TROISIÈME LECTURE SUR LA CONSCIENCE
I n'est point de connaissance si nécessaire à l'homme que la connaissance de soi-même, et la connaissance de soimême c’est la connaissance de son cœur et de sa conseience : c'est à l'homme, c'est là tout l'homme.
La conscience peut se trouver en quatre situations différentes : conscience droite, conscience douteuse, conscience erronée, et conselence aveugle. Dans la connaissance de ces quatre consciences différentes, l'homme trouvera cette connaissance parfaite de ce qu'il est et de ee qu'il doit être.
4° La conscience droite est le témoignage de la droite
raison; c'est le Jugement pratique qui diele ce qui est permis et ce qui ne l'est pas: c'est la voix de Dieu qui se fait entend'e dans nous, et qui nous parle en son nom, c'est un rayon émané de la lumière éternelle qui nous éelaire et qui nousdirige. Telle est la conscience de tout homme en géncéral. Dans le pécheur, la conscience est un miroir fidèle qui represente les taches dont l'âme est souillée; c'est le livre divin où une main invisible écrit nos péchés à mesure que nous les commettons, c'est un tribunal secret que Dieu élève dans l'âme, où dès que nous péchons nous sommes cités. où étant cités nous trouvons un témoin. et le témoin que nous trouvons, c’est nous-même.
Dieu a créé l'homme avec une conscience naturellement
os:
dans mon (QUE de mon cœur n Jour il faudra acher; des ce gage, mais ma ce une vie que t-il jamais 1
>, qu'on a pris frir en expia-
monde qui en ne pas parti-
est déja pasà Ce qui doit
)mMe que ce de $soinseIence :
ons diffé- Onseience ssance de vera cette doit être.
Ja droite l CSI perur se fai C'est ul) re et qui en géncidèle qui | le livre sure que eu éléve es cites.
On que
lement
L'AME ÉLEVÉE A DIEU. 11) droite. Tant qu'il marchera à la leur de ee Fambeau,1lne saurait S'egarer des voies du salut, où la conscience. atdee de la grâce, conduit tous nos pas. Nous dirons en détail quelles sont ses fonctions, et quel est Femplor auquel Dieu la destine envers nous.
90 La conscience douteuse est eelle qui se trouve comm en balance eten suspens. Incertaine st telle chose est permise ou ne Pest pas, si telle action est défendue ou Heite, de part et d'autre elle voit des raisons plausibles qui fon inpression; mais parmi ees raisons aucune qui emporte le poids, et sur laquelle elle puisse se décider, Ainsi fHottante entre ces raisons différentes etopposées. elle reste indecise, et n'ose se déterminer, craignant de se tromper et de pécher, Janais il n'est permis d'agiravec une conscience douteuse: il faut s'éclaireir et s'instruire, st on le peut; que si dans le monde même il faut agir, et qu'on n'ait ni le moyen ni le temps de s'instruire et de consulter, il faut, pour sorti du doute et se former une conscience, considérer el examiner devant Dieu ce qui dans la circonstance présente paraîl être convenable, prier le Seigneur de nous éclairer. et alors se décider et agir, sauf dans la suite à s'éclairer et ä revenir, S'il avait eu quelque chose qui ne füt pas en règle : ce n’est plus alors agir dans le doute, parce que la vue de ce qui paraît plus convenable en à fait sortir : alors on peut sc tromper, mais on ne peut pécher.
La conscience timide et timorée est celle d'une âme qm craint non-seulement le péché, mais encore tout ce qui peut avoir la moindre ombre et la plus légère apparence de péché : heureuse la conscience ainsi disposée !
Quand une àme se fait des peines et des doutes sans aucun fondement légitime et sans aucun motif raisonnable, c'est alors une conscience scrupuleuse , tourment continuel des ames qui sont dans cet état. et souvent de ceux qui les dirigent. Le scrupule peut venir de trois sources différentes : on du côté de Dieu, et ce sont des épreuves auxquelles 1 faui se soumettre: où du côté du démon, et ce sont des tentations dont il faut se défier: ou de notre part, de nousmême, d'un fond de caractère timide, pénible, ombrageux, dont il faut s’humilier. Mais de quelque source que viennent les serupules , le sage et presque unique conseil qu'on puisse donner aux personnes qui y sont sujettes, c’est la soumission et la docilité ; on ne saurait trop le leur prescrire et le leur recommander; sans quoi elles soutffriront et feront souffrir une espèce de martyre. souvent même elles seront en danger de s'égarer et de se perdre.
