XXVI
mon adorable Sauveur ! dans quel état votre amour pour mor et mes péchés contre vous vous ont-ils réduit ! Vous gémissez pour toucher mon cœur, vous poussez des sanglots pour m*arracher quelques soupirs ; vous versez des torrents de sang pour me faire verser quelques larmes, et moi je vous verrais dans cet ennui, ces frayeurs^ ces alarmes, avec des yeux secs, avec un cœur froid et indifféa*ent ! Non » n^on Dieu ! et ce cœur fût^l plus dur (|ue les pierres, plus insensible que les rochers, il va ^'attendrir, il va se briser à la vue de cet océan d'amertumes où le vôtre est plongé. Oui , mon divin Rédempteur, je le dis avec vous : Tristis est anima mea usque ad mortem ; à la vue de mes péchés , mon âme est triste jusqu'à la mort. Ah que j^ai de regret de vous avoir offensé ! jamais, jamais, mon Dieu, ce regret ne sortira de mon cœur; il durera autant que ma vie ; je porterai ma douleur jusqu'au tombeau; et plût au Ciel que ce regret fût si vif, si amer et si véhément, qu'il pût en ce moment me flaire mourir de douleur 1
ATIS SALUTAIRES.
Ames soufHrantes , âmes affligées par les sécheresses , les dégoûts , les délaissements intérieurs , venez ygus eonsoler, vous soutenir et vous animer parla vue et Texemple de votre adotîiWei S«iw\ewt\
SUR LE èàLlFillRE. ii
délaisflé ea quelque manière de son Père céleste , il veus apprendra à porter les épreuves do Seigneur : et i veus soumettre aux saintes dispositions de sa provideaee. Demandée > il tous est permis, demandez avec Jésus-Christ d'être délivrées du calice d'à* merlume qui inonde votre cœur : Transeat à me êêUm isêe (Luc. xxi); mais ajoutez aussitôt avee lui t Cependant , 6 mon Dieu ! que votre volonté s'accomplisse el non pas la mienne t Verumimnm nm mea , sed itàa voiuntas fiaL Attendez le moment et les grâces de Dieu avec patience, Fange du Ciel, s'il est fiécessaire , viendra pour vous consoler ; un jour passé saintement dans les épreuves vaut mieux devant Dieu que des années entières passées duns les consolations.
€oBSîdéron8 dans Judas Thorreup de son projet , la suite et la fin funeste de ce détestable projet.
1* Judas , que le Sauveur du monde avait choisi préférablement à tant d'autres , qu'il avait élevé à une ^Kgnité si éminente , qu'A avait rendu le dis*^ pensaient de ses mystères, qu^il avait comblé des grftees les plus signalées, favorisé même du don des miracles ; Judas, en un mot, un des disciples et des ApMres de lésua^Christ , forme le projel de trahir son Dieu, met à prix d'argent la vie de son divin Maître, se prête au plus exécrabl^ des crimes, au parricide, au déicide ! Rempli de ce détestable projel, il maréhe k la tête d'une trou^ di^ vM»^& et 40 gemê srméê; ii «^ gMri Ae U e(MnaÀa«n&
40 l'ams
qu'il avait du lieu où Jésus-Christ se retirait pour prier ; il le désigne par un iDfàme baiser, pour le livrer à ses eunemis , qui, daus leur fureur, ne cherchent que le moyen de le perdre et de le mettre à mort.
mon Dieu 1 qu'est-ce que l'homme , et quelle est la dépravation de son cœur ? Est-il bien possible que tant de grâces que vous avez faites à ce disdple perGde , que tant de faveurs dont vous Taves comblé , que la prédilection spéciale dont vous Tavez honoré , ne Tarrètent pas dans son projet , et ne l'empêchent pas de se porter contre vous & un tel exc^ , vous 9 son Dieu , son bienfaiteur, son divin Maître? La seule idée de ce crime n'aurait-elle pas dû l'alarmer et le faire trembler?
Nous détestons avec raison son crime, ô mon adorable Sauveur ! Et combien de fois nous-mêmes ne vous avons-nous pas lâchement abandonné en violant nos promesses , en trahissant vos intérêts, en rougissant de votre saint nom, par yn indigne respect humain? Hais surtout peut -on penser sans horreur à ceux qui vous déshonorent, qui profanent votre corps adorable , votre sang précieux, par des communions sacrilèges , et vous donnent ainsi un perfide baiser, qui, sous le voile de la dissimulation» cache la trahison la, plus noire et la plus criminelle?
2o Hais que fera Jésus-Christ , qui lisait dans le cœur de Judas la noirceur de son attentat? comment le recevra-t-il quand il se présentera? Ouvrira-t-il le sein de la terre pour l'engloutir ? lancera-t-il la fouira pour J'écraser ? du moins emploiera-t-il l'ameriume des reproches et la rigueur de&in«a^c^^vxt
SUR Là CALVAIRE. 41
Tarréter? ffélas! c'est ce que nous ferions dans la viracité de nos ressentiments et le feu de notre vengeance : mais voyons y admirons la douceur m* effablCy la tendresse miséricordieuse de Jésus-Christ^ et apprenons de lui à nous posséder , à ne pas nous livrer à nos sentiments d'aigreur contre nos ennemis, à leur rendre même le bien pour le mal. Mon ami, loi dit-il, à quoi en étes-vous donc venu ? quoi ! trahir le Fils de Fbomme par un baiser ! Amice^ ad quid venisti? (Matth. xxvi. ) Cette bonté ineffable , cette douceur inaltérable et toute divine aurait bien dû faire impression sur le cœur de Judas, le faire rentrer en lui-même, lui inspirer la douleur de son crime : mais non , son esprit est aveuglé , son cœur obstiné et endurci ; il persiste dans son obstination, il poursuit son projet, et il l'exécute enfin , en livrant son bienfaiteur à ses ennemis, et par là même à la mort.
Il fiiut, 6 mon Dieu 1 que les liens du péché soient bien forts , et l'empire du vice bien dominant dans un cœur qu'il possède ! Ainsi en est-il de certains pé-^ cheurs : quand une fois une âme a abandonné son Dieu et méprisé l'attrait de sa grâce , elle est capable de se porter à tout ; ni les réflexions les plus salutaires, ni les remords les plus vifs, rien n'arrêtera ce pécheur dans sa course; il tombera de crime en crime , il se précipitera d'abtme en abtme, un excès le conduira dans un autre, et l'entratnera enfin au dernier des malheurs. Que pouvait faire de plus Jésus-Christ pour Judas? II le reçoit avec bonté, malgré son funeste dessein ;* il lui fait sentir l'horreur de 80D procédé; il lui ouvre la voie dw TCVowt ô»»& Ui tendresse et Vaffection de son cœur ; mw iv^ \.wvr
42 l'ahb
che ce cœur endurd ; le démon sTemptre de Mm âme, il ia rend insenâible à tout , et yi la <kittdttire enfin au plus détestable des crimes et au plus grand des malheurs.
Z"" Judas était arrivé au comble de ses iniqeUés et au moment de sa perte. L'avarice lui avait fait trahit son Dieu ; le désespoir le précipite dans le fond de Tabtme. Judas reconnaît son crime ; ma» il le re^ conbalt en furieux et en désespéré. Dans rheneur de ce sentiment et la frénésie de cette fureur « il prend la résolution de se détruire lui4Dème; il se transporte dans un lieu écarté , et là i livré au dé* mon du désespoir , il devient son propre bourreau ^ il se pend à un arbre, et termine ainsi une vie criminelle par la plus funeste de toutes les morts*
Ah 1 inàiheureux ! qui Ta donc poussé à coosonH mer ain$i ton exécrable projet ? Pourquoi $ en cednaissant là grandeur de ton crime, ne reconnala^lu pas la bonté de ton Dieu ? Pourquoi n'allais-tu pas implorer sa miséricorde? il t'aurait encore admii daiis son sein et redonné son amitié» Tu connaissais ses sentiments et son cœur, pourquoi^ comme la Ma" deiéine, ne pas aller te prosterner à ses pieds et les arroser de tes larmes ? Pourquoi, comme rËûfaill prodigue, ne pas te jeter entre les bras du meilleur des pères? itélas ! il ne désirait que ton retour^ il ne demandait que ton repentir : tu aurais consolé son cœur affligé, tu aurais réjoui les anges du ciel; ta conversion aurait été pour eux un sujet d'allégresse t tu iseraië encore au rang des Apôtres ^ et tu ed au noiiibre des réprouvés ; tu aurais une place assurée dabs ïe ml, et tu seras à jamais précipité dans Tenfer.
SUR LÉ tàl^AlRE. té
Vous ràpA totité M âëirctfer Sa cKfté ûê él4 infidèle didciptei 6 thétk kàôféblé Sauteur! ¥6(18 saTM quelle eiEi sera là fia ttialhéttrëôsë; et 6epeil^ dâBttous le plàigttèz édeôre ^ tôtis éte§ tôdèhé M son sort, toos gémissez stif èà i^értë. ItslHeârëuil oui , tl eût mieui valu pétii* lui qtf il M ffit }Attài8 né ; mais son erimé éM eoDSOtUmé, et it tié BOàs i^te qu'à le détester et à profiter d'eu si tHste efxeloclplé^
Sur toutes t^ térités faîsotis, ô tËCfû âmè^ eéâ trdis réaexions biett itnfiof tànteâ et lii«â îMfeefesÀirélf pour le salut.
I. De quoi à'est pas éapéblé tiS hdtnifiè qui éë liTre i une passion? Judas était àyarè, ioâ ti&âlhelir commence par une atta(^bë , péfit-étfè fi^âbord lé* gèrei aut biens de la terre $ ravariee le Jétté datlS le larcin, fur erat$ Ui larcin le conduit à la péfâdlë; de perfide 11 détient impie ^ sâcHlé^ , délèidè ; il finit par devenir hobîiéiâe dé îiii^nièmé, éiéf^nt sur \xA le ministère de^ redoutables Vengeances de Dieu. Obstiné, ëndur^^i, réprouvé, t(iléU été le principe de tout? lin ihalheurëùk attàchèiilétit aa^ l^iens périssables^ Eût-on jamâia pën^ qu'uta tel eommeneeinent pût conduire à iine fih À fiineste?
