MÉDITATIONS SUR LES AGITATIONS DE LA CONSCIENCE
Quel est le malheur de l'homme, Ô mon Dieu, lorsque, engagé par lPattrait de la passion, il vient à se livrer au péché! Le trouble, les remords, ia frayeur, s'emparent de lui: le trouble lagite, le remords le déchire, la frayeur le consterne, Quel tourment! C'est pourtant un tourment salutaire,
Dieu de bonté, Dieu des lumières! faites que je comprenne tout le malheur d'une conscience dans cet état, afin que Je ne m'expose jamais à en ressentir les crueltcs atteintes.
PREMIER POINT
Quand la grâce s'éloigne d'un: àme, la paix s'éloigne avec elle; le trouble vient prendre sa place, le désordre succède à l'instant : les ténébres épaisses répandues sur la face de toute FEgypte, triste image d'une conscience troublée. mille penscesdifférentes s'élèvent dans elle. mille réflexions
21 L'AMF ÉLEVÉE A DIEU.
opposées viennent l’agiter tour à tour : la vue du péché où elle est tombée, l'éloignement de la grâce qu'elle à perdue, la difficulté du retour par la pénitence: de combien de senliments opposés n'est-elle pas combattue? La mer en fureur el agitée par ses flots a-t-elle à essuyer des mouvements plus contraires? En vain ce cœur agité tâche-t-il de calmer son trouble en se livrant à la dissipation au dehors; les conversat'ons, les amusements, les spectacles pourront bien pour quelque temps émousser la pointe de sa douleur; mais ce n'est que pour faire dans la suite des blessures plus profondes dans l'âme. Bientôt, en rentrant malgré lui en luimême, le pécheur, encore plus agité, est obligé de boire le alice d’amertume jusqu'à la lie. Disparaissez done, paix intérieure, dont on a goûté les douceurs; dissipez-vous, tranquillité de l'âme, préférable au plaisir des sens ; éclipsez-vous pour toujours, moments heureux qui donnez un avant-goût des délices célestes : de tout cela il ne reste au pécheur que le souvenir de vous avoir goûtés, et le regret de vous avoir perdus peul-être à jamais.
Mille fois je l'ai éprouvé, 6 mon Dieu! mille fois j'ai dit avec le prophète : Quare tristis es, anima mea (4)? Ô mon âme! pourquoi vous plongez-vous dans ce!te tristesse ? Mais, hélas! devais-je chercher d'autre cause de ce trouble intérieur que dans mes infidélités envers vous et mes résistances à votre grâce? Qui jamais, en vous résistant, en vous déplaisant, à goûté la paix ? et une conscience qui est criminelle peut-elle être jamais une conscience tranquille? Son péché ne sera-1-1l pas toujours dans elle comme un trait vengeur qui empoisonnera à Jamais son repos et tous ses plaisirs? et ne se dira-t-elle pas toujours que tant qu'elle sera coupable elle sera malheureuse ?
SECOND POINT
C'est ainsi qu’au trouble succède bientôt le remords, sans qu'il soit permis au pécheur de s'en mettre à couvert. Qu’aije fait? voilà la première pensée qui s'élève dans l'âme après le péché. Ah! malheureux, qu'ai-je fait? J'ai oflensé mon Dieu; j'ai perdu le trésor de la gràce ; j'ai sacrifié mon droit à l'héritage céleste; j'ai préféré le plaisir d'un moment à une éternité bienheureuse! Qu'ai-je fait?
Avant que le péché soit commis, kb passion qui domine enivre tellement de son poison, qu elle ôte presque toute
(4) Psalm. xLu.
