LE PÉCHÉ
1] faudrait des torrents de larmes pour so ot toutes les pertes que le péché cause à l’âme, et tous les malheurs qu'il attire sur elle.
(A) Marc, vu.
Le péché lui Ôte toute sa gloire. Par la grâce, l’âme était la fille bien-aimée du Père céleste, la digne épouse du Fils, le temple vivant de l’Esprit-Saint; par le péché, elle perd tons ces précieux avantages, et devient l’esclave du démon et de ses passions.
Le péché la dépouille de toute sa beauté. La grâce la rendait un objet de complaisance aux yeux de Dieu; il la regardait comme son temple, son sanctuaire : le péché en a fait un objet d'horreur à ses yeux, et d’exécration pour son cœur.
Le péché lui ôte tous ses mérites. Représentez-vous un vaisseau richement chargé de tout ce qu'il y a de plus précieux; il échoue, il fait un triste naufrage , tout est perdu et enseveli dans les flots; voilà la triste image de l’âme dans le péché : il lui ôte tous les mérites qu'elle avait acquis devant Dieu, et ne lui laisse qu'une affreuse indigence.
Le péché lui ôte la paix; elle en jouissait tant qu’elle était avec Dieu. Le péché, entrant en elle, y à introduit le trouble, l’agitation, les remords, les craintes, les alarmes : elle devient à ellemême une espèce d'enfer.
Le péché l'expose à tous les malheurs de la vie, à toutes les horreurs de la mort, à tous les tourments d’une éternité malhenreuse. Y pense-t-on ?
Il faudrait des larmes de sang pour pleurer les affreux caractères du péché dans une âme, et l'opposition monstrueuse qu’il lui donne avec Dieu. Caractère de révolte et de rébellion : Dieu commande, le pécheur répond : Je n’obéirai point. Si la bouche ne le dit pas, le cœur, la conduite, les actions le disent. Caractère de témérité et de présomption : un ver de terre, une vile créature ose s'élever contre le Tout-Puissant, contre l’Etre suprême, qui peut l’anéantir à tous les instants. Caractère d’ingratitude : comblée des bienfaits de Dieu , elle en abuse, et les tourne contre son bienfaiteur. Caractère de perfidie : mille fois elle avait promis une fidélité inviolable à son Dieu; peut-être l’avait-elle rendue plus solennelle dans la grâce des sacrements : elle trahit son Dieu, et viole toutes ses promesses. Enfin, nourrai-je le dire sans horreur? caractére de parricide et de déicide : tout pécheur, comme dit saint Paul, crucitie de nouveau Jésus-Christ, et fait de son cœur un autel sacrilége où il immole son Dieu en immolant son âme au démon.
Hélas! à mon Dieu, sont-ce des discours, ou des soupirs et des sanglots qu'il faut ici faire entendre? Disons donc en gémissant, en tremblant : Le péché est un si grand mal, que, quand vous réuniriez tous les autres maux à la fois, la guerre, la peste, la famine, les chagrins, les maladies, la mort mème, tout cela ne serait rien en comparaison d'un péché. Le péché est un si grand mal, que quand, pour ne pas le commettre, il faudrait perdre vos biens, votre liberté, votre santé, votre vie, sans balancer un instant il faudrait verser jusqu’à la dernière goutte de votre sang,
résenter votre cœur et y laisser enfoncer le poignard, plutôt que e jamais consentir au péché. Le péché est un si grand mal, que, quand par un péché on pourrait retirer tous les damnés de l'enfer, et les placer dans le ciel, il vaudrait mieux laisser les réprouvés
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dans les feux, les tourments et le désespoir, que de les en délivrer, si pour cela il fallait commettre, je ne dis pas un péché mortel, mais le moindre péché véniel. Enfin le péche est un si grand mal, un mal si affreux, si détestable, que le ciel n’a pas assez de foudres pour l’'écraser, la terre assez d'abimes pour l’engloutir, l’enfer assez de flammes pour l’expier.
Qui est-ce qui y pense?
Ah! disons de tout notre cœur: Maudit péché, qui attire sur nous toutes les malédictions! Maudit de Dieu le Père, dont il efface l’image; maudit du Fils, dont il profane le sang; maudit de l’Es-
rit- Saint, dont il méprise les grâces; maudit dans le Ciel, qui ance sur lui tous ses anathèmes ; maudit sur la terre, qu’il couvre d'iniquités, maudit dans l'enfer, où il précipite tous les damnés; maudit durant la vie, maudit à la mort; maudit dans le temps, maudit dans l'éternité! Je vois les saints qui tremblent à la seule vue du péché, les solitaires qui s’enfoncent dans les déserts pour s’en A les poses qui poussent des soupirs et des sanglots pour le déplorer, les martyrs qui nagent dans leur sang pour l’éviter: qu'avons-nous fait, que faisons-nous pour pleurer, pour expier, pour effacer nos péchés? Mourir, d mon Dieu, mille fois mourir, plutôt que d'en commettre jamais aucun: je vous le demande ; je l'espère avec votre grâce.
l'est bien temps d'y penser : demain peut-être nous ne serons plus.
HISTOIRE
L'empereur de Constantinople, hérétique, était mortellementirrité contre saint Jean Chrysostome : un jour, enflammé de colère, il dit en présence de ses courtisans : Je voudrais bien me venger de cet évêque. Quatre ou cinq de ses courtisans assemblés pour faire leur cour dirent leur avis. Le premier dit : Envoyez-le si loin en exil, que vous ne le voyiez jamais. Le second : Confisquez tous ses biens. Le troisième : Jetez-le dans une prison chargé de fers. Le quatrième : N'êtes-vous pas le maitre ? faites-le périr et délivrez-vous-en par la mort. Un cinquième, plus intelligent : Vous vous trompez tous, dit-il; ce n’est pas là le moyen de s'en venger et de le punir. Si vous l'envoyez en exil, la terre entière est sa patrie: si vous confisquez tous ses biens, vous les enlevez aux pauvres, et non à lui : si vous le mettez dans un cachot, il baisera ses fers et s’estimera heureux; si vous le condamnez à la mort, vous lui ouvrez le ciel. Prince, voulez-vous vous en venger, forcez-le à commettre un péché. Je le connais, cet homme ne craint que le péché en ce monde : ic homo nihil timet nisi peccatum. Non, il ne craint ni l'exil, ni la perte des biens, ni fers, ni feu, ni tourments; il ne craint au monde que le péché. Grands sentiments! ah! que nous serions heureux si l'on pouvait dire de nous comme de lui : Cet homme ne craint que le péché, et il le craint souverainement : Hic homo nihil timet nisi peccalum.
RÉFLEXIONS
Pensons-y donc, et ne l’oublions jamais : avec le péché jamais nous n'entrerons dans le ciel, notre unique patrie; avec le péché jamais nous ne verrons Dieu, l’auteur de notre être; avec le péché, et par un seul péché, s'il n'est effacé, nous serons à jamais livrés aux feux, aux tourments, aux remords, à la fureur, au désespoir éternel de l'enfer. Pensons-y; et, s'il le faut, oublions tout le reste pour y penser.
Quasi a facie colubri fuge peccatum (1) : À la vue du péché, tremblez et fuyez comme à la vue d un serpent,
Peccaviin cælum et coram te (2) : J'ai péché contre le ciel et en votre présence, à mon Dieu!
Peccatum meum contra me est semper (3) : Mon péché est toujours présent à mes yeux, il s'élève sans cesse contre moi.
Averle faciem tuam a peccatis meis, etc. : Détournez vos regards, à mon Dieu, de dessus mes péchés; et lavez toutes les iniquités de mon âme,
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