CONSIDÉRATIONS SUR LES VOIES DE DIEU DANS LA CONDUITE DES ÂMES
Toutes les voies du Seigneur, disait le Prophète, ne son! que miséricorde et que vérité : Universæ viæ Domini misericordia et veritas (4). Aussi le même prophète demande-t-i] instamment à Dieu de lui faire connaître la sainteté de ses voies : Vias tuas, Domine, demonstra mihi (2). Faisons la même prière ; si Dicu daigne l’exaucer, ce sera une grâce qui deviendra pour nous la source de mille autres grâces.
40 Rien de si grand, de si saint, de si admirable que les voies de Dieu sur les âmes, et le chemin par lequel il les conduit pour les faire arriver à leur fin.
Admirables par leur sainteté : la sainteté même de Dieu en est le principe, le modèle et le terme.
Admirables dans leur sublimité : qu'elles sont élevées! qu'elles sont ineflables! Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant les voies de Dieu sont élevées au-dessus de celles des hommes.
Admirables par leur incompréhensibilité : Dieu seul peut en concevoir la hauteur, la profondeur, l'étendue.
Admirables par la variété : Dieu à une infinité de voies différentes pour conduire les'âmes, les conduisant néanmoins toutes au même terme, faisant admirer en cela labondance el la variété de ses dons.
Admirables par les grâces qu’elles attirent, par les effets qu'elles produisent, par les délices qu'elles renferment, par les prodiges qu’elles opèrent. Ah! si l'on pouvait voir ce que Dieu opère et produit dans une âme! Non, je ne crains pas de le dire, Dieu est grand dans la beauté, l'ordre, la magnificence de ce monde visible ; mais il est encore plus grand et adorable dans la conduite d’une âme que dans la conduite de cet univers.
20 Parmi les voies générales de Dieu sur les âmes, chaque àäme en particulier a la sienne, par laquelle Dieu veut la conduire, et dans laquelle elle doit marcher pour aller au ciel : c’est la trace qui lui est :narquée, c’est le chemin qui lui est ouvert ; chacune à ie sien : l’une est conduite par celui-ci, l’autre par celui-là. La grâce, à l'entrée de ces voies différentes, appelie les âmes, et leur fait entendre sa voix : Venez et marchez, voici le chemin que vous devez prendre ; Dieu vous altend au terme ; dans tout autre vous risquez de vous égarer.
(1) Psalm. cxxx1x. — (2) Id.
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Si une âme entre dans cette voie, si elle a le bonheur de la suivre et d'y marcher fidèlement, quelles grâces abondantes lui sont préparées ! à quelle sublimité des vertus ne sera-t-elle pas élevée ? quels progrès dans les voies de la sainteté ne fera-t-elle pas! à quel degré de gloire n’est-elle pas destinée! Rien de si constant, comme rien de si consolant ; si une âme est fidèle à suivre l'attrait, à marcher dans la voie que Dieu lui a marquée, elle avance plus dans un jour par ce chemin que par toutes les autres pratiques d'oraison, de mortification, de zèle, de pénitence, durant des années entières.
3° Par une raison toute contraire, quel égarement, quel malheur si elle vient à manquer la voie qui lui est destinée, et à s'éloigner du chemin qui doit la conduire! Combien d'âmes cependant ont ce malheur et mettent des obstacles aux desseins de Dieu sur elles! Quoi donc! qu'il soit vrai de dire qu’il y a des âmes dont toute la vie est une espèce de combat contre Dieu, une résistance continuelle à sa grâce, une opposition constante à tous ses desseins ! Toute leur vie, Dieu est à la porte de leur cœur sans que jamais il y trouve ertrée : il les appelle, il les sollicite, il les presse, il n’a pour elles que bonté, que tendresse, et il ne trouve dans elles qu'opposition et que résistance.
Dieu avait sur certaines âmes les plus grands desseins, si elles eussent marché dans la voie qu’il leur avait marquée : telle âme, selon les vues de Dieu, devait vivre dans un recueñiement continuel, dans la retraite, le silence et l'esprit intérieur; Dieu l'avait choisie pour en faire son lemple, son sanctuaire: et cependant : : :‘e sa vie se passe dans la dissipation, dans l'illusion, dans la vanité, les inutilités, les curiosités; toute sa vie est contre l'esprit de Dieu.
Telle autre, dans les vues de Dieu, devait marcher dans les voies du renoncement , de la mortification de ses sens, de la mort à elle-même et à tout; elle devait exprimer dans elle une image vivante de Jésus-Christ crucifié, et présenter les traits de la ressemblance de l’homme de douleur : telle était sa voie; Dieu la lui aurait adoucie par l'attrait de ses gràces ; pour cela Dieu l'avait choisie : et, par une voie toute contraire, elle s’écoute, elle se suit, elle se satisfait en tout, ne se contraint, ne se gêne en rien; elle se livre à ses inclinations, à ses goûts; et cela, malgré la voix de la grâce, le témoignage de sa conscience, contre les lumières de Dieu! Quel état! quel malheur pour elle ! quel éloignement de la voie de Dieu!