IL Défions-nous sagéâiënf de nous-mêmes , ne* nous rassurons jamais ni dur le tèaàps ; ni siir le lieu , ni sur Ik sainteté des dispositidnft OÙ tidtiS pooVonsètre^ puisque Judas ^ un disciple ^ ufi àpd^ tre^ a pu se perdre , et s'est en effet perdu afi tni^' lien des Apôtres 4 dans là compagnie et éôthftié k eftté de Jésus-Ghrist mémèi Hélas ! si Une éblofinê a été ainsi ébranlée et renversée s <i^^ ^^ d^^^ts^^"^ nofis pâ8 craindre^ nous^ Mbte&c!^l\tii\^%^H^>^^Â>
4( L'iJIB
Ne comptons donc que sur une crainte salutaire du danger, une continuelle vigilance sur nous-mêmes» une inviolable fidélité à la grâce, sans quoi, malgré toute la sainteté de notre état» toute la fermeté de nos résolutions , toute l'abondance des grâces de Dieu» nous périrons infailliblement. ' *
IIL Cependant quelque grand péché que nous puissions avoir commis , dans quelque triste et déplorable état que nous puissions être tombés , quelque plaie profonde que nous ayons pu faire à notre âme, ne désespérons jamais des miséricordes de Dieu; c'est le crime qui l'outrage le plus, parce qu'il attaque la bonté de son cœur. Le péché de Judas trahissant son maître fut grand ; mais le crime de son désespoir , en se défiant de la bonté de son Dieu » fut encore plus énorme.
Quelque enfants prodigues que nous soyons, Jésus-Christ est toujours pbur nous un tendre père. Si notre cœur est pénitent, le sien nous sera ouvert. Ses miséricordes sont infinies, la mesure de nos péchés ne le sera jamais. Dieu ne veut pas la mort, mais la conversion du pécheur : revenons avec sincérité, il nous recevra avec tendresse; c'est lui-même qui nous en assure.
PRIÈRE
Gravez dans mon cœur, ô mon Dieu! ces réflexions salutaires ; j'en vois l'importance et la nécessité. Oui , je me défierai à jamais de moi-même et de toute passion naissante ; je tremble à la vue des suites funestes où elle peut conduire; je veillerai toujpurs sur moi-même, connaissant ma faiblesse et de quoi je serais capable si je m'éloignais un iastâût de vous. Cependant, quelque mm» q\x^
je poisse avoir commis , jamais je ne ferai à votre miséricorde Toutrage de me défier d'elle ; je comblerais mes malheurs en outrageant vos bontés. Le funeste exemple et la fin déplorable de Judas seront pour moi une leçon salutaire que je n'oublierai jamais, et votre bonté un asile sacré où je me réfugierai dans tous les moments de ma vie.
Ainsi soit-iL
I^Mi liVBilltatloiis de dFésDS-ClurlAt dans les dlflérente trlImiiaDa: de ^érasalem.
lésus-Christ dans le jardin des Olives s'était livré à la tristesse la plus amère pour nous épargner la tristesse étemelle due à nos péchés ; il va se livrer à la confusion la plus profonde pour nous préserver de la confusion étemelle que nos péchés avaient méritée.
Plus la réputation qu'on a acquise est grande , plus elle est éclatante , plus elle est étendue ; plus aussi la confusion est -elle grande lorsque cette réputation vient à être flétrie, surtout lorsqu'elle est flétrie par le mépris le plus injurieux , par les préférences les plus indignes , par les jugements les plus solennels : or, voilà ce qui arrive à Jésus* €hrist durant sa passion. Quelle était sa réputation? il passait pour un prophète , pour le Messie , pour un Dieu ; on le regardait avec un respect qui allait jusqu'à Padoration. Dans Jérusalem, dans la Judée, jusqu'aux extrémités de la Palestine, l'éclat de ses vertus , réclat de ses miracles avait contribué à lui Bcqaèrlr cette réputation générale*, Q\i l^lvii eoléve par toutes sortes de mèpfis. W ^%\. n^tAvx
M la'àME
comme an vil esciavei il est lié comme un Yoleur insigne , il est souffleté comme un blasphémateur impie ; on le traduit devant les juges comme un criminel noirci des plus grands forfaits | tel est l'abrégé de ses ignominies et la triste carrière où il va entrer« Suivons-le pas à pas^ depuis le jardin des Olives jusque chez Pilate, et soyons témoins de ses humiliations et de ses opprobres.
Voilà donc le Sauveur livré à la fureur de ses ennemis, qui vont le traîner de tribunal en tribunal, (i'ëst^ à-dire d'dppk-ôbK en Opt)iHc^bM, è^Hfêrmwé JiominUin. ( tsâiL Li. ) D'ïbOfd dd 16 «Oilâdit fehez Galphe; c'est là qu'il passe une nuit horrible , qui fut ie scandale de la terre et Tétonnement du Giel. Environné de cette foule de soldats qui en font leur jouet» il en essuie les outrages* On commence à lui voiler les yeux f velârunt fuciem ^us { BlarCi XIV ) : Ta-t-on voilé, on lui crache indignement aa visage 5 on le frappe cruellement, en lui disant avec dérision i Prophétise-nous, quel est celui qui t*a frappé? Prophetiz'a nobiSj guis est {tcî te percusêit? (Luc« XXII.) Anges de paixl quel spectacle pour TOUS l Angelipacis amarè flebant. (Isai. xxxui.)
Conduit chez Anne, sa joue sacrée est couverte et meurtrie d'un soufflet infamante Monstre cruel oses-tu porter ta main sacrilège sur le Saint des saints? Giel 1 n'avez-vous point de foudre pour récraserf 6 terre 1 n'avez-vous point d'abtmes pour Tengloutir? Hais non,,ce serait là des sentiments de Justice, et Jésus n'a que ceux de la miséricorde; Mon atni^ lui dit-il^ si j'ai mal parléi montrez en quoi; si Je n'ai pas mal parlé^ pourquoi me frappea^vousT
Traîné cb&Ê MérodOi il est trailè de &UkpVi«^X$\i2k-
SUR Ll CALVAIRE. It
ijeùsë, It ëageide même tel tHiitéë dtt ^dlié^ fet ëéli dans une cour nombreuse, et cela âëirâfil \àn gtiSiâ jroii ^m depaid lobgteffipè ^oUhftilàit de Vèlr ÎAihs- Christ^ espérant de lui voir ét^érei" qaei^tié gfMd tnrodige) tàaii Cd Dieu Sautetil* M mëUtfô a'kdti« phxligeqae celiii de èa patleneë ; auisi HéMdë tbnt*' ne^'t^il son admif attoli en mépf is \ il fait i^âvétii^ JêàUSh Clirist d'une robe blanebe en signé de AéfMm-. lésiis eh entrant était regardé êdilims d& pfôjpf1ïèfë> et il sortit traité eémme un insensé » lëâ igiiOMiflié» de ce Dieu Sauveur augddentent à tottë iëë MéiâèÉitè et à tous les pas;
Gfaek Pilate il reçoit dh tfkiteméif eâëê#ë tMtt& indignai Pilàte^ persuadé 4ë soti inildeéUëè ^ déS^ rait le soustraire à la fureui" dé ëes èbnëmis. Aprtk bien des tentatives, il érôit avèit' trouvé le tûbffSlï de le sauver} il le i6el en parallèle ateti Bdi^abbai^ espérant par là de le délivi^ër i për&llèlé impie du prince de là paix àVee un séditièut^ dd Dieu de toute justice avec un voleur insigne, dé Tàdteâ? dé la vie avec un meurtrier, du ^aifit dès dëlbta âVec un seélérat^ un infâme; ei eé^tidatlt cél iilffltllê, éô scélérat^ a la pféféretloe sur le Saibt déé sâii^fg : parallèle affreUx^ qiië bods bë fAi^bnë nbds-^ibéUëà que trdp souvent en pirëiérëbt ribtérêt àu Aeimf, le plaisir à la eunséiëiice^ bos passion^ à la loi de Dieu^ BéUal à lésus-Gbrist , le môndé> le défbdb 4 Dieu iui-^mème; Cest ainsi que Jésiis^Cbriàt ëdt «dfrduil et donné eb speëtaele daflS tdutës léë hiëè de Jérusalem^ obligé de pdftèf ëâ ^bfdtiidb ]^ar tdutè la ville ^ d'en rebdre tékhôîàS toM lêii bàbitàTlt§, d'essayer 19Ê tialdeUt, les buèM, V^ «É(^t& ^ U.
48 l'amb
populace. humiliations 1 ô opprobres 1 en fat-il jamais de pareils ?
Mais enfin à quoi aboutissent tontes ces démarches différentes , cette confrontation de témoins, ces formalités apparentes de justice? Hélas 1 tont cela aboutit à conduire Jésus-Christ au comble de Popprobre et de l'infamie ; c'est-à-dire à prononcer contre lui cet arrêt infamant, reus est mortU^ il est digne de mort; c'est-à-dire, c'est un séditieux et un perturbateur du repos public ; c'est un impie et un blasphémateur; c'est un ennemi de Dieu et des hommes, indigne de toute compassion et de toute pitié, digne d'être l'horreur et l'exécration de tout l'univers, digne, en un mot, du dernier sup* plice, et du plus honteux des supplices, reus est mortii. (Matt. xxvi.) Arrêt d'autant plus infamant, qu'il est prononcé par le tribunal en apparence le plus respectable, dicté par les prêtres , autorisé par le pontife, applaudi par les peuples et les nations entières.
Mais quoi, ô mon Dieu! parmi tant de personnes que vous aviez comblées de bienfaits , il ne s'en trouve point qui ose prendre votre parti et se déclarer pour vous ! Quoi, parmi tant de malades que vous aviez guéris, tant d'aveugles que vous aviez éclairés, tant de morts que vous aviez ressuscites, tant d'afDigés que vous aviez consolés, pas un qui parle pour vous! Non, personne n'ose le défendre et prendre sa cause en main ; tous l'abandonnent et semblent le méconnaître; tous s'élèvent et s'arment de concert contre lui, le chargent de malédJcUom, d'imprécations, de blasphèmes.
