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puisse aspire er? Quand est-ce qu’un avare s’est contenté des trésors qu'il a amassés, s’il en voit de plus grands à accumuler? Quand est-ce qu’ un cœur une fois entré dans la carrière des désirs leur a prescrit des bornes, si ces désirs peuvent se permettre encore quelque étendue : ? Un souhait rempli en fait naître un autre plus vaste, une première démarche qui réussit est un attrait pour en tenter une seconde plus téméraire encore; et on ne croil jamais avoir assez avancé, si l’on voit encore quelque pas à faire en avant. Mais, hélas! de quelle paix peut jouir un cœur inquiet, qui soupire toujours après ce qui lui manque ou ce qu’il croit lui manquer; un cœur volage, qui court sans cesse après un fontôme de bonheur qui lui échappe quand il croit le tenir: un cœur avide, que rien ne rassasie, et que l'abondance ne fait qu ‘altérer? Abîme sans fond où tout disparaît, gouffre insatiable où tout est englouli, brasier ardent où tout est dévoré et consumé dans un instant! Où est ce bonheur dont on se flattait? Les désirs ont-ils ouvert la voie qui devait y conduire ?
3° Vivacité de désirs : quelque insensible que soit naturellement un cœur, il cesse bientôt de l'être s’il vient à former des désirs. Dès lors ce cœur semble changer de nature: il devient vif, il devient ardent, et ce qui n était que froidéur et que glace devient bientôt tout ardeur et lout feu. Dès lors il faut mettre tout en œuvre pour contenter ce désir : soins et travaux portés jusqu’à l'épuisement, prières et sollicitations portées jusqu’à l’importunité, assujettissement et dépendance porlés jusqu'à la bassesse. Pourquoi? Parce que l’on désire ardemment une chose, et que l’on veut l'obtenir. Rien n’étonne, rien n’arrête un désir ardent dans sa course. N'arrive-t-il pas même que les obstacles ne servent qu’à l’aigrir davantage? Semblable à un torrent, il se roidira contre la digue, et n’en deviendra que plus iolent. Que si, malgré toute l'assiduité de ses soins et la violence de ses efforts, cet homme vient à ne pas obtenir ce qu'il désire, ah! c est alors que son cœur va être livré en proie à tout ce que le trouble et l'agitation ont de plus amer. Tantôt les passions viennent comme de concert dans ce cœur, ou peur punir, ou pour aigrir ce désir. .L’envie le rongera : la Jalousie le dévorera ; la” haine le transportera ; une “mélancolie affreuse le jettera dans de noirs accès. Aveugles et infortunés que nous sommes! nous nous envions notre bonheur, et par nos désirs immodérés nous nous causons plus de mal que nos ennemis les plus cruels ne pourraient nous en souhaiter.
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4 Le malheur n'est pas à son comble : contrariété de désirs : el comment des désirs si multipliés,et sur des objets si opposés, pourraient-ils s’accorder entre eux et ne pas se combattre et se détruire mutuellement? Et dès lors que voiton ou qu'éprouve-t-on, qu'un cœur livré en proie à toute la fureur et à toute l'opposition de ses désirs? L'un pousse, et l’autre arrête; l’un élève, et l'autre abat; ce n'est plus qu'une tour de Babel oùchacun parleet personne ne s'entend, un théâtre funeste où des armées de désirs opposés entre eux se font une guerre intestine et se livrent les plus terribles combats. Disons mieux, le cœur de l'homme devient dès lors une image funeste de l'enfer et des âmes qui y sont condamnées, réduit, comme des réprouvés, à former inutilement des souhaits opposés, en désirant sans cesse de posséder des biens dont il ne jouira jamais, et d'être délivré des maux dont il sera éternellement accablé.
Telle et plus déplorable encore est la situation d'un cœur livré à la fureur implacable de ses désirs, L'Esprit-Saint nous en donne une image bien terrible et bien naturelle : Le cœur de l’impie, dit-il, est semblable à une mer violemment agitée : Cor impii quasi mare fervens (1}. Représentez-vous une mer exposée à la fureur des vents déchaïînés contre elle : là on voit une multitude infinie de flots qui s'élèvent, qui se succèdent mutuellement les uns aux autres, sans se donner aucun intervalle : voilà la multiplicité des désirs. Là on voit des flots immenses s’étendre bien au loin d'un rivage à l'autre, et occuper toute la vaste capacité des mers : voilà l'étendue des désirs. Là on voit des flots tumultueux s'élever avec impétuosité, et gronder sans cesse avec une nouvelle fureur : voilà la vivacité des désirs. Là enfin, on voit les flots agités par des mouvements tout contraires, et, par un flux et reflux continuel, s'élever, se pousser, se briser les uns contre les autres : voilà l'opposition et la contrariété des désirs : cor impii, etc. C'est-à-dire que, comme dans cette mer orageuse l'obscurité des nuages qui la couvrent. l'agitation des flots qui s'élèvent, le bruit des foudres et des éclairs qui brillent de toutes parts, portent partout la terreur et n'offrent aux yeux que l’image d’une mort affreuse et prochaine; ainsi dans un cœur agité de désirs ce n’est plus que ténèbres et obseurité, que confusion et que trouble, que frayeurs et consternation, à la vue des remords dont il est déchiré, et qui, comme autant d’éclairs et de foudres, annoncent la colère du Dieu des vengeances.
