‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 6 sur 119 · DEUXIÈME LECTURE SUR LE MONDE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LECTURE SUR LE MONDE

Le monde nous flatte; en nous flattant il nous trompe; en nous trompant 1l nous perd. Apprenons à le connaître, et nous cesserons de nous y attacher.

1° Le monde nous flatte, c'est par là qu'il nous prend ct qu'il nous séduit. Le monde flatte les passions, et les passions séduisent le cœur, déjà si porté à se prêter à la séduction. Les avenues du monde sont riantes : il ne présente que jeux, qu'amusements, que festins, qu'assembléés, que spectacles, les yeux sont éblouis, le cœur entraîné. Le monde ne promet que joie, que contentement, que douceurs. Qu’une jeune personne entre dans le monde, tout lui rit, tout l’enchante, tout semble venir au-devant de tou: ses désirs : elle ne voit devant elle qu'un chemin parseme de fleurs : elle s'imagine que tous les jours qui vont se lever pour elle seront des jours sereins et tranquilles, qu'elle vi fournir la carrière la plus heureuse : tout semble le lui annoncer.

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e je vous con ina vie. Vous qu'y a-t-il de aitres, le plus le de tous les br mes services nde trompeur?

élement, vous iotre gloire et gage du bonmon Dieu! La e dans votre rereté de mon nviolablement

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Le monde nous dalle, et nous atmons à ètre flattés: le nenechant naturel au plaisir et à la dissipation empêche le cour et le réflexions on n'est occupé que de ee qui plait elanuse, el on craint, on éloigne tout ce qui peut inquicter et troubler. C'est une ivresse, c'est un prestige : quand est-ce qu'on en reviendra? D faut attendre un revers qui dessille les VOUX.

Moudils. disait le Sage, si les mondains, dans leurs fatleuses promesses. vous présentent la douceur du miel. détiez-vous-en: c'est un poison trompeur: 1 flatte le goût. inais un jour il déchirera les entrailles 5 FU, si te lactarerunt peccalores, ne acquiescas eis, ipsi te seducunt (1). Le “onseil est Sage: mais les conseils tiennent-ils contre les exemples? et Fespril sait-1l réfléchir quand le cœur es! sed?

20 En nous flatiant. le monde nous trompe: le monde promet beaucoup. et il donne peu: le peu même qu'il dunne. loin de contenter. est souvent une source d'inquiétudes et de chagrins. Depuis six nulle ans les mondains cherchent le bonheur, aucun n'a encore pu le trouver : le monde a fait maille infortunes, et le monde n'a pas encore fait un heureux; et on S'y attache, et on ne revient pas de son erreur, et on compte sur lui, Ah! qu'on mérite bien les retours et les chagrins qu'on x essuie!

Le monde nous trompe, et que trouve-t-on dans Île monde sur quoi l'on puisse compter? Des cœurs insensibles. des parents indifférents, des amis inconstants, des ennemis cachés, des richesses périssables, des honneurs {roles, des plaisirs trompeurs : c'est-à-dire des biens apparents el des maux trop réels. voilà le monde; et quand même le monde prodiguerait ses satisfactions, ses douceurs prétendues. n'arrive-t-1l pas souvent qu'on n’y trouve qu'inquiétudes et qu'amertumes ? Combien de fois les parties de plaisir se sont-elles changées en jours de tristesse ! Cornbien de fois, dans le sein de la pompe et des spectacles, a-t-on trouvé le dégoût et l'ennui! Combien de fois la voix des soupirs s'est -elle fait entendre au milieu des concerts! Voilà le monde.

On avait formé un établissement qui unissait deux cœurs faits, ce semble, pour se rendre heureux; la mort enlève un des deux au printemps de ses jours, et fait passer à l'autre une vie dans la tristesse et le deuil.

On avait amassé des biens. on s'était élevé à un poste

(tj) Pros. 1

Il 42 L'AME ÉLEVÉE A DIEU.

éclatant : un revers de fortune vient abattre cet édifice de prospérité et ensevelir le possesseur sous ses ruines : voilà Di le monde, Tant d'autres ont compté sur lui, et en sont devenus les victimes après en avoir été les idoles.

Monde trompeur! actuellement mème tu Le formes encore il des adorateurs pour les perdre, et de nouvelles victimes pour les immoler; tu les conduis comme sur des prairies fleuries et riantes, et tu creuses sous leurs pieds des abîmes pour les engloutir : mille exemples ont précédé, et mille exemples n’ont pas corrigé. Tel jouit à présent de ses trompeuses faveurs, qui servira un jour de monument de ses inconstances, abandonné, méprisé, rejeté du monde : semblable à ces debris de vaisseaux poussés sur le bord de la mer après un funeste naufrage, triste spectacle, ou des décadences humaines, ou des vengeances divines; déjà la tempête s'élève pour former l'orage qui doit l'engloutir dans le moment où il méditait quelque fête ou quelque festin.

