sentiments, par sa foi, par son courage. On reproche à l’Abyssinie de vouloir rester trop fermée à son peuple, de repousser trop obstinément l’invasion des étrangers, de trop dédaigner les bienfaits de la civilisation, de s’acharner avec trop de ténacité à défendre ses croyances et son sol. Voilà une longue suite de siècles que la petite race abyssine se maintient sur ses plateaux, comme sur une île au milieu de l’océan musulman, et a su conserver sa foi intacte et garder sa liberté.

» A sa place, je serais fière du reproche qui m’est fait. Tôt ou tard, l’Abyssinie sera prise par la civilisation, elle n’échappera pas au courant devant qui rien ne résiste ; elle subira l’invasion des civilisés, j’allais dire des barbares. Sera-ce un bien pour elle? Dieu le sait.

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» En tout cas, on ne pourra lui reprocher de s’être livrée aux premiers venus d’Europe ; elle aura sauvegardé sa pudeur et sa fierté !

» Pour ma part, j’avoue que dans ces temps de veulerie, où nous voyons de vieux peuples regarder, avec une indifférence qu’on n’eût pas connue jadis, leurs frères par le sang ou par la foi lutter pour leur indépendance, pour leurs croyances ou pour leur droit, je continue à éprouver un certain sentiment d’admiration pour ces fils de Gham, comme on appelle parfois les Abyssins, qui veulent rester ce qu’ils ont été et ce qu’ils sont, maîtres chez eux. »

L’Abyssinie se trouve entourée de tous côtés de régions basses, chaudes, généralement infertiles. Les principaux débouchés à la mer sont dans la colonie italienne de l’Erythrée, au protectorat français de la côte des Somalis et aux possessions anglaises de Zeïla et de Berbera.

SUR l’ ABYSSINIE ET LE TRANSVAAL

PHOTOGRAPHIES DE M«* LE PRINCE HENRI D’ORLÉANS COMMENTAIRES SUR LES PHOTOGRAPHIES.

1 Djibouti, février 1897.

4 Djibouti et ses environs, mars

5 Djibouti et ses environs, mars

6 Djibouti et ses environs, mars

7 Djibouti (Maison de M. La-

garde), 1898.

8 A Zeïla, 1898.

9 Tadjourah, 1898. (

11 Camp à Bayadé, 2 mars 1897. /

12 A Bayadé, 3 mars 1897. )

13 Femmes somalis à Bayadé, \

3 mars 1897. (

14 Cuissot de mouton, 4 mars 1897. |

1 b Danses somalis à Bijo-Kaboba. \

16 Danses somalis à Bijo-Kaboba. j

17 Moutons avant Bijo-Kaboba. )

18 Eau à Bijo-Kaboba, 9 mars 1897. ]

19 Hyène strychinée, Bijo-Kaboba. )

20 Antilopes et chacals, Bijo-Ka- >

boba, avant Harrar. )

21 Nos camps à Degadgo. |

22 A Biobahey, 1 2 juillet 1897. j

23 A Biobahey, 12 juillet 1897. )

Charge et ennuis des chameaux. — Habitants de Djibouti. — Vue de la ville. — Palais du gouverneur.

Zeïla. — Petit .nombre de fonctionnaires (un fonctionnaire, un secrétaire), 60 hommes de troupe. — Rapport annuel. — Coût de Djibouti.

Tadjourah. — Ambabo. — Sagallo. — Eau. — Culture.

Montée du désert. — Bayadé. — Un Kalam. — Ce n’est pas seulement avec les chameaux qu’on a des difficultés.

Au camp on prépare le feu.

Les réconciliations. — On a bien marché. — Fêtes. — Borama-Bororomsi.

— Le chant guerrier.

La route.

Les distractions de la route. — Chasse à l’hyène. — Gazelles.

La route.

Biobahey. — En été, les puits à eau.

— Les troupeaux. — Voici les lions.

— Un de tué.

La route.

24 A Guérésalé, 10 juillet 1897.

CONFERENCE

213 M. de Léonlieff à Compolcha, 7 juillet 1897.

26 Descente de M. de Léontieff,

27 A Harrar, mars 1897.

28 — 18 juillet 1898.

29 — 2-4 juillet 1898.

32 A Harrar. Entrée du ras Ma- )

konnen, 1898. )

33 Les Sénégalais à la porte du )

Choa, 1898. )

34 Femmes à Uorabilé, 27 mars \

35 Porte auprès de Galloubi, 27 )

mars 1 897. I

36 A Uorabilé. J

37 Notre camp à Chola, 31 mars, f

38 A Chola (Couni). Camp des f

télégraphistes. )

39 ATadeciamalka.— Chefs Adals, (

avril. )

40 A Bourachi, 8 avril.

41 Chevaux à Bourca (avant Bal-

chi, à 6 jours d’Addis-Ababaj.

42 Auprès de Ciaffé-Dezzia.

43 Notre camp à Ciaffé-Dezzia,

9 avril.

Sur le plateau. — L’approche de Harrar.

— Les plateaux de Compolcha. — La fertilité succédant à l aridité des pays bas.

L’arbre des adieux.

Palais du ras Makonnen. — Les queues d’éléphant. — Les lions de pierre.

— Le ras lui-même, héros aux traits fins, cousin de l’empereur. — A Ambala-Aghi, à Adoua. — Sa modestie. — Rue de Harrar. — Femmes et race harrari.

Entrée du ras Makonnen d’une expédition aux Beni-Chongoul : « Avec la grâce de Dieu et l’eau, nous nous en sommes tirés. »

Campement de Sénégalais.

Sur le plateau après Harrar. — Femmes Gallas.

Poste douanier. — La première 'porte.

Paysages et campements au Choa.

On redescend pour passer l’Aouaches.

— La végétation redevient celle des pays chauds. — La population change aussi. — Les Adals.

On remonte sur le plateau. — Nous approchons de la capitale. — Pays riches. — Aspects malgaches. — Déboisements.

44 Addis-Ababa. — Le Ghébi.

44 bis.

43 Notre maison à Addis-Ababa.

46 Chez nous, l’arrivées du Dergo,

Addis-Ababa (la nouvelle Heur). — A moitié camp (Katarma). — Le Ghébi.

— Organisation. — Ses habitants.

Portrait de l’empereur Ménélick. — Diplomate et juste. — Idées élevées dans ce pays. — Façon de rendre la justice. — Histoire du traître.

Notre maison. — Le Dergo. — Son ancienne coutume peu à peu s’abandonne.

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