Pauvre peuple! qui t'a donc aiasi fasciné? qui t'a inspiré contre ton Dieu, ton bienfaiteur et ton maître, des sentiments si opposés à ceux que tu avais il y a peu de jours pour lui? N'est-ce pas là le même homme que tu suivais avec tant d*empressement et de zèle, pour avoir la consolation de l'entendre et de recevoir les oracles de sa sagesse ? N'est-ce pas le même homme que tu voulais choisir pour ton roi, s'il ne se fût dérobé à ton empressement? Qu'est-il arrivé depuis la résurrection du Lazare, qui te causa tant d'admiration? Qu'a-t-il fait depuis quatre jours que tu allais au-devant de lui en portant des rameaux à la main pour le recevoir en triomphe^ et faisant retentir les airs de chants d'allégresse ?
mon âme! comptez sur les hommes , comblezles de biens, et attendez-vous aux sentiments de retour et de reconnaissance; semez les bienfaits pour recueillir l'ingratitude et l'indifférence. Hélas ! ne nous détromperons-nous jamais de notre aveuglement? Nous voyons tous les jours les hommes nous manquer et s'éloigner de nous; ceux qui nous avaient le plus tendrement aimés deviendront souvent nos plus cruels ennemis; et rien ne peut nous détacher de ces faux appuis. Ah ! que nous méritons bien ces retours amers ! pourquoi compter sur des bras de chair?
Mais les Ar^tres du moins, les Apôtres tâcherontils de dédommager leur divin Maître et de le consoler? Hélas! ce sont les Apôtres mêmes qui vont mettre le comble à ses humiliations. L'un le trahit, l'autre le renonce, tous Tabandounent ^t &'4V(^vgaent de lin. Que devait-on ^re*i ^u^ \y(^xvH^à\j-^sG^
M ll'AHft
pentor? Oo il les contitiaMdt^ où il ne les conn&is- Mit pas; s'il ne les connaissait paSi il n'était AoAt pas prophète; B*il les connaissait^ pourquoi las eboi^ sissait-il si peu dignes de lui ?
Le Toilà^ ee DieuSauTeur» dans l'abîme de l'humiliation, déchu de toute sa gloire^ dépohiUé de tout droit à sa réputation^ derenu l'objet du mépris^ dé la haine^ dé rexédration publique de toute sa nation ; c'est'à-dire^ le toilà tel que l'avait dépeint le Pre^ phèté, Regardé eofâme le dei^nier dès hommes^ no»vièsimu^ vifwum. Aiiisi« ô mon Dieu I ainsi fallait*il accomplir l'oracle ; il sera rassasié d'opprobres et de confusion, »aiuraiitui^,opprobHiS4 (Thren» iiu)
Mais nous^ à présent ses enfhhts i ses disciples^ dans quels sentiments le verrons-nous dans ce triste étatt PrendrotiB^nous quelque part à ses humUiationsf Serons-nous sensibles à séë opprobres! Âu^ roDS-nous toujours tant d'ardeur pour les distinctions de ee monde? Serons-nous si déiifcatâ sur le point d'honneur j si doitiinés par notre amour* propre, si entêtés, si jaloilx de notre mérite, si es» ciaves d'un indigne respect humain? RougironsHUous de rÉvdtigile de Jésus^-Christ ? Graindrdns-nous de paraître à lui? Refuserons-nous d'accepter le ca»^ liée dés humiliations de sa main? Nous attacherons^ ndusencoi^e au monde et aiis créatures?
PRlàRE.
O mon Dieu ^ que nous sommes aveugles de
èompter sur autre chose que sur tous seul ! Dieu de
botité) sôyee fnon tout, et que tout le reste ne soit
rJeùi J'en irais le néant, J'en connais l'abliS) quel
tnàlbeur poar moi de l'avoir tennÂs^ UxàVtavA^
SDR IiB CALVAIRE. SI
do naoinS) à présent que veut m'édaîres, faites que je me détaehe de tout^ pour ne m'altacber unique» mênl et à jamais qu'à vous seul*
Que le monde, les honneurs du monde, Festime du monde, Tapprobation du monde, la réputatioîi^ lÉ gloire parmi les hommes, que tout disparaisse à mes feux; non, plus d'autre honneur et d'autre gloire peur moi que dans la croix, les opprobres et les bumiliatioaa de mon Dieu« Et que sont les honneurs de ce monde, qu'illusion et que vanité ? Apréd tout ) ne serais je pas assez honoré si, par les mépris 5 les affrontis de la part des hommes , je puis aVoir Quelque ressemblance avee mon Sauveur , et boire avee lui dans le calice de ses humiliations : Àbsitniihi ghriari nisi in eruee bomini nostri (GaL Vi) : A Dieu ne plaise que je cherche jamais (Tautre gloird que dans la erois de mon divin Rédempteur 1
Tf -ç-iirr r,t\ r
JLà ëkûitë ûé iMkUAi PïëtÊfé éè Èà IMiÉllëilMè
N'était-ce donc pas assez, adorable Sauveur, que vous eussiez à souffrir de la part de vos ennemis, dés Scribes > des Pharisiens^ des Gentils, de tout le peuple en fureur ? fallait-il encore que vos disciples même contribuassent i vos souffrances et 4 vos douleurs? et parmi vos disciples, n'était-ce pas assea qu'un Judas perfide vous eûtindignementtrahi, Que les autres Apôtres vous eussent Iftchement abandonné? fallait-il encore que Pierre lui-même vînt mettre le comble à vos opprobres et i vos afOic- VoM? Piertei le chef de vos Apôtres^ te olus distiogué entre yoê 4isaiplee, prWiVig^^ \f%t-Q«»»^^s$^
52 L*A]fB
les autres, destiné à être votre vicaire en terre , Pierre, infidèle lui-mAme, ne vient lasqu'à renoncer son divin Hattre, jusqu'à abjurer le titre de son dis* ciple 1 II réparera son péché, il est vrai ; mais il aura fait à votre cœur une plaie bien sensible.
Considérons dans samt Pierre , d'une part, la grandeur de sa chute, et, de Tautre, la grandeur de sa pénitence : de Tune et de l'autre apprenons i pleurer et à gémir sur ce qui mérite uniquement nos gémissements et nos pleurs.
Quand Jésus-Christ annonce aux Apôtres que le pasteur sera frappé, et que les brebis seront dispersées, Pierre, dans l'ardeur de son zèle ou dans le sentiment de sa présomption, déclare et proteste que, quand tous les autres abandonneraient leur divin Hattre, pour lui, il ne l'abandonnera jamais, et qu'il le suivra jusqu'à la fin, non te negabo. (Matth. XXVI.) Cependant, à la première occasion, à la pre* mière épreuve, il se dément avec lâcheté. Une simple servante lui adresse la parole, lui demande s'il n'est pas au nombre des disciples de cet homme qu'on accuse et que l'on poursuit : à cette parole il reste interdit, le courage l'abandonne, la parole lui manque, ou il n'a de parole que pour désavouer lâchement celui qu'il devait suivre jusqu'à la mort. Quelle faiblesse ! et de quoi lliomme n'estril pas capable quand il s'éloigne de Dieu ?
A la lâcheté Pierre ajoute le mensonge. Interrogé s'il connaît ce Jésus de Nazareth, il proteste qu'il ne le connaît point , qu'il n'a aucune liaison avec lui, et qu'il ne lui appartient en rien, quia non novi Âomtnem. (Matth. xxvi) Son cœur ne démentait-il pas ce que sa Jbouche osait prononcer?
SUR LE GALYAIRB. 53
Aa mensonge il ajoute Tingratitude. Que ne devait-il pas à son divin Maître, et qu'est-ce que son divin Maître n'avait pas fait pour lui? En toute occasion il le distinguait, il le privilégiait, il lui faisait part de ses plus spéciales faveurs ; que n'avait-il pas droit d'attendre de sa reconnaissance? Mais non, le cœur de Pierre est fermé à ces sentiments ; Fingratitude les a étouffés dans son âme.
A l'ingratitude il ajoute l'infidélité à ses promesses. Il avait protesté solennellement que non-seulement il n'abandonnerait jamais Jésus-Christ, mais que, fallût-il mourir à sa suite, il le suivrait partout. 11 s'y était engagé, et sa promesse paraissait devoir être inviolable : il se dément néanmoins, et il viole rengagement sacré qu'il avait pris avec son Dieu et son divin Maître.
A ces crimes il ajoute les blasphèmes et les imprécations, cœpitjvrare et anathematizare. (Marc, xiv.) Les Scribes et les Pharisiens avaient porté jusque là leur impiété ; mais de Pierre, pouvait-on s'y attendre?
A tous ces excès il ajoute enfin le scandale. Quel funeste exemple pour tous ceux qui en furent témoins , et pour tous les Apôtres , qui regardaient déjà saint Pierre comme leur chef ! Quel triomphe pour les ennemis de ce Dieu Sauveur , ainsi délaissé par ses disciples mêmes , et par le plus favorisé de tous ses disciples!
Dieu de bonté ! que cette indigne conduite^ que cet excès dans Pierre durent être sensibles à votre cœur! Deviez-vous jamais vous attendre à de tels outrages de la part d'un disciple que vous aviez comblé de tant de bienfaits! Vous ne l'abandonnerez
5f i'Àkfe
cependant pas dàiis sa cbùte éf dan§ son mâjfiéùr ; la niiséricorde Va surabonder dans une àdie où a abondé le péché.
Vous jetez sûr lui un regard favoral)le; un seul regard éclaire son esprit , toucbe son cœur , opéré sa conversion, et assure son véritable bontiedr. Ô que ce regard fut puissant» qu'il fut efficace, qu'il fui salutaire! Qu'est-ce qu'un regard tout divin n'opère pas dans une ftme ? Dieu éauveur, i)ieu de bonté! vous jetez sur lui un regard de miséricorde , vous le prévenez avant qu'il vous recherche I Hélas i si vous ne l'aviez éclairé « il serait resté plongé dans les funestes ténèbres jusqu^4 la inort, et ces ténèbres auraient été suivies des ténèbres étemelles.
Vous Jetez sur lui un regard de compassion , vous êtes affligé de son triste état : son malheur vous touche ; vous ne pouvez consentir à sa perte : il vous a été cher, et il ne saurait vous devenir indifférent*
Vous jetez sur lui un regard de tendresse , vous ràitoéz encore : quelque indigne qu'il soit de vous> votre cœiir s'intéresse encore pour lui , quoique le sien s'éloigne du vôtre. Le maître offensé cherche le disciple in&dèle, lorsque le disciple infidèle renonce le maître. Vous jetez sur lui un regard charitahié qui part d^un cœur généreux ; vous lui épargnez la honte de l'aveu de son crime, vous lui offrez le remède avant quMl déclare sa maladie ; au milieu de vos peines et de vos douleurs, vous semblez oublier vos plaies pour guérir les siennes.