3° Le monde nous perd, Ne suflirait-il pas pour cela de nous flatter et de nous tromper? Ne serait-ce pas par cela seul nous donner à nous-mêmes le moyen de nous perdre en nous donnant celui de nous pervertir?

Le monde nous perd, parce qu'il est ennemi et maudit de Dieu; parce qu'on ne saurait servir à la fois deux mattres; parce que les maximes du monde sont tout opposées

à celles de l'Évangile ; parce que le monde allume et fomente au

toutes les passions, parce que tous les objets, tous les at- (ui traits que présente le monde conjurent contre notre salut; qu

qu parce que ses exemples sont contagieux, ses spectacles sont po | séduisants, ses discours sont pervers, ses dangers fréquents, Les ses revers funestes : tout est danger et séduction dans le pe

monde. di

Le monde nous perd parce qu'il nous aveugle par le se

bandeau qu'il met sur nos yeux, et qu'on craint de tirer; parce qu'il nous entraîne par les liens qu'il forme, et qu'on | ne peut rompre lors même qu’on gémit sous leur poids; | parce qu'il nous subjugue par la domination qu’il exerce,

| quoiqu'on déteste son esclavage; parce qu'il nous arrête par fa | les nouveaux piéges qu'il nous tend sans cesse lorsque nous pi 1 penserions à secouer son joug. Mille fois on s'est plaint du

1 monde, on en a connu le néant et la vanité, on a formé la le | résolution de le quitter. Qu'est-ce que le monde? s’est-on dit re I à soi-même dans ces heureux moments où la grâce tou- Y | chait, où la conscience parlait, où Dieu rappelait et tendait jo | les bras. Qu'est-ce que le monde? Et on y est encore, et on 2 à ÿ se débat dans ses liens, pour n'avoir pas le courage de faire Ÿ |

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L'AME ÉLENÉE A DIEU, 13

un eflort généreux qui puisse affranchir pour se rendre à

Dieu et à soi. | \prés tout, le monde passe, et nous passons avec lui : les

jours s'écoulent, les années avancent, le monde s'enfuit,

il nous quittera avant que nous le quittions; nous déplorerons peut-être à jamais tant de travaux stériles, tant de temps perdu, tant de grâces profanées; nous maudirons un jour ce monde que nous chérissons : sera-t-il temps de le faire ? |

Quoi qu'il en soit, craignons le monde, parce qu'il nous flatte; défions-nous du monde, parce qu'il nous trompe: détestons le monde, paree qu'il nous perd, Malheureux qui le méconnaît! plus malheureux qui s'y engage !linfiniment inalheureux qui s'expose à y mourir! Dieu est notre maitre, le monde n'est qu'un usurpateur; Dieu est notre pére, le monde n'est qu'un tyran, Rendons-nous à qui nous nous devons : aurions-nous jamais dû le quitter? Consacrons-lui du moins le peu de Jours qui nous restent; ils peuvent encore nous mériter une éternité de bonheur.

Heureuse la personne à qui Dieu à ouvert de bonne heure les yeux sur le néant et les illusions du monde, ou plutôt sur ses pièges et ses dangers! Pourra-t-elle jamais reconnaître la grandeur du bienfait? aura-t-elle jamais assez de sentiments de retour? Ah! si elle savait les chagrins qu'elle aurait essuyés , les dangers qu'elle aurait courus, les amertumes où elle aurait élé plongée! Mais surtout à la mort. quand il faudra sortir de ce monde, quelle consolation pour elle de s'en être éloignée, et d'avoir consacré à Dieu les sentiments de son cœur! I lui en aura coûté quelques peines, quelques privations, quelques sacrifices; mais peu d'années finiront le cours de ses peines, et l'éternité en sera le prix et la récompense.

Avis salutaire.

40 Quittons le monde avant que le monde nous quitte : faisons à présent avec mérite ce qu'il faudra faire un jour par nécessité et sans fruit.

20 Les jeunes personnes entrent trop tôt dans le monde : les personnes âgées le quittent trop tard ; tous se repentiront un jour de s'y être engagés. Jeunes personnes, ne vous empressez pas d'y entrer : vous n'en éprouverez que trop tôt les revers et les dangers. Personnes avancées en age, quittez-le sans délai; n'attendez pes que le monde vous dise de vous retirer.

vo Ts y Gi — —

311 x a trois sortes de personnes qui regardent le mondi bien différemment : le pécheur, le sage et le chrétien : le pécheur le regarde comme quelque chose qui dure: le sage, comme quelque chose qui passe: le chrétien, comme quelque chose qui est passé. De quel œil le regardons-nous ?

Entrons souvent dans les sentiments que nous aurons à la mort, L'homme vivant aime le monde, l'homme mourant le méprise, l'homme mort le déteste: l'éternité ne sufMira pas pour épuiser ses regrets et tarir ses larmes,

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