(1) Isa., Lvu.
Il n’est que vous, Ô mon Dieu! qui puissiez calmer cette mer en fureur, ce cœur agité. Renouvelez en notre faveur le prodige que vous opérâtes en faveur des apôtres, commandez aux vents et aux tempêtes : Imperavit ventis et mari (A): apaisez, confondez ces désirs terrestres et mondains, et la sérénilé et la tranquillité viendront reparaître dans notre àame, et y établiront leur empire : et facta est tranquillitas Inagna.
MÉDITATION SUR LE MÊME SUJET
Tous nos désirs, Ô mon Dieu, devraient se tourner vers vous, nous y trouverions leur accomplissement et notre bonheur; mais, en s'éloignant de vous, ils se tournent contre nous-mêmes pour faire notre tourment. Nos désirs nous rendent malheureux et criminels tout ensemble. Répandez vos lumières sur moi, Ô Dieu saint! Faites-moi connaître l'égarement funeste où nous jettent nos désirs, et le terme fatal où ils peuvent conduire.
PREMIER POINT
Nos désirs nous rendent malheureux.
Tout homme désire d'être heureux. Ce désir naît avec lui; la nature l’a comme gravé dans son cœur : il cherche partout ce bonheur, il soupire sans cesse après lui. Insensé! il ne le cherche point où il est, et il le cherche où il ne sera jamais, Ainsi livré à l'égarement de ses recherches et de ses désirs, il se rend malheureux par cela même où il espérait trouver son bonheur.
Et quoi de plus malheureux qu’un cœur livré en proie à la multitude des désirs qui laccablent, à l'étendue des désirs qui l’égarent, à la vivacité des désirs qui le transportent, à la contrariété des désirs qui le déchirent, en un mot, à la violence des désirs qui le dominent, qui le tourmentent, qui le tyrannisent? Pourra-t-il jamais jouir d’un instant de repos? connaîtra-t-il jamais ce que c’est que la paix ; faut-il à ce cœur d'autre ennemi, d’autre bourreau que lui-même ? C'est un fonds inépuisable de chagrins dévorants, une terre maudite de Dieu, une région de ténèbres et de confusion, un enfer anticipé. Tel, et plus malheureux encore, est un cœur agité et dévoré de la soif insatiable de ses désirs.
(1) Matth., vi.
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Hélas! que l’homme est à plaindre de se livrer ainsi à l'intempérance de ses désirs! Ne comprendra-t-il jamais qu'autant de désirs profanes il forme dans son cœur, ce sont autant d'ennemis qu’il arme contre son repos; que ses désirs sont dans lui une source funeste d'agitation; qu'un désir violent dégénère en passion ; que la passion forme une tyrannie? Et qui fut jamais heureux sous la domination d'un tyran ?
Vous l'avez ainsi ordonné, à mon Dieu, et l'oracle de votre justice et de votre vengeance s’accomplit tous les jours: tout l'homme qui livrera son cœur à ses désirs effrénés trouvera dans ces désirs mêmes sa peine et son tourment.…
O0 mon âme! pourquoi courir ainsi dans la voie de vos égarements, qui devient pour vous une voie parsemée d’é pines, bordée d’abimes et de précipices ? Marchez dans le chemin de la paix, mettez un frein à vos désirs! Combien de fois, Ô Dieu saint! 6 Dieu juste! ai-je gémi sous la tyrannie de mes injustes désirs! Ah! que je méritais bien les cruelles atteintes qu'ils me livraient, et les retours amers qu'ils me faisaient essuyer!
SECOND POINT
Nos désirs nous rendent criminels et coupables, parce qu'ils nous font sortir des voies de la Providence. Un cœur ainsi livré à ses désirs veut se rendre comme l'arbitre de son sort, se frayer sa route, se soustraire en quelque manière aux dispositions et à la volonté de son Dieu.
Parce que les désirs déréglés ne sont inspirés que par nos passions, encore plus déréglées. Passion d’orgueil et d'ambition, passion d'’avarice et de sordide intérêt, passion d'envie et de jalousie, passion de vengeance et de haine, passion de volupté et de sensualité : telle est la source ordinaire d’où sortent tant de projets coupables, et par là même tant de flots d’amertume.
Parce que ces désirs ne se portent que sur des objets dangereux et funestes au salut. Que désire-t-on d'ordinaire? A quoi se porte un cœur livré à l'impétuosité, à la dépravation de ses sentiments et de ses désirs, qu'à des objets interdits, illicites, empoisonnés.. dont il est sans cesse rempli, êt qui l'infectent de leur funeste poison ?