Enfin vous jetez sur lui un regard de prédilection qui lui montre toute la bonté de votre cœur , cyiv
hii ouvre le trésor de vos grftces , qai relève son oôutàgé àl^àttii, qui inanimé sa conâance ébranlée , qui Yôiis lé irénd ehâh , et lé raîdëne 4 vous après un égarëfttèiit si triste et si déplorable.
ihôn bièu 1 que vous êtes grand en tout t mais que voîis êtes ineffable eh miséricorde I A la vue flu prodige d*ùiie telle bonté , quel pécheur ne sera pas touché et engagé à revenir 4 vous ? quel malade craindra d*expôsèr ses plaies aux yeux d*un inédéëin si charitable? qiiëilé brebis égarée ne viendra pas se rendre à iin si tendre pasteur pour rentrer dans la bergerie? qiiel enfant si prodigue ne viendra pas se jeter entre les bras cl*un si bon père pour rentrer dans son cœur? Saint Pierre réprouva cette bonté ineffable, et il ne piit résister à ses impressions salutaires. Que sa chute avait été déployable i mais que là pénitence qu'il en ât fut sincère! Gràvëz-eh daiis mon coeur les sacrés caractères , ô inon Dieu ! et faites qu'ils soient retracés dans ma péfiitën(^e.
2» Je considère les larmes de saint t^ierre ; elles tM toiifebéht , elles îhe pénétrent : je voudrais en Vërtôr àyét lui, gémir côinmé liii. Àh i que je serais hèdfétix, si, l*ayani iihité dans sa chute et son infidélité, je ritnitais encore dans ses larmes et sa péiiitencé I
Gè âbnt dés larmes promptes, egressusfietHL (Mat. liVi.) Au pi'èinier regard de Jésus-Christ, saint Pierre rentre éii liii-mëmé ; il sort et se retire pour se liVrër 4 sï jiisté doulèiir ; le premier moment qui éclairé don èëprit touche son cœur, et il ne met pas un Instant d^liitei^Vàlle entre la vue de bow cxW^ ^v. ^U fépëùtif.
56 l'amb
Ce sont des larmes sincères. Elles coulent de ses yeux, mais elles partent de son cœur, egressw flevtt. Les effets les suivent de près et en marquent la sincérité ; et il ne peut souffrir la vue du lieu où il a péché, il déteste son crime, il en fuit l'occasion, il en déplore les suites, il n'est rien au monde qu'il ne fût prêt à faire et à sacrifier pour marquer sa douleur.
Ce sont des larmes amères , flevit amare. Quand le cœur est brisé, l'amertume est dans l'Ame. La douleur de saint Pierre est si grande , qu'il ne peut l'exprimer par des paroles; ses larmes parlent pour luiy les soupirs sont la voix qu'il fait entendre, les sanglots étouffent même sa voix, et son cœur, nageant dans cette amertume, ne peut s'exprimer que par un triste silence plus éloquent que tous les discours.
Ce sont de4S larmes abondantes. Leur abondance est si grande, qu'elles tracent un sillon de douleur sur ses joues , sans cesse arrosées de ses pleurs ; sillon salutaire , monument sensible et de son malheur et de sa douleur.
Ce sont des larmes amoureuses. Non, le motif qui les lui fait verser n'est point la crainte de la peine que peut mériter son péché , c'est le regret d'avoir offensé son Dieu. Son cœur est tout à la fois blessé de douleur et d'amour ; la douleur le livre au regret du péché , l'amour l'ouvre à la voie de la grâce ; l'un est Fautre lui font essuyer un martyre intérieur plus sensible que le martyre du sang.
Ce.sont des larmes constantes. La source n'en tarit jamais, elle ne cesse de couler durant toute la v}e. Le souvenir de son péché était sans cesse pré* sent à son e5prit, sans cesse il aSUgeavl sou ciceviT\ et comment se serait-il jamais consoVè dutnAYvewt
â*aToir ofiTensé le meilleur des maîtres? Ses larmes commencèrent avec sa douleur, et sa douleur lé suivit jusqu'au tombeau.
Ce sont des larmes pour lui consolantes. Il ne trouve plus de douceur qu'à pleurer; tout lui devient amer, ses larmes seules font la consolation de son ftme; la vie n'a plus pour lui d'attraits, si elle n'est consacrée à la douleur, et s'il ne compte ses jours et ses moments par ses soupirs et ses larmes.
mon Dieu! comme saint Pierre, j'ai péché:
combien de fois vous ai-je abandonné, méconnu et renoncé? Pour me ramener i vous , combien de regards salutaires n'avez-vous pas jetés sur moi comme sur saint Pierre ! je veux dire , combien de grâces ne m'avez- vous pas faites! combien de voix ne m'avez-vous pas fait entendre? combien de traits de miséricorde et de providence n'avez-vous pas fait éclater sur moi?
Comme celles de saint Pierre, mes larmes ontelles été promptes ? Combien de temps ai-je résisté à vos grâces , rejeté votre voix ^ étouffé mes remords, éloignant sans cesse mon retour, différant de jour en jour ma conversion, disant toujours : Demain, demain ; renvoyant ainsi ma pénitence et m'exposant au danger de mourir en impénitent ?
Mes larmes ont-elles été sincères ? Est-ce bien le cœur qui a été touché , ou la bouche seule qui a parlé? Les effets ont-ils suivi les paroles? En confessant mon péché, en ai-je connu la malice? en ai-je détesté les excès? en ai-je déploré les suites? en aije réparé les effets? en ai-je évité les occasions? Moa JXeu, qui voyez mon cœur» >io\x% ^\3^ v^m^^^i*
88 VkUB
me répendre. Je ae puis que gémir et tfettMer.
Mes larmes ont-ellee été amères ? Cette amertume salutaire s*est-eUe répandue dans mea eceur, et mV t-elle rendu tout le reste amer? N'ai-je pas toujours eu le même empressement pour les fausses et trompeuses douceurs de ce monde, qui m^ont eéduit, égaré et perdu, et peur lesquelles je n'aurais dé avoir que de la erainte et de rhorreur.
Mes larmes ont-elles été abondantes? Taorais dft en verser des torrents, un seul péché mortel aurait sufB pour m*engager à noyer mon cosur dans les larmes. Hélas! j^en ai tant eommis, et durant si longtemps! quand je verserais assez de larmes pour en faire un immmse océan, en verserais-je asaee pour laver toutes les iniquités de ma viet
Mes larmes ont^Ies été amoureuses? Quel est le motif qui me les a fait verserl Est-ce le regret de vous voir offensé, 6 mon Dieu, qui me touciiet est-ce un amour véritablement filial qui m'a animé t ou n'est-ce uniquement que la crainte tout humaine d'être damné; c'est-à-dire, un vil intérêt propre, une crainte toute servile qui n'arrête que le bitis et ne saurait jamais convertir le cœur f
Mes larmes seronti^iles constantes! coulent-elles encore? Tant que le souvenir de mon pédbé durera, mes larmes diMvent^les cesserl Bt comme toute ma vie il sera vrai de dire que j*ai oflénsé mon Dieu, toute ma vie ne doit-elle pas être un gémissement continuel devant Dieu t
Ah ! Seigneur! peut-être ai-je versé bien des larmes durant ma vie, mais sur quoi et pour quel sujetf Sarde» événements temporels, sur des afflictions d^ Im vi0f siir ies revert delà toHune, ^« Xnt^wc^
SUR LB eàlâTAIRE. M
des biens, sur des projets échoués, sur des espérances trompées; et dès lors, mes lanaes, au lieu de me devenir salutaires et consolantes , qu*ont-elles été, que des larmes stériles, des larmes profanes , des larsies de dégoût, d'inquiétude, de ebagria, de d^it, peut-être de rage et de désespoir?
Hélas! #i?je done des larmes pour d'autres sujets que pour mes péchés f n-ai-rje pas enoor« versé une larme sincère et amère? Je sais que les larmes des yeux ne dépendent pas de nous; que vous vous contentez de oelles du cœur y que la douleur pei^t être «ineère sans être sensible; mais mon eour estr il vériiaUement converti, et ma pénitence est^eUe suflOsante à vos yeux ?
PRiiRB.
larmes de saint Pierre ! é douleur pr io ton det d ooBV^vioB sînotee ( ô modèle parfait de péniteneel que vous condamnez bien justement nos douleurs superfieielles, nos conversions imparhites, nos pé« nitences défectueuses, nos soupirs, nos laroies de quelques moments! Mon Dieu, que sont à vos yeux nos prétendus retours i la grâce? Entrent-ils dans votre cedor î brisent<jls le nôtre! Nous avons été pécheurs, sommes-nous pénitents? Vous ouvrez votre sein pour nous recevoir, sommes-nous disposés k y enfirer? Disposes vous-même aoB âme, d mon Dieu ! Le péché est mon ouvrage, de «<» seul; la pénitence est celui de votre grâce et de ma correfipoadance. Ouvrez à mon ecBur la source précieuse de ces grâces, afin qu'elle ouvre dans mes yeu& une source abondante de larmes qui lavent ines péchés; ou plutAt la vez-4es dans votre sang, c'eil çac im seul qae/e pumea êepénf le pardoa.
<0 l'axe
Tout coQtribae à rendre ladoulear de Jésus^hrist dans sa flagellation une douleur extrême, immense, ' excessive. En premier lieu, les auteurs de sa flagellation ; en second lieu, le sujet de cette flagellation ; en troisième lieu, les exécuteurs de cette flagella tion.
Les auteurs, ce sont les Juifs qui veuient, à quel* que prix que ce soit, exterminer Jésus-Gbrist et le perdre ; c'est Piiate qui veut en faire un objet de compassion ; ce sont les démons qui veulent décharger sur lui toute leur fureur.
Le sujet de cette flagellation , c'est le corps le plus tendre, le plus délicat, et par conséquent le plus capable de ressentir les atteintes de la douleur.
Les exécuteurs et les ministres de cette flagellation , ce sont les bourreaux ; gens naturellement féroces, et de plus, gagnés à prix d'argent, et animés par l'appareil du spectacle* C'est entre les mains, c'est à la fureur de ces hommes ou plutôt de ces monstres de cruauté , que le Sauveur est livré.