3 La conscience erronée est celle qui en matière de conduite et de mœurs porte un jugement faux, et qui agi! en conséquence de ce jugement. La conseience douteuse n’est que dans l'incertitude; celle-ci est dans l'égarement et l'erreur. La conscience peut être erronée en deux manières, Il faut distinguer si l'erreur est coupable ou non coupable, si l'ignorance est volontaire ou involontaire. Elle est coupable, si, ayant eu des peines et des doutes raisonnables, on ne les a pas éclaircis, el si on à négligé Ge s'instruire quand on le pouvait et qu'on le devait. Elle n'est point coupable, quand on n’a eu aucun motif de douter, aucun moyen de s'instruire. Par exemple, un héritier de bonne foi possède un bien laissé par ses ancêtres qui l'avaient autrefois mal acquis : cet héritier n’a jamais cu aucune connaissance ni aueun doute sur cette acquisition injuste; il croit cet héritage légitime; en cela il est dans l'erreur ; mais celte erreur est involontaire et n'est point coupable. Que S'il venait ensuite à découvrir le vice de lacquisition, et qu'ii continuât de posséder, ce serait alors une conscience erronée, mais volontairement et criminellement erronée, contraire à la bonne foi et à toutes les lumières de la conscience droite.
4 Quand la conscience reste ainsi et agit dans l'erreur volontaire et connue, c’est ce qu'on appelle une conscience fausse , aveugle, égarée, par conséquent coupable et détestable aux yeux de Dieu. Et voilà l’état le plus triste, le plus funeste où une àme puisse tomber; parce que celle conscience donne dès lors dans tous les crimes, tous les désordres, tous les excès, et devient tout à la fois dans le pécheur une source de péché, une source d’aveuglement d'esprit. d'endureissement de cœur, et enfin de réprobation malheureuse, si on persévère dans cet état.
Revenons à la conscience droite, et rendons-nous à ses divines lumières.
La conscience droite, comme députée de Dieu, exerce envers nous quatre fonctions différentes : elle nous éclaire, elle nous reprend, elle nous juge, elle nous punit. Apprenons à respecter notre conscience; et, si nous ne la respectons pas, apprenons à la craindre.
4, Elle nous éclaire. La conscience est notre première règle, notre premier casuiste, et le guide fidèle que nous devons suivre. En matière de salut, il est des voies droites et sûres; mais il est aussi des voies obliques, des voies détournées et trompeuses qui peuvent égarer; c'est à la conscience droite à les discerner et à nous y conduire ; c'est le
| malière de \, et qui agi nee douteuse l'égarement nn deux maible ou non lontaire. Elle utes raisonligé de s’in- L Elle n'est Î de douter.
à héritier de tres qui l'a- Mais CU auquisilion inil est dans
n'est point
vice de l'ac-
ut alors une
inellement
lumières de
ans l'erreur conscience le et détesste, le plus celte con- 1$ les désiS dans le cuglement ‘probation
ous à ses
1, exerce s éclaire, L. Appreà respec-
remiére lue nous s droites oies déla con- ; c'est le
L'AME ÉLEVÉE 4 DIEU. 21 flambeau sacré qui nous éclaire, c'est la règle sûre qui nous tixe., c'est le rayon céleste qui brüle à nos veux pour diriger toutes nos démarches: elle veille sur notre conduite, elle est attentive à toutes nos actions; elle préside à toutes nos pensées. à tous nos sentiments : toujours éclairée dans ses lumicres, toujours invariable dans ses décisions, toujours inflexible dans ses arrêts, elle ne sait ce que c'est que de flatter, de dissimuler, de mollir, de se prêter, de s'accommoder aux Lemps et aux circonstances; Jamais d'adoucissement etde condescendance qui favorise la nature: toujours un langage sincère qui s'en tient à la rigueur de la loi. Heureuse l'âme qui écoute sa voix, qui ne se conduit que par ses conseils, qui s'en tient à ses décisions, qui ne s'écar!e
jamais du sentier qu'elle preserit! Prenons garde de lui re-
sister. de la contrister, d'agir contre ses lumières. N'ayons jamais notre conscience contre nous, et nous aurons toujours Dieu pour nous. Quand tout Funivers nous croirait coupable, et s'éléverait contre nous pour nous accuser, SL notre conscience ne nous reproche rien, nous serons tranquilles, et nous pourrons goûter la paix intérieure de l'âme : parce qu'après tout nous sommes devant Dieu, et Dieu ne nous juge que selon nos lumières et notre conscience,
20 Elle nous reprend. Non, la conscience n'est Jamais complice de nos désordres; elle les désavoue, elle es désapprouve; du moment que nous nous écarlons où que nous sommes sur le point de nous écarter, la voix de la conscience est à la porte de notre cœur pour nous dire de la part de Dieu méme : Non licet (4) : Non, il ne vous est point permis de faire cette action, d'entretenir cette liaison, de dire cette parole, de vous arrêter à cette pensée. Ne lisez pas ce livre, il est dangereux ; ne fréquentez pas cette personne. elle est suspecte; ne vous exposez pas à celte occasion, elle vous sera funeste: ce procès est injuste, ce contrat est usuraire, ce profit est illégitime. Si, malgre les avis de notre conscience, nous allons en avant, à l'instant elle s'élève contre nous, elle s'écrie : Quid fecisti (2)? Qu'avez-vous fait? Vous avez péché; vous avez offensé votre Dieu, vous avez transgressé sa loi, encouru sa disgrâce ; objet de sa colère, vous vous êtes exposé à toute la rigueur de sa justice et de ses vengeances., Ainsi David coupable entend une voix qui lui reproche son crime, et le présente sans cesse à ses yeux : Peccatum meum contra me est semper (3). Ainsi l'homicide Caïn sent toute l'horreur de son attentat : Major est iniqui-
MA) Matth., xiv. — (2) Il Reg., n1.— (3) Psolm. L.
| tas mea (4). Ainsi le pertide Judas entend là voix du sans (l qu'il a livré : Peccavi, tradens sanguine justiun (2).