du péché où le à perdue, bien de sener en fureur ‘ements plus calmer son les converit bien pour uleur; mais es plus proà lui en luide boire le AC, paix in- -VOUS, tranclipsez-vous avant-goût écheur que } VOUS avoir
fois j'ai dit (1)? O0 mon esse ? Mais, ouble intérésistances n vous dé- Leriminelle Son péché il vengeur plaisirs? et a coupable
ords, sans rt. Qu'’aiàme après
nseé mon mon droit ent à une
i domine que toute
L'AME ÉLEVÉE À DIEU, 25 réflexion; mais la passion, une fois satisfaite, se ralentit et laisse la raison plus tranquille; la raison plus tranquille rentre en elle-même, voit l'horreur du péché, exeite la voix des remords, et, la voix des remords exeitee. qui pourrait exprimer le langage secret que la conscience fil entendre au pécheur? remords d'autant plus amer, qu'il rappelle l'heureux état où l'on vivait avant le péché, Et tout ne contribue-t-il pas à le rappeler? La vue de ces personnes vertueuses que l'on fréquentait, et donton craint la présence ; la solennité de cette fête où l'on s'approchait des sacrements, et dont on s'eloigne; la vue de cel oratoire, de cette image d'un Lieu erucilié, aux pieds duquel on allait répandre son cœur : dans tout cela reconnaIssons la VOIX de la conscience qui parle, et qui le fait d'une manière d'autant plus sensible et plus vive, qu elle parle dans nous, malgré nous et contre nous. Et ne nous 1 aVICZ-VOUS pas annoncé, à mon Dieu lqu'un jour notre péché S'éléverait contre nous après que nous nous serions élevés contre vous; que ce péché serait bientôt suivi du remords, et que ce remords serait un glaive de douleur qui percerait notre âme et la plongerait dans la plus vive amertume? Malheureux ! fallait-il acheter si cher un repentir? en
O mon Dieu! quel état que celui d'une àme ainsi livrée à l'amertume de ses remords? A-t-elle un moment de ! ‘an quillité ? Goûte-t-elle un instant de paix ? Ce remords n'est-il pas toujours à la porte du cœur pour le déchirer ? Hélas! que l’homme est à plaindre! qu'il est malheureux quand il trouve dans lui la cause de son malheur, et qu’il porte en lui-même le poison funeste qui le déchire !
TROISIÈME LOINT.
Cependant le malheur n’est pas à son comble. Outre le remords qui déchire à présent le pécheur, il y a un avenir terrible qui l'attend et qui le menace ; et de quel sentiment peut-il être pénétré à la vue de cette immense carrière que l'avenir lui présente? J'ai péché, se dit-il à lui-même, ct par là j'ai mérité l'enfer; mais, si je venais à mourir dans cet élat, quel serait mon sort? Cependant je puis mourir à chaque instant, et chaque jour peut être le dernier de ma vie. Hélas! ce terrible jour ne commence-t-il point à se lever sur moi pour m'envelopper dans ses tristes nuages ? Mais si je venais à être enleve par une mort subite et imprévue, si quelque accident funeste venait me surprendre ! Ces accidents sont-ils rares ? et ne deviennent-ils pas tous
26 L'AME ÉLENÉE A DIEU, les jours plus fréquents? N'entend -on pas dire que tels et tels ont été enlevés de ce monde sans avoir eu le moment de se reconnaître ? Et pourquoi, à mon Dieu, mettez-vous ces exemples devant mes yeux, si ce n'est pour les ouvrir au danger, et pour m'avertir de le prévenir, de peur d'être enveloppé dans le même malheur, et frappé du même anathème? Combien de fois en ai-je été touché, alarmé ?
Ainsi s'accomplit à la lettre la terrible menace que Dieu fait au pécheur : Vous craindrez, lui dit-il, vous craindrez nuit et jour : Timebis die ac nocte (1). Le matin vous direz dans votre frayeur: Qui me donnera de vivre jusqu’au soir? et le soir vous vous écricrez : Qui me donnera de revoir demain la lumière? Mane dices : Quis mihi det vespere? vespere autem : Quis mihi det mane ?
Voix terrible de la conscience, jusqu'où ne te fais-tu pas entendre? Dans le palais des grands, sur le trône des rois, à la tête des armées, dans le tumulle des villes, dans la solitude des campagnes ; partout elle fait entendre ses cris vengeuts, et partout elle fait le tourment des pécheurs. Mais quelle affreuse situation que celle d'une âme ainsi alarmée! Quoi! ètre dans un état où l'on peut, où l’on doit se dire à soi-même : Sije viens à mourir dans cet é'at, je suis perdu: et à l'instant où Je meurs je tombe dans le sein d'une éternité malheureuse: je deviens l'objet de la colère de Dieu; je n'ai plus pour partage qu’un affreux désespoir! Quel état! quel tourment !