D'abord on le dépouille de ses vêtements ; on' lui lie les mains derrière le dos; on rattache à une colonne. En cet état, il est dans la disposition de recevoir les coups. On commence à frapper; sa chair vu*ginale rougit, elle devient livide, bientôt elle est déchirée par les coups redoublés ; le sang ruisselle de toutes parts à grands flots; déjà les verges sont usées; aux verges on fait succèàer àfi&\Tï&\xwtii«iiV&
SUR LE CALVAIRE. 6i
nouveaux et plus douloureux, les veines sont rompues, les artères sont coupées, les nerfs sont brisés; toute la surface de ce corps adorable est changée ; ce ne sont que plaies et profondes blessures. 11 tombe, il nage dans son sang ; le voilà qui se traîne comme un ver de terre sur le pavé tout ensanglanté. Ahl c*en est fait, ses yeux se ferment à la lumière, sa langue ne peut plus se délier , son cœur n'a plus qu'un souiSe^^de vie, et on ne se lasse point de frapper 1 cruauté ! ô inhumanité I 6 barbarie jusqu'alors inouïe !
liais vouSy mon adorable Sauveur! que pensezvous et quels sont vos sentiments durant cet épou* vantable supplice? Quasi agniis coram tondente se ob* muteseU. ( Isaie, lui. ) Vous êtes muet comme un tendre agneau à qui on ôte sa toison ; vous songez plus à mes plaies qu'aux vôtres ; vous vous consolez de tant de douleurs par la vue qu'elles vous donnent de ma pénitence ; vous vous réjouissez de voir croître ce déluge de sang qui se forme autour de vous, afin que toutes mes iniquités y puissent être noyées comme dans un bain salutaire; mes péchés, dont vous êtes chargé , vous paraissent quelque chose de si horrible ; mon âme, pour laquelle vous soufiTrez , vous parait si précieuse ; Téternité malheureuse que j'ai méritée vous parait si redoutable, que vous trouvez encore toutes vos peines légères et toutes vos douleurs consolantes, si par là vous sauvez cette âme qui vous est si chère.
Père céleste! vous qui du haut du ciel voyez votre Fils bien-aimé réduit dans ce triste état, serez- vous enfin apaisé, et n'arracherez-vous point cette sainte fietime i Ut farear de ses ennemis el àb %esVyst-
M I/aMB
reanx? Non, non, frappez encore, h JiMtlee d*«sI point satisfaite, les péchés crient raobre vengeanr ce : frappez, assouvissez votre rage : c'est à présent Fbeare des puissances des ténftk»res»
Ab I je le comprends, mon divin Sanvent I tons les péchés ont contribué à réduire votre corps à eet excès de soufinrances et de douleurs dans votre flagelbtion ; mais celui qui y a contribué plus çie tout autre, c'est ce funeste péché, ce détestabl^^péché d'io^mf jBté où les faoBfunes se sont liinrés aveô tant de passion.
Péché honteux qui déshonore , qui avilit, qof dégrade l'homme jusqu'à le réduire à la condttion des bétes : ComparoHis est pmemis indpi$nHku9, ei stwilis faciut est illis. (Psalm. xlviii. )
Péché commun qui a infecté toutes les eonditicms, allumé le feu dans tous les cœurs, couvert la terre entière d'un déluge d'iniquités, jusqu'à provoquer la colère vengeresse du Ciel contre les hommes qui avaient défiguri^dans eux l'image de Dieu.
Péché funeste qui attire tous les malheurs » toutes les ealamités, tous les fléaux du Giel sur la terre. EUp avait été autrefois noyée dans un déluge d'eao pour les péchés de tant d'hommes coupables; il Cittt qu'elle soit aujourd'hui noyée dans un déluge de sang> et du sang d'qn Dieu qui le verse pour les n-^
Péché détestable qui s'élève contre la sainteté même de Dieu. Et comment ce Dieu, qui est le Saint des saints par excellence , qui trouve des taches dans les astres et dans les intelligences célestes, ne y^rmt-il pa$ avec horreur un péché qui i^troduil 'VUiamioatian de la désolation daaa l^Vm^maii^
SUR LE OàLTAIRE. M
e'cit-Mira^ êmsê «fie taae créée à rimàfe de Diètf t Péeiié exécrable qui renverse lès dèsseinâr de Dîea 4 qvà Viole sa grice i qui profane ses dons» qvfi rend comtne inutile la Fission de lésùa-Ghrist, (fal abuse de ses mérites^ «(ni fonle aux pieds le prix de son sang, qui cause tani de ravages dans l'univers^ la division dans les cœurs^ le divorce dans les maria* gee, la disedtde dans les familles ^ la désolation dans les villes et dans les empires ; pécbé ^ en un mot^ qm a prodtnt tant d'autres péebés ^ qui a eaUsé la réprobation de tant d'bommes» et qui tous les joiirs encore précipite tant d'âmes dans les enfers.
Et pour dire quelque chose de plus encore 4 le voili , à mon adorable Sauveur i ee péché qui a fkit soufiTdr votre corps sacrée qui a déchiré votre chair virginale^ qui vous a causé tant de plaieS et de si el« dMsives souffifanees. Des chrétiehs qui se livrent aux excès honteux de ce crime ne semblent^ils pal Rebondir à lebr Sauveur, à leur foi, à leur càfactèfe? Qu'ils considèrent un Dieu dans sa Qagellatioh doi^^ loareuse $ et ils comprendront qUellé est l'horreur d'un M crime;
If ais^ sans en venir même aux désordl*es, aux excès de ce péché détestable, combien d'autres péchés en ce point dont nous sommes coupables aux yeux de Dieuj et qui ont contribué aux tourments de Jésus*Ghrist dans sa flagellation? TaUt de sensualités, tant de délicatesses^ tant de recherches de noui« mêmes, de nos commodités^ de hos aises; ce soiii immodéré de la santé, ces satisfactions continuelles des sens , ces craintes excessives de tout ce qui peut incommoder et alBiger le corps *t k\x movw&T^ ^«xl^bs» f^&r /a santé oa s'aJaraie j à la mo\ivdt« \uw\mm^
dite on se plaint ; jamais assez d'attentions, de précautions, de ménagements, jusqu'à ne pouvoir pratiquer aucune mortification, lusqu'à négliger et enfreindre la loi des jeûnes prescrits , jusqu'à ne pouvoir supporter les rigueurs des saisons ; en un mot, jusqu'à craindre le nom même d'austérité et de pé< nitence, jusqu'à se procurer , au q mtraire, tout ce qu'on peut d'adoucissements et i le dispenses en tout ce qui pourrait gêner et afflige r la nature.
On devrait faire de son corps un e victime consacrée aux rigueurs de la péniteno ty et on en fait une idole de chair à laquelle on si erifie souvent le soin et le salut de son âme.
Quand une créature mortelle étale sur son corps les ornements, les parures, tout cet attirail de. vanités superflues, pense-t-elle que ce corps sera un jour la pftture des vers ; que , caché et enseveli dans l'obscurité du tombeau, il sera foulé aux pieds et bientôt réduit à la vile poussière dont il a été formé ?
Quand un chrétien, peu digne de ce saint nom, flatte ainsi son corps, peut-il ignorer que ce corps lavé , régénéré dans les eaux du baptême , est devenu membre de Jésus^Christ ; que Jésus-Christ en est le chef adorable, et que par là même on doit le respecter, et, autant qu'il est en nous, le sanctifier ?
Quand un pécheur préfère le soin de son corps périssable aux intérêts éternels de son âme , ne doit-il pas craindre que ce corps coupable , après avoir été la pâture des vers dans le tombeau, ne devienne encore la pâture des flammes dans les enfers?
Us périront, ces corps mortels , el on tsJovjX^^
SUR LE CALYAIRE. 65
rien pour les conserver ; elle subsistera à jamais, cette àme immortelle , et on s*expose tous les jours à la perdre éternellement. Où est notre foi?
Ah ! mon divin Sauveur 1 je comprends pourquoi vous avez voulu souffrir de si horribles tourments dans votre corps adorable. Vous avez voulu expier tous nos ménagements indignes, toutes nos délicatesses coupables , toutes nos satisfactions criminelles dans nos corps de péché. Purifiez, sanctifiez le mien dans le bain sacré que tout votre sang répandu forme autour de vous ; mais eu même temps inspirez-moi contre mon corps une haine salutaire, une sainte rigueur ; donnez-moi le courage et la force de le châtier, de le réduire en servitude ; frappez-le vous-même, s'il le faut, 6 mon Dieu ! frappez-le miséricordieusement en ce monde, pour ne pas lefirapper éternellement dans l'autre. Du moins, quand vous m'enverrez quelque incommodité, quelque maladie, donnez-moi l'esprit de résignation et de patience avec lequel je dois la supporter. Quoique je puisse avoir à souffirir des douleurs dans mon corps, égaleront-elles jamais les douleurs excessives que vous endurâtes dans votre flagellation?Dieu saint, Agneau sans tache, votre chair innocente déchirée, vos veines ouvertes , votre sang répandu, tout votre corps couvert de blessures, arrachent les larmes de mes yeux, et font à mon cœur une plaie sensible. Mon Dieu 1 je me jette à vos pieds, je considère ce spectacle sanglant; et que pourrais-je faire ' et souffrir pour y prendre part? Hélas! quand la pénitence couvrirait tout mon corps d'instruments douloureux et de plaies profondes, ijo\x\\iv«!X-^«îk
«6 fc*iii
jamiit guérit M plaidl m0irtKllé!t qdej'ài ttittô k mou tiheT Addfâble SAtiféui^i kjrèz t>itié âe tfidi, o'M Utat ce <tuë J0 ptlik VdM dite ; ¥Btre bouté tbûs dira le reste pour moi ; votre cœur , vos douledl*ii, votre MDg pariettmt «h m tkié\ir et m*bblieDdh)nt vos miséricorde»;
OheureuMI^ mille ibii hlstMlisés Ibs àthéi i^ui ii^; Mit toujourft cMMktéëA p\ïtéi et satîs tàëtlë, que le monde ki'à pift itlfbetées de ëé hihéâte lévàifa du péché 4 qui M de âotit {Mlnt Utèfté kéduift {^Af Ik cbntigloii d« ed siècle pélrvërs ! Aiiié^ t^ritilégièes , dignes épOiiSéS d*uik Diëii ibfltliment Saiàt ! rëtidéz d'étemèlleè «ctiotté de grftcës aii Oièù de tdUtë t)artté : Mêait Mtmdo c&rdè / (Miltth. v;)
PRIÈRE
iioD Dieu i donnez-moi un emUf pur t Cet mnw^ dum er$a in me^ Deus (PSàlm; l); créez* le , fdrmeKie dans moi ; ne permettez pas que ee ticé détéS^ table infecte jamais mon ime de son funeste poison. Mille mortel ô mou Dieu ! plutôt que de tous offenser et de déshoborer mon âme par un vice que vous aurez toujours en borreiir. Ab ! je le sais^, ô mon bieul rien de souillé n'entrera jamais dans le royaume des Gieux; purifiez donc mon corps , mon eq>rit et mon conir, lavez de pins en plus mon Àme de toutes ses taches : Ampliàs fava me ab iniquitat0 meâj il n'est que vous qui puissiez opérer ce prodige, et d'un vase d'argile et de boue former un vase d'honneur et de croire, er a peccato mea munda me.
i« MHbrtMlfiéiaëhlt ik'épliaéi éi tÈcce ffotho.
