DES PARABOLES
La Parabole du semeur.
S. Matth. , cb. 13.
Un homme voulant ensemencer un champ, sortit de sa maison pour jeter le grain dans la terre; tandis qu'il le semait, une partie tomba le long du chemin ; les oiseaux du ciel vinrent l'enlever. Une autre partie tomba sur des endroits pierreux ; le grain trouvant peu de terre , leva d'abord ; mais , quand le soleil eut paru , le hàle brûla' l'herbe , et elle sécha faute de racines. Une troisième partie tomba au milieu des ronces et des épines; les épines crûrent, l'élouffèrent, et enlevèrent l'espérance de la moisson. Enfin , une quatrième partie tomba dans une bonne terre , et les grains rapportèrent l'un
Baudrar. Expl. de Purab. |
cent, l'autre soixante, l'autre trente. Que celui-là entende , qui a des oreilles pour entendre.
C'est Jésus-Christ même qui donne l'explication de cette parabole, et qui en fait l'application : la semence , c'est la parole de Dieu ; le grain qui tombe le long du chemin, marque l'homme qui entend la divine parole , et qui ne s'y applique pas ; le malin esprit vient , et emporte ce qui a été semé dans le cœur.
Celui qui a reçu le grain dans des endroits pierreux , c'est celui qui entend la parole et qui la reçoit d'abord avec joie ; mais il n'y a point en lui de fonds , rien ne prend racine ; et dès qu'il survient quelque' tentation , quelque persécution , cet homme manque de courage, tombe retx se dément île ses bons sentiments.^*
Celui qui a reçu le bon grain au milieu des épines , c'est celui qui entend ,' à la vérité , la parole de Dieu ; mais la sollicitude , l'empressement pour les choses du siècle , et la séduction des fausses richesses, étouf-
fent cette parole , en sorte qu'elle devient stérile et ne produit aucun fruit.
Enfin, celui qui a reçu le grain dans une bonne terre , c'est celui qui écoute la parole , qui s'y applique , en qui elle fructifie , et qui , comme le grain , rend pour un quelquefois cent , quelquefois soixante, quelquefois trente.
RÉFLEXIONS
-.: Cette parabole peut être appliquée , nonseulement à la parole de Dieu que nous entendons , mais encore à la grâce de Dieu que nous recevons , et qui fructifie dans nous selon la manière dont nous sommes disposés à la recevoir..
1° Le bon grain tombe sur les grands chemins , où les oiseaux viennent l'enlever : c'est ainsi que bien souvent la lumière de la grâce tombe dans des âmes distraites , dissipées, ouvertes à toutes les idées qui passent et qui se présentent ; ces âmes ne laissent point pénétrer leur cœur ; les objets extérieurs les entourent , les occupent et les séduisent ; les démons, jaloux et ennemis du salut, viennent altérer tous les bons sentiments ; aux pensées sérieuses et salu-
Ift* s * EXPLICATION DES PÀttÀBOLES
taires, ils en substituent d'inutiles et de' dangereuses ; l'esprit de piété se dissipe , la grâce rejetée se retire , et ces saintes inspirations ne produisent aucun fruit salutaire et solide.
2° Le bon grain tombe dans un champ pierreux; c'est ainsi que la grâce tombe dans des âmes mal disposées ; elles semblent la recevoir d'abord avec empressement et avec joie, mais elles n'ont qu'une sensibilité superficielle ; aucune résolution ne prend racine dans elles. Ou le fond du cœur est occupé par quelque attachement secret , et la voix de la grâce ne peut pénétrer ; ou ce sont des hommes légers , inconstants ," esclaves des sens et des événements , le temps de la tribulation survient , il faut combattre et souffrir quelque chose pour la cause de Dieu ; la tentation leur fait bientôt oublier et les bons sentiments qu'ils ont conçus , et les saintes résolutions qu'ils ont prises ; ils restent ce qu'ils étaient devant Dieu , et ils deviennent souvent encore pires. I
3° Une autre partie du bon grain tombe dans les épines , qui l'étouffent et le suffoquent : ainsi la grâce tombe-t-elle dans des
de l'évangile. . 5
âmes qui en sont d'abord touchées ; la terre est bonne de son fonds ; la grâce avait germé dans son cœur , elle promettait une heureuse moisson ; mais, hélas ! l'embarras des affaires, le tumulte des occupations, l'avidité pour les richesses qu'on n'a pas et qu'on désire, la sollicitude pour celles qu'on possède et auxquelles on s'attache , étouffent la divine semence qu'on a reçue ; elle est accablée sous le poids des affaires temporelles, qui font perdre de vue la grande affaire du salut et de l'éternité.
U° Reste une dernière partie du bon grain qui tombe dans une bonne terre, et qui produit des fruits abondants. Ce sont là les âmes fidèles , en qui la grâce est reçue avec des dispositions favorables. Ames droites , qui ont un vrai désir d'être tout à Dieu ; âmes dociles , toujours prêtes à écouter la voix de la grâce , et disposées à profiter des lumières qu'elle leur présente ; âmes généreuses , capables de faire les sacrifices que j la grâce exige, et de surmonter les obs-. \ tacles qu'elle rencontre ; quels fruits de salut ne sont pas produits dans des cœurs ainsi disposés à recevoir la céleste rosée ?
Cependant, dit saint Chrysoslôme, telle
est la bonté de Dieu envers nous : il sème dans tous les cœurs ; il donne à tous les lumières , les grâces pour se sauver et se sanctifier ; mais il n'exige pas de tous les mêmes fruits et les mêmes progrès ; il ne leur de-; mande qu'à proportion de ce qu'il leur donne , et il les récompense à proportion de leur ferveur. Quelques-uns rendent jusqu'à cent, ce sont les âmes parfaites; les autres soixante , ce sont ceux qui avancent ; les autres seulement trente , ce sont ceux qui commencent, et qui , avec la fidélité et la persévérance, prendront de nouveaux accroissements dans les voies de Dieu. Heureuses les âmes en qui la grâce est reçue avec ces dispositions capables de produire au centuple les fruits de salut et de vie !
Parabole du bon grain ot de la zizanie.
S, Matlb. cb. 15.
Jésus-Christ tire une nouvelle comparaison de l'agriculture et de la récolte pour l'instruction de ses apôtres , et il leur parle ainsi :
Le royaume des cieux peut être comparé à un homme qui avait semé du bon grain dans son champ ; mais , pendant le temps du sommeil, son ennemi vint, sema de l'ivraie parmi le froment, et se retira. Quand l'herbe fut venue r et qu'elle eut jeté des épis, alors l'ivraie parut aussi mêlée avec le blé , sur quoi les serviteurs du père de famille vinrent lui dire : Seigneur , n'avezvous pas semé du bon grain dans votre champ ? d'où vient donc qu'il s'y trouve de l'ivraie? C'est; répondit-il , un ennemi qui a fait cela. Ses r&erviteurs reprirent : Voulez-vous que nous allions la cueillir ? Non, dit-il , de peur qu'en cueillant l'ivraie, voua n'arrachiez en même temps le froment. Laissez croître l'un et l'autre jusqu'à la moisson , et , au temps de la moisson , je dirai aux moissonneurs : Cueillez premièrement l'ivraie , et liez-la en petites gerbes , pour la faire brûler ; vous amasserez ensuite le froment, et vous le serrerez dans mon grenier.
Le Sauveur avait proposé cette parabole en présence de tout le peuple assemblé ;
quand il eut renvoyé tout le monde , il se retira ; alors ses disciples l'abordèrent , et lui dirent : Maître , daignez nous expliquer la parabole de l'ivraie dans le champ. Jésus- Christ l'expliqua en ces termes : "
Celui qui sème le bon grain , c'est le Fils de l'homme; le champ , c'est le monde ; le bon grain, ce sont les enfants du royaume, et l'ivraie , ce sont les enfants du malin esprit ; l'ennemi qui l'a semée , c'est le démon ; la moisson , c'est la consommation des siècles ; les moissonneurs , ce sont les anges. Ainsi, de même qu'on cueille l'ivraie et qu'on la brûle , de même en arrivera-t-il à la lin des siècles : le Fils de l'homme enverra ses anges, ils ôteront de son royaume tout ce qu'il y a de scandaleux et de gens qui font des œuvres d'iniquité , et ils les jetteront dans la fournaise ardente où il n'y aura plus que pleurs et que grincements de dents. Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père céleste.
RÉFLEXIONS
l°Le monde en général est ce champ où Dieu a ses fidèles enfants , qui en sont le bon grain , et où le démon a aussi les siens,
de l'évangile. 9
qui en sont l'ivraie ; mais ce champ est aussi notre cœur , où Dieu jette sans cesse la semence de sa grâce , pour y produire des fruits de vertu; tandis que le démon ne cesse aussi de répandre la semence dn vice pour nous porter au mal : c'est durant le sommeil , et pendant les ténèbres de la nuit, qu'il opère cet ouvrage d'iniquité ; il tâche de s'insinuer dans nous sans être aperçu , et il prend pour cela le temps où nous veillons le moins sur nous-mêmes. Soyons sur nos gardes : nous nous endormons , mais notre ennemi veille , et ne cherche que l'occasion de nous surprendre et de nous perdre.
Aussi l'Esprit saint nous avertit-il que l'ennemi de notre salut , semblable à un lion rugissant, tourne sans cesse autour de nous, cherchant avidement une proie pour la dévorer. Que s'il ne peut nous vaincre parla violence et la force ouverte, il emploie™ l'artifice et la ruse : opposons-lui le bouclier d'une foi ferme , et les sollicitudes d'une vigilance continuelle contre ses attaques.
2° Dans ce monde, Dieu permet que les méchants vivent parmi les bons; on ne les
discerne pas d'abord aisément ; ce n'est que par leurs œuvres qu'on les distingue à la fin : l'ivraie ne saurait être toujours cachée ; cependant , Dieu ne veut pas qu'on l'arrache d'abord ; ce Dieu de bonté souffre pour un temps les méchants sur la terre , pour leur laisser le loisir de se reconnaître et de faire pénitence, pour donner aux justes l'occasion de pratiquer la patience et l'humilité , pour leur fournir le moyen de signaler leur fidélité au milieu des épreuves. D'ailleurs que sait-on si en effet ceux qui sont méchants à présent ne se convertiront point un jour? telqui n'est aujourd'hui que de l'ivraie , peut devenir un pur froment ; ce n'est point aux hommes à exterminer les méchants par un zèle faux et amer qui détruit ; il vaut mieux les ramener parla douceur et la patience qui édifient,
3° Durant cette vie, les méchants seront doue toujours mêlés avec les bons ? Dieu le permet ainsi pour le bien des uns et des autres ; mais à la mort, et àla consommation des siècles , que leur sort sera différent ! Les pécheurs ont eu leur temps, Dieu aura le sien; les justes auront eu à souffrir ; ils seront vengés. Brûler éternellement avec les dé-
de l'évangile. . il
mons dans les horreurs d'un affreux désespoir ; jouir dans le ciel d'une éternelle félicité avec les anges , dans le centre de toutes les délices : voilà les deux termes opposés où conduisent le vice ou la vertu , ne les perdons jamais de vue. Nous occupons le champ du père de famille , tâchons d'y être le froment des élus , et au lieu de vouloir, par un faux zèle , arracher l'ivraie pour la jeter au fen , prions le St.gneur de la changer en bon grain qui puisse un jour contribuer à sa gloire. Si c'est un prodige, il tient les miracles de puissance en sa main, et les prodiges de miséricorde dans son cœur. Sur toutes choses, au lieu de vouloir exercer envers les autres un zèle quelquefois outré et inconsidéré , travaillons à notre propre sanctification, souvent négligée ; disposons-nous à faire fructifier dans nous le bon grain. Préparons avec soin notre âme, qui est la terre qui doit le recevoir ; cultivons-la par les exercices de la mortification ; arrosons-la par les larmes de la pénitence ; échauffons-la par les ardeurs de la charité ; alors , au temps de la moisson , on n'y trouvera point d'ivraie , et le bon grain y aura produit avec abondance.
-Parabole des talents.
S. Mallb. cb. 23. '
Un homme riche , sur le point de faire un long voyage , appela ses serviteurs , et leur distribua ses biens , afin que durant son absence ils les fissent valoir , et qu'à son retour il trouvât le profit de la somme qui leur avait été confiée.
Il donna cinq talents à l'un ^ à? l'autre deux , et un au troisième , à chacun selon son habileté , et aussitôt il partit. Celui qui avait reçu cinq talents , les fit profiter , et en gagna cinq autres ; pareillement celui qui en avait reçu deux, en gagna deux autres ; mais celui qui n'en avait reçu qu'un , alla enfouir l'argent de son maître.
Long-temps après , le maître de ces serviteurs revint, et entra en compte avec eux. Celui qui avait reçu cinq talents, étant venu , en présenta cinq autres , et dit : Seigneur , vous m'avez donné cinq talents , en ^voilà cinq autres que j'ai gagnés. Son maître lui dit : Cela est bien ; puisque vous avez été fidèle dans de petites choses, je
DE L'ÉVANGllE. 15
vous donnerai de grands biens à administrer ; entrez dans la joie de votre seigneur. Celui qui avait reçu deux talents , vint ensuite , et dit : Seigneur , vous m'aviez confié deux talents , en voilà deux de plus que j'ai gagnés. Cela est bien , dit le maître ; puisque vous avez été fidèle dans peu de chose , je vous donnerai un grand bien à gouverner ; entrez dans la joie du seigneur.
Enfin , celui qui n'avait reçu qu'un talent, étant venu, dit à son maître: Seigneur , je sais que vous êtes un homme rigide ; vous moissonnez où vous n'avez pas répandu ; ainsi , dans la crainte où j'étais, j'ai caché en terre îe talent que vous m'avez confié; le voilà, prenez ce qui est à vous.
Le maître lui répondit : Méchant et paresseux serviteur , vous saviez que je moissonne où je ne sème pas , et que je ramasse où je n'ai point répandu ; vous deviez donc mettre à profit mon argent chez les banquiers, et à mon retour j'eusse retiré avec intérêt ce qui m'appartient. Cela étant , qu'on ôte à ce serviteur le talent qu'il a , et qu'on le donne à celui qui a dix talents ; car . je vous déclare , on donnera à celui
qui a déjà , et il sera dans l'abondance ; mais celui qui n'a pas , on lui ôtera même ce qu'il semble avoir. A l'égard de ce serviteur inutile Jetez-le dehors dans les ténèbres extérieures : c'est là qu'on pleurera et qu'on grincera les dents.
Dans cette parabole , Jésus-Christ veut nous marquer le bon usage que nous devons faire des grâces qu'il nous a données, des talents qu'il nous a confiés , et le compte sévère qu'il nous demandera unjour.
Ces paroles , à chacun selon son habileté, ne marquent pas qu'il y ait dans nous des dispositions naturelles qui nous fassent mériter les dons de Dieu ; elles signifient seulement que Dieu, maître de ses dons, ne les distribue pas toujours également à tous, mais aussi qu'il n'exige pas de tous la même perfection.
J'eusse retiré avec intérêt , etc. Le Seigneur n'approuve point ici la conduite des juifs , qui tiraient de gros intérêts des sommes qu'ils prêtaient aux étrangers ; le maître prétend seulement confondre ce servi-
DE L'ÉTANGILE. 15<
teur insolent et paresseux qui avait osé le blâmer.
Ce qu'il semble avoir. C'est qu'en effet on n'est pas, en quelque manière, censé] posséder un bien dont on ne fait aucune usage.
RÉFLEXIONS
1° Durant l'absence de Jésus-Christ, etj jusqu'à son dernier avènement , nous avonsj ses biens à faire valoir , c'est-à-dire , les! dons de sa grâce qu'il nous a mérités par' son sang , et qu'il nous ordonne de mettrei à profit durant notre vie.
La mesure des dons de Dieu n'est pas la même pour tous les hommes ; mais nul homme ne manque des grâces nécessaires ; Dieu s'accommode ordinairement aux qualités naturelles dans la disposition qu'il fait des dons de la grâce ; mais ces qualités naturelles ne sont point un motif qui engage Dieu à nous distribuer ses grâces ; ce sont cependaut des dons de Dieu , dont nous devons tâcher de faire un bon usage, selon les moyens et les occasions que nous en avons.
Dieu ne demande pas que celui qui a
reçu moins de talents fasse pour sa gloire autant que celui qui en a plus reçu ; mais il exige que nous fassions valoir de notre mieux Jes talents qu'il nous a confiés , et que nous répondions par nos soins à la mesure de la grâce qu'il nous a donnée.
2° Jésus-Christ laisse quelquefois passer bien des années avant que de nous demander compte des talents qu'il nous a confiés; mais il le demandera certainement un jour ; et , malgré sa longue absence , il connaîtra de tout le détail de notre administration. Ne nous rassurons pas sur sa longue patience , nous n'en serons que plus coupables si nous en avons abusé , et son jugement n'en sera que plus rigoureux.
Si dans ce moment il me fallait rendre compte à Dieu des talents qu'il m'a confiés, de toutes les grâces qu'il m'a accordées , où en serais-je ? Quel usage en ai-je fait î Quel profit en ai-je retiré ? Pourrais-je lui présenter des mérites acquis , des vertus pratiquées ? Chaque jour il peut me tirer à son jugement , et me demander ce compte rigoureux de ses grâces ; c'est à moi d'y penser, de m'y préparer, ou plutôt de m»
de l'évangile.. 17
tenir prêt à tous les instants, de peur d'être surpris par l'arrivée de ce juge sévère.
3* On a grand tort de désirer , de demander plus de talents qu'on n'en a reçu ; ce ne serait souvent que plus de dangers qu'on aurait à courir pour le salut, et un compte plus rigoureux qu'on . aurait à en rendre à Dieu.
Ce lâche serviteur qui enfouit le seul lajent qu'il a reçu , aurait-il mieux usé d'un plus grand nombre ? Ne nous plaignons donc 'pas d'avoir reçu peu de grâces : un seul talent peut nous suffire pour marquer, notre fidélité à notre maître , et pour nous rendre agréables à ses yeux. Le tout, c'est d'en faire un saint et salutaire usage.
C'est une véritable menace que celle que fait Jésus-Christ, ou plutôt une terrible punition que celle qu'il exerce envers ce serviteur paresseux: qu'on lui ôte, dit-il, le talent qu'il avait, et qu'on le donne à ce- Jui qui en a dix. Ainsi voit-on souvent, pen» dant la vie, la grâce s'affaiblir et diminuer dans le chrétien lâche et indolent , tandis qu'on la'voit croître et se fortifier dans le chrétien fervent et fidèle. Ainsi verra-t-on à la mort ce chrétien fidèle glorieusement
récompensé du bon usage qu'il aura fait des dons de son maître. Entrez , lui dira-til j, dans la joie de votre Seigneur ; tandis que ce chrétien infidèle, ce lâche serviteur, n'entendra prononcer sur lui qu'une sentence terrible de condamnation et de mort. Qu'on l'éloigné de ma présence , dira ce maître irrité , et qu'on le jette dans les ténèbres extérieures, où il n'y aura pour lui que des pleurs et des grincements de dents.
1° N'envions pas aux autres les grands talents qu'ils ont reçus de Dieu , mais imi-j tons-les dans le saint usage qu'ils en savent faire ; celui-là n'est pas le plus heureux qui^ reçoit le plus , mais celui qui a fait.un bon usage de ce qu'il a reçu.
2° Craignons souverainement d'enfouie, les talents que Dieu nous a confiés ; un jouç ils s'élèveraient contre nous pour nous condamner.
3° Ce ne seront jamais les grâces qui nous [manqueront : heureux si nous pouvions Ibous répondre de ne jamais manquer à la grâce ! Profitons de celles que nous avons, et Dieu nous en accordera ie plus précieuses.'
de l'évangile. , 19
La parabole des ouvriers envoyés à la vigne.- '.
S. Mallh. cb. 20.
dLe royaume des cieux est semblable à un père de famille qui de bon matin alla prendre à la journée des ouvriers pour sa vigne j| lorsqu'il eut fait marché avec eux à un de-: nier d'argent par jour , il les envoya travailler. Etant sorti sur la troisième heure , il en vit d'autres sur la place qui ne faisaient rien , et il leur dit : Allez-vous-en aussi à ma vigne, je vous donnerai ce qui sera convenable ; et ils y allèrent. Il sortit encore sur la sixième heure et sur la neuvième , et il en usa de même ; ensuite, vers la onzième heure , il sortit , et en ayant trouvé qui étaient là, il leur dit : Pourquoi demeurezvous là tout le jour à ne rien faire ? Ils lui répondirent : G'est que personne ne nous a pris. Il leur dit :i Allez-YOUS-en aussi à ma vigne.
Or^ le soir , le maître de la vigne dit à son receveur : Faites venir les ouvriers, et payez-les , en commençant par les derniers
jusqu'aux premiers. Ceux donc qui étaient venus sur la onzième heure s'étant approchés, reçurent chacun u» denier. Ceux qui avaient été les premiers au travail s'étant aussi approchés , crurent qu'ils recevraient davantage ; mais ils ne reçurent eux-mêmes que chacun un denier ; en le recevant, ils murmuraient contre le père de famille : ces derniers , disaient-ils , n'ont été qu'une heure au travail, et vous les avez payés autant que nous , qui avons porté le poids du jour et de la chaleur. Mon ami, répondit-il à l'un d'eux, je ne vous fais point de tort : n'êtes-vous pas convenu avec moi d'un denier? Prenez ce qui vous est dû et retirez-vous. Ne m'est-il pas permis de faire ce que je veux? Est-ce que vous avez l'œil malin , parce que je suis bon ? €'est ainsi que les derniers seront les premiers , et les premiers seront les derniers.
Les juifs comptaient douze heures dans le jour , depuis le lever du soleil jusqu'au coucher. Ces heures étaient d'une durée inégale, selon la diversité des saisons. Ils partageaient aussi quelquefois le jour en
de l'évangile. 21
quatre' parties , dont chacune ' renfermait trois heures : ils appelaient ces parties , Prime, Tierce , Sexte et None ; la première durait depuis six heures du matin jusqu'à neuf, et ainsi du reste. i
Selon les sentiments des docteurs, Jésus- Christ, dans cette parabole prise à la lettre , marque la condamnation du corps de la Dation des juifs , qui , ayant été appelés les premiers en différents temps et en différentes manières , ont toujours refusé la lumière , et en conséquence vient la substitution des gentils, qui , quoiqu'appelés les derniers , sont devenus les premiers dans le royaume de Dieu , c'est-à-dire, dang l'Eglise de Jésus-Christ.
Dans un sens moral , la paraDOÎe peut aussi s'entendre de la vocation des âmes aux différentes voies de la grâce , et de la substitution des uns plus fidèlesà d'autres plus négligents qui se rendent indignes des dons de Dieu.
Le denier d'argent valait dix sous de notre monnaie ; c'est ce que gagnait ordi* nairement un homme de journée.
RÉFLEXIONS
Diea appelle tous les hommes sans exception à son royaume , et il leur donne à tous jles moyens de salut ; mais ils y répondent et en profitent différemment.
Les uns se rendent comme à la première Jheure ; dès qu'ils ont l'usage de la raison, [ils travaillent à la vigne du Seigneur , c'està-dire au salut de leur âme. Quel bonheur de consacrer ainsi les prémices de leur âge, et les plus belles années de leur vie , à l'unique chose qui les intéresse ! Mais que ces âmes sont rares , et qu'il en est peu qui iaient ce bonheur !
D'autres , appelés également au service de Dieu et à la pratique de la vertu , résistent, diffèrent, et ne se rendent à Dieu ,*uie dans un âge plus avancé , après avoir 'passé bien du temps au service du monde, jperdu bien des années dans les amusejjments et les illusions de la vie, heureux d'ouvrir enfin les yeux sur les vanités et les dangers de ce monde séducteur, auquel ils s'étaient trop long-temps attachés !
Enfin d'autres ne reviennent à Dieu qu'à la fin de leur vie, et lorsqu'ils sont sur le
DE i/ÉVÀNGILE. 25
point de nnir leur course. C'est une grande grâce que Dieu leur fait ; mais c'est une grâce qui tient comme du prodige ; et ce serait non-seulement la plus grande des imprudences, mais encore le plus funeste des aveuglements , d'attendre ainsi de se convertir, de compter sur un retour sincère à Ja fin de ses jours ; pour un à qui Dieu a accordé cette insigne faveur, mille autres ont été surpris et ont péri malheureusement par une impénitence réelle , en comptant sur une prétendue pénitence.
2° A la lin du jour, c'est-à-dire à la mort , Jésus-Christ nous appelle pour nous donner la récompense de notre travail ; mais c'est uniquement du travail fait à sa vigne , c'est-à-dire , des soins que nous avons donnés à notre âme , et des œuvres de salut que nous avons pratiquées ; tout autre travail ^ tout autre soin que l'on a pris dans la vie ,. est un travail et un soin perdu , s'il n'a pas été pris en vue du salut et de Dieu. Jésus- Christ est convenu avec nous de nous don-' Ber non-seulement un denier par jour , mais la gloire même au bout de la vie , qui n'est Hu'un jour en comparaison de l'éternité.'; Personne n'aura droit de se plaindre et de
murmurer, parce que chacun recevra selon ses mérites ; mais ce mérite est toujours l'effet de la grâce ; et , dans les uns , c'est l'effet d'une plus grande grâce que dans les autres. De vieux pécheurs se défient quelquefois de la bonté de Dieu , comme si les entrailles de sa miséricorde étaient fermées. C'a été un grand malheur pour eux de différer si long-temps , mais ce serait un crime abominable de se jeter dans la défiance qui conduirait à un affreux désespoir. Tout ce qu'ils doivent faire, c'est, dans le peu de temps qui leur reste , de travailler avec plus de ferveur à cultiver la vigne qu'ils avaient négligée.
3° A la fin de la parabole , Jésus-Christ ajoute deux paroles bien consolantes pour les uns , et bien terribles pour les autres : les derniers , dit-il, seront les premiers , et les premiers deviendront les derniers. Hélas ! que voit-on souvent dans le monde , et que verra-t-on surtout à la mort et à la fin des siècles? Des âmes qui paraissaient être spécialement appelées de Dieu , qui semblaient être les premières dans les vues de la providence,- et qui, par leur faute", seront rejetées , méconnues et exclues du
royaume/ Des pécheurs et des publicains qui précéderont les enfants dans le royaume céleste. Des païens et des idolâtres convertis à la foi, qui condamneront des chrétiens nés dans les splendeurs de l'Evangile. Des petits et des pauvres, qui, dans les idées du monde, étaient les derniers des hommes, assis dans les premiers rangs dans le ciel , préférablement aux riches et aux grands de la terre. Surtout des âmes comblées de grâces , qui semblaient devoir occuper les premiers rangs dans la maison du père de famille , qui à peine occuperont les derniers, et qui peut-être seront entièrement rejetées. O profondeur des jugements de Dieu ! Tel qui mène aujourd'hui une vie sainte , se relâchera , s'éloignera de Dieu , et mourra peut-être dans le péché ; et tel autre qui mène à présent une vie déréglée ^ se convertira , reviendra à Dieu } et mourra dans sa grâce.
Profitons donc de l'avis de l'Apôtre, es^ pérons notre salut, dans la crainte et le trenK blement ; évitons le monde et les occasions dangereuses ; ne comptons jamais sur nousmêmes, sur nos dispositions, déiions-nous
de nos propres forces , et ne mettons notre
confiance qu'en Dieu seul, et dans une fidèle coopération à sa grâce.
!?ar aboie du serviteur injuste et cruel.
S.Matlh. ch. 18.
* ^Le royaume descieux , dit Jésus-Christ, est semblable à un roi qui voulut se faire rendre compte par ses serviteurs de l'administration de ses biens. Quand les comptes furent ouverts, on lui présenta un serviteur qui lui devait dix mille talents. Comme il n'avait pas de quoi payer , le maître ordonna qu'on le vendît , lui , sa femme , ses enfants, tout son bien , et que la dette fût payée.
Le serviteur se jetant à ses pieds , le suppliait, et lui disait : patientez, donnezmoi du temps , et je vous paierai tout. Alors le maître en ayant pitié, le laissa aller, et jui remit toute la dette. Quand ce serviteur foit sorti , il rencontra un de ceux qui servaient avec lui , lequel lui devait cent deniers d'argent , et le tenant à la gorge , il t'étranglait, en lui disant : paie-moi ce que
de l'évangile. 27
Vj me dois. Celui-ci se jetant à ses pieds , le suppliait, et lui disait : ayez patience, donnez-moi du temps , et je vous satisferai ; mais l'autre ne le voulut point, et alla le faire mettre en prison , jusqu'à ce qu'il eût tout payé.
Les autres serviteurs voyant ce qui se passait, en furent extrêmement affligés, et rapportèrent à leur maître tout ce qui était arrivé. Alors son maître le fit appeler, et lui dit : Méchant serviteur, je vous ai remis toute la dette , parce que vous m'aviez prié ; ne deviez-vous pas aussi avoir pitié de votre compagnon comme j'ai eu pitié de vous? Aussitôt ce maître en colère le livra aux exécuteurs de la justice, jusqu'à ce qu'il eût entièrement acquitté toute la dette.
Le fonds principal d'instruction que Jésus-Christ se propose dans cette parabole, c'est de nous montrer que comme Dieu use d'indulgence envers nous en nous pardonnant nos fautes , ainsi nous devons nous pardonner mutuellement nos offenses, et user d'indulgence les uns à l'égard des autres.
28 i EXPLICATION DES PARABOlES
Cette parabole ne doit pas s'entendre indifféremment de la rémission entière de toutes les dettes. Un débiteur , quoiqu'en prison, peut bien trouver le moyen de payée toutes ses dettes , et ensuite être mis en liberté ; mais un pécheur condamné aux pei-j| nés. éternelles , n'a plus aucun moyen pour satisfaire , et en conséquence être délivré ; cela ne peut s'entendre que des peines du Purgatoire.
Chez les Juifs , les créanciers avaient la liberté de faire vendre leurs débiteurs insolvables , et de se payer de leur dette par le prix de la vente ; cet usage est aboli dans la loi nouvelle.
S'il s'agissait du grand talent , dix mille talents vaudraient près de trente millions de livres de notre monnaie ; s'il s'agit du petit talent des Hébreux , quelques-uns le réduisent à trente livres de notre monnaie ; dix milleu talents feraient trois cent mille livres.
RÉFLEXIONS
1° Nous sommes tous redevables envers Dieu de beaucoup de dettes, incapables par nous-mêmes d'y satisfaire. Quelle bonté
de l'évangile.; 29
dans ce Dieu des miséricordes ! Le regret sincère de lui avoir déplu , le désir ardent de le satisfaire , tiennent lieu auprès de lui d'une véritable satisfaction : et, il suffit poui cela de prier avec cette humilité sincère et cette véritable douleur , qui remet au pécheur pénitent, au débiteur insolvable , ou en entier ou en partie , les dettes excessives dont il était chargé envers lui. Vous seul, ô mon Dieu ! pouvez être représenté sous cette aimable figure : pourrais-je désormais manquer d'attachement et de fidélité pour un maître tel que vous ? Si mes dettes sont immenses, votre miséricorde est infinie^ et ma reconnaissance doit être saus bornes^ Tant que je vivrai , cependant , je tâcherai d'acquitter mes dettes , et de satisfaire à votre justice : la bonté même dont vous usez envers moi , sera un nouveau motif qui animera ma vigilance et excitera mon ardeur.
2° Quelle cruauté, quelle inhumanité dans ce serviteur implacable envers son débiteur ! Nous en sommes indignés , nous blâmons , nous condamnons avec juste raison sa conduite ; c'est pourtant bien souvent une image trop ressemblante de la nô-
tre : après avoir éprouvé de la part de Dieu la plus grande indulgence , nous traitons nos frères avec la dernière rigueur. Dieu nous pardonne les plus grandes fautes ; il nous les pardonne au premier repentir sincère que nous en avons ; il nous les pardonne sans réserve et sans retour, et nous sommes inexorables pour les fautes légères que l'on commet à notre égard : nous exigeons des satisfactions marquées , et lors même que nous semblons pardonner , il nous reste souvent dans le cœur un fonds de froideur qui n'est guère différent de la haine. Pensons-nous bien que Dieu est en droit d'user envers nous de la même mesure dont nous aurons usé envers les autres? Et s'il en use ainsi , quel sera notre sort et notre malheur?
3° Pendant la vie nous pouvons, par le regret et la pénitence, obtenir le pardon de nos péchés et la rémission de leurs peines. Jésus-Christ nous rend maîtres, en quelque manière, de son sang et de ses mérites ; nous pouvons nous les appliquer , et par là racheter tous nos péchés ; mais si nous ne le faisons durant notre vie , à la mort nous devenons insolvables , du moins
de l'évangile. 31
pour les fautes grièves et mortelles. Être donc livré aux exécuteurs de la justice divine jusqu'à un entier paiement, c'est y être livré pour jamais. Quoi de plus juste , ô mon Dieu ! que celui qui , durant sa vie , a eu le cœur plein de ressentiment et de dureté pour ses frères, ne trouve dans tous, à la mort , que les sentiments de justice et de vengeance qu'il a mérités.
Pardonnez , et on vous pardonnerai Quel fonds de consolation pour les pécheurs et les plus grands pécheurs, s'ils' savaient en profiter ! La miséricorde dont ils useront envers leurs frères , leur attirera toutes les miséricordes du Père céleste.
Parabole de la brebis égarée et de h drachme perdue.
S. Luc. ch. 13.
Comme les publicains et les pécheurs s'approchaient de Jésus pour l'entendre', les pharisiens et les scribes murmuraient, en disant : Cet homme reçoit les pécheurs et mange avec eux ; là-dessus il leur dit celte parabole ;
Qui d'entre vous ayant cent brebis , s'il vient à en perdre une , ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert , pour chercher celle qui est perdue , jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée ? Quand il l'a trouvée, il la met sur ses épaules avec joie, et dès qu'il est chez lui , il assemble ses amis et ses voisins , et leur dit : Réjouissezvous avec moi , parce que j'ai trouvé ma brebis qui était perdue. Je vous dis qu'il y aura de même plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence.
Ou quelle est la femme qui , ayant dix pièces de monnaie , si elle en perd une , n'allume la lampe , ne balaie sa maison , et ne cherche partout avec soin jusqu'à ce qu'elle l'ait trouvée? Quand elle l'a trouvée , elle assemble ses amies et ses voisines, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi , parce que j'ai trouvé la pièce que j'avais perdue : or , je vous le dis , parmi les anges de Dieu , on se réjouira de la conversion d'un pécheur.
de l'évangile. 33
explication. ;
Les Scribes et les Pharisiens , jaloux et méchants , ne cessaient d'examiner , de censurer , de blâmer la conduite de Jésus- Christ, de ce qu'il recevait les pécheurs et les publicains , et de ce qu'il s'entretenait avec eux. Le Sauveur propose ces deux paraboles , pour faire taire ces langues envenimées , et pour prévenir les mauvaises impressions que leurs discours pouvaient produire sur les esprits. Nous y trouverons aussi les instructions les plus salutaires et les plus consolantes.
RÉFLEXIONS
1° Quelle bonté , quelle tendresse dans Jésus-Christ ! Pouvait-il nous marquer, sous des figures plus sensibles , la compassion qu'il a du pécheur qui s'égare, l'empressement qu'il a de le ramener , la joie qu'il ressent quand il en a triomphé par sa grâce." Ce bon Pasteur s'aperçoit qu'une de ses brebis s'est égarée ; aussitôt il se met à courir après elle ; il court à travers les ronces et les épines , il court sans s'artêter, jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée, et
quand il a eu le bonheur de la trouver, loin de la maltraiter, il la charge sur ses épaules , il la ramène comme en triomphe au bercail , il s'estime heureux de l'avoir retrouvée. Tels sont ses tendres sentiments à l'égard du pécheur qui revient à lui par la pénitence ; comme il l'a recherché avec empressement , il le reçoit avec bonté , il en témoigne sa joie, il veut que tous les anges prennent part à ses sentiments. Ce n'est qu'un pauvre pécheur qui revient à lui, et on dirait que c'est un nouveau royaume qu'il a acquis ; il veut que tout le Ciel en témoigne son allégresse , et fasse une espèce de fête pour célébrer cet heureux retour. Bonté de Dieu , que vous êtes grande envers tous ! Miséricorde de Dieu , que vous êtes ineffable envers les pécheurs pénitents ! La brebis pouvait se perdre ellemême par ses égarements , mais elle ne pouvait se retrouver, si vous ne l'aviez recherchée.
2° Mon Dieu , que je reconnais bien mon portrait dans cette brebis égarée ! Combien de fois me suis-je éloigné de vous ! combien jde fois ai-je quitté votre bercail pour courir dans les sentiers de l'iniquité ! Et une
fois éloigné de vous, dans quelslégarements nouveaux n'ai-je pas donné , me laissant entraîner par mes passions malheureuses , sue laissant séduire par un inonde trompeur; tombant de crime en crime, d'abîme en abîme, et allant en aveugle me précipiter dans le comble de tous les malheurs !
Hélas ! si vous n'aviez pas eu pitié de moi, tendre Pasteur ; si vous n'aviez pas couru après moi , n'aurais-je pas été malheure usement dévoré des loups ? Ne serais-je pas devenu la triste victime de mes passions? Cependant dans le fort même de mes égarements, avec quel empressement ne m'avez- Tvous pas recherché ! avec quelle patience ne m'avez-vous pas attendu ! Quand j'ai enfin pensé à revenir à vous , avec quelle tonte ne m'avez-vous pas reçu ! jusqu'à me combler de nouvelles grâces, jusqu'à m(l faire goûter des consolations ineffables danj mon retour , jusqu'à me faire regarder U jour de ma conversion comme le plus heu-*' reuxde mes jours ! Encore une fois, grand Dieu , que vous êtes ineffable dans les effusions de votre miséricorde ! et ne serais-jé pas un monstre d'ingratitude , si jamais je venais à m'éloigner de vous , et à contrister, de nouveau votre cœur ?
3* Mais enfin , peut-on demander ici, d'où peut venir cette grande joie que cause dans le Ciel la conversion d'un pécheur ; joie que le Sauveur lui-même dit être plus grande que celle que donne la persévérance des quatre-vingt-dix-neuf justes qui ne se sont jamais écartés des voies du salut ? Estce donc que la brebis revenue au bercail est plus chère pour s'être long-temps égarée ? Est-ce que le pécheur pénitent est plus digne de faveurs pour avoir mérité de sévères châtiments? Non, sans doute , mais c'est que la joie du recouvrement se mesure sur la douleur de la perte. Un juste persévérant mérite une estime constante, et cause une satisfaction toujours égale ; au contraire , un pécheur converti fait cesser des regrets , il essuie des larmes , il semble donner une joie qui paraissait devoir être toujours éteinte. Le juste n'a point mis en peine sur mon sort , on tremblait sur celui du pécheur : quelle consolation de le voir comme ressuscité I
Ah 1 si nous avons eu le malheur d'affliger le bon Pasteur par notre égarement et notre fuite, procurons-lui une douce consolation par notre pénitence et notre retour;
DE 'l'évangile.., 37
par nos larmes/ faisons tarir telles que nous lui avons fait verser ; par la componction de notre cœur , fermons la plaie que nous avons faite à son cœur adorable ; mais surtout une fois revenons à lui , une fois rendus heureusement au bercail , ne . nous en éloignons jamais; tenons-nous-y fidèlement attachés jusquesà la mort , et ne nous exposons pas de nouveau à la fureur des loups , et par là même à notre perte et à notre malheur.
Recevez , Seigneur, cette brebis infidèle, mais pénitente , et conservez-la à jamais dans le bercail où vous l'avez heureusement ramenée. .
Parabole des deux débiteurs , à Voccasion de la femme pécheresse.
-S, Luc, cb. 7. •
. Un Pharisien pria Jésus de manger avec lui ; le Sauveur étant entré , se mit à table. Alors une femme qui était reconnue pour pécheresse , sachant qu'il était là , apporta tm vase plein d'une liqueur odoriférante,
Baidran, Expl. desPr.rab. 4
et se tenant derrière , aux pieds de Jésus , elle commença par lui arroser les pieds de ses larmes ; elle les essuyait avec ses cheveux, elle les baisait, et les oignait de ses parfums.
Le Pharisien la voyant , disait en luimême : Si cet homme était en effet un prophète, il saurait sans doute quelle est celle qui le touche, et que c'est une femme pécheresse.
Jésus prenant la parole , lui dit : Simon, j'ai quelque chose à vous dire. Maître , parlez, répondit-il. Un certain créancier avait deux débiteurs; l'un lui devait cinq cents deniers d'argent , et l'autre cinquante.
Comme ils n'avaient pas de quoi payer , il leur remit à l'un et à l'autre la somme qu'ils devaient. A votre avis , lequel des deux l'aime davantage ? Je pense, répond Simon, que c'est celui à qui il a remis une plus grosse somme. Vous avez bien jugé , dit Jésus ; et se tournant vers la femme , il dit à Simon :
Voyez-vous cette femme ? Je suis entré ilans votre maison , vous ne m'avez point ionné d'eau pour me laver les pieds , elle fïs a arrosés de ses larmes , et les a essuyés
DE l'évangile. 39
•avec ses cheveux ; vous ne m'avez point donné le baiser, et depuis qu'elle est entrée, elle n'a cessé de baiser mes pieds ; vous ne m'avez point répandu d'huile sur la tête, et elle a répandu sur mes pieds une liqueur odoriférante.
C'est pourquoi je vous le dis : beaucoup de péchés lui seront remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on remet moins, aime moins. Après cela , il dit à cette femme : Vos péchés vous sont remis.'
Ceux qui étaient à table avec lui commencèrent à dire en eux-mêmes : qui est donc cet homme-ci qui même remet les péchés? Et Jésus dit à cette femme: Votre foi vous a sauvée , allez en paix.
Jésus-Christ , dans cette parabole , a voulu , d'une part , spécialement recommander la compassion et la douceur envers] les pécheurs ; et de l'autre , condamner la trop grande rigueur avec laquelle on les juge quelquefois.
; Celait la coutume des Juifs et des Orientaux de donner le baiser à ceux qu'ils recevaient chez eux , de leur laver les pieds , sur
llO EXPLICATION DES PARABOLES
tout s'ils venaient de loin, et d'employer pendant le repas des essences et des parfums. Lequel l'aime davantage ? Les interprètes croient que l'amour pouvant être également et la cause et l'effet du pardon qu'on nous accorde, Jésus-Christ a pu conclure également ou le plus grand amour du plus grand bienfait, ou le plus grand bienfait du plus grand amour
RÉFLEXIONS
1° En méditant cette parabole, entrons dansles sentiments de saint Grégoire : Pour moi , dit ce saint pape, lorsque je considère cette sainte pénitente , j'ai plus d'envie de pleurer que de parler ; car est-il un cœur assez insensible , assez dur pour n'être pas touché et attendri par ses larmes ? Elle considère ce qu'elle a fait , et elle ne met point de bornes à ce qu'elle doit faire. Que doiton penser de la douleur d'une âme qui n'a point de honte de pleurer au milieu de la solennité d'un festin ? Ayant une honte extrême d'elle-même au fond de son cœur ', elle ne voit rien au dehors dont elle puisse fougir ; elle vient généreusement consacrer à la gloire de Dieu tout ce qu'elle avait cri-
de l'évangile. : hl
minellement employé à sa vanité et à ses désordres.
Pour être vraiment pénitents, il n'est pas nécessaire pour nous de verser autant de larmes qu'en a versées cette femme; mais, ce qui est absolument nécessaire , c'est de renoncer, comme elle, aux objets , aux occasions du péché , et de réparer , autant qu'il est en nous , les funestes effets et les scandales que le péché peut avoir causés.
2° Admirons d'un côté la bonté avec laquelle Jésus-Christ prend en main la cause de cette pauvre pécheresse ; comme il voit la sincérité de sa pénitence , il la défend , il fait son éloge , il approuve son empressement et son zèle ; il la justifie enfin , et il la renvoie en paix. Quelle gloire pour elle d'avoir pour panégyriste la vérité même ! quel bonheur de recevoir l'assurance de son pardon de la bouche de son juge et de son Sauveur !
Il fallait que la douleur de Madeleine fût bien vive s et son amour bien ardent , pour mériter un pardon si prompt et si entier. Miracle du divin amour, qui, delà plus vile et la plus méprisable des femmes , eu fait dans un moment un modèle de pénitence
hl EXPLICATION DES PARABOLES
el l'objet de la tendresse d'un Dieu ! Allumez , ô mon Dieu ! ce feu divin dans mon cœur , afin qu'il le purifie de toutes ses taches , et qu'il le consacre sans réservée TOtre service.
3° C'est encore une leçon bien impor-' tante , que celle que Jésus - Christ nous donne dans la personne du pharisien scandalisé du pardon accordé à la pécheresse : les ministres de Jésus-Christ doivent, sans doute , instruire , corriger , éprouver les pécheurs, et s'assurer , autant qu'il est en eux , de leurs dispositions ; mais , parmi les ministres de ce Dieu de la paix , il en est quelquefois à qui rien ne paraît tant déplaire que ces touchantes et consolantes paroles du Sauveur : Allez en paix , vos péchés vous sont remis : ils ne les prononcent , ce semble, qu'à regret ; ils les regardent comme un blasphème dans la bouche de ceux qui , à l'exemple de leur divin Maître , touchés de la douleur cl de la ferveur des pénitents, les trouvent absous et consolés. Il est vrai que ces saintes et efficaces paroles ne peuvent être prononcées avec trop de précaution , d'examen et de prudence , et que les vrais pénitents , quelque espèce ûe droit1
de l'évangile. 43
qu'ils semblent avoir à l'absolution qu'ils» demandent, ne doivent se plaindre ni des épreuves que l'on met à la sincérité de leur retour, ni des sages délais qu'on apporte à leur réconciliation : cette espèce de sévérité est souvent dans les ministres un effet de la charité ; cependant ces délais et ces épreuves doivent avoir un terme ; les porter au-delà de leurs justes bornes , c'est bien moins fournir aux pénitents un moyen de conversion, qu'un motif de découragement et une occasion de rechute. En ce point , comme en tout le reste , les extrémités sont vicieuses , et semblent presque également condamnables. Les pénitents doivent demander au Seigneur l'esprit de componction et d'humilité, et les confesseurs celui de prudence et de charité ; les uns et les autres ne se conduire que selon l'exemple de Jésus-Christ et les règles de l'Evangile.
Parabole du Samaritain.
S. Luc , ch. 10.
Un docteur de la loi, interrogeant Jélus-Christ, lui dit : maître, que ferai-jet
hU EXPLICATION DES PARABOLES
pour posséder la vie éternelle ? Jésus lui répondit : que dit la loi , et qu'y lisez-vous ? Il repartit : vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de tout votre esprit et de toutes vos forces , et votre prochain comme vous-même. Vous avez bien répondu , lui dit Jésus ; faites cela , et vous vivrez.
Mais lui , voulant se faire passer pour homme de bien , dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Sur quoi Jésus prenant la parole : Un homme , dit-il , qui allait de Jérusalem à Jéricho , tomba entre les mains des voleurs, qui le dépouillèrent, et qui, après l'avoir chargé de coups , le laissèrent à demi-mort. Il arriva par hasard qu'un prêtre prenait le même chemin ; il vit cet homme affligé , et passa outre. De même, un lévite étant près de là , et l'ayant vu , passa aussi et continua son chemin.
Mais un Samaritain qui faisait voyage , vint jusqu'à lui , et le voyant dans cet état, il fut touché de compassion. Il s'en approcha et banda ses plaies , après y avoir versé de l'huile et du vin ; il le mit ensuite sur son cheval , le mena à une hôtellerie , et prit soin de lui. Le jour suivant \ il tira de
de l'évangile. 45
sa bourse deux deniers d'argent qu'il donna à l'hôte, en lui disant : ayez soin de cet homme , et tout ce que vous avancerez pardessus , je vous le rendrai à mon retour.
Qui de ces trois vous semble avoir été le prochain de l'homme tombé entre les mains des voleurs ? C'est, répondit le docteur, celui qui l'a traité charitablement. Sur quoi Jésus lui dit : allez, et faites-en de même.
Cette parabole est tout entière sur la charité envers le prochain. Vertu essentielle , dont Jésus-Christ nous trace tout à la fois les motifs , l'objet et les règles. Toute la suite de la parabole porte avec elle-même son explication. On a déjà dit que le denier d'argent valait dix sous de notre monnaie.
. 3ÉFLEXI0NS.
1° Jésus-Christ nous montre d'abord l'obligation où nous sommes d'exercer la charité envers le prochain. Ce qu'il nous enseigne ici par exemple, il l'établit dans toutes les pages de son Evangile : Aimez-vous les uns les autres; aimez-vous mutuellement comme je vous ai aimés ; donnez à
celui qui vous demande ; faites du bien aut autres , et vous serez les enfants du Très- Haut ; soyez miséricordieux envers vos frères, comme votre Père céleste est miséricordieux envers vous; surtout n'ayez entre vous ni haine , ni aversion , ni rancune ; et si vous savez que voire frère a quelque chose contre vous dans le cœur , quand vous seriez au pied des autels pour offrir le sacrifice , laissez le sacrifice et l'autel , et allez vous réconcilier avec votre frère.
Aimez vos ennemis; faites du bien à ceux qui vous haïssent et qui vous persécutent ; celui qui n'aime pas son prochain est dans un état de mort. Telles sont ces maximes sur la charité.
Ainsi obligation étroite et sous peine de damnation : ....
Obligation universelle , et qui s'étend à tout et à tous ;
Obligation constante, perpétuelle et de tous les temps ;
Obligation, en un mot, si essentielle, qu'elle distingue le chrétien de celui qui ne l'est pas, ou qui n'en a que le nom : en cela consiste la loi et les prophètes.
2° Dans cette parabole, Jésus-Christ nous
DE L'EVANGILE. Ul
montre quel est le prochain envers qui nous devons exercer la charité. Ce n'est pas sans raison qu'il met ici un Samaritain ; onsaitl'animosité, l'antiphatie qu'il y avait entre les Juifs et les Samaritains ; ils avaient moins de commerce les uns avec les autres , qu'ils n'en avaient avec les infidèles. Si donc Jésus-Christ introduit ici ce Samaritain , c'est pour faire mieux comprendre que l'amour du prochain doit s'étendre généralement sur toutes sortes de personnes; Grec et Romain , Scythe et Barbare, riche et pauvre, grand et petit, rien n'est étranger à la charité , tout est cher à la religion ; les ennemis mêmes sont chers au chrétien. S'il est animé du sentiment de la foi , un chrétien n'a d'autres ennemis que lui-même et ses péchés. Qu'il regarde comme son prochain tous les hommes qui sont dans l'univers. Enfants d'un même père, ils ne doivent avoir entr'eux qu'un cœur et qu'une âme ; ils doivent s'aimer en ce inonde , puisqu'ils sont destinés à s'aimer éternellement dans l'autre. Ce n'est pas que la charité ne reconnaisse différents degrés parmi ceux qu'elle embrasse ; mais tous , sans exception , doivent avoir part à ses sentiments.
3° Enfin , dans cette parabole , Jésus- Christ nous enseigne surtout bien expressé* nent la manière dont nous devons exercer la charité envers le prochain. Considérons attentivement ce Samaritain charitable, tout ce qu'il fait en faveur de cet homme affligé, et admirons le beau modèle qu'il nous présente en ce point. Il est touché de compassion sur cet infortuné ; il s'approche de lui , il bande ses plaies, il le transporte dans un lieu où il puisse le faire traiter ; il n'épargne ni soins, ni dépense pour le soulager et le guérir ; i! prend toutes les mesures nécessaires pour ne le laisser manquer de rien : il ne met point de bornes à sa charité. Je vous rendrai , dit-il à l'hôte , tout ce que vous avancerez. Quel sujet de honte et de confusion pour le lévite et le prêtre , en apprenant ce que le Samaritain avait fait ! Mais surtout quel modèle pour nous , chrétiens , si nous le sommes de cœur et d'esprit !
Apprenons ce que la charité nous ordonne de faire pour notre prochain. Nous devons l'aimer, l'aimer sincèrement et de jœur, comme notre frère en Jésus-Christ; nous devons supporter son humeur, excu-
de l'évangile. 49
ser ses^défauts , compatir à ses faiblesses ; nous devons surtout, selon nos moyens, J'aider dans ses besoins , le soulager dans^ ses maux , le secourir dans son indigence ^ le consoler dans ses afflictions ; en un mot,; le traiter comme nous voudrions qu'il nous traitât, si nous étions nous-mêmes dans l'état où il se trouve. Ne regardons pas ce qu'il en coûte pour remplir ces devoirs r mais regardons la récompense que Jésus- Christ promet à ceux qui les auront fidèlement et constamment remplis. Venez'* les bien-aimés de mon Père , nous dira-t-il un jour ifai eu faim , et vous m'avez ras-i sasié ; j'ai eu soif3 et vous m'avez désaltéré , etc.; entrez dans le royaume qui vous est préparé.
Parabole du mauvais Riche et du Lazare.
S. Luc, ch. 16.
Il y avait un homme riche qui s'habillait de pourpre et de fin lin ; tous les jours il dînait splendidement, et ses repassaient
autant de magnifiques festins. Il y avait aussi un pauvre nommé Lazare, étendu à la porte du riche ; il était couvert d'ulcères ; et manquait de tout : dans sa misère il eût bien désiré se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; mais on lui refusait ce faible secours, et on le livrait aux chiens, qui venaient ensuite lécher ses plaies.
Cependant ce panvre vint à mourir , et les anges le portèrent dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi , et l'enfer fut son tombeau. Au milieu des tourments, levant les yeux , il vit de loin Abraham , et Lazare reposant dans son sein. Père Abraham , s'écrie-t-il , ayez pitié de moi , et envoyez Lazare, afin qu'il trempe dans l'eau le bout de son doigt pour rafraîchir ma langue ; car je souffre de cruels tourments dans ces flammes.
Mon fils, lui dit Abraham, souvenezvous que vous avez été comblé de biens durant votre vie, et que Lazare a eu tous les maux en partage ; maintenant il est consolé, et vous êtes dans les souffrances. D'ailleurs il y a un chaos immense entre vous et, nous ; en sorte que ceux qui sont
de l'évangile/ 51
ici ne peuvent aller à vous , ni ceux qui sont avec vous ne peuvent venir jusqu'à nous.
Du moins , père Abraham, dit-il, je vous prie d'envoyer dans la maison de mon père, afin qu'on avertisse mes frères ( car j'en ai cinq ) , de peur qu'ils ne viennent eux-mêmes dans ce lieu de tourments.
Us ont Moïse et les Prophètes , répondit Abraham ; qu'ils les écoutent. Non , père Abraham , répliqua-t-il ; mais si quelqu'un des morts retourne à eux , ils feront pénitence. Abraham lui dit : S'ils n'écoutent point Moïse et les Prophètes , ils ne croiront pas non plus, quand même quelqu'un des morts ressusciterait.
Plusieurs interprètes ont cru que ce récit était une histoire véritable , et non une simple parabole. Plusieurs autres ont pensé le contraire. Du moins on ne peut douter que le discours du mauvais Piichc avec Abraham ne soit une parabole. Jésus-Christ nomme le Lazare, il est vrai ; mais il a pu donner ce nom à un pauvre abandonné des hommes , et qui n'a pour appui que Dieu seul.
Par le sein d'Abraham on ne peut pas entendre ici le paradis proprement dit, mais un lieu de paix et de repos , où les âmes justes attendaient le repos éternel. ,f
L'âme d'Abraham était encore avec celle des anciens patriarches dans les limbes des Pères ; leurs âmes ne montèrent au Ciel que le jour de l'ascension de Jésus-Christ. Ce lieu séparé du purgatoire et de l'enfer, était, selon l'opinion commune,, vers le centre de la terre.
Le but de cette parabole est de faire craindre aux riches le criminel abus de leurs richesses , et de consoler les pauvres et les affligés dans le sein de leur indigence et de leur misère. '"
RÉFLEXIONS
,. , 1° Considérons d'abord quel a été le sort du mauvais Piiche durant sa vie : il vivait au milieu de son peuple dans le luxe et l'abondance de tout ; l'écarlate et les étoffes Jes plus précieuses étaient son vêtement ; sa table était tous les jours servie avec délicatesse et magnificence ; les jeux , ■- les amusements , les parties de plaisir faisaient toute son occupation. Palais superbe, nom-
'de l'évangile. 55
breux domestique, ameublement "précieiixr compagnie choisie , tout cela est doux et désirable , si tout cela pouvait durer tou-^ jours; mais enfin il faut mourir, il faut tout quitter. Ce riche mourut en effet , il sortit de ce monde ; et l'enfer devint sou tombeau ; voilà le terme funeste où conduit l'abus des richesses et des plaisirs de la vie. Mais enlin , disent quelquefois les mondains , quels crimes commettait donc ce Riche pour être ainsi condamné à des tourments éternels ? C'est une vie molle , il est vrai ; mais encore en quoi est-elle donc si coupable ? En quoi ? c'est qu'elle est directement opposée à l'Evangile , qui exige de nous l'abnégation de nous-mêmes, et la mortification de nos sens ; c'est qu'elle est contraire à l'exemple de Jésus-Christ , dont la vie n'a été que croix et que souffrances ; c'est qu'elle amollit le cœur et ïe met hors d'état de résister aux tentations , pour peu qu'elles soient dangereuses; c'est qu'elle empêche de remplir les devoirs de^î'état, et en fait négliger les obligation^ Quelle était donc la vie de ce Riche du siècle? Vanité et amour du luxe, mollesse et amour du plaisir, dureté et insensibilité cruelles
à l'égard des pauvres , oubli de Dieu et de son salut. Enfin , la dernière heure arriva, il fut arraché de ces funestes richesses , son corps fut porté dans le tombeau, et son âme ensevelie dans les enfers ; terme fatal où vont aboutir les impies , juste punition d'une vie de plaisirs et de crimes.
2° Considérons à présent quelle était d'une autre part la vie de Lazare : ce pauvre mendiant demeurait couché à la porte du mauvais Riche , il était plein d'ulcères et couvert de plaies , manquant de tout; il souffrait chaque jour tout ce que l'indigence et la pauvreté ont de plus triste et de plus sensible ; c'eût été pour lui un soulagement de se nourrir des miettes qui tombaient de la table de ce Riche voluptueux : mais dans les maisons des maîtres impitoyables, les domestiques prennent bientôt leurs sentiments, et imitent leur dureté; aucun n'avait compassion de Lazare , personne ne pensait même à lui procurer ces misérables restes ; tout le secours qu'il avait , c'est que les chiens venaient lécher ses ulcères.
Lazare dans ce triste état eut patience ; il adora les desseins de Dieu , il lui offrait
de l'évangile. 55
ses souffrances en esprit de soumission ; il attendait la fin de ses peines, et il espéra la récompense ; il mourut enfin dans le sein de samisèreetdesa résignation ; les Anges qui assistèrent à sa mort reçurent ses derniers soupirs , et portèrent en triomphe son âme dans le sein d' Abraham, où elle fut reçue parmi les pieux Israélites au lieu du repos et dans l'attente de la béatitude consommée : juste récompense de tant de travaux soutenus avec tant de constance.
3° Cependant le mauvais riche, du sein des tourments où il était condamné, lève les yeux en haut ; il voit de loin Lazare reposant dans le sein d'Abraham. Quel spectacle pour lui ! quels regrets dans cette différence de sort ! Lazare jouissant de la plus douce paix , et lui livré à toute l'horreur des tourments. Père Abraham , s'écrie-t-il du milieu des flammes, soyez touché de mon état ; envoyez Lazare pour me secourir. Et que demande-t-il ? que Lazare trempe dans l'eau l'extrémité de son doigt , et qu'il vienne le reposer sur sa langue desséchée et brûlée, pour le désaltérer; une goutte d'eau , c'est tout ce qu'il désire , lui qui avait tout en abondance, et qui avait tout
refusé à ce pauvre Lazare dans ses souffrances. C'est peu que ce qu'il demande ; ce peu lui est refusé. Non , lui répond Abraham , un chaos immense nous répare à jamais ; nous n'irons point à vous , vous ne pourrez venir à nous. Une fois qu'on est précipité dans ce séjour de tourments , on y est pour toujours ; il n'y a plus ni retour, ni rémission, ni pardon dans les enfers, le fort et le malheur sont iixés pour toujours , in inferno nulla est rcclemptio.
Ah ! du moins , continue ie mauvais Riche, envoyez Lazare à mes frères , pour les avertir de ce qu'on souffre ici de supplices , afin qu'ils n'aient pas le malheur de s'y précipiter comme moi , et d'augmenter mes tourments. Non, non , répond encore Abraham , ils ont Moïse et les prophètes , s'ils ne les écoutent pas , ils n'ajouteraient pas plus de foi aux morts qui ressusciteraient.
Voilà bien la disposition des impies et des incrédules ; ils voudraient des apparitions; ils demanderaient des prodiges ; ils n'en verront pas ; et quand ils en verraient, ils ne croiraient pas ; ce ne serait pas aujourd'hui , non plus qu'au temps de Jésus- Christ, une apparition miraculeuse qui con-
de l'évangile. 57
vertïraït certains esprits prétendus Yorts^et véritablement faux, que les plus puissants motifs de crédulité n'ont pu soumettre au joug de la foi , parce que leurs cœurs sont dominés par les passions.' ~\
Et d'ailleurs , quand un mort reviendrait de l'autre inonde , que pourrait-il leur dire ? qu'on y subit les effets d'un jugement terrible, qu'on y souffre les plus horribles tourments , que ces tourments ne finiront jamais. Mais la foi n'enseigue-t-elle pas toutes ces vérités ? Nous savons assez ce que nous devons faire et ce que nous devons craindre : ce ne sont donc pas les pensées de l'esprit qu'il faut éclairer ; ce sont les passions du cœur qu'il faudrait dominer.
Riches et heureux du siècle , craignez le danger , la contagion et l'abus des richesses, et détachez-vous-en de cœur et d'esprit.
Pauvres et affligés de ce monde , consolez-vous dans l'attente d'un meilleur sort , et espérez-le de Dieu.
Hommes, qui que vous soye*, pensez au terme où vous irez aboutir , et préparezvous-y sans délai.
Parabole de deux hcmmcs , dont Vun hàlit sur de bons fondements , et Vautre sans fondements .
S. Luc, ch. 6«
Tout homme qui est bon, dit Jésus-Christ, tire de bonnes choses du bon fonds de son cœur; et le méchant en tire de mauvaises d'un méchant fonds. Pourquoi m'appelezvous Seigneur , tandis que vous ne faites pas ce que je vous dis ? Je vais vous montrer à qui est semblable tout homme qui vient à moi, qui entend mes discours, et qui les met en pratique. Il est semblable à un homme qui bâtit une maison , et qui, après avoir creusé bien avant , mit les fondements sur la pierre ferme : les eaux s'étant débordées , la rivière donna impétueux sèment contre la maison, et ne la put ébranler, parce qu'elle était fondée sur le roc. Mais celui qui entend mes discours et qui ne les met pas en pratique, est semblable à un homme qui bâtit , sans fondements sa maison sur la surface de la terre ;
de l'évangile. 59
la rivière donna avec violence contre le maison : elle tomba aussitôt, et ne laisse que de grandes ruines.
Toute la parabole est une explicatioi d'elle-même.
RÉFLEXIONS
1° C'est du cœur que procèdent les bonnes ou mauvaises actions, et un jour elles seront dévoilées. Au jour du jugement, dil saint Chrysostôme , les bouches se tairont et les actions parleront ; aujourd'hui la bouche parle dans la prière , niais en vain parle-< t-elle, si le cœur ne parle , et si la conduite ne soutient les paroles et les discours. Plusieurs auront bien parlé, bien projeté, mais n'auront point agi ; et leurs discours , leurs projets périront avec eux. Plusieurs auront donné les bons avis , les avertissements salutaires , et ne les auront point suivis ; plusieurs auront commencé, auront fait quelques pas , quelques progrès dans les voies de la piété, et n'auront pas continué leur course , et ils n'arriveront point au terme, ce n'était donc pas assez d'écouter la parole de Dieu , il fallait la suivre ; ce n'était pas assez de projeter, il fallait exé-
cuter ; ce n'était pas assez de bien commencer., il fallait continuer. Tout cela signifie que c'est sur le cœur qu'il fallait agir ; si le cœur avait été bien réglé , tout le reste se serait soutenu.
2° Dans l'affaire du salut , bien des personnes ne bâtissent pas sur la pierre ferme, souvent elles s'appliquent à l'accessoire et négligent le principal ; elles s'attacheront à des observations légères, à des pratiques purement extérieures : prières nombreuses , visite des églises , visite des malades ; tout cela est louable , tout cela est saint ! mais parce que ces personnes ne se seront pas adonnées à la pratique des vertus solides et intérieures ., à la mortification des passions , à l'exercice de l'humilité , de la patience, de l'abnégation de soi-même, Jeur prétendue piété n'aura rien de solide et de constant ; à la première tentation un peu violente qui surviendra, à la première occasion dangereuse qui se présentera , aa premier orage , à la première tempête qui s'élèvera , tout l'édiiice de leur vertu sera renversé et tombera en ruine.
. Parmi les pratiques de piété , il fallait ne pas négliger les unes , mais il fallait encore
de l'évangile. 61
plus s'appliquer aux autres ; sans quoi tout J'ouvrage se démentira , parce qu'on n'aura J)âti que sur le sable , et que les fondements auront manqué. L'édifice du salut doit être éternel ; s'il n'est établi sur des fondements inébranlables , il ne saurait subsister.
3° Au contraire , si nous élevons un édifice appuyé sur la pierre ferme, sur l'exercice des vertus solides , il sera supérieur aux événements et aux revers. C'est ce qui arrive à tout homme juste. Cet homme sage avait toujours mené une vie chrétienne ; le vent des tentations l'a violemment agité durant cette vie ; la mort, comme un orage, l'a subitement entraîné ; qu'a-t-elle renversé chez lui? quel mal a-t-elle pu lui causer? L'édifice de sa sainteté subsiste. Les justes , dit le Sage , ont paru mourir aux yeux des insensés ; leur sortie de ce monde a paru comme un malheur ; cependant leur âme est en paix ; malgré la violence de tous les orages, ils sont arrivés au port du salut, et leur bonheur, établi sur l'immutabilité de Dieu même, subsistera à jamais.
Voulons-nous donc que l'édifice de notre sanctification soit assuré , donnons-lui des fondements solides, bâtissons sur la
pierre : ferme p établissons notre 'ouvrage sur les ruines de la vanité, de la sensibilité, de l'amour-propre * de tout ce qui flatte la nature et les sens ; alors on pourra , ajuste titre , appliquer à notre âme les paroles de Jésus-Christ , funclata erat super petram. Que tous les vents , tous les orages , toutes les tempêtes s'élèvent; ils la trouveront inébranlable Tet hors d'atteinte à tous leurs efforts.
Parabole du figuier stérile.
:S. Luc ,ch. 13.
j Un homme qui avait un figuier' planté dans sa vigne , vint y chercher du fruit , i et n'en trouva point : vous voyez, dit-il au vigneron ,que depuis trois ans je viens cher-»; cher du fruit à ce figuier, et que je n'en trouve point; coupez-le donc, pourquoi cccupe-t-il encore inutilement ce terrain ?, Seigneur , lui répondit le vigneron , laissez-le^encore une année, jusqu'à ce que j'aie remué la terre tout autour, que j'y aie mis du fumier; et s'il porte du fruit... sinon ,tvous le couperez.
v- de l'évangile. 63
L'homme qui a planté le figuier , c'est Jésus-Christ ; la vigne où il l'a planté, c'est son église ; le figuier planté 3 c'est l'image de ceux qui ont été appelés à la foi ; les fruits que le maître demande, ce sont les bonnes œuvres qu'ils doivent pratiquer ; la menace faite de couper le figuier stérile , c'est l'annonce de la peine que subiront ceux qui n'auront pas pratiqué ces œuvres.
Et s'il porte du fruit.... Pour rendre le sens complet , il faut sous-entendre : vous le laisserez sur pied, ou quelque chose . de semblable.
RÉFLEXIONS
èv Nous pouvons nous regarder comme des arbres qui étaient non-seulement stériles et infructueux par eux-mêmes , mais encore qui étaient gâtés et corrompus par le péché originel. Dieu par son infinie miséricorde nous a transplantés dans le champ fertile de son Eglise ; il nous y a cultivés de sa main , il nous a souvent arrosés de l'abondance de ses grâces : lumières intérieures ,;« instructions touchantes , -exemples,
édifiants, fréquentation des sacrements, remords salutaires, tout a été employé pour faire fructifier cette plante , et la mettre en état de répondre à l'attente du Pore de famille. Ah ! s'il avait opéré en faveur de Tyr et de Sidon les prodiges qu'il a opérés en notre faveur, Tyr et Sidon auraient produit des fruits de pénitence et du conversion.
Rappelons tout ce que Dieu a fait pour notre sanctification, depuis que par la grâce du baptême il nous a transplantés dans sa vigne ; quel droit n'a-t-il pas d'exiger les fruits de ses soins et de toutes ses grâces ?
Or , où sont ces fruits de salut que nous avons portés ? où sont les vertus que nous avons pratiquées? où sont les bonnes œu- Tres que nous avons faites? où sont enfin les mérites que nous avons acquis pour le Ciel?
Combien y a-t-il de temps que Jésus- Christ cultive en nous ce figuier transplanté et arrosé de tant d'influences célestes ?
Et combien y a-t-il de temps que nous trompons son attente ? Non-seulement de-» puis trois ans il attend ces fruits de salut ^ mais pour plusieurs d'entre nous il y a
'de l'évangile. 65
déjà les dix, les vingt, les trente années que nous occupons inutilement un terrain précieux , que d'autres , à notre place , auraient couvert de productions fructueuses. Quelle bonté, quelle patience de votre part , ô mon Dieu ! et quelle injustice , quelle ingratitude de la nôtre !
En mon particulier , mon Dieu , puisje ignorer ce que vous avez fait pour moi, et les grâces dont vous m'avez comblé ? Quels f ru itsn'aurais-je pas produits, si j'en avais profité comme je le devais , et comme votre grâce ne cessait de m'y engager !
2° Voici peut-être les derniers délais que Dieu nous accorde pour produire des fruits de pénitence; peut-être était-il sur le point de porter l'arrêt contre nous , et de dire à la mort : Coupez , arrachez cet arbre stérile qui occupe depuis si long-temps cette terre. Les saints , nos protecteurs et patrons, la Reine des saints plus spécialement , se sont intéressés pour nous ; ils ont demandé et obtenu encore quelque temps, afin de nous donner le moyen de réparer le passé , et de produire les fruits de sanctification que nous devions avoir portés jusqu'à présent.
Si nous négligeons ce temps , si nous" en abusons encore, la patience de Dieu se passera, sa juste vengeance s'armera ,§ la sentence sera portée sans délai et sans appel contre nous : coupez , coupez cet arbre infructueux, et jetez-le au feu ; il n'a que trop long-temps occupé la terre , et rendu inutiles tous les soins et tous les travaux , succide , utquid terrarn occupât ?
Ah ! Seigneur, j'ai à craindre un pareil arrêt après l'abus que j'ai fait de tant de secours et de tant de moyeu s de salut.
Je suis encore à temps de suspendre et d'éviter même la sentence , je puis encore réparer mes anciennes pertes, en profitant des nouvelles grâces que vous voudrez bien ja'accorder ; j'y vais travailler dès cet instant, et y travailler avec la plus grande ardeur et la pius grande constance : dai-. gnez encore verser sur moi la céleste rosée, pour faire fructifier mes: travaux, mou application et mes soins , afin que cet arbre qui vous a tant coûté de sueurs et de sang, ne soit pas condamné à jamais au feu , mais qu'il puisse un jour être employé à l'édifice de la céleste Jérusalem, selon les desseins de votre miséricorde et les vues de votre sagesse.
Parabole de la femme qui par la persévérance obtint V effet de sa demande,
S. Luc, ch. 18.
Jésus enseigne par cette parabole qu'il faut toujours prier et ne point se désister , etil dit : Dans une ville se trouvait un certain juge qui ne craignait point Dieu , et qui ne tenait aucun compte des hommes.
Une veuve qui était dans la même ville , venait à lui, disant : faites-moi justice de ma partie adverse. ÏI refusa long-temps de le faire; mais ensuite il dit en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu , et que je ne me soucie pas des hommes, cependant, parce ce que cette veuve m'importune, je lui rendrai justice, de peur qu'à la fin elle ne vienne me faire des reproches en face.
Ecoutez , continue Jésus, le discours de ce juge inique. Or, Dieu nevengera-t-ilpas ses élus qui jour et nuit poussent des cris vers lui , et usera-t-il de délai à leur égard 1
Je vous assure qu'il ne tardera pas à IeS venger. Mais pensez-vous que le Fils de l'bomrae , quand il viendra, trouve la foi sur la terre ?
- Cette parabole peut être regardée comme une préparation à la suivante. Jésus-Christ, en parlant du Pharisien superbe, montrera les défauts qui se glissent dans la prière : ici il en établit la nécessité , et il en montre les qualités essentielles.
Quand il est dit qu'il faut toujours prier, ces paroles ne doivent pas être prises à la rigueur ,-et absolument à la lettre ; elles signifient seulement qu'il faut se faire une sainte habitude de prier; et d'ailleurs, quand on se tient constamment uni à Dieu , et qu'on fait en tout sa sainte volonté , on fait une prière comme continuelle. »--.
RÉFLEXIONS
l°Le Sauveur fait lui-même l'application de cette parabole. C'est comme s'il disait : Armez-vous du bouclier de la prière en tout temps ; que la prière précède , qu'elle accompagne, qu'elle termine toutes vos
de l'évangile. 69
actions ; qu'elle prévienne votre élection, qu'elle succède à votre repas; munissezvous de ce secours dans le secret de voire maison, et avant que de paraître en public ; àe retour , ne vous reposez point que vous o'ayez prié ; enfin , n'accordez jamais aucun soulagement à voire corps, que vous n'ayez auparavant pourvu à la nourriture de votre âme.
Pour nous animer à la pratique de la prière , Jésus-Christ ajoute : Vous avez entendu la résolution que prend un juge ira— pitoyable et injuste. Il écoute enfin les vœux d'une femme persécutée, et il fait cesser la vexation , si ce n'est pas par des; sentiments d'humanité, au moins c'est pour son intérêt et sa gloire propre , et parce que la suppliante persévère dans ses sollicitations. Or, le Dieu que vous servez est un Dieu bon et juste , c'est le Père des miséricordes ; et pourriez- vous croire qu'il n'écouterait pas la voix de ses élus qui sollicitent sans cesse son secours ? Non , il n'en usera pas ainsi ; il vous exaucera dans vos prières , il vous consolera dans vos afflictions : priez, et ne vous lassez point de prier ; bientôt le Seigneur viendra , et vous serez
vengés des injustices de vos persécuteurs.
2° De là nous devons conclure les deux caractères essentiels à notre prière. La confiance en la bonté du Dieu que nous prions ; c'est la confiance qui doit ouvrir notre cœur , et qui nous donnera entrée dans le sien ; aussi remarquons que dans la prière que Jésus-Christ nous ordonne défaire , la première parole qu'il nous met à la bouche, c'est celle-ci : Pater, etc. Notre Père; il ajoute qui êtes dans les deux. À qui un fils suppliant donnera-t-il sa confiance , si ce n'est à un père tendre et compatissant , surtout à un Père tout-puissant qui réside dans les Cieux, et qui est en état d'en faire descendre à tout moment les secours dont on a besoin , et que l'on réclame avec instance ?
La confiance ne suffit pas dans la prière, il faut ajouter la persévérance ; c'est une qualité qui manque souvent aux prières des âmes pieuses elles-mêmes ; elles voudraient quelquefois être exaucées au moment où, elles se présentent devant Dieu ; pour peu qu'il diffère de les écouter , leur confiance est altérée ; les premiers jours d'une affliction subite les trouvent résignées et même
de l'évangile, v - '71
généreuses ; elles prient avec affection , elles espèrent avec confiance. Mais continueront-elles de prier , si le secours est un peu tardif? Si le soulagement se fait plus attendre, ne se démentiront-elles point ? Et si la consolation est différée , ne se croirontelles point refusées et comme oubliées ? Ce n'est pas toujours la ferveur , c'est souvent la persévérance qui manque à nos prières.
Jésus-Christ dans une autre occasion donna à ses disciples la même instruction , et la donna d'une manière encore plus expresse en ces termes :
Si quelqu'un de vous avait un ami , qu'il allât le trouvera minuit, et qu'il lui dît : Mon ami , prêtez-moi trois pains , parce qu'un de mes amis qui passe est arrivé chez moi ; je n'ai rien à lui servir ; et que cet homme lui répondît du dedans de son logis : Ne m'importunez point , ma porte est fermée, et nous sommes au lit, mes enfants et moi ; je ne saurais me lever et vous donner les pains que vous me demandez.
Si néanmoins l'autre continue à heurter, quand celui-ci ne se lèverait point pour lui en donner parce qu'il est son ami , je vous( dis qu'il ne laisserait pas de se lever à cause
de son importunité , et lui en donnerait autant qu'il lui en faut. Je vous dis de même, demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; heurtez , et on vous ouvrira : car quiconque demande, reçoit; qui cherche , trouve ; et on ouvrira à celui qui heurte. Jésus-Christ continue :
Si quelqu'un de vous demande un pain à son père, est-ce que son père lui donnera une pierre? Ou s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ! Ou s'il demande un œuf, son père lui présentera-til un scorpion ? Si donc vous, tout méchants que vous êtes , vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père céleste donnerat-il le bon esprit à ceux qui le lui demandent ! ( Luc. 11. )
, Le Sauveur pouvait-il nous recommander la prière , la confiance et la persévérance dans la prière d'une manière plus expresse, plus forte et plus puissante qu'if ne le fait dans tout ce discours ? et en même temps ne nous montre-t-il pas quelles sont les dispositions de son cœur envers ceux qui le prient , et quelle est la force et l'efficace de la prière animée parla confiance et soutenue par la persévérance?
de l'évangile, i 7 3
3e Prions donc ; et si nous voulons que le Seigneur exauce nos prières, prions avec humilité : c'est bien le moins qu'on soit humble quand on sent sa misère et son indigence.
Prions avec attention; écoutons- nous nous-mêmes, si nous voulons que Dieu nous écoute.
Prions avec ferveur, et témoignons par notre ardeur le désir que nous avons d'être exaucés.
Prions avec confiance ; nous prions un Père tendre, puissant, compatissant, et libéral envers nous.
^Mais surtout prions avec persévérance ; souvent par découragement on cesse de prier au moment où l'on allait être exaucé ; prions, persévérons, attendons les moments de Dieu; il ne manquera pas de venir à notre aide au temps marqué par sa providence. '
Bacdbak. Expl, des Parab.
"ik EXPLICATION DES PARABOLES
Parabole du Pharisien et du Publi* cain.
S. Luc, ch. 18..
Deux hommes montèrent au Temple pour prier , l' tin était Pharisien et l'autre Publiçain. Le Pharisien se tenant debout, faisait celte prière en lui-même : Mon Dieu , je vous reads grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes , voleur, injuste , adultère , ni tel aussi que ce Publicain ; je jeûne deux l'ois la semaine ; je donne la dîme de tous mes biens.
Le Publicain , au contraire , se tenant éloigné , n'osait pas même lever les yeux au Ciel; mais se frappait la poitrine , en disant : Mon Dieu , ayez pitié de moi , car je suis un pécheur. Je vous déclare que celui-ci s'en retourna dans sa maison absous de ses péchés : il en fut tout au contraire de l'autre ; car quiconque s'élève sera humilié, et quiconque s'humilie sera élevé..
de l'évangile. 75
/Jésus-Christ fit cette parabole contre certaines gens qui présumaient d'eux-mêmes, comme s'ils eussent été justes , et qui n'avaient que du mépris pour les autres. C'étaient surtout les Pharisiens que Jésus- Christ avait en vue ; la parabole les lit peutêtre rougir , mais elle ne les corrigea pas. L'exemple de l'humble Publicain donne le modèle d'une prière véritablement chrétienne.
' reflexions;
1° Il faut que l'orgueil aveugle terriblement l'esprit de ce Pharisien , pour ne pas voirie crime de sa conduite et l'indécence de sa prière. Il vient au Temple pour honorer, pour prier le Seigneur, et il n'est occupé que de lui-même ; au lieu de s'humilier devant Dieu, il fait orgueilleusement son éloge; au lieu de demander les grâces de Dieu, il faitl'étalage de ses vertus. La benne opinion qu'il a de lui-même le porte à mépriser, à censurer, à condamner tous les autres : Seigneur , je vous rends grâces. Eh ! de quoi pensez-vous qu'il lui rende
grâces? des biens qu'il lui a accordés, des lumières qu'il lui a données, des dangers dont il l'a préservé ? non , sans doute : Je\ vous rends grâces de ce que je ne suis pasi comme le reste des hommes : de tous les hommes il n'en excepte aucun ; le voilà donc à ses propres yeux au-dessus de tous les mortels ; lui seul est juste , lui seul est saint, lui seul est digne de paraître devant Dieu ; tous les autres sont des profanes et des pécheurs.
Est-ce là prier ou blasphémer ? Est-ce là mériter des grâces ou des malédictions ?
Nous sommes sans doute bien éloignés de donner dans un tel aveuglement et dans de tels excès en priant le Seigneur ; mais sans donner dans ces sortes d'excès , n'avons-nous rien à nous - reprocher dans nos prières? et combien de défauts ne s'y glisset-il pas tous les jours? Comme le Pharisien, on porte quelquefois le luxe et le faste jusque dans le sanctuaire et au pied des autels ; on demande à Dieu; des grâces , comme si elles étaient dues ; on se plaint , on s'inquiète quand elles sont refusées. Si Dieu les accorde , on s'élève , on se glorifie de ses dons , on en nourrit sa vanité et son amour-
propre : d'ailleurs ? ces droitsTprélcndus qu'on s'arroge , ces singularités qu'on affecte , ces égards , ces distinctions qu'on exige , ne sont-ce pas des marques que , semblable au Pharisien, on se regarde comme au-dessus du reste des hommes ?
Vers de terre , rentrons en nous-mêmes, et reconnaissons notre néant devant le Seigneur. !
Jetons les yeux sur un objet plus digne de nos regards , et sur un modèle capable de nous édifier et de nous toucher. Pendant que le superbe Pharisien se rendait un témoignage qu'il ne méritait pas , l'humble Publicain se tenait éloigné et n'osait s'approcher des autels ; prosterné devant Dieu à l'entrée du temple , les yeux baissés • et baignés de larmes , la componction dans le cœur, il. offrait l'hommage d'une prière respectueuse; sa posture anéantie devant Dieu , sa douleur , ses soupirs en disaient plus que n'auraient pu dire tous les discours; aussi attira-t-il sur^lui les regards et les faveurs du ciel. ,T
Il se tient éloigné, c'est par là même qu'il oblige Dieu à s'approcher de lui ; il n'ose lever les yeux vers le ciel, c'est par là même
que Dieu jette des yeux de miséricorde sur lui; il s'afflige, il se frappe la poitrine, il se reconnaît pour pécheur , indigne de pardon et de grâces , c'est pour cela même que Dieu le console par un témoignage secret de sa réconciliation.
Ainsi, le péché qui humilie est dans un sens préférable à la vertu qui enfle.
Dieu ne nous voit pas plus tôt sincèrement contrits à ses pieds , qu'il nous rend son cœur et son amitié, qu'il nous honore du glorieux titre de ses enfants ; tandis qu'il rejette avec mépris , avec indignation, le Pharisien orgueilleux , et que détournant de lui ses regards , il le livre à son orgueil et à son aveuglement.
3° Je vous le dis donc, conclut Jésus- Christ : l'humble Publicain fut préféré au Pharisien superbe ; il s'en retourna dans la maison absous de ses péchés , tandis que l'autre augmenta le poids de ses crimes. Le Pharisien se déclarait juste, et Dieu ne le justifia pas ; le publicain se condamnait , et Dieu le justifia ; c'est ainsi qu'en use le Père des miséricordes et le Dieu de toute justice ; car il l'a annoncé, et tous les jours son oracle s'accomplit : celui qui s'élève sera
de l'évangile. 79
humilié , et celui qui s'abaisse sera élevé. Qui se exaltai iiumiliabitur ( Luc , \h).
Soyons humbles , et Dieu nous recevra avec bonté.
Soyons humbles , et nous obtiendrons le pardon de nos péchés.
Soyons humbles, et nous attirerons les grâces du ciel.
Enfin, soyons humbles , et l'humilité nous tiendra comme lieu de toutes les vertus ; elle les enfantera dans nos cceurs , et nous en méritera toutes les récompenses.
Parabole du serviteur infidcle.
S.Luc, ch. 16.
Jésus dit à ses disciples : Un homme riche avait un receveur qui fin accusé devant lui d'avoir dissipé ses biens ; il le fit venir et lui dit : Quest-ce que j'entends de vous? rendez-moi compte de votre recette , car il n'est plus possible que vous la fassiez. Sur cela , le receveur dit en lui-même : que ferai-je, puisque mon maître in'ôte la recette ? je n'ai pas la force de travailler , et
je rougirais de mendier. Je sais ce que je ferai , afin que quand je serai hors d'emploi, il y ait des gens qui me reçoivent chez eux.
Ayant donc fait venir les ^débiteurs de son maître chacun à part , il j dit l au premier : Que devez-vous à mon maître ? Cent pièces d'huile, répondit-il. Le receveur lui dit : Prenez votre obligation f écrivez vite ,' et faites-en une de cinquante ; il dit ensuite à on autre : Et vous, qu'est-ce que vous devez? Celui-ci répondit: Cent mesures de froment. Prenez votre billet, lui dit-il, et faites-en un de quatre-vingts. *
Ce serviteur infidèle fut loué de son maître d'en avoir usé habilement : car les enfants du siècle sont plus habiles dans leurs affaires que les enfants de lumière. Et moi je vous dis aussi : Employez à vous faire des amis les richesses qui rendent injustes , afin que quand vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.
'explication.'
Jésus-Christ adressait ici" la "parabole à ses disciples ; mais son ■ discours regardait particulièrement les Pharisiens qui étaient
DE l'évangile. 81
présents. Le Sauveur veut que nous imitions en quelque chose ce receveur ,'* que nous nous servions desbiens temporels pour nous faire des amis et des intercesseurs auprès de Dieu. Le Sauveur ne loue pas en tout la conduite de cet économe, il loue seulement l'industrie de cet homme ,' qui par une manœuvre plus prudente qu'équitable , se ménageait une ressource pour le temps où sa gestion lui serait ôtée ; car il est évident que les biens mal acquis doivent plutôt être restitués que distribués aux pauvres. Jésus-Christ dit donc seulement: Imitez la prudence du receveur , sans l'imiter dans son injustice ; faites passer vos propres richesses dans les mains des pauvres, afin que les saints que vous aurez nourris et soulagés sur la terre , vous reçoivent un jour dans les tabernacles éternels où ils vous auront précédés. !'
j RÉFLEXIONS, i
1° Quoi que nous ayons et que nous possédions sur la terre , nous ne devons nous regarder que comme les économes de Dieu , maître absolu de cet univers et de tous les biens qu'il renferme. Tout ce aue nous
possédons appartient à Dieu , et nous de* vons tin jour lui rendre compte , nou-seu-\ leinent de nos biens extérieurs, mais de notre temps , de notre santé , de nos talents; en un mot, de tout ce que nous avons et de tout ce que nous sommes.
Dieu nous avertit de préparer nos comptes , et il nous avertit en différentes manières , tantôt par l'âge qui avance et les années qui s'écoulent; tantôt par les infirmités et les maladies qui nous affaiblissent ; tantôt par la mort de nos proches , de nos amis , dont nous sommes témoins et touchés ; c'est ainsi que Dieu ne cesse de nous avertir qu'il ne saurait plus souffrir le mauvais usage que nous faisons souvent de ses biens; et qu'il nous les ôtera , si nous continuons à en abuser.
2° Imitons l'activité de cet économe , qui ne perd pas un moment pour se ménager des ressources dans ses craintes et dans son malheur : le maître ne peut s'empêcher de louer, non l'infidélité, mais l'habileté et l'industrie de son économe; telle est celle des gens du monde pour leurs intérêts temporels : dans eux , quelle attention , quels soins, quelle ardeur pour venir à bout de
de l'évangile. 83
leurs projets, pour établir leur fortune, pour prévenir des disgrâces ! Faisons pour les biens éternels ce qu'ils font pour les biens périssables ; ce qu'ils font souvent pour leur malheur et leur perte , faisons-le pour notre bonheur et notre salut.
3° L'économe infidèle ne peut sans injustice se servir comme il fit des biens de son maître pour se ménager des amis et des ressources dans sa disgrâce. Mais Dieu nous permet et nous ordonne môme d'employer nos biens à nous faire des amis qui nous reçoivent dans le ciel. On cherche à se procurer la protection , la faveur des grands , des riches de la terre ; faibles amis ,. qui peuvent tout au plus nous ouvrir le chemin à une fortune passagère; faux amis, qui nous manquent et nous abandonnent dans l'occasion : les vrais amis, ce sont les saints , dont nous ne réclamons jamais en vain la protection ; les amis puissants au-; près de Dieu , ce sont les pauvres , qui lèvent les mains vers le ciel pour nous, et nous obtiennent les biens éternels quand nous leur avons procuré les secours des biens temporels. Les richesses de la terre rendent injuste, quand elles sont mal ac-
quises et mal employées ; mais quand'on ç sait les répandre dans les mains des pauf vres, elles deviennent une source féconde de justice et de véritables richesses.
Après tout , détachons-nous des biens périssables de ce inonde , et aspirons aux : biens permanents de l'éternité : il faudra un jour tout quitter ; ne nous formons pas des liens qu'il faudra briser peut-être bientôt; laissons la graisse de la terre, et soupirons après la rosée du ciel. C'est là que nous trouverons les véritables trésors qui ne nous seront jamais ravis. 1
Parabole des dix Vierges.
S. Matlh. ch. 25.
-te royaume des cieux sera semblable à dix vierges , qui prenant leurs lampes, s'en allèrent au-devant de l'époux et de l'épouse. Cinq d'entr'elles étaient folles / et cinq prudentes : les cinq folles ayant pris leurs lampes , ne prirent point d'huile avec elles ; les sages , au contraire , avec leurs lampes prirent de l'huile dans leurs vases.
de l'évangile. '85
Or , comme l'époux tardait à venir ; elles sommeillèrent toutes et se mirent à dormir.' Sur le minuit , on entendit crier : Voilai l'époux qui vient, allez au-devant de lui.' Alors toutes les vierges se levèrent et accommodèrent leurs lampes. Mais les folles dirent aux sages : donnez-nous de votre huile, car nos lampes vont s'éteindre. Les •sages répondirent : De peur qu'il n'y en ait pas assez pour nous et pour vous , allez plutôt à ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous.
Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces , et on ferma la porte. Après cela , les autres vierges vinrent aussi et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous; mais il leur répondit-: Je vous dis en vérité , je ne sais qui vous êtes.
Veillez donc , conclut Jésus-Christ 7puisque vous ne savez ni le jour ni l'heure.-
Selon la coutume des anciens, l'époux allait prendre la nouvelle épouse dans sa maison pour la conduire chez lui. Comme
l'époux était accompagné pendant la cér&i monie des noces , des jeunes gens qu'o» appelait frfii Sponsi, les enfants de l'époux, l'épouse avait aussi à sa suite de jeunes filles qui devaient l'accompagner chez l'époux ; et être ensuite du festin des nocesj Adducentur Régi Virgines -post eam* {Pml. hk.
Cette parabole est très-intéressante , soit par les divins mystères qu'elle renferme en elle-même , soit par les instructions salutaires qu'elle nous donne.
Jésus-Christ y présente une image sensible de ce qui arrivera à la mort et à la fin des temps. Les vierges sages sont la ligure des âmes fidèles qui se prépareront à la ve-, nue du céleste Epoux , et qui seront disposées à le recevoir.
Les vierges folles sont l'image 'des pêcheurs qui négligeront de se préparer, el qui seront surpris par l'arrivée subite., et inespérée du souverain Juge.
Les lampes allumées sont l'image des Donnes œuvres dirigées par les lumières de !a foi , et animées surtout du feu de la^cha-» rite.
de l'évangile, .87
réflexions.
.** En général , les dix vierges qui , la lampe à la main, vont au-devant de l'époux, nous représentent les fidèles qui , éclairés nés lumières de la foi , doivent se disposer pour aller dans le Ciel assister à la noce et au festin éternel préparé par Jésus-Christ / le céleste époux par excellence.
Les vierges sages qui portent avec elles de quoi entretenir leurs lampes, sout les vrais fidèles qui joignent toujours ù la foi la charité et les bonnes œuvres. Sans cela,; on ne peut avoir qu'une foi morte , comme les vierges folles, qui, faute d'huile, voient leur lampe s'éteindre.
Prenons garde d'être du nombre de ces vierges insensées, à qui leur négligence fit refuser l'entrée : allons à la noce de l'Epoux, nous y sommes tous appelés :
mais prenons toutes ies précautions nécessaires pour n'en être pas exclus. C'est le plus grand de tous les honneurs d'être admis à ce céleste banquet ; ce serait donc la 'plus grande des folies de nous en fermer la' porte, faute de provisions et des dispositions nécessaires.
2° Le sommeil des vierges , en attendant la venue de l'Epoux, c'est la mort des fidèles, qui précède le second avènement de Jésus-Christ. Il viendra enfin, ce divin Epoux , au milieu de la nuit , c'est-à-dire , lorsqu'on ne s'y attendra point , et alors les anges se répandront partout , pour avertir d'aller au-devant de lui. Heureuses les vierges sages , les âmes justes , qui , avant le sommeil de la mort , se sont préparées à cette arrivée du Sauveur du. monde ! car, dit saint Augustin , celui qui se sera tenu prêt jusqu'à ce qu'il se soit endormi , c'est-à-dire jusqu'à la mort, se trouvera prêt aussi , lorsqu'au milieu de la nuit il entendra la voix qui doit nous ré-' veiller et nous appeler devant le. souverain
C'est une grande folie dans ces vierges imprudentes , de demander aux autres ce •qui leur manque , comme si elles pouvaient mériter les bonnes grâces de l'Epoux par les mérites. et les bonnes œuvres des autres. $£ ,.
^Imitons les justes pendant notre vie , car nous conterions follement de partager avec eux après la mort le bien qu'ils auront fait.
de l'évangile.! 89i
Le divin Epoux ne peut être touché que du mérite personnel de ses épouses. On < se moque souvent des gens de bien pendant la vie : il viendra un temps où l'on voudrait leur ressembler, et avoir vécu comme jls ont vécu.
3° Les terribles paroles que celles que Jésus-Christ prononce contre les vierges folles ! retirez-vous , je ne sais qui vous êtes. 11 les prononcera de même contre les mauvais chrétiens qui ne se seront pas préparés à sa venue. Retirez-vous de moi , je ne Vous reconnais pas pour mes serviteurs , mes amis , mes enfants ; vous n'avez plus aucune grâce à attendre de moi.
Je ne vous connais que pour des insensés qui n'avez point voulu profiter des offres que je vous ai faites de vous rendre éternellement heureux , pour des ingrats qui avez abusez de tous mes bienfaits ; pour des rebelles qui avez secoué le joug de ma loi ; et comme tels , vous serez à jamais des1 objets de ma haine et de mes vengeances.'
Veillons donc , et veillons continuellement, car nous ne savons ni le jour ni l'heure. Hélas ! sera-t-il temps après la mort de songer à ce qui nous manquera
pour aller au-devant de Jésus-Christ notre1 juge ? Tandis que nous nous occuperons de ces pensées, alors inutiles et trop tardives , les justes prendront les devants et entreront avec lui dans la salle du festin des noces éternelles , dont la porte nous sera fermée à jamais.
Parabole de deux fils et de leur différente conduite. '■
S. Matth., cli.21.
Jésus étant venu au Temple et enseignant le peuple , les princes des Prêtres et les Anciens s'adressèrent à lui, et lui dirent :De quelle autorité faites-vous ce que vous faites? Jésus leur dit : Je vous ferai aussi une question . et si vous m'y répondez , je vous dirai de quelle autorité je fais ce «pie je, fais. Je vous demande donc : d'où menait le baptême de Jean ? était-il du ciel ou des hommes ? Mais ils raisonnaient entr'eux et disaient : Si nous répondons : c'est du Ciel, il nous dira : pourquoi donc ne l'a- "vez-vous par cru? Que si nous disons : c'est
de l'évangile. 91
des hommes, nous avons à craindre le peuple ; car tout le monde regardait Jean comme un prophète. Ainsi , pour toute réréponse, ils dirent à Jésus : Nous n'eu savons rien. Il leur répondit : Et moi je ne vous dis point aussi de quelle autorité je fais ce que je fais.
Mais au lieu de cette réponse , il leur dit la parabole suivante. Dites-moi , que vous semble de ceci ? Un homme avait deux fils ; il s'adressa au premier, et lui dit : moa fils , allez aujourd'hui travailler à ma vigne.. Il répondit : Je n'irai pas ; mais ensuite s'étant repenti , il y alla ; puis le père s'étant adressé à l'autre, lui dit la même chose. Celui-ci lui répondit : J'y vais, Seigneur ; et il n'y alla point. Lequel des deux a fait la volonté de son père ? C'est le premier, lui dirent-ils. Jésus reprit : Je vous'1 dis en vérité que les Publicains et les femmes pécheresses vous précéderont dans le royaume de Dieu.
Jésus-Christ donne en peu de mots l'explication de la parabole prise à la lettre. Jean est venu à vous dans la vue de la jus-
ticc','et vous ne l'avez point cru ; les Publicains J'ont cru et ont fait pénitence ; mais vous JTvous avez été les témoins de tout*,' vous ne, vous êtes point repentis, et vous n'avez pointajouté foi à ce qu'il vous disait
Réflexions. *;
.Dans le sens'moral, voici ce que la'*parabolenous présente pour notre instruction. ? "1° Les Scribes et les Pharisiens sont sans cesse à la suite de Jésus-Christ pour le surprendre et le censurer; mais sa prudence toute divine se joue de leurs artifices ; il refuse même de leur répondre , parce qu'il voit que leurs demandes ne sont que des questions captieuses et dictées par de mauvaises intentions.
C'est principalement la dissimulation et la mauvaise foi que Dieu a en horreur dans les ennemis secrets de la religion, ,-et c'est principalement aussi pour leur duplicité qu'il s'éloigne d'eux , et que quelquefois même il les laisse dans l'erreur pour confondre leur orgueil et leurs artifices , tandis qu'il se prête aux âmes simples , et qu'il éclaire les humbles de cœur. Ce sont ià les
-de l'évangile. 93
sentiments que nous devons prendre, et dans lesquels nous devons entrer.
2° Le fils qui refuse d'abord d'obéir à son père , et qui se remet ensuite dans le devoir , ce sont les pécheurs qui , après avoir refusé d'écouter la voix de Dieu , et avoir vécu dans l'égarement , rentrent enfin en eux-mêmes , se rendent à Dieu et font pénitence de leurs péchés.
Combien de temps avons-nous résisté à Dieu , méprisé sa loi , rejeté sa grâce, abusé de sa miséricorde et de sa bonté ! Heureux si , ouvrant enfin les yeux à la lumière, nous sommes rentrés dans les voies du salut , et si nous avons fait une sincère pénitence de nos égarements ! Rendons grâces à Dieu qui nous a supportés si long-temps dans nos désordres , et qui a daigné enfin jeter sur nous des yeux de compassion, et nous recevoir dans sa grâce. Consacrons le reste de nos jours à sa gloire et à son service. La reconnaissance et toutes sortes de motifs nous y engagent.
3° Le second fils du père de famille aune conduite bien opposée à celle du premier. Il répond d'abord à son père qu'il va travailler à sa vigne , ensuite il n'obéit point,
et i! se dément de ses bonnes dispositions.
Voilà notre image ; bien souvent dans l'affaire du salut nous avons de bons sentiments, nous formons de salutaires projets , nous faisons à Dieu de saintes promesses: c'en est fait, dit-on, je vais me convertir , je veux revenir à Dieu , et penser au salut de mon âme ; on le dit, on le projette ; on le promet , et on s'en tient là. Une heureuse éducation rappelle quelquefois les bons principes qu'on a reçus dans l'enfance ; la grâce excite des remords salutaires ; on sent qu'on r.'est pas ce qu'on devrait être , et qu'on ne voudrait pas mourir dans l'état où Ton est ; là-dessus on prend la résolution de revenir à Dieu ; on paraît déterminé à un sincère retour , on veut suivre sa loi et se rendre à ses ordres. Mais bientôt le monde, les occasions, les passions rendent toutes ces pensées inutiles, tous ces projets stériles, toutes ces promesses sans exécution et sans effet ; on reste ce que l'on était , et on devient même toujours plus coupable.
Ce n'est donc pas le juste qui s'est lassé dans les sentiers de la vertu , mais le pécheur qui a quitté pour toujours les voies
.DE I/ÉVA.NGTLE. 95
ide l'iniquité , qui se trouvera à la mort avoir accompli la volonté de Dieu. Que nul donc de ceux qui vivent bien , ne se relâche ; et que nul de ceux qui ont mal vécu , ne dé-< sespère. Les uns doivent faire des efforts pour demeurer ce qu'ils sont , les autres pour devenir ce qu'ils ne sont pas. Hélas ! bien souvent les pécheurs et les publicains précéderont dans le royaume de Dieu ceux qui pendant un temps avaient été justes, mais qui se sont démentis de leur première ferveur, et ont été surpris dans le triste état où ils étaient tombés.
Parabole des conviés au festin, qui refusent de s'y trouver.
S. Luc. ch. 14.
Un homme, dit Jésus-Christ, fit un grand festin ; il envoya son serviteur dire aux conviés de venir , parce que tout était prêt. Alors ils commencèrent tous à s'excuser. Le premier lui dit : J'ai acheté une maison à la campagne, il faut nécessairement que j'aille la voir ; excusez-uioi , je vous prie.
L'autre dit : J'ai acheté cinq paires de bœufs , et j'en vais faire l'essai ; excusezmoi, je vous prie. Je me suis marié, dit un autre , ainsi je ne saurais y aller.
i .Le serviteur étant revenu rendre compte de tout à son maître , alors le père de famille en colère dit à son serviteur : Allez promptement dans les places et dans les rues de la ville , amenez ici les pauvres , les infirmes , les aveugles et les boiteux. Seigneur, dit le serviteur, de retour , j'ai exécuté vos ordres, et il y a encore des places vides. Le maître dit au serviteur : Allez dans les chemins ,1e long des haies , et pressez, contraignez d'entrer , afin que ma maison se remplisse ; car je vous déclare qu'aucun de ceux qui étaient invités, et qui se sont refusés à mes invitations , ne sera de mon festin.
Cette parabole a pour fin de montrer que les Juifs invités , pressés , ayant toujours refusé de recevoir la lumière , ont été rejetés , et que les Gentils plus dociles ont été substitués à leur place. Dans le détail de la parabole on peut dire avec les interprètes, que l'homme qui prépare le repas, c'est
de l'évangile., 97
Dieu notre créateur, auteur de l'ancienne et de la nouvelle alliance ; l'homme envoyé pour rassembler les conviés, c'est Jésus- Christ, c'est le Messie ; le festin, c'est la doctrine évangéïique ; la maison où i'on doit se rassembler, c'est l'Eglise ; les hommes invités les premiers et qui refusent de s'y rendre, ce sont les Juifs rebelles et indociles ; les pauvres , les infirmes , les aveugles et les boiteux reçus à la table du festin , ce sont les Gentils substitués à la place des Juifs qui ont refusé de s'y trouver. Le festin est comme l'annonce de la célébration des noces de l'Agneau avec sa nouvelle Epouse.
Dans le sens moral, la parabole présente les vérités les plus importantes , surtout pour la soustraction et la substitution des grâces à l'égard des âmes indociles et indignes des dons de Dieu.
RÉFLEXIONS
1° Quelle bonté, quelle magnificence dans Jésus-Christ , de préparer ainsi à ses enfants un festin si grand et si délicieux ! Ce Dieu des miséricordes ne désire rien tant
que de s'unir aux âmes justes dans ce céleste banquet.
Mais bien souvent quelle indifférence , quelle ingratitude dans des âmes infidèles et peu reconnaissantes ! Combien qui se refusent aux douces invitations et aux tendres empressements du céleste époux ! Mille vains prétextes, mille fausses excuses les font éloigner de cette source ineffable de grâces ; les uns par un attachement avide aux biens de la terre, les autres par les sollicitudes et les embarras du siècle ; plusieurs par les liens des passions honteuses et criminelles se privent et se rendent indignes des faveurs célestes qui leur sont présentées. Combien de fois, adorable Sauveur j ne m'avez-vous pas sollicité par vos inspirations secrètes ! combien de fois par la voix intérieure de vos grâces ne m'avez-vous pas appelé à vous 1 J'ai refusé , j'ai résisté à toutes vos sollicitations ; ne méritais-je pas d'être privé des grâces dont ie me rendais si indigne ? , ,
2° Jésus-Christ ne se rebute point ; si ces âmes infidèles le fuient et s'éloignent de lui, il les poursuit , il les presse , il en vient jusqu'à leur faire une douce violence pour les
de r.-EYAmiix,g. 99
détacher du monde et les attacher à lui ; il va. les chercher jusque dans les lieux où elles l'attendent le moins, jusque dans le sein des plaisirs profanes, jusque -dans le tumulte des assemblées mondaines, jusque dans le fort même des passions criminelles ; par de vives lumières , par des dégoûts intérieurs y par des remords vifs et cuisants , îl leur fait entendre sa voix ; par des chagrins et des afflictions salutaires qu'il leur ménage, il leur fait connaître le néant du •monde, la fragilité des choses humaines "9 le danger et la séduction des plaisirs , alin que dégoûtées de ces fausses et trompeuses donneurs," elles viennent en chercher déplus solides et de plus dignes d'elles dansées at- .traits de sa grâce.
■v * C'est alors que ^'détrompées : 'des faux biens de ce monde et purifiées dans les eaux ^salutaires de la pénitence , elles viennent se srangeravec les enfants du Père "de famille au banquet délicieux auquel il les a conviées avec tant de tendresse et^d'empresînent.
>3U Cependant il ? est 'marqué f ailleurs IS, Matlh. 22) que le, père de -famille 'ayant réuni ses fidèles enfants à la noce qui
leur était préparée, il eut la douleur de voiu un des assistants qui n'était point revêtu de la robe nuptiale ; il en est surpris , indigné. Homme étranger , lui dit-il, comment êtesvous entré ici sans avoir votre robe de no-, ces ? Ignorez-vous dans quel état vous y deviez paraître ? Alors il dit à ses officiers : Mettez-le dehors , que pieds et mains liés on le jette dans les ténèbres extérieures, où H n'aura plus que des pleurs et des grince-, œents de dents pour partage.
On voit évidemment que celte parabole est toute relative au sacrement de l'Ëucha** ristie. Il est donc vrai qu'il ne suffit pas de se rendre dans la salle du festin, mais il faut être revêtu de la robe nuptiale pour partir ciper au céleste banquet, sans quoi on s'expose à encourir l'anatliême porté contre ceux qui y participent indignement.
C'a été un grand crime dans les Juifs de s'être refusés aux invitations pour le festin préparé ; mais ce serait un crime bien plus grand encore dans les Chrétiens de s'y présenter sans les dispositions nécessaires , et de renouveler ainsi l'attentat de l'infâme Judas ; ce serait outrager Jésus-Christ dans' sa personne sacrée » profaner le sang de
de l'évangile. 104
l'Agneau sans tache, boire et manger son jugement: en un mot , commettre le plus grand des crimes, tomber dansle plus grand des malheurs , ettrouver le sujet de sa condamnation et l'arrêt de sa mort dans le sacrement même qui avait été établi pour devenir pour nous une source de grâces et un principe de salut et de vie.
Au contraire, quel bonheur pour ceux qui seront saintement disposés ! ils seront admis au festin des noces, ils recevront le pain des forts , le pain des anges ; ils s'uniront intimement à leur Dieu ; ils auront une part abondante à ses grâces ; ils recevront le gage de leur prédestination , dans la ferme espérance que , comme Jésus-Christ a bien voulu entrer dans leur cœur, il voudra aussi leur donner un jour entrée dans son royaume , pour participer a jamais au banquet préparé à ses élus dans sa gloire.
Parabole des vignerons qui maltraitent et mettent à mort les serviteurs et le fils du père de famille. »
S. Luc. ch. 20.
Un homme planta une vigne; et l'ayant louée à des vignerons , il s'en alla dans un pays éloigné , où il fut long-temps. Dans la saison, il envoya aux vignerons un de ses serviteurs, afin qu'il perçût les fruits de la vigne ; mais ils le chargèrent de coups et le renvoyèrent les mains vides. Il envoya un autre serviteur ; mais ils le chargèrent aussi de coups , l'outragèrent et le renvoyèrent également les mains vides. Il en envoya un troisième ; mais après l'avoir blessé , ils le chassèrent indignement.
Sur quoi le maître de la vigne dit : Que ferai-je? je leur enverrai mon fils bienaimé : peut-être que le voyant , ils auront du respect pour lui. Mais quand les vignerons le virent, ils raisonnèrent en euxmêmes, et dirent : celui-ci est l'héritier, ôtons-lui la vie , afin que l'héritage soit à
de l'évangile, v «403
nous r et le jetant hors de la vigne^ils lé mirent à mort. Que leur fera donc le maître' de la Yigne? il viendra , il fera périr ces vignerons , ■ et il mettra la vigne en d'autres mains.
A Dieu ne plaise , dirent ceux à qui Jésus-Christ parlait! mais les regardant, il dit : Qu'est-ce donc qui a été écrit? La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient, est celle même dont on a fait la pierre angulaire : quiconque tombera sur cette pierre sera brisé ; et celui sur qui elle tombera en sera écrasé. )
Les princes des Prêtres et les Scribes eurent dessein de l'arrêter à l'heure même , car ils virent bien que c'était pour eux qu'il avait dit cette parabole ; mais ils craignirent le peupleA
C'est ici une des paraboles les plus importantes, et celle dont le sens et la signification ont le plus d'étendue.
Le père de famille, c'est le Seigneur; k ,vigne qu'il a plantée , c'est son peuple^ ce «ont les Juifs ; les vignerons à qui la culture de la vigne est confiée, ce sont les prê-
îresdu sanctuaire , chargés de l'instruction des peuples , et obligés par état de veiller à leur conduite. A différents temps, le maître envoya ses serviteurs pour percevoir les fruits de la vigne , ce sont les prophètes ; les vignerons qui maltraitent, qui outragent les serviteurs du père de famille, ce sont les prêtres et les princes du peuple qui, à la tête de la nation , ont maltraité, outragé , tué les envoyés de Dieu , et enrn , mis à mort le Fils de Dieu lui-même : à quoi ont-ils dû s'attendre après tant de crimes et taut d'horreurs ?
RÉFLEXIONS
1* La vigne, comme nous l'avons dit, plantée par le père de famille , fut autrefois la synagogue et le peuple juif, aujourd'hui c'est l'Eglise de Jésus-Christ. Cette vigne, Dieu l'avait établie et pourvue de toutes les choses nécessaires pour porter des fruits de justice ; les prêtres et les Juifs qui la composaient étaient les vignerons par qui elle devait être cultivée , ou plutôt qui devaient se cultiver eux-mêmes par l'observation de la loi. Le Seignear s'était éloigné après avoir loué la vigne ; c'est-à-dire , Dieu von-
lait donner à son peuple tout le temps nécessaire pour amasser les fruits de justice qu'ils devaient porter , et que sont venus ^exiger les envoyés en différents temps ; mais les Juifs les ont rejetés, outragés, mis à mort. Tels sont les fruits de malédiction qu'ils ont portés.
Hélas ! les chrétiens reçoivent-ils mieux les envoyés de Dieu? Profitent-ils mieux des avertissements salutaires qu'ils leur donnent, des moyens de salut qu'ils leur procurent? Ne les voit-on pas souvent rejeter ces avis , s'indisposer contre ces avertissements, s'aigrir des reproches qu'on leur fait, en un mot, devenir plus méchants par l'abus des moyens que Dieu emploie pour les sanctilier?
N'est-ce pas là ce que j'ai à déplorer moimême ? Dieu m'a donné une vigne à cultiver, fC'est mon âme ; il l'a mise en état de produire des fruits , si je la cultivais avec zèle j je l'ai négligée , je lui ai refusé mes attentions et mes soins ; Dieu m'a averti , sollicité par ses ministres 3 par ses inspirations, je les ai méprisés , j'en ai abusé ; la longue . patience de Dieu à attendre les fruits qu'il
avait droit d'exiger, ne se lassera-t-elle point de mes infidélités etde mes résistances ?
2° Dieu patientant encore à l'égard des Juifs ; leur envoie son propre Fils , disant : ils le respecteront, ils I'écouteront, ils reviendront à eux-mêmes ; ils rentreront dans les voies du salut en voyant leur Sauveur en personne. , Ces hommes ingrats, ces cœurs endurcis! ils l'ont persécuté, ils l'ont outragé , ils l'ont mis à mort ; ils ont dit : c'est ici , l'héritier ; faisons-le périr ; nous jouirons en paix de notre liberté , et nous serrons à couvert de ses reproches jet de ses menaces.
kC'est pour nous , chrétiens , plus spécialement encore que Jésus-Christ est venu, qu'il a travaillé, qu'il a souffert, qu'il est mort : quels fruits avons -nous retirés de sa mort et de ses souffrances ?
O mon Dieu ! que trouviez-vous donc de si digne de vous dans nos âmes , pour en« voyer votre Fils bien-aimé sur la terre, où Vous saviez qu'il serait si indignement traité ? •Adorable Sauveur ! comment avez-vous aimé cette vigne jusqu'au point de vous sacrifier pour elle ? comment avez-vous chéri mon âme jusqu'à répandre votre sang pour
de . l'évangile. 107
la sauver? O amour excessif d'un Dieu qui s'immole pour ceux mêmes qui le font mourir ! Ah ! que c'est bien à juste titre que vous dites : qu'ai-je pu faire pour ma vigne "/ que je n'aie pas fait ? Jérusalem , coupable Jérusalem ! combien de fois n'ai-je pas voulu1 réunir tes enfants dans mon sein , comme la poule empressée réunit ses petits sous ses ailes? et tu ne l'as pas voulu, tu as méconnu le jour de ma visite ; quels malheurs vont fondre sur toi et sur tes enfants !
3° Quand donc le maître de la vigne viendra , quelle vengeance ne tirera-t-il pas de ses vignerons ingrats , cruels et injustes? C'est ce qu'on a vu s'accomplir par la réprobation des Juifs et par la vocation des Gentils à la place de ces Juifs rejetés : ces hommes aveuglés et endurcis, au lieu de reconnaître leur bienfaiteur , leur libérateur, leur Sauveur ; au lieu de venir se jeter à ses pieds pour détourner les châtiments dont ils sont menacés , s'irritent contre lui , et ne pensent qu'à prendre les moyens de le perdre. Terrible état d'un pécheur qui ne veut pas seulement qu'on lut découvre les plaies de son cœur, et qui s'arme contre la main bienfaisante qui veut
fIe guérir ! Ne doit-il pas craindre que cette main irritée, ou ne se retire de lui , ou ne s'appesantisse sur lui pour l'immoler à sa juste vengeance?
Hélas! ne devons-nous pas craindre nous-mêmes que , si nous ne profitons pas de tant de grâces que Jésus-Christ nous a procurées ; que , si nous ne marchons pas à la lueur du flambeau qu'il nous a présenté, il ne se retire de nous, il ne nous ôte le don de la foi , dont nous abusons , il ne transporte ailleurs ce céleste flambeau pour le faire luire aux yeux des nations idolâtres qui lui seront plus fidèles ?
Je vous bénis mille fois, ô mon Dieu!
de m'avoir donné place parmi ce peuple €hoisi qui compose votre Eglise ; mais ne permettez pris que je m'écarte jamais de son sein et de ses maximes. Ne permettez pas que cette grâce si précieuse en elle-1 même me devienne funeste par le peu de soin que j'aurais à répondre à une vocation si sainte, et à produire les fruits de salut que vous avez droit d'attendre d'une vigne arrosée de l'abondance de vos sueurs, et de l'effusion même de votre sang adorable. Je renouvelle en ce moment ma consé-
DE^l/ÉVÀNGILE., 109
cralioiTà cette foi sainte et toute divine ; faites que j'y sois fidèle jusqu'au dernier soupir de ma vie , et que je commence enfin à produire ces fruits de salut que vous avez droit d'attendre de moi, après tous vos soins et toutes vos grâces.
Parabole dit grain de sénevé , du levain dans la pâle , du trésor caché , de la perle trouvée , et du filet jeté dans la mer.
S. Matth. ch. 13.
/Jésus-Christ étant au bord de la mer , il s'assembla beaucoup de peuple autour de lui , c'est pourquoi il monta sur une barque Où il s'assit , et tout le monde étant sur le rivage pour l'écouter, il leur parla de beaucoup de choses en paraboles , et leur dit :
Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé, qu'un homme prit et sema dans son champ. C'est la plus petite de toutes les graines ; mais quand elle a poussé, c'est la plus grande de toutes les plantes f et elle devient comme un arbre ,
Baudhan. Expl. de Parab, 10
'en sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses branches.
11 leur dit une autre parabole. Le royaume des cieux est semblable au levain qu'une femmeprit , et qu'elle mit dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que la pâte fût toute levée.
Le royaume des cieux est aussi semblable à un négociant qui cherche des perles ; en ayant trouvé une d'un grand prix , il va vendre tout ce qu'il a , et il l'achète.
Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor enterré dans un champ ; l'homme qui l'a trouvé , le cache, et de la joie qu'il en a , il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète ce champ.
Enfin le royaume des cieux est semblable à un filet qui , étant jeté dans la mer, ramasse toute sorte de poissons. Quand il est plein , les pêcheurs le tirent , et s'asseyant sur le rivage , ils mettent les bons à part dans des vaisseaux , et jettent dehors les mauvais. Il en sera de même à la consommation des siècles : les anges viendront , ils sépareront les méchants d'avec les justes , et ils les jetteront dans la four-
DE l'évangile. ; • '•lit
«aise ardente , où il n'y aura que plenrs et que grincements de dents.
v Avez-vous compris toutes ces choses?
Oui , lui dirent-ils. C'est pour cela , ajoutat-il , que tout docteur bien instruit de ce qui regarde le royaume des cieux, ressemble à un père de famille qui tire de son trésor ce qu'il y a d'ancien et de nouveau.
Toutes ces paraboles , quoique sur différents objets , tendent toutes au même ter-' me; elles regardent le royaume de Dieu, c'est-à-dire, l'Eglise; elles en montrent les faibles commencements ; elles en annoncent les progrès rapides , elles en assurent la consistance immuable ; en même temps elles prédisent les récompenses ou les peines préparées selon le bon ou le mauvais usage qu'on aura fait des grâces reçues par la vocation à la lumière de l'Evangile.
RÉFLEXIONS
.lcLa vue que Jésus-Christ se proposait âans ces différentes paraboles, était, en premier lieu, de donner une idée de son Eglise
112* EXPLICATION DES PARABOLES i
et "des différents étals par où elle devait passer avant que de parvenir au point de sa perfection.
II voulait, en second lieu, affermir le courage des apôtres, et les prévenir sur diverses épreuves qu'ils devaient bientôt essuyer en annonçant le royaume de Dieu.
II voulait en même temps affermir notre foi ,' quand dans la suite des temps nous verrions l'accomplissement de tout ce qu'il avait prédit. Et quoi de plus capable en effet de rendre notre foi inébranlable , que cet accomplissement parfait sur tout ce qu'il avait annoncé ?
Pour mieux en juger , plaçons-nous pour un moment au point où en étaient les apôtres es les premiers disciples au temps de l'Eglise naissante et comme à son berceau. A moins du secours du bras toutpuissant , aurait-on pu croire que cette* Eglise alors si faible, si persécutée dans ses commencements , aurait des progrès si rapides et si prodigieux ; qu'elle embrasserait dans son sein les villes, les provinces, les royaumes entiers ; qu'elle porterait ses conquêtes au-delà de l'empire romain ; qu'elle étendrait son règne jusqu'aux extrémités
de l'évangile. • 115
de cet univers ; que les Grecs, les Romains, les Scytes , les Barbares , tous les peuples , toutes les nations se soumettraient à ses lois et respecteraient ses commandements?
C'est là cependant ce que nous voyons à présent de nos yeux , heureusement accompli à la lettre : depuis plus de deux mille ans la loi de Moïse était dans le monde , ayant eu dès son origine un million de sujets, «ans avoir encore soumis aucune nation , ou s'être étendue au-delà des limites de la Terre-Sainte. Au contraire 3 la semence évangélique, si petite à sa naissance 7 s'est accrue de siècle en siècle ; nous voyons la foi de Jésus-Christ devenue un arbre immense qui porte ses branches aux deux extrémités de la terre , et à l'ombre duquel se sont assis les princes , les rois de toutes les nations de ce monde ', exprimés par le symbole des oiseaux, habitants des régions supérieures..
En voyant ce que nous voyons, pouvonsnous nous empêcher de dire : Le doigt de Dieu est ici ; c'est ici l'œuvre de Dieu ; notre religion est l'ouvrage de sa droite ; c'est une religion sainte , céleste et toute divine , qui mérite les hommages de notre esprit et de notre cœur ? '
llh EXPLICATION DES PARABOLES
2" Outre ces vérités générales, chaque parabole en particulier nous présente quelque instruction spéciale et salutaire pour uo us.
Le grain de sénevé, d'abord si petitdans son principe , et devenu eusuite un grand arbre , nous représente l'humilité , vertu en apparence si vile et si méprisable , mais qui donne lieu aux plus grands progrès dans les voies de Dieu , qui attire les regards et les complaisances de Dieu même.'
Le levain qui fermente dans la pâte, mar«i que le précieux, levain de la grâce , qui fermentant dans les cœurs, y forme le pain des forts et le froment délicieux des élus.
La perle précieuse que l'on trouve , et le trésor caché que l'on achète au prix de tout ce qu'on possède , marquent qu'il faut être prêt à tout entreprendre , à tout sacrifier , à tout perdre pour acheter le ciel.
• Le filet jeté dans la mer, et qui ramasse toute sorte de poissons, marque que tous les peuples seront appelés à la lumière de l'Evangile ; mais que selon qu'ils auront profilé ou abusé de ces divines lumières, ils seront un jour ou rejetés ou admis dans le royaume céleste.
de l'évangile., . 115
3° Avons-nous , je ne dis pas écouté , mais compris , mais médité , mais approfondi toutes ces grandes vérités , toutes ces •sublimes leçons ? Intellexistis hœc omnia ? Si nous en sommes bien pénétrés , offrons à Dieu l'hommage de nos sentiments.
1° Comprenons quelle est la beauté . la sainteté, l'excellence de notre foi : elle nous vient de Dieu , elle est cimentée par le sang d'un Dieu ; si nous en suivons les maximes , elle nous offre l'entrée dans le royau-j me éternel de Dieu.
2° Rendons grâces au Père des miséricordes, qui nous a accordé le bonheur de naître dans le sein de cette foi , de nous éclairer de ses divines lumières , tandis que tant d'autres gémissent dans les ténèbres et les ombres de la mort.
3° Vivons selon l'esprit de cette religion sainte , respectons-en les lois ; observonsen les saintes pratiques ; soyons chrétiens , non-seulement de créance et de nom , mais encore de conduite et de mœurs.
U° Pensons souvent au compte que Dieu nous demandera des grâces sans nombre qu'il nous a accordées ; craignons d'être un jour rejetés et mis à jamais au rang
116 EXPLICATION DES PARABOLES ;l
des idolâtres et des infidèles qui auront méconnu son saint nom.
5° Prenons dès à présent la résolution sincère d'être à l'avenir plus fidèles observateurs de la loi sacrée que Jésus-Christ nous a donnée , et par cette observance fidèle , de réparer les infractions que nous avons à nous reprocher et à déplorer. C'est par ce . moyen qu'à la fin des siècles les anges nous sépareront des pécheurs, et nous trouveront dignes d'avoir part an bonheur des élus. Le Sauveur lui-même nous adressera enfin ces consolantes paroles;: IntraingaudiumDominitui. (Matth. 25.)
Parabole de V Enfant prodigue .
S. Luc, ch. 15.
Le Sauveur du monde , pour nous marquer sa bonté et attirer notre confiance , nous préseute la parabole de l'enfant prodigue. Peut-être dans tout l'Evangile n'y a-t-il rien de si grand , de si touchant , de «i consolant , de si propre à gagner les cœurs. C'est Jésus-Christ même qui s'est
de l'évangile.. .117
dépeint', qui a fait son portrait , qui a tracé ses propres sentiments : il semble que ce Dieu Sauveur, ce bon Pasteur, ce tendre Père n'a eu rien tant à cœur que de faire connaître aux hommes, et surtout aux grands pécheurs , quelle est cette ineffable bonté , et que , de quelques grands crimes qu'ils soient coupables, ils doivent toujours, revenir à Dieu avec confiance, s'ils reviennent avec sincérité.
On a cru devoir mettre cette parabole plus au long , selon le modèle que Jésus- Christ même en présente ; d'ailleurs elle est si intéressante , qu'on ne saurait trop insister sur les instructions qu'elle donne,' sur les sentiments qu'elle reuferme, et plus encore sur la confiance qu'elle inspire ; il suffit de la méditer pour en être pénétré.
La parabole, dans son étendue, renferme deux parties , selon les deux états de l'enfant prodigue , son éloignement et son retour : son éloignement nous marque les égarements de notre conduite, son retour nous trace le modèle de notre pénitence. Dans l'une et dans l'autre nous admirerons, nous adorerons les effusions ineffables de la miséricorde de Dieu envers nous.
Paraphrase de la parabole.
Homo quidam liabuit duos filios. Unpère de famille avait deux enfants , l'un digne objet de sa tendresse , l'autre indocile, devenu sa croix. D'ordinaire Dieu a deux sortes d'enfants parmi les hommes , lesjustes et les pécheurs : les justes . enfants doj ciles , tendres elreconnaissants, qui obseiS jvent la loi , qui marchent dans les voies dit salut ; les pécheurs , enfants rebelles et indociles, qui affligent son cœur.
Dixit adolescenlior ex illis. Leplusjeuné de ces deux enfants. La jeunesse, âge critique, zone torrideà passer. Le feu de l'âge*' le feu des passions , l'imprudence , la légè-j reté , dans quels excès , dans quels égare-^ ments ne jettent-ils pas ? Il semble qu'il y à une espèce d'enchantement attaché à cet âge ; on entend quelquefois de vieux mondains , pleins de dégoût et de mépris pouE le monde , gémir sur son inconstance et sa perfidie , s'écrier avec le sage : Vanilas vanilalum. N'importe, on dit: je suis jeune,; c'est ia saison des plaisirs , chaque chose a' son temps; chacun se flatte que le monde ^ lui sera plus favorable ; oa ne voit devant
de l'évangile. 119
soi qu'une longue carrière parsemée de fleurs: ainsi vit-on , ainsi se laisse-t-on séduire aux désirs de son cœur et à l'illusion de ses espéra uces.
Ge qu'il y a de triste , c'est que pour certains la jeunesse , c'est-à-dire le prestige, dure long-temps ; il y en a qui sont jeunes toute leur vie, et en qui les rides de l'âge n'appellent point la maturité des années.
Damihi portionem substanliœquœ me conlingit. Le plus jeune dit à son père: Donnez-moi la portion de votre héritage qui doit me revenir. Mais que pouvait-il donc souhaiter? il était aimé , il était heureux., Cet enfant s'ennuyait dans la maison paternelle ; il se dégoûtait de la gêne et de la contrainte ; il aimait la liberté et l'indépendance; il voulait vivre selon ses désirs. Il devait bien en coûter à ce fils d'affliger, de quitter un si bon père ; mais la passion l'aveugle , le charme des plaisirs le séduit. Tel est l'homme dans certains moments:
le plaisir l'emporte sur la raison ; il n'écoute plus la passion de son cœur : il doit bien en coûter à une âme de quitter son Dieu ; quels combats, quels remords avanl
que de se déterminer à une si triste ^démarche î
Le père de l'enfant prodigue lui représente l'indécence de sa conduite ; mais en-: fin il ne veut pas le forcer. Voilà jusqu'où va la condescendance de Dieu ; il ne veut pas nous contraindre, soit parce qu'un service forcé ne lui plairait pas , soit parce qu'il respecte notre liberté et qu'il veut nous laisser le mérite du sacrifice : ce n'est pas qu'il ne fasse tout ce qu'il faut pour nous retenir ; mais nous abusons de ses dons, nous nous dérobons à son cœur et aux attraits de sa grâce.
1° Peregrèprofectus , abiit in regionem longinquam. Il s'en alla dans un pays éloigné. O qu'on va loin , quand on ne suit que ses passions ! Cet enfant avait entendu parler de je ne sais quel pays où les jeunes gens ne pensaient qu'à se livrer à la joie , où leur vie était une vie de plaisirs , de jeux, de festins, etc.
Ah 1 s'il savait ce qui doit lui arriver un jour, et les précipices où il va tomber! Ainsi en est-il du pécheur, peregrè profectus ; ô qu'on est égaré quand on est éloigné de Dieu ! dans Quelle terre étrangère ne.se
de l'évangile.. 121
trouve-t-on pas ? Ah ! s'il savait ce qui l*ati tend et le menace, s'il pouvait prévoir les chagrins, les malheurs qui lui vont arriver^ l'abîme qu'il va creuser sous ses pas !
Et ibi dissipavit substantiam suam vi-\ vendo luxuriosè : l'infortuné ! il eut bientôt tout dissipé : tous les jours ce n'étaient que parties de plaisirs , que jeux, que débauche ; tant qu'il eut , il joua , il dissipa , il perdit.) Cependant il avait de grands biens ; mais quand une fois on est plongé dans le vice j c'est un gouffre qui absorbe tout : ainsi uni père a-t-il souvent la douleur de voir «ce, qu'il a amassé avec peine durant long-j temps , devenir dans un fils le prix d'un moment de débauche. Quel regret pour ce' père de voir ainsi périr les travaux de plusieurs années !
Tel est le pécheur ; une fois éloigné de Dieu, il dissipe bientôt tousses biens, tous les dons de Dieu : bons désirs, inspirations saintes, sentiments de piété, principes de religion , salutaires remords, tout est étouf- -fé ; et dès-lors paix intérieure , tranquillité1 du cœur , tout a disparu. Et quel bien peutil rester -à celui qui a perdu son Dieu , le souverain bien ? 11
Postquàm consinnnwsset omnîa , fada est famés valida in terra iltâ , et cœpit egere. Voilà le triste fruit de ses désordres, de ses débauches , et le malheureux terme où elles le conduisent, le manque de tout. Il commença alors à sentir ce qu'il n'avait jamais éprouvé , une misère extrême, une affreuse indigence ; ses amis de débauche le quittèrent bientôtdès qu'ils n'eut plus rien ; c'étaient desamis de son bien et non de son cœur. Pauvre aveugle! il s'était imaginé que dans ce pays tout était selon ses désirs, qu'il aurait tout en abondance. Hélas !que d'illusions dans la vie !
N'est-ce pas là la triste image du pécheur éloigné de Dieu ? Il s'était imaginé que dans le monde il serait heureux : il est vrai , les avenues du inonde sont riantes, les apparences sont belles ; mais qu'elles sont trompeuses ! que d'épines cachées sous ces routes perfides! que de liel détrempé dans ce miel trompeur ! On s'imagine qu'on ne saurait être heureux qu'en s'éloignant de Dieu. Hélas! y a-t-il de bonheur hors de lui ? voit-on aulrc chose que trouble, inquiétude, agitations , craintes , alarmes ? qu'un cœur est malheureux quand il est coupable]
de l'évangile. 12 J
jEl adhœsit uni civium regionis illius , et misit illum in villam ut pasceret porcos- Pe malheur en malheur, d'abîme eu abîme, que faire? il fallut bien s'y résoudre. II s'attache à un habitant de cette contrée ; il se rend esclave , lui qui avait tant cherché, tant aimé la liberté et l'indépendance ; le voilà sous un maître, et quel maître ? homme duret cruel. Ah ! fallait-il pourcela quitter le meilleur et le plus tendre des pères ?
Tel est encore le pécheur éloigné de Dieu ; il s'attache au monde ; à quel maître , ou à quel tyran ? Esclave du monde i victime du monde, fallait-il quitter Dieu pour se voir réduit à un si triste état ?
Aussi ce nouveau maître comment traitet-il cet enfant prodigue ? misit illum in villam ; il le relègue, il le conûne dans une solitude triste , un endroit éloigné ; plus de compagnie, plus d'assemblées, plus de spectacles.
Et à quoi est-il occupé ? ut pasceret portos. Pauvre enfant ! relégué dans un endroit affreux, dans une terre déserte , seul, abandonné, à la suite des plus vils animaux, obligé de passer sa vie avec eux , de se nour-
ilh EXPLICATION DES PARABOLE»
rir comme eux des plus vils aliments: image bien naturelle de l'état déplorable où le pé-j cheur est réduit dans son péché .• ut pasceretporcos. Dominé , assujetti , abruti par ses honteuses passions, ses plaisirs infâmes;;! quel abîme affreux que celui où est tombé; ce pécheur ! privé de la grâce , tyrannisé, des passions , déchiré des remords , couvert de la lèpre de son péché , frappé des malédictions de son Dieu , objet d'horreur et d'exécratien à ses yeux, à chaque moment sur le bord d'une éternité malheureuse ; à quels excès , à quelles horreurs le péché l'a— t— il conduit ! Aurait-on jamais cru aller si loin , et en venir à cet excès de crimes et de malheurs ?
Quoiqu'il en soit, voilà le comble des misères où ii est tombé ; il était temps d'ouvrir les yeux et de voir la profondeur de cet abîme, pour s'en retirer : encore est-ce une grâce et un grand bonheur , que Dieu ne permette pas qu'on soit tranquille dans cet état de péché, qu'il ménage des afflictions salutaires , qu'il fasse que tout se tourne en dégoût et en amertume. Quitterait-t-on le monde , s'il riait toujours ? Sortirait-on du péché } s'il rendait heureux ?
5»s" l'évangile. : 125
ïîonté de "Dieu ! que vous êtes adorable même dans vos rigueurs ! Revenons à l'enfant prodigue : il a eu le temps de faire des réflexions salutaires.
In se revenus. C'est la première démarche de ce fils infortuné. La misère le fait rentrer en lui-même ; sa situation déplora-. ble le touche ; il jette les yeux sur lui-même: hélas I que suis-je donc devenu ? se dit-il ; quelle vie est celle que je mène ici à la suite de vils animaux , comme devenu bête avec, Iles bêtes , moi qui étais si heureux dans la maison de mon père ? Il fallait que je fusse bien aveuglé ; comment ai-je pu quitter ma maison paternelle ? que sùis-je venu faire dans cette terre maudite ? Ah ! mon père me l'avait bien annoncé. ^
Moment malheureux jour funeste où jeme Suis éloigné de Dieu , peut se dire à plus juste titre le pécheur ! les âmes justes sont dans l'abondance et la paix , et moi je gémis , je languis dans un excès de misères et de malheurs : non , je ne saurais rester , je ne puis vivre dans cet état , il est pire que la mort même.
2° Surgam et ibo pd patrernt continue l'enfant prodigue. Oui Je veux retourner à
mon pète , j'irai : si je nepuis marcher , je me traînerai ; je marcherai à travers les ronces et les épines; j'affronterai , s'il le faut, les dangers et les précipices ; mais je veux me retirer. Si je meurs en chemin , j'aime mieux mourir que de vivre comme je vis; je n'ai que trop vécu, malheureux que je suis ! mérité-je de vivre après avoir affligé un si bon père?
J'irai à lui , je me jetterai à ses pieds, je lui dirai : Mon père ! j'ai péché contre vous, et en présence du ciel; je mérite toute votre indignation et votre colère; je suis indigne d'être appelé votre fils , punissez-moi , faites-moi mourir, je mérite tout; mais soyez assuré que ma plus grande douleur c'est de vous avoir déplu ; quoi que vous me puissiez dire , vos reproches n'égaleront jamais ceux que me fait mon cœur : D icam palri : Peccavi in cœlum et coram te.
Mais comment oserai-je me présenter à ce tendre père, après mes égarements, après tous les chagrins que je lui ai causés? comment oserai-je m'offrir à ses yeux ? voudra-t-il me recevoir et me reconnaître dans l'état indigne où il me verra ? il me prendra pour un fourbe, un imposteur, pour onde
de l'évangile. 127
'ces mendiants, de ces malheureux qui courent le monde. Vous , mon fils?... vous êtes un indigne , un scélérat... Il me fera mettre dans un cachot , chargé de fers. Ah ! c'en est fait, je suis perdu sans ressource.
Pauvre enfant ! si lu savais les sentiments de ton père! Tandis que ce (ils s'occiï wz de ces tristes pensées, qu'il était dans ces vives alarmes, le père dans ce moment-là même pensait à son fils; il était en peine sur lui et sur son état ; ce cher enfant , se disait-il à lui-même en gémissant, ce cher enfant que sera-t-il devenu ? dans quel état sera-t-il réduit? Pauvre enfant! il u'osera pas revenir, il me croira irrité contre lui : ah, mon fils! si tu savais, si lu voyais les sentiments de mon cœur , si quelqu'un pouvait te dire combien tu m'es encore cher ; si tu pouvais concevoir la joie, la consolation que me causerait ton retour, avec quel empressement ne viendrais-tu pas éprouver ma bonié, et consoler ma douleur de ta perte ?
Pauvre pécheur ! si tu connaissais la bonté de ton Dieu et l'empressement qu'il a de te recevoir , avec quelle ardeur ne viendrais-tu pas te jeter entre les bras.de ce tendre père ?
Le père de l'enfant prodigue , dans l'inquiétude où il était , regardait souvent, jetait souvent les yeux sur le chemin par où son fils s'était retiré , pour voir s'il ne reviendrait point ; s'il ne l'apercevrait point Il regarde , il examine , il voit un étranger à l'entrée de sa maison ; tout ce qui se présente à lui , lui rappelle son fils ; il considère : ah ! si c'était mon fils ! mais il voit ua mendiant tout défiguré , tout défait ; il examine son air, sa taille : oui , son fils serait à peu près de cet âge ; mais quelle apparence ? Il considère plus attentivement : plus il examine , plus il se sent attiré, son cœur lui parle.
Ah ! c'est lui , c'est lui-même ; ah ! mon fils, mon cher fils ! te voilà... Sans attendre que cet enfant confus et interdit vienne se jeter à ses genoux , il court lui-même audevant de lui , il se jette à son cou , il l'embrasse tendrement , il le serre étroitement entre ses bras , il l'arrose de ses pleurs ; sa joie lui fait verser autant de larmes que la douleur en fait répandre à ce fils pénitent , et miséricordiâ motus : il le conduit en triomphe dans sa maison , il appelle tout le monde pour prendre part à sa joie : cita.
!p2 L'ÉVANGILE, '{iïb
citô ',' dit-il dans le transport He icettevjoie , qu'on aille tout préparer pour sa réception ; qu'on apporte la robe précieuse de mon fils ; qu'on le revête de ses premiers habits : pro- -ferte stolam primam; qu'on lui mette l'anneau au doigt pour marque de sa liberté , date annulum in manu ejus. %
Ce n'est pas assez ; qu'on tue le veau gras, adducile vitidum saginatum; qu'on prépare un grand festin , qu'on célèbre ce jour comme un jour de réjouissance et de fête. •La raison qu'il en donne est bien digne d'un }si bon père : mon fils était perdu , dit-il , ^et je l'ai retrouvé ; il était mort, et je le •vois ressuscité, pericrat et inventus est , tnortuus erat et revixit.
A ces traits, à cet excès de bonté, de tendresse, qui ne reconnaîtrait celle de Dieu envers le pécheur pénitent qui revient & lui ?
. r L'aîné du prodigue s'afflige de l'accueil extraordinaire qu'on fait à son frère , il en est indigné et ne peut retenir ses plaintes. Ah ! mon fils , lui dit tendrement le père, pourquoi vous affliger ? vous êtes dans mon cœur, tous mes biens sont à vous ; laissezmoi donner libre cours à ma joie ; pensez
que je suis père , et que je recouvre un fils, que je croyais perdu , et qui m'a coûté tant de larmes. FW, omnia meatuasunt.
Ainsi voit-on ce fils chéri plus que ja-i mais , plus favorisé , plus comblé de biens ,| de caresses qu'auparavant ; bonté d'an] père ! tendresse d'un père! Mais, que disje? bonté de Dieu! tendresse ineffable de Dieu envers le pécheur pénitent ! Ce n'est; qu'une pauvre âme qui revient de son éga-j renient ; et ce Dieu des miséricordes veut que tout le ciel se conjouisse avec lui, et prenne part aux transports de son allégresse : Gaudium erit in cœlo super uno peccatore pœnitentkim agente.
Or, pécheurs , grands pécheurs , qui que vous puissiez être, c'est ce Dieu débouté, ce bon Père qui vous appelle, qui vous invite : dans quelque état que vous soyez, quelque grands péchés que vous ayez commis, il vous invile, il vous presse; pourriez-vous résister à son cœur ? Que jusqu'à présent vous ayez résisté aux sentiments de crainte , aux impressions de terreur.... résisterez-vous aux motifs de tendresse? ne yous rendrez-vous pas aux sentiments , aux motifs d'amour ? votre cœur serait-il insen-
de l'évangile. 131
sible aux effusions ineffables de la miséricorde d'un Dieu , qui , tout offensé , tout outragé qu'il est, vous ouvre son cœur, daigne venir à vous , veut se réconcilier avec vous? lui refuserez-vousla consolation de vous pardonner? contristerez-vous encore son cœur en lui refusant le vôtre?
Ah ! non , mon Dieu , je ne résiste plus ; il est à vous ce cœur , il est à vous pour toujours. Dieu de bonlé, Père des miséricordes , je vous le dis , et tous les pécheurs vous le disent avec moi , comme l'enfant prodigue : Peccavi in cœlum et corain te.
Si nous l'avons imité dans son éioignement , nous l'imiterons dans son retour ; si nous nous sommes égarés avec lui , nous gémirons, nous pleurerons, nous reviendrons avec lui ; si nous l'avons suivi dans ses égarements et dans ses excès, nous le suivrons dans la sincérité de sa pénitence et de son retour.
Peccavi. Recevez-nous., pardonnez-nous, oubliez que nous avons été coupables ; souvenez-vous que nous sommes vos enfants, rebelles, ingrats, il est vrai , mais toujours vos enfants , l'objet de vos larmes , Je prix de votre sang ; nous tâcherons Dar notre
fidélité /notre soumission , notre attache-* nient inviolable à votre service, de vous dédommager des .afflictions, que nous vous avons causées. ,
Peccavi. Mais ; mon; Dieu 1 est-il donc vrai qu'un pécheur comme moi peut contribuer en quelque chose à la consolation «le votre cœur? vous m'obligez de croire une vérité si consolante ; plus même j'ai commis dépêchés, plus je suis noirci de crimes,, plus je suis en état de vous pro--, curer celte joie par un sincère retour. Ah !' voilà ce qui touche mon cœur , ô mon Dieu !^ c'est parce que vous craignez de me perdre.' que je crains de vous offenser ; c'est le plai^ sir que vous aurez de me voir converti, qui m'attire à vous ; goûtez donc la douceur de voir un cœur contrit et humilié qui vous aime , qui s'attache désormais à vous pour^ toujours , et qui aimerait mieux mille fois mourir, que de vous abandonner jamais..
Ainsi soi t- il.;
(EXPLICATION MOttALÈ