[ Ainsi tout pécheur est-il comptable de sa conduite à sa \ conscience, Arrêtez- vous, dit-elle, vous êtes sur le bord
de labime: la loi le défend sous peine de mort, vous en D
répondrez devant Dieu, Non, jamais il n'y aurait de péche Le
Si jamais il n'y avait de résistance à la voix intérieure de li il
conscience, ! | | (il
3” Elle nous juge. À l'instant que le péché est commis |
contre Dieu, l'arrêt de notre conscience est porté contre P | nous. Vous avez péché, vons méritez l'enfer: si vous mourez el en cel état. vous êtes damné: le moment de la mort com- ul
mence à exécuter la sentence. Dans cetle voix de la con- \
science, Dieu, souverain juge, à fait entendre sa voix el porté son jugement: la eonseience n'en est que l'instrument il et l'organe, elle prononce en son nom, el juge sous son pl autorité souveraine. est en ce sens que l’on dit que nous pl sommes nous-mêmes nos premiers Juges et que le premier de tribunal où nous sommes cités, c'est celui de notre con- fu science, Sans que nous puissions ni en éviter la présence. lé ni en suspecter l'équité, ni en éluder les arrèts. Jugement équitable! jugement formidable! jugement sans appel! La Le seule pénitence peut en arrêter le cours et l'effet, d'autant 1 plus que notre conscience, en portant le jugement sur nous. se {l devient en même temps un témoin contre nous, et rend fil un témoignage d'autant plus terrible qu'il est intime, qu'il
| est éclairé, qu'il est personnel, Ah! qu'il est triste d’être fl condamne par soi-même, el de n'avoir rien à opposer à cette fl condamnation! Et qu'opposer, en effet, quand notre propre
| conscience est tout à la fois accusateur, jiige et témoin? CT W Que reste-t-11 done, si ce n’estque notre conscience prenne be jh eLexerce encore contre nous la qualité de vengeur? Ministre lui 1l terrible et plus formidable encore que tous les autres, elle le Al nous punit, Dieu lui confie les intérêts de sa justice et de sa Le qi vengeance, et en combien de manières n'exerce-t-elle pas
cette redoutable fonction envers le pécheur après son péché. Pi | par ces remords euisants qui Paccablent, ce ver rongeur al 1h qui le déchire, cette syndérèse continuelle qui le poursuit. al À ces craintes, ces frayeurs, ces alarmes continuelles dans
}l lesquelles 1 vit? Si la moindre maladie, la moindre infir-
| mité survient, lx mort à l'instant se présente à ses ve UX ; si
INT le tonnerre gronde, si la terre tremble, s’il arrive au "que a
j accident imprévu, il croit à tous les moments voir ie bras ;
fi {
(1) Genes .1V.— (2) Matth. xx vi. l
VOIX du sans in (2).
‘onduile à su sur le bord iort, vous eh ait de péché érieure de la
est commis porté contre VOLS mourez 4 Mort com- \de la cone Sa Voix el l'instrument ge sous son lit que nous e le premier notre cona présence, s. Jugement s appel! La et, d'autant nt sur nou:.
is, et rend iime, qu’il riste d'être oser à celte otre propre cmoin ?
nceprenne r ? Ministre iutres. elle ce et de sa -t-elle pas Son péché.
r rongeur poursuit.
les dans idre infir- S YOUX ; si e queue ir ie bras
de Dieu levé, et les abimes ouverts. Hélas! faut-1l au pecheur de peine plus terrible, de bourreau plus cruel, de vengeur plus inexorable que sa propre conscience, qui lagite et qui le tourmente? Fallut-ilautre chose pour tourmenter David que l'ombre sanglante d'Urie, qui se présentait partout à lui? Fallut-il autre chose pour consterner limpie Balthasar que la vue de cette main qui sortait de lt muraille et qui traçait son arrêt? Fallut-il autre chose à Antiochus que l'image lugubre du temple de Jérusalem qu'il avait profane? Pourquoi cela, si ce n'est paree que la conscience outragee et vengeresse leur rappelait sans cesse le souvenir de leurs crimes, et faisait servir ce souvenir à leur supplice et à sa vengeance ?
Que s'il y a des pécheurs qui n'éprouvent pas ces peines intérieures, hélas! ne peut-on pas dire qu'ils n'en sont que plus à plaindre et plus malheureux? EU si leur état est une punition de Dieu, un abandon de Dieu, une malédiction de Dieu, est-il de vengeance plus terrible, d'état plus funeste? Et qu'annonce-t-il, qu'une condamnation, qu'une réprobalion éternelle déjà consommée ?
Etoutons la voix de notre conscience, N'étoutfons pas ses remords, reduulons ses arrêts, apalsons ses cris : c’est l'unique moyen de rappeler le calme, et de rentrer dans le sein de la paix.