‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 7 sur 119 · MÉDITATION SUR L'ATTACHEMENT AU MONDE · texte numérisé non relu

MÉDITATION SUR L'ATTACHEMENT AU MONDE

Qu'on est aveugle, qu'on est malheureux, qu'on est eriminel de s'attacher au monde! Ces trois réflexions bien méditées, à mon Dieu, que de sectateurs n'arracheraientelles pas au monde et à ses prestiges! Dieu de bonté, faites que je les pénètre, pour me détacher à jamais du monde. qui m'éloigne de vous,

PREMIER POINT

Qu'on est aveugle de s'attacher au monde, Gue trouve- (-on, que peut-on trouver dans le monde? que vide, qu'erreur, que néant. Qu'a-t-il qui puisse nous attirer? Tout ce qu'il a ne devrait-ii pas nous en détacher? Ses promesses sont-elles sincères? ses amitiés sont-elles solides? ses faveurs même sont-elles pour nous sans danger et sans crainte? Est-il possible que tout ce qu'on voit, qu'on sait. qu'on connait dans le monde, n'en fasse pas connaître la vanité ? Est-il possible que l'exemple de tant d'autres ne nous ait pas instruits. que notre propre expérience n'ail encore pu nous en détromper? On sait que le monde n'offre que des biens apparents et des maux réels, el on S'y atlache, et on s’y livre, et on s'en rend esclave UT faut que le prestige du monde soit bien grand, et les nuages qu'il répand bien épais, pour aveugler à ce point les mondatns. après tout ce qu'ils ont si souvent éprouvé de son inconstance et de ses revers.

Ame immortelle, êtes-vous donc faite pour courir ainsi après ce fantôme et donner dans l'illusion de tant de mensonges? À quel terme pourront-ils enfin vous conduire ? Considérez tous les biens de ce monde, ils promettent beaucoup : et que donnent-ils? Les richesses disent qu'elles rendent heureux; et au milieu des trésors on ne trouve qu'un fonds d’indigence. Les honneurs disent qu'ils ren-

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dent heureux: et quand on x est élevé on voit que ee p'esl qu'une vaine fumée (9). Les plaisirs disent qu'iis Pont des heureux; et les plaisirs, loin de satisfaire, se changent sou

vent en dégoût et en amertume. Et comment les biens bornés et périssables du monde 6: ntenteraient-ils jumars un cœur fait pour Dieu!

Tel est cependant, à mon Dien, Faveuglement dans lequel on vit. et dont on ne saurait fetepir! L'iusion qui à séduit les siéeles passés dure encore, etavetiglera les siècles suivants, parce que les siècles passent. les vices stibsistent

Aveuglement le plus étonnant, puisque c'est fermer les veux à toutes les lumières de la raison, de la religion, et à tous les témoignages de l'expérience et du sentiment.

Aveuglement le plus déplorable, puisque c'est s'aveugler volontairement soi-même et courir à lPabime quand on le voit.

Aveuglement le plus funeste, et dans lui-même et dans ses suites ; car, une fois ainsi aveuglé, à quels exeês n'eston pas capable de se porter! Dieu de lumière, éelairez tant d'aveugles qui gémissent dans les ombres de la mort: ne permettez pas que vos enfants ne soient que des enfants de ténèbres. C'est le monde qui vous les enlève : faites qu'ils le connaissent; ils en seront bientôt détrompés. Combien d'années ai-je vécu dans ce triste et déplorable aveugiement! Insensé! je courais après un fantôme qui me séduisait, et sans m'en apercevoir je courais à ma perte et à mon malheur.

SECOND POINT

Qu'on est malheureux de s'attacher au monde! Espèret-on y trouver un bonheur solide. une félicité véritable ? Où sont les heureux que le monde à formés ? Que de malheureux, au contraire, ne fait-il pas tous les jours! S'ils pouvaient faire entendre leurs voix et leurs plaintes, de quels soupirs, de quels gémissements ne feraient-ils pas retenir l'univers! Au lieu du bonheur qu'on s'était fatté de trouver dans le monde, qu'y a-t-on souvent éprouvé? que chagrins, qu'inquiétuites, qu'afflictions d'esprit et de cœur, Combien de personnes se sont dévouées. épuisées, immolées au service du monde, lui ont sacrifié leurs intérêts, leur repos, leur liberté, leur santé. leur conscience ! Quel'es récompenses en ont-elles reçues? que l'ingratitude et l'indifférence. Quels fruits en on -elles retirés? que des fruits

(1) Saint Augustin.

d'amertume. Allez done, victimes infortunées de votre attachement, allez encore vous exposer sur cette mer oragtuse, au hasard d'y faire un triste naufrage; allez vous jeter dans cette funeste région de ténèbres pour y respirer un air conlagicux el empoisonné ; allez marcher en aveugles sur Île bord de ces affreux précipices pour tomber dans l'horreur des abimes. Quand vous y aurez malheureusement péri, le monde sera-t-il sensible à votre perte? aura-t-1l de quoi vous consoler dans votre malheur? Vous n'avez pas voulu profiter du triste exemple de tant d'autres, vous irez vousmêmes en servir à la postérité.

Malheur d'autant plus grand, que nous ne l'aurons que trop justement mérité, et que nous ne pourrons l'attribuer qu'a nous-méême; malheur d'autant plus affreux, qu'il deviendra peut-être pour nous la source d’un malheur éternel. Voilà Le monde, et le sort ordinaire de ses tristes victimes.