Après avoir fait souffrir à Jésus-^Urist de si Violentes douleurs dans «a flagellation^ portera<t«oti encore plus loin la fUréur contre lui? Mais quand est-ce que la passion connut des borttesT^ dn ne peut plus rien par la violence et la ferce^ On àiilra recours à de cruelles industries, qtii semblent avoir été réservées au Messie et inspirées par renier ménie contre le Saint des saints^
On se souvient qu'il a passé poUr roi ; il faut eh faire un roi de théfttre. On le relève done pour commencer cette scène ci* uelld et impie i en seltmë- * nous témoins sans douleur? U n'est poibt de roi sans trône^ on le fait asseoir sur un vil trône de bois ; voilà son trône. U n'est point dé roi sans couronne) Ga lui m^t uùe couronne d'épines sUf la téte^ on l'y enfonce avec violêhcè) le crftne est pereév les cheveux sont arraché^ toutes les pfarties du cerveau sont endommagées ; voilà sa couronne. Il n'est point de roi sans manteau royal i un vil haillon de pourpre mis sur ses épadles déchsf iiées^ voilà le manteau de sa iroyauté^ U n'est poitit de r(ri sans sceptre^ un faible roseau dans s^ mains liées et garrottées, voilà son sceptre; Il n'est point de roi sans hommages ^ on se met à gebôux par dérision devant lui) on l'outrage, on l'insulte avec mépris; voilà les hommages qui lui sont rendus.
Anges de paix , à ces traits ignominieux^ à ces Il aits sanglants \ reconnaissez-vous encore le Roi de gloire^ le Boi des vertus, qui règne sur vous dans tedelf
pMê^^ qui Je vmt dans oet étal &<A!V^^:^b«^ ^^
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d'épaisement, s'imagine qu'il n'est point de cœur si dur qui ne soit touché, point de haine si envenimée qui ne soit éteinte : dans cette vue , il fait monter Jésus-Christ sur une galerie qui domine la coor de son palais ; il le présente ainsi au peuple assemblé, en disant : Ecce Homo (Joan. xviii) : Voilà l'Homme! Ohl qu'il a bien raison d'avertir que c'est un homme; à peine en a-t-il l'apparence ; sa tète n'est qu'un amas d'épines , ses yeux sont noyés dans le sang, ses bras ne sont que des os cruellement décharnés, tout son corps n'est plus qu'un squelette livide, & qui on ne prolonge la vie que pour prolonger ses douleurs. Peuple barbare I épargnerez-vous enfin ce souffle de vie, qui ne subsiste que parce qu'une puissance supérieure le soustrait à la mort? Non, leur fureur n'est point encore assouvie.
Quid laciam de Jesu (Matth. xxvii) ? Que ferai-je donc de Jésus ? dit alors Pilate. Ah ! ministre impie des fureurs de l'enfer I que ferai-je de lésus ? rends-le à sa tendre mère ; quelque défiguré qu'il soit à ses yeux, il sera cher à son cœur ; toujours il a été pour elle l'homme de douleurs. Donne-le à ses disciples; quelque lâches, quelque timides qu'ils soient, ils le reconnaîtront encore pour leur divin Maître, et ils le recevront avec respect. Quid faciam de Jesu? Ah! s'il était offert à mes ardents lîesirs, avec quel empressement ne le recevrais-je pas! que n'aurais-je pas à lui dire? quels sentiments n'aurais-je pas à lui offrir ? Je me prosternerais à ses pieds sacrés. Je le reconnaîtrais pour mon Sauveur et mon Dieu, je baiserais ses plaies, je recueil* Jerais son sang, je l'arroserais de mes larmes, je /ui demanderais pardon de mes çfecYkfes. Quid jo-
tUm de Je$u ? Dieu souffrant ! à qui serez^Tous offi^ dans ce triste état? Sera-ce aux riches du siècle ? TOUS leur paraîtrez trop pauvre, trop dénué des biens de ce monde; la pauvreté est un objet de mépris à leurs yeux : sera-ce aux grands de la terre ? vous leur paraîtrez trop humilié ; vos humiliations condamneront leur orgueil et leur ambition : sera-ce aux sensuels et aux voluptueux? vous leur paraître^ trop affligé, et vos afflicticms réprouveront leur vie sensuelle et mondaine. Tous, comme, de concert , s'écrient avec les Juifs endurcis : Crueifige ; il n'y a que la croix, ô mon Dieu ! il n*y a que la croix qui vous reçoive entre ses bras ; et encore la croix ne vous reçoit entre ses bras que pour vous livrer entre les bras de la mort.
Emmanuel, ô Désiré des nations , 6 Dieu Rédempteur ! était-ce donc pour cela que vous étiez descendu du ciel, et que vous étiez venu sur la terre? Etait-ce pour cela que vous avez été désiré durant tant de siècles , attendu par tant de patriarches, annoncé par tant de prophètes , prédit et figuré par tant d'oracles? N'avait-on donc formé tant de voeux et tant de désirs pour l'avènement du Messie que pour le livrer ainsi aux opprobres , aux tourments, & la mort? Comprenons quel est le prodige de la bonté et de la miséricorde de Dieu; mais ep même temps déplorons l'excès de l'aveuglement et de la malice des hommes.
Réflexions et sentiments sur ces paroles t Ecce
Homo!
Ce ne fut que par un motif de pure compassion, et pour toucher le cœur aadurci d^ )\î\l% ^ ^^
TO i/àMM
PiMa 4 M Iwr préteoUnt lésia-GiiriBkj pronoott eBs pêffOles s mais quo d'ol^eU et de rédôùoiii m noiifl prMeoteiit-eUes pas? Je les méditai ô moa edereble Saoveur I et que ne me diseiit*eUas pas de graadt de touchant, d'ineffatde l
JSecê H9m0l voilà THomme en qui Dieu e mis toutes ses eompiaisances » et en qui sont r8nfe^ mes tous les trésors de la science et de la sagesse, eo qui réside la plénitude de la divinité môme. Père céleste 1 dans quel état la voyes-vous réduit?
Voilà l'Homme que les Anges adorent et reconnaissent pour leur Dieu, devant qui les Trônes et las Dominations se prosternent i il est l'ol^t de leur vénération et de leurs hommages dans le ciel; ât les hommes le couvrent d'opprobres et le chargmt dé malédictions sur la terre»
Vdlà l'Homme que lès prophètes ont prédit, que les oracles ont annoncé « que les figgres ont dé>> signé) il vient les vérifier dans leur étendue, leur donner leur entier accomplissement» Ainsi rempli t«il la mesure de toute justice, tandis que les hommes comblent envers lui la mesure de tous las crimes;
Voilà l'Homme qui durant sa vie a opéré tant de miracles i répandu tant de bienfaits^ pratiqué tant de vertus^ essuyé tant de fatigues et de travaux.
Voilà l'Homme qui est par excellence l'homme de doiilëiif s, parce qu'il s'est rehdil là vicUidë dô nos péchés, et qu'il a pris sut* iùi-môme la peine que nous devions en subir éternellement^
Voilà VHoamé qui n'est venu au miouà!^ c^\i<d v^xn
SUR L8 CALVAIRE. Yl
l«ilioiBflM0f pour leur donner la vie véritable^ €t les hoBimes se disposent à l'immoler et à le conduire à la mort!
YcHlà lilomme, eaSn, qui viendra un jour juger tous les hommes, les appeler à son tribtînal, et réfbnnar riniquité des Jugements qe'ils auront portée eontre lui.
Vous aerei alon eonronnè de gtoire , ô adorable Sauveur I mais à présent , en qualité de Fils de l'homme, vous n'êtes couronné que d'aines :i|[ fallait que tous les tourments et tous les genres é'opprobrei se réunissent sur vous. Ah ! que vou4 BOUS montres bien que votre règne n'eiit pas de ce monde I Les rois de la terre sont couronnés de splendeur f t de gloire ; que votre couronne est kien différente! mais en cela que vos vues sont divines I dans les projets iniques des hommes y cette couronne d'opprobres, ces épines sanglantes, cç faible roseau, ce vêtement d'ignominie, tout cela est injuste, cruel, inhumain; mais dans vos vues supérieures , tout cela est salutaht» et divin. Les épines de votre couronne prédisent à vos enfants que les épines naîtront sous leurs pas et perceront leur cœur. Les soins, les chagrins, les'amertufnes , les peines intérieures seront leur partage durant cette vie$ its ne marcheront souvent que par une voie parsemée de ronces, qui ne les conduira qu'au Calvaire : aux yeux des hommes, lis paraîtront teibles oommo des roeeaux, obligés de plier sous le poids de l'injustice et de l'oppresaioB; revètua de vos livrées, ils porteront avec vous les ejDproères et les mèpiia. EAfeTkVj^ ^w^^sk^ réli (Ê/0f i90iisoifl9*vous, il f a ui^ %\)te« vo^vdta
7S l'amb
de bonheur et de gloire qui tous attend ; votre Sauveur vous le mérite et vous le prépare : mais, pour vous le mériter , dans quel état daigne-t-il paraître? et dans cet état mérite-t-il vos sentiments et vos cœurs?
Ecce Homo ! imaginons-nous, 6 mon âme, que le Père étemel , nous présentant lésus-Cbrisl , nous dit : Voilà l'Homme, le Fils unique que j'ai engendré de toute éternité, l'image de ma substance, la splendeur de ma gloire : voilà l'état déplorable oii tes péchés l'ont réduit; c'est toi qui a déchiré cette chair innocente; c'est toi qui as flétri cette beauté immortelle; c'est toi qui l'as couvert de blessures. Cœur inhumain, vois son sang, il l'a versé pour toi ; vois ses plaies, il en est tout couvert pour fiutner les tiennes. Arrête donc , ftme pécheresse; cesse de persécuter celui qui ne désire que ton salut; ne renouvelle pas ses douleurs en continuant tes offenses.