C'est cependant un tourment salutaire : le malheur serait bien plus grand sile malade était insensible à son mal. Rien de si triste, Ô mon âme! et cependant rien de si vrai : dans l’état où vous êtes, c’est pour vous le plus grand des biens d'être agitée de remords, et à combien de titres ne devezvous pas regarder ce remords comme un bien véritable ! C’est un bien, puisqu'il a un rapport si essentiel au salut; c’est le premier des biens, puisque la conversion doit commencer par là. si elle commence jamais: c’est le plus nécessaire des biens, puisque sans lui 1l n’y aura jamais de conversion: c’est le plus solide des biens, puisqu'il ne peut être sujet à illusion, et qu'il ne tend qu’à rappeler dans la voie : c'est le plus précieux des biens, puisque chaque remords salutaire que nous avons nous est mérité par autant de gouttes de sang de Jésus-Christ : c'est même quelquefois le seul bien, parce que le pécheur n’a quelquefois d'autre gräce que celle des remords et de la prière, ayant fermé l'entrée de son cœur à toute autre gràce.
(4) Deuter., xx vin,
‘e que tels et u le moment mettez-vous ur les ouvrir e peur d'être aiméme anailarmé ?
ice que Dieu us craindrez n vous direz isqu'au soir ?
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te fais-tu pas ône des rois, Iles, dans la ndre ses cris icheurs. Mais nsi alarmée !
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CONCLUSION
entrons en ce moment en nous-mêmes; et sans nous jeter dans de vains scrupules, mais aussi sans nous flatter, examinons sérieusement où nous en sommes avec Dieu : nous ne pouvons nous trouver que dans un de ces trois états différents : ou notre conscience ne nous reproche riens ou elle est dans quelque doute; ou elle se reconnait coupable de quelque péché.
1e Notre conscience nous parail-elle tranquille et ne nous reproche-t-elle rien d'essentiel, bénissons le Père des misericordes, qui nous à mis dans cet état, et ne faisons jamais rien qui puisse nous en éloigner; que jamais les nuages du péché ne viennent troubler en nous la sérénité de la grâce.
2° Avons-nous quelque doute et quelque inquiétude sur quelque point, ayons soin de l'éclaireir au plus tôt. et ne restons pas dans des ténèbres affectées, qui par là même deviendraient criminelles.
3° Notre conscience nous reproche-t-elle quelque péché dont elle est coupable, ah! ne différons pas un instant de nous réconcilier avec Dieu; délivrons-nous de ce pesant fardeau, aujourd’hui même rendons le calme à notre conscience ; le moment où nous différons est peut-être celui que Dieu à choisi; meltons-le à profit, il peut décider de notre éternité.
PRIÈRE
Ne permettez pas, à mon Dieu! que je tombe jamais dans le funeste état du péché, afin que je n'aie pas le malheur d'être livré aux troubles, aux remords, aux alarmes d'une conscience agitée, Mais, si j'avais le malheur de retomber dans le péché, ah! Seigneur, loin de les calmer, augmentez, redoublez encore ces agitations, ces alarmes, afin que je n'aie pas le malheur bien plus grand encore d'être livré à une paix trompeuse, qui flatte et qui perd. Tant que vous me troublerez, que vous me menacerez, vos menaces mêmes et vos cris seront le rayon de miséricorde qui luira encore à mes yeux; mais, du moment que vous me laisseriez tranquille dans le désordre, ce silence serait la preuve la plus sensible de votre colère, et la disposition la plus prochaine à mon malheur. Parlez donc, à mon Dieu ! votre serviteur vous écoute, Si ma conscience a été fermée à votre voix, mon cœur est ouvert à la voix de ma douleur ; ouvrez-le à celle de votre amour: c'est l'unique bonheur que je demande désormais en ce monde.
PRATIQUE
1° Se faire une loi inviolable de ne jamais agir contre les lumiéres de sa conscience.
2° Dans les occasions de douter, faire ce qu'on voudrait avoir fait au moment de la mort.
3° Rentrer souvent dans l'intérieur de sa conscience pour voir ce qui s'y
passe, si nous avons une conscience qui ne nous reproche rien devant Dieu
ou avec laquelle nous ne voudrions pas aller paraître un jour devant lui. di +” Penser que notre conscience nous jugera un jour, et que, si nous avons étouffé sa voix, elle portera contre nous le jugement le plus redou- il
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