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Telle autre, dans les desseins de la Providenée, était appelée à un détachement absolu de tout : dénüment de cœur. dégagement d'aflections, séparation intérieure d'amis. de connaissances, de liaisons; elle seule, et Dieu seul, telle était sa voie : el cependant cette âme forme des amitiés, des attaches, des liaisons. Rien peut-être en cela d'absolument criminel; mais toujours attaches, amusements, occupation et parlage de cœur. Depuis longtemps Dieu demande ce sacrifice; il ne lui parle et ne lui fait entendre que détachement, éloignement, solitude, séparation; elle l'entend, elle le voit, elle se le dit, et malgré cela elle résiste, elle refuse le sacrifice; elle persiste dans les liaisons et dans les at. taches. Qu'est-ce que cet état? Rien que d'innocent peutêtre aux yeux ordinaires, mais état terrible aux yeux d'un Dieu jaloux. Il voulait votre cœur, et tout votre cœur; il voulait être à vous, et que vous fussiez tout à lui : peur tel autre il y aurait moins de danger; pour vous il y a tout à craindre : en négligeant votre perfection, vous mettez en danger votre salut même.
. Telle autre, dans les vues de Dieu, et selon l'attrait de la grâce, élait appelée à une dépendance totale et à un saint abandon entre les mains de Dieu, docilité, soumission. conformité entière à ses volontés adorables : et toute sa vie elle fait sa volonté, elle suit ses vues, elle dispose d’ellemême, elle se forme le plan et le système de sa conduite : c’est-à-dire toute sa vie elle résiste à Dieu, elle se soustrait au domaine de Dieu , elle s’arrache à la Providence, elle se rend arbitre de son sort. Ame infidèle, comment osez-vous vivre dans cet état? comment ne craignez-vous pas d’y mourir? ce serait mourir hors les voies de Dieu. Il vous en avait tracé une, vous l'avez manquée : celle que vous suivez, où peut-elle vous conduire? Quelques pas que vous aurez peutêtre faits sur des fleurs, et à la fin de la course un abîme funeste : juste, mais terrible punition de vos résistances ! Ce n’est pas que ces âmes, en s’écartant ainsi des.desseins de Dieu, et en se soustrayant à ses vues, soient tranquilles
dans leur opposition et leur résistance : que de doutes, que
de peines, que de remords n’ont-elles pas à essuyer! En vain cette âme veut-elle s'enfuir devant Dieu, et se soustraire à ses justes reproches, Dieu la poursuit partout et ne lui laisse point goûter le fruit de ses résistances: souvent même elle est forcée de se dire à elle-même : Je sens que je résiste à Dieu, que je ne suis pas ce que je devrais être, Quel aveu! et un jour quelle condamnation !
En quoi consiste done le malheur de cette âme. le danger,
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l'illusion, le crime de son état, si elle y persiste el y meurt? La voilà malheureuse par les infidélités et les péchés qu’elle commet, malheureuse par les remords de conscience dont elle est déchirée, malheureuse par les dangers où elle s’expose, malheureuse par les grâces dont elle abuse, malheureuse par les alzrmes et les terreurs qu’elle se prépare à la mort, malheureuse par le jugement redoutable qu’elle en subira, malheureuse enfin par les illusions où elle vit dans le temps, et par les regrets dont l'éternité sera peut-être suivie, |
40 Mais enfin le mal est-il sans remède, et une âme une fois sortie des voies de Dieu n’a-t-elle plus le moyen d'y rentrer? Il en est deux : le regret sincère du passé, et un abandon absolu de l'avenir entre les mains de Dieu.
Regret intérieur qui afflige, qui pénètre, qui brise ie cœur. si souvent, si longtemps, si volontairement infidèle envers Dieu : s’il a été rebelle à la grâce, qu'il se rende docile aux remords.
Regret universel de tant d'oppositions aux desseins de Dieu, de tant de résistances à la grâce, de tant de lumières éteintes, de tant de remords étouffés, de tant de fautes accumulées , de tant d'égarements dans la voie.
Regret constant, quidure autant que la vie : âme infidèle, gémis,ez, ne vous consolez jamais d’avoir si longtemps été opposée à Dieu, d'avoir résisté à Dieu, combauu contre Dieu.
Regret vif et amer, proportionné à la grandeur des infidélités et des résistances.
Le regret, voilà l'appareil à la plaie du passé ; mais pour l'avenir un abandon total et sans réserve entre les mains de Dieu, une docilité inviolable à sa voix, une fidélité constantée à marcher dans la voie qui vous est ouverte. Assez longtemps vous avez résisté, vous vous êtes égarée:; désormais laissez-vous conduire ; contentez - vous de marcteér ; abandonnez-vous entre les mains de Dieu. et laissez- le maître de votre sort.
A ce prix et dans ces sentiments, vous rentrerez dans les voies de Dieu, dans la grâce de Dieu, dans le cœur de Dieu. Dieu des miséricordes, il est assez bon pour oublier le passé, pour vous recevoir encore, comme si vous ne l'aviez jamais qu'tié, pour vous aimer comme si vous ne lui aviez jamais déplu, pour vous conduire comme si vous ne vous étiez jamais égaré. Adorez sa bonté, rendez-lui grâces de ce qu'il a bien voulu vous rappeler dans la voie; priez-le de vous y soutenir : marchez-y fidèlement, généreusement, constamment; vous aurez encore le bonheur d'arriver au terme.
172 L'AME ÉLENÉE A DIEU.