Parce que ces désirs occupent une âme comme tout entière, et l’'empêchent de s'appliquer au soin de son salut et à la pensée de l'éternité.
Parce que dès lors ces désirs sont d'ordinaire des désirs
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injustes, des désirs déréglés , des désirs honteux. et par là même des désirs coupables, des désirs criminels, opposés à l'ordre de Dieu , à la loi de Dieu, à la volonté, à la providence de Dieu. Quels crimes! quelle source de crimes! quel abîme d'iniquités et de désordres! Hélas! un jour, quelle source de vengeance !
Mon Dieu! je vous le demande avec le prophète : Ne tradas me desiderio meo peccatori : Ne me livrez pas à l’intempérance de mes désirs. Fixez un cœur qui n’est fait que pour vous, et qui ne trouvera jamais hors de vous que vide, que néant, qu'affliction, qu'amertumes. Heureux encore si ces amertumes salutaires le ramènent vers vous et le fixent à vous pour toujours.
CONCLUSION
Ne formons donc désormais qu’un seul et unique désir: le désir sincère d'être à Dieu, de servir le Seigneur, de nous sanctifier et de nous sauver, Que ce désir occupe notre âme, remplisse notre cœur, consacre tous nos sentiments.
Ne courons plus ni après les illusions de ce monde, ni après le fantôme des honneurs, des plaisirs, des biens périssables. Assez longtemps ils nous ont occupés, ils nous ont agités, 1ls nous ont égarés, ils ont fait notre crime et notre tourment. Rentrons dans les voies de la paix et du repos, en rentrant dans celles de la justice et de la sainteté.
ésirons ardemment, mais désirons uniquement ce qui peut nous rendre heureux en nous rendant saints.
Bornons là nos projets, fixons là nos désirs et nos vœux.
Disons souvent au Seigneur avec le Prophète: Unam pelii a Domino, hanc requiram (1). Oui, mon Dieu, je ne désire sur la terre, je ne demande qu'une seule chose dans cè monde : c'est dè vous aimer, de vous servir et de me sauver. Quid mihi est in cælo, et a te quid volui super terram (2)? Hors de vous et sans vous qu'est-ce que le monde, qu'est-ce que vues même peut offrir à mon cœur de désirable, de consolant et de gran
J'ai désiré, j'ai possédé, j'ai couru après les illusions de ce monde Périssable, et j'ai vu que dans tout il n'y a que mensonge et que vanité : Et vids quod esset vanilas (3); qu'il n'y a rien à désirer, rien à ambitionner sur la terre : on se tourmente, on s'épuise en désirs, en projets : que trouve -t-on à la fin de sa course, que Île repentir, la honte sur le front, le remords dans le cœur, le fiel et le désespoir dans le fond de l'âme ?
Que les autres forment donc des désirs sans fin, et, courant après leurs vains projets, ils en connaîtront bientôt toute l'illusion, tout le danger et tout le malheur : Mihi adhærere Deo bonum est (4): Pour moi, je ne désire que de m'attacher à Dieu seul: je n'ai que trop éprouvé la vanité de tout autre désir; il est temps de fixer mon cœur à l'unique objet pour lequel il était formé, dont il n'aurait jamais dû s'éloigner, et dont il ne s'est éloigné que pour son malheur.
PRIÈRE
O heureux, à mon Dieu! mille fois heureux le cœur qui ne désire que vous, qui ne cherche que vous, qui ne s'attache qu'à vous, qui sait
(1) Psalm. XXv1 — (2) Pialm. LXxXu. — (3) Eccli., 1, — (4) Psalm. Lx x.
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borner ses désirs à ses devoirs, abandonner son sort à votre volonté souveraine ! Il jouira des douceurs de la paix, la tranquillité sera son artage le calme regnera dans ses sentiments. Voilà l'heureux état et la sainte disposition après lesquels je soupire : c'est de vous seul, à mon Dieu, que je puis l'espérer. Ne rejetez pas la prière d'un cœur qui gémit de s'être attaché à quelque autre chose qu'à vous, et qui après tous ses égarements vient vous rendre hommage et reconnaitre qu'il n'y a de véritable bonheur que dans vous. Ne suffisez -vous pas à mon cœur? et hors de vous qu'y a-t-il à désirer en ce monde?
PRATIQUES
4° Veiller sur les désirs et sur les mouvements de son cœur,
20 Dès qu'on s'aperçoit de quelque désir naissant contraire à la loi de Dieu, l’étouffer à l'instant.
3 Suivre le conseil et l'exemple de saint François de Sales : « Je désire peu, disait-il, et le peu que d° ésire, je le désire peu.»
ko Demander souvent pas on à Dieu des désirs criminels que l'on a RIRE et le prier de former dans nous des désirs plus saints et plus salutaires.
s Elever souvent son cœur et porter ses désirs vers le ciel, unique centre de notre repos, uuique terme de notre bonheur.