Eeee Homo ! Présentons-le nous-mêmes au Père éternel , et disons-lui dans l'amertume de notre cœur: Oui, Père céleste! voilà l'homme que j'ai eu le malheur d'outrager et de faire souffrir, il est vrai; mais considérez que c'est pour m'obtenir le pardon, qu'il a tant souffert. C'est vous-même qui nous l'avez donné pour être notre rédemption et notre salut, il est venu par vos ordres pour réconcilier par son sang le ciel et la terre; c'est l'Agneau qui efface les péchés du monde ; il s'offre actuellement lui-même pour moi ; son sang demande la miséricorde, et non la vengeance ; toutes ses plaies goat autant de bouches qui plaident pour les criwinels, et qui demandent grâce poux Ves cow^^\^.
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Jetez les yeux sur votre Christ, et laisset-vous tou* cher à ses prières et à ma douleur.
Eeee Homo ! Jetons nous-mêmes des regards de tendresse et de compassion sur Jésus-Christ, et disons : Voilà l'Homme qui souffre , qui s'immole pour moi et pour mes péchés ; mais aussi voilà l'Homme que je dois imiter dans ses souffrances et dans ses douleurs : c'est le divin modèle de pénitence, de patience, de douceur, d'humilité, de charité, que je dois avoir sans cesse devant les yeux pour le retracer dans mon cœur et dans ma conduite.
Jésus , ô Homme de douleurs ! foites-moi part de vos aflBictions pour me faire part de vos grâces. Roi rejeté, méconnu, méprisé! je vous reconnais pour mon roi, pour le roi de gloire par excellence, pour le Roi môme des rois. Vos ignominies vous rendent encore plus respectable à mes yeux» plus cher à mon cœur, plus digne de régner sur moi.
Roi de gloire! je n'ai été jusqu'à présent envers TOUS qu'un sujet ingrat, infidèle et rebelle *: je' veux vous être fidèle jusqu'à la mort, prendre part à vos peines, imiter vos exemples, m'éloigner des fausses douceurs du monde. Voudrais-je ne prendre que les fleurs et vous laisser toutes les épines? Roi souverain des cœurs ! je voudrais avoir assez de courage pour vous dire : Placez votre couronne d'opprobres sur ma tète, mettez vos épines sacrées dans mon cceur, revètez-moi de vos saintes livrées; maisacoordez-moi du moins une sainte résignation à tout ce que vous ordonnez de moi. Recevez, comme mon Roi, rhommage que je vous rends, c'est celui d'un cœarcQDlrit etliumilié. Enfin^ daigueiTSLVsvVx^v^s^
74 l'ame
un jour dans TOtre royaume céleste , pour tous y louer et bénir à jamais avec vos élus. Ainsi soit-U»
^émuhClirlst portant sa erotx et nMmt«nt
an Calvaire*
Considérons queHe est la pesanteur de son fiirdeaa et quels sont les sentiments de son cœur.
1* €*en est donc fait! la sentence est portée, il faut qu'elle s*exécute : il faut que {Iniquité triomphe et que l'innocence soit opprimée ; que la charité soit sacrifiée et que la malice soit satisfaite. La vengeance n'a plus de frein , la fureur plus de bornes; le torrent se déborde, et c'est un torrent d'ameriume qui va inonder le corps et Tftme 4le Pûmoceiit Agneau qui porte les péchés du monde.
Pilate avait déclaré qu'il ne trouvait point de crime dans lésus-Christ, et point de cause de mort, quil était juste , et que ses ennemis l'avaient livré par envie et par haine; mais, se laissant vaincue par rimportunité des Juifs, et plus encore par la«raiiite de perdre les bonnes grâces de Oésar, il porte l'arw rët de mort contre le Saint des saints, il le condamne au tourment infilme de la croix, au supplice réservé auis: plus scélérats.
Lacroix était prête. Dès que Jésus-Christ i'apei*çort, il se prosterne en esprit devant elle, il la reçoit comme des mains de son Père, il se dispose à la porter. Croix sainte! croix précieuse ! il l'avait attendue, il l'avait désirée , il avait soupiré ardemment après elle depuis te premier moment desa vie I U la charge SUT «ses épaules, et il praod \& eVi^mia 4vi
Calyairp pour y coQ^ommer sop sacjriOce, douleur! ô spectacle qui afflige le ciel et auquel la terre sera sensible !
Conduit-on quelqu'un à la mort, pour Tordinaire on lui cache Tinstrument de son supplice; on a quelque sentiment de compassion , même pour les plus scélérats : ici on les perd^ on les étouffe, quand il s'agit du Saint même des saints. Non-seulement on présente à ses yeux cette croix oi^ il doit être attaché , mais encore on l'oblige de la charger sur $es épaules.
Le voilà, cet innocent {saac, chargé du bois de son sacrifice, conduit , pu plutôt traîné vers le lieu du supplice. Quelle douloureuse carrière pour lui ! faible y épuisé de sang et de forces, à peine peut-il se soutenir : chaque pas est marqué par une chute, chaque endroit ^t teint de quelques gouttes du sang qui reste dans ses veines ; Taccablement où il est rMuito loin d'esxûter quelque compassion, ne fait qu'aigrir la fureur de ses ennemis.
Permettez que je vous accompagne , ô mon adorable Sauveur! et que, durant votre voyage sur le Calvaire, je vous ouvre les sentiments de mon cœur. Vos eimemis satisfaits se réjouissent de vous voir sous la croi^ , mais vous avez encore plus de désir de la porter qu'ils n'avaient d'empressement de vop3 ÇiU voir ch^gé. Vous la considérez avec respect, vous rficpeptez avec joie, vous faites une alliance sacrée avec ^le; vous vous dévouez de nouveau à elle pour courir ejatre ses bras et lui confier vos derniers soupirs. Vous voulez réunir sous ce divin étejqdârd tous yqs enfants. Goï^iue uu âÂNVû. ^^wducteur, vous m&rchez le premier, et \ov»\^ ^^^<tr
lez tous à vous : Venite ad me amnes (Matth. xxTiii); vous les menez sur le Calvaire pour les rendre dignes du ciel; vous demandez pour eux à votre Père céleste les grâces dont ils auront besoin, et vous les obtenez.
Mais, hélas I mon doux Sauveur, vous êtes seul, et seul vous portez tout le fardeau de la croix 1 Tendres disciples de ce divin Maître, vous Fabandonner, vous qui aviez protesté si hautement de ne le quitter jamais I Qu'est donc devenue votre fidélité et votre courage? pourquoi ne le suivez-vous pas dans ce trajet ! vous seriez auprès de lui , vous prendriez part à ses peines, vous répareriez la lâcheté que vous aviez montrée dans votre fuite et votre désertion. Mais non, tout l'abandonne et s'éloigne toujours plus de lui , quand on le voit chargé de la croix et prenant le chemin du Calvaire.
Je me trompe, ô mon Dieu I quand je dis que vous êtes seul 9 je vous vois environné de vos cruels ennemis qui vous outragent; à côté de vous, deux insignes voleurs qui blasphèment contre vous. Quelle compagnie 1 et combien doit-elle encore augmenter les amertumes de votre cœur t
Cependant, durant cette pénible carrière, une vue ineffable vous console, ô mon Dieu I vous prévoyez d'avance le nombre innombrable de disciples qui , dans la suite des siècles, vous suivront sur le Calvaire et marcheront sur vos traces : les martyrs arrosés de leur sang ; les confesseurs chargés de leurs chaînes ; les pénitents armés des instruments sanglants de la pénitence ; les solitaires sortant des déserts; les vierges suivant les noces dô YKçii^«»l\ tous les élus portant leur croix aptfes w^s. Now^
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£te8 & leur tète, votre exemple les soutient, votre vue les anime , votre grâce les fortîGe. Spectacle digne de Dieu; les anges, du haut du ciel, les considèrent avec admiration, préparent des couronnes, présentent des palmes suspendues sur leurs tètes » et leur montrent la placequi leur est destinée dans le céleste séjour.
Votre consolation, 6 mon Sauveur! serait entière si vous voyiez tous les hommes vous suivre et marcher de concert après vous. Pourquoi tous n'ont-ils pas la même ardeur^ puisqu'ils sont tous appelés au même bonheur, et qu'il n*y a pas d'autre chemin pour y arriva? Ah ! c'est que tous ne ccmnaissent pas le prix de la croix : le monde les arrête, les prestiges du monde les aveuglent ; les fausses douceurs du monde les séduisent et les pervertissent ; ils vous abandonnent dès q\a'ils vous voient chargé de la croix et prenant la route sanglante du Calvaire. Pour vous, vous suivez votre course, ô mon Dieui au milieu des outrages et des tourments.
Mais enfin tous les cœurs ne sont pas insensibles; il s'en trouve d'assez bien placés pour se laisser at« tendrir. Quelques femmes pieuses , accourues pour voir passer le Sauveur , sont touchées de son état ; les larmes coulent de leurs yeux : Jésus-Christ, qui les voit couler, veut en arrêter le cours ou en changer le motif. Filles de Jérusalem, leur dit-il, ce n'est point sur moi que vous devez pleurer; pleurez sur vous-mêmes : JSoliie flere super me. Vous leur prédisez, ô mon Dieu ! les malheurs qui viendront fondre sur la coupable Jérusalem. Le temps viendra , leur dites-vous, où l'on dira : Heureuses les femmes êtétUeal iicureuses les entrailles qui \i'^M\^\vV.\^^K)X
76 t!àM
cofiçd^ et leê ififlMelled qdi tf àurotit pôiM all^té ! Alors les hommes diront aux montagnes t Tombez sur nous; et aux collines ; Ëcraset^nous. Hélas ! s* l'on traite ainsi le bois vert , que fera^^-on du bois sec? c'est-à-dife, si moi, qui suis Pinnocencé même, qn! n'ai suf moi qncr ^apparence da pécAié, f éproure ainsi les rigueurs de la vengeance céleste, que serace de vous , pécheurs et coupables? femmes de Jérusalem, je vous le dis donc , ne pleurer point stir mol , vous ave2 d'autres sujets dignes de vos larmes ! Nolitêflere super m$;sed super vos et supetfilim vesttos (Luc. xxin.)