Grand Dieu! que vous vous vengez bien terriblement de ceux qui vous abandonnent pour suivre le monde ! Hélas! que n'avez-vous pas fait pour leur faire connaître leur aveuglement et les en retirer! Que de vives lumières, que d'onclions touchantes, que de remords salutaires, que de moments heureux où, s'ils avaient voulu écouter votre voix et se rendre dociles aux impressions de la grâce, ils auraient

ouvert leurs yeux aux dangers, et leur cœur au retour! Leur

regret eût été salutaire, leurs larmes eussent été consolantes: ils auraient encore trouvé en vous le meilleur des maitres, ie plus tendre des pères. Ah! s'ils avaient su combien votre service est doux, votre joug consolant, avec quelle joie l'auraient-ils porté! Au lieu qu'en continuant à se livrer au monde ils n'ont formé que des regrets stériles, 1ls n'ont versé que des larmes de désespoir : et après avoir goûté quelque douceur apparente 1ls sont tombés dans le comble de tous les malheurs.

TROISIÈME POINT

Qu'on est coupable de s'ittacher au monde. C'est le troisème abime qui s'ouvre sous les pieds des mondains, un abîime de crimes et de péchés: et n'est-ce pas déja un crime bien grand de s’allacher ainsi aux créatures preférablement à son créateur ? N'est-ce pas par là même manquer au premier et au plus essentiel des préceptes? Quel crime que d'élever ainsi autel contre autel dans son cœur!

On sait qu'on avait solennellement renoncé au monde dans son baptême, et qu'on n’est chrétien qu'à ce titre de renoncement : quel crime de violer ainsi ses engagements!

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On sait qu'on ne peut s'attacher au monde sans participer à ses maximes, à ses exemples, à sa contagion, sans neéglicer ses devoirs, sansetouffer les remords, sans profaner son encens : quel crime de S'y exposer: |

On sait que le monde est ennemi de Dieu et frappé de ses anathèmes: qu'ainsi on ne peut s'attacher au monde sans devenir ennemi de son Dieu : quel crime d'encourir volonluirement sa disgrace!

On sait surtout qu'il est impossible de servir deux maitres, et qu'il faut nécessairementen servir un el abandonner l'autre, s'attacher à Fun et renoncer à Pautre : quel crime de s'attacher au service du monde, puisque c'est en quelque manière renoncer à celui de Dieu!

Qu'arrive-t-1l done ? C'est que, malgré ses engagements, ses promesses, tous ses devoirs, on s'est attache au monde, on s'est éloigné de Dieu, on à négligé le salut de son âme, on a livré son cœur à la séduction, son esprit à l'erreur; et en conséquence, grâces violées, conscience abattue, remords étouffés, devoirs oubliés, erimes aceumules : voilà l'abime où le monde conduit; voilà le fruit de malédiction qu'a produit cette terre, elle-même maudite, Ne devraitelle pas pour un chrélien être une terre étrangère? Et qu'estce qu'un chrétien dévoué à Dieu devrait avoir de commun avec le monde, qui le méconnaît ?

Cependant il faut quitter un jour ce monde pervers, s'arracher à ses faux attraits, à ses charmes trompeurs; dire un éternel adicu à ses pompes, à ses spectacles, à ses assemblées: disons mieux, à ses prestiges el à ses illusions. Qu'en restera-t-1l alors? Que pensera-t-on de soi, de sa vie, de son aveuglement? Que reviendra-t-1l de tout ce qu'on à été, de ce qu'on a goûté? Que deviendront ces espérances dont on s'était nourri, ces délices qu'on s'était promises, cette longue perspective d'années, d’amusements, de plaisirs, de beaux jours, qu’on s'était présentée à soi-même? La trame sera coupée, le prestige dissipé. Le monde s'enfuit avec le temps, et l'éternité ouvre à jamais ses abîmes.

Était-ce pour cela, grand Dieu, que vous nous aviez mis sur la terre, et avec ces sentiments que nous devions paraître un jour devant vous?

PRIÈRE

C'est donc à vous seul que je veux m'attacher désormais, d mon Dicu! Le monde ne mérite ni mon cœur, ni mes hommages, c'est parce qu'on ne le connait pas qu'on s'y attache, et ce n'est qu'aprées une triste et funeste expérience que l'on revient de son illusion. Je ne l'a que trop éprouvé pour mon malheur. Heureux encore que vous ayez daigné m'éclairer et

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m'ouvrir les veux ! comme tant d'autres, j'aurais persévére dans mon éga

rement e: dans mon malheur. Je reviens à vous, 6 le Dieu de mon cœur

le monde n'aura plus de part à mes sentiments. Je sais qu'un jour 1l faudra le quitter, je n'attendrai pas que la mort vienne m'en arracher; des ce moment je fais un divorce éternel avec lui. Mon état m'\ engage, mais ma religion m'en séparera, j'y vivrai comme n'y vivant pas: est-ce une vie que celle que l'on mêne dans le monde? et un chrétien pourrait-il jamais vivre sans crainte, et y mourir sans rezret ?

PRATIQUE

4° Renouveler souvent l'engagement de renoncer au monde, qu'on a pris a son baptême.

2° Quand on a des chagrins à essuyer dans le monde, les offrir en expia- {ion des péchés que l'on à commis.

3° Ecouter les plaintes que font si souvent les personnes du monde qui en

jugent par leur expérience, et profiter de leur exemple, pour ne pas participer à leur malheur.

&° Regarder le monde comme une figure qui passe, et qui est déjà pas-

sée : qu y a-t-il de solide en ce monde, et pourquoi s'attacher à ce qui doit finir

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