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42 L'AME ELENÉE A DIEU,
pourquoi accorder aux pécheurs les biens de ce monde? Pour en montrer le néant et la vanité, puisque je les donne même à mes ennemis: pour les engager, les attirer à mo: par l'attrait des faveurs temporelles. auxquelles ils sont plus sensibles ; pour leur donner le moyen d'expier leurs péches, s'ils en veulent faire un meilleur usage. Pourquoi encore: Pour récompenser le peu de bien qu'ils font sur la terre. Je recompense leurs vertus naturelles par des biens naturels : c'est ainsi que je donnai autrefois l'empire de l'univers aux Romains en récompense des vertus morales qu'ils pratiqué-
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Cependant la conduite de ma Providence n'est pas en ce point toujours uniforme. Elle ne refuse pas toujours les biens de la terre aux justes, I y aurait à craindre qu'on ne pensät que ces biens ne sont pas mon ouvrage, puisque je ne les donnerais jamais à à ceux qui me servent. Elle ne les accorde pas toujours aux pécheurs; ce serait engager les autres à le devenir, quand ils verraient que pour être heureux il suffit d'être impie. Ma Providence en dispose autrement, et, par le sage tempérament qu'elle garde envers les uns et les autres, elle les contient tous dans les justes bornes qu'elle leur prescrit, et sous les voiles impénétrables du secrel qu'elle se réserve.
L'Ame. J'adore vos desseins, Ô mon Dieu! Mais me permettrez-vous de vous ouvrir encore mon cœur surmes peines personnelles, et sur la conduite de votre Providence dans la circonstance particulière où je suis? Je n'ai rien oublié, ce semble, pour me rendre cette Providence favorable et propice, et elle s’éclipse à mes yeux. J'ai fait choix d'un état. et j'y suis malheureux : j'entreprends des affaires après avoir prié, fait prier; elles échouent, Aucun de mes projets ne me réussit; il suffit que j'entreprenne une chose pour la voir manquer : tout se tourne contre moi; des amis m'abandonnent, des ennemis me poursuivent; vous-même, mon Dieu. vous semblez me délaisser. Hélas ! si je ne craignais de blasphémer, je dirais : Où est la Providence ?
Le Seigneur. Arrêtez, àme infidèle; vous vous livrez à l’'amertume de vos regrets, vous souffrez, vous gémissez. vous êtes étonnée de souffrir; mais savez-vous quels sont
sur vous les desseins de la Providence ? Attendez les moments et le temps; et quand ce temps finira, vous verrez le dénoûment de tout : le voile sera tiré, la Providence se justifiera à vos yeux. Il est vrai, si vous étiez pour toujours sur la terre, et que vous n’eussiez rien à espérer au delà, vous auriez sujet de vous étonner, de vous affliger; mais
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quand vous viendrez à penser que, si votre Dieu vous à mis au monde, ce n'est pas pour toujours ; que la terre n'est pour vous qu'un lieu de pélerinage et d'exil, un séjour et un lemps d'épreuves; que vous y passerez un cerlin nombre de jours, après lesquels un nouvel ordre de choses manifestera à vos yeux et distribuera la récompense ou la peine selon les mérites et les démérites: dans ce point de vue, pourrezvous encore révoquer en doute la Providence, comme st vos travaux devaient être stériles, comme si vos larmes ne de- Vaient jamais étre essuyées, comme si vos vertus el vos épreuves devaient être sans récompense ? el ne devez-vous
as vous dire, au contraire, à vous-même : Oui, s'il y a une
rovidence, il doit en être ainsi? I faut que le voyageur éprouve les rigueurs du pèlerinage pour goûter les delices du terme; il faut que l'or soit purifié dans le feu pour en sortir plus pur et plus éclatant; il faut que le grain pourrisse dans la terre, afin de le faire germer pour le ciel au centuple ; il faut enfin, pour moissonner dans la joie, avoir semé dans les larmes.
Après tout, hommes mortels, sachez que malgré tous vos efforts et toutes vos recherches il y aura toujours pour vous des mystères impénétrables dans ma Providence; et si, portant vos vues au delà des bornes, vous continuez à demander en tout pourquoi et comment, craignez d'entendre s'élever sur vous la voix de l’oracle : Qui scrutator est majestatis opprimetur a gloria (1).
Ame présomptueuse, gémis de ta présomption, et apprends à adorer les sages dispositions de la Providence , et non à les pénétrer: àme criminelle, tremble sous la main de Dieu, et crains que la Providence, pour se venger, ne t’'abandonne à l'égarement de tes voies! Et vous, âme humble et fidèle, adorez les desseins de Dieu, respectez ses ténèbres, et concluez dans les sentiments d'une foi humble : I y a une Providence, il faut le reconnaître ; il y a une Providence, il faut s'y soumettre. Tàchez même de la seconder, et ajoutez vos efforts, vos soins, votre vigilance à ses saintes dispositions. Vous ne pouvez rien sans le secours de la grâce de Dieu, mais Dieu ne fera pas tout sans votre correspondance à sa grâce : aidez-vous, il vous aidera ; efforcez-vous, il vous soutiendra ; marchez, il vous conduira par la main; et, ainsi conduite, vous arriverez infailliblement au terme où sa Providence vous à préparé le bonheur et la récompense.
(4) Prov.. xxv.
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