Adorable Sauveur , J'aurais cru que Tétat d'uft homme innocent , injustement condamné , chargé du t)ois de son supplice, accablé d'outragvs , était l'objet le plus digne de douleur et de compassion : mais non 9 il en e$t un qui mérite encore plus nos larmes et nos soupirs r c'est une âme qui est dans l'état malheureux du péché. Objet d'horreur aux yeux de Dieu , dépouillée de tous les dons de la grâce , dignes de la colère et de toutes les vengean* cel du Ciel, exposée à tous moments au malheur d'une mort funeste, d* un jugement redoutable, mar^ chant toujours sur le bord d'un abîme, toujours prête à tomber dans le sein d'une éternité malheureuse; «h? c'est là Tobjet sur lequel il faudrait verser des larmes, et des larmes de sang.
Mais, hélas! ces larmes, qui sont prodiguées partout ailleurs, tarissent quand il s'agit du péché ; cependant partout ailleurs elles sont stériles et in* utiles. Épouse désolée! vous avez beau pleurer un époax chéri dont la mort vous a séparée ; vos pleurs ne le rappelleront pas du tombeau. ^4t^ d5!&%^^\
SUR LB CAIiVÀlRE. 7f
TOUi avez beau pleurer la porte d'un tendre enfant que la mort vous a ravi dans la fleur de son Age^ vos larmes ne le ressusciteront pas. Il n'en serait pas de même à l'égard du péché : si vous arroses vos péchés de vos larmes, ils sercmt eCTacés, ils seront expiés ; vous recouvrerez la grâce et Tamitié de votre Dieu ; mais , hélas I c'est sur le péché que les larmes cessent de couleri que les yeux sont seos et le coeur insensible.
Ames chrétiennes , Ames rachetées par le sang d'un Dieu, veneZ) unissons - nous tous de concert | considérons notre roi orné d'un diadème sanglant dont nos péchés Tont couronné? voyons-le suooom*' bant sous le fardeau de la croix dont il est chargé.
Ah I ce n'est pas tant le poids de sa croix qui l'ac^ cable ; c'est surtout le poids énorme de nos péchés sous lequel il succombe. Serons-nous insensibles à la douleur que nous lui causons? ne tâcherons-nous pas de le soulager, du moins en déplorant le malheur que nous avons eu de l'offenser et de causer ses souffrances.
O heureux, mille fois heureux ce Simon le Gyrénéen, qui fut choisi pour soulager Jésus-Christ et porter sa croix avec lui 1 mon doux Sauveur, que n'ai'je le môme bonheur! que ne puts-je porter une partie de vos peines et de vos donleurs ! quelle consolation n*aurais-je pas de vous en adoucir le poids et les amertumes! Mais, hélas! malheureux que je suis, loin de vous les adoucir et de les diminuer, Je les augmente , et je les aigris encore tous les jours par mes infidélités et par mes péchés 1 Persévérerai-je encore dans la noirceur de mon ingratitude et de ma msdice ?
M l'amk
A l'exemple de Jésue-Christ, soyons prêts k porter notre croix ; offrons k Dieu nos peines et nos afflictions. Si ce Dieu Sauveur quitta pour quelques moments la sienne et la confla à Simon le Gyrénéen, ce ne fût point uniquement pour être soulagé ; il voulut nous apprendre qu'il ne suffit pas qu'il porte lui-même sa croix, mais qu'il faut encore que nous la portions avec lui : en la donnant à Simon, il en tàit part à tous les élus. Prenons- lA de sa main, marchons k sa suite : allons, montons avec lui sur le Calvaire ; il nous aidera à souffrir pour lui, et, s'il le faut, à mourir avec lui. Pouvons -nous nous attacher à la vie en voyant notre Sauveur conduit k la mort? et osons-nous désirer le Thabor, quand nous le voyons prendre le chemin du Calvaire? Suivons-le et at^ichons-nous i lui pour toujours.
PRIÈRE
Oui, mon adorable Sauveur I je marcherai à votre suite : je monterai avec vous sur le Calvaire; avec vous et pour vous je désire y vivre, y souRHr, y mourir. Vous allez sur la sainte montagne pour y offrir votre sacrifice, daignez m'attirer à vous, et, s'il le faut, me traîner après vous. Vous connaissez ma faiblesse, vous me soutiendrez dans ma course, vous me conduirez enfin à l'heureux terme. Ainsi soit-iL
Sémmh€^Ttmt mourant sur la crote et eonaomniaiit son dernier sacrifice*
Le Sauveur du monde avance vers le terme de sa course mortelle^ et sur les traces de sou swvç; \\
arrive enfin au Calvaire , sur la montagne destinée au dernier supplice des criminels. La justice divine Ty attendait depuis quatre mille ans, le glaive à la main, pour l'immoler à sa juste vengeance, en qualité de victime des péchés des hommes dont il s'était chargé aux yeux de son Père céleste. T étant arrivé, cet innocent Agneau se prosterne devant son Père irrité, il lui offre son sacrifice, il accepte la mort de sa main, il répète les paroles qu'il avait prononcées en entrant dans le monde: Père céleste ! je sais que le sang des taureaux et celui des victimes immolées sur vos autels ne sont plus pour vous des sacrifices de bonne odeur : Sacrificium et oblationem noluùii (Psabn. XLixj : vous demandez une victime proportionnée à la grandeur des offenses qui ont outragé votre gloire ; me voici prêt à vous obéir : Tune dixi : Ecce venio. Je m'offre de grand cœur à toute rétendue de votre justice et de vos vengeances ; exercez-en sur moi toute la rigueur, et usez de miséricorde envers les hommes coupables dont je viens solliciter le pardon.
jour sombre ! ô jour funeste I quelles afllreuses ténèbres allez -vous répandre sur tout l'univers, avant que d'y faire naître une nouvelle lumière ! Le moment étant donc arrivé, on dépouille de nouveau Jésus-Christ; on lui arrache ses habits sanglants; on étend la croix; on lui ordonne de s'y placer; il obéit. On lui fait étendre les mains et les pieds ; on les perce ; on enfonce les clous à coups redoublés, avec des douleurs qui surpassent toute expression et toute douleur ; on élève enfin cette croix; on la laisse tombw dans le creux qui avait été préparé, et
de cette chuto) ou t^TioviN^^^^^
82 L*AKB
augmente toutes ses plaies et toutes ses douleurs. Le voilà enfin élevé à la face de tout Tunivers j suspendu entre le ciel et la terre , présenté aux yeux de toute sa nation et d'un million d'ftmes attira par la nouveauté du plus grand spectacle qui eût jamais paru dans le monde.
Mais ici, ô adorable Sauveur! innocente victime! que d objets différents s'offrent à vos yeux ! Tous les âiècies passés viennent comme se réunir dans oe grand moment, et tous les siècles à venir semblent anticiper leu r venue pour vous adorer .Tous les péchés des hommes qui jamais ont été commis, sont réunis comme un tas immense et monstrueux au pied de votre croix, pour y être lavés ; tous les pécheurs qui ont existé , qui existeront à jamais, sont présents à vos yeux et à votre cœur. Vous concevez toute l'hor^ reur de leurs péchés, vous en portez tout le poids, vous en buvez toute l'amertume: vous vous immolez pour eux et pour leur salut , vous souffrez pour leur épargner d'éternelles souffrances ; vous mourez pour leur donner la vie. Cette vue sur les uns adou* cit vos douleurs, parce qu'ils en profiteront et seront sauvés; dans les autres, elle les aigrit, parce qu'ils en abuseront et se perdront à jamais, malgré les moyens abondants de salut que vous leur procurez. Quels sentiments durent alors s'élever dans votre cœur adorable, quand, perçant dans la profondeur des siècles, vous vîtes tant d'âmes qui embrasseraient la croix avec vous et pour vous, et tant d'autres qui la détesteraient, la maudiraient , en profaneraient les firuits et le prixl
Enfin la dernière heure approchant, Jésus«Christ s'offre de nouveau, en qualité d^vk^ime^koouV^i:^
SUR LE GUTAIRE. ft3
céleste; il recommande son ftme entre ses mains, il baisse latôte en signe de soumission , et b*atletid plus que le moment qui doit terminer sa douloureuse Carrière en ce monde. Il la finit entre les bras de la croix, pour rentrer à jamais dans le sein de son Père : Ctamam voce magnd, emiitt spiritutn (Matth. xxvn).
Tout est donc consommé : Consummatum est.
(Joan.xvni.)
Astres du ciel , refusez votre lumière à la terre; soleir, éclipsez- vous à l'aspect du soleil de Justice couvertdes ombres de la mort; terre,soyez ébranlée jusque dans vos fondements; voile du temple, soyez déchiré; et vous , nature entière, entrez dans la désolation et rhorreur, à la vue de votre auteur souffrant et mourant dans l'excès des douleurs.
Ici 16 prendê t image de Jésus - Christ entre meà mains tremblantes^ et la plaçant sous tries yeuûc ûrrtH ses de mes larmes, je lui dis dans lès sentiments de ma Jai:
OJésuâ, crucifié pour mon salut I vous voilà donc immolé à la justice divine, devenu la victime de nos péchés ! vous voilà tel que vous étiez sur la croix. C'est ainsi que votre tète était penchée pour noMê donner en mourant le baiser de paix ; c'est ainsi que vos bras étaient étendus pour inviter tous leS pécheurs à venir à vous; c'est ainsi que votre cœur était ouvert pour nous recevoir dans le sein de votre miséricorde ; c'est ainsi que votre corps était déchiré et ensanglanté pour sauver nos âmes.
Ahl renouvelez à présent, mon adorable Sauveur! renouvelez les prodiges qui furent qç4^% ^w iaûmeotde rotre mort» Que les pierres '^ l^xi^^^w^^-
oore, c'est-à-dire, que nos cœurs, quoique plus durs que les rochers , soient enfia touchés, et se brisent de la plus amère Couleur; que les sépulcres s'ouvrent, c'est-à-dire, que les ftmes ensevelies dans le péché se prêtent à la voix de la grftce et en reçoivent les impressions salutaires ; que la terre tremble, que nos cœurs soient consternés, et qu'au moins la crainte commence ce que l'amour doit achever et perfectionner ; qu'au moment où le voile du temple se déchire, le voile de 1 aveuglement qui était sur nos yeux soit enfin ôté, et nous laisse voir le néant et la vanité des choses humaines; que , touchés à la vue de tous ces prodiges de patience, de charité, de douceur, d'obéissance, que vous faites éclater à votre mort , nous nous frappions humblement la poitrine, en reconnaissant que, tout souffrant, tout mourant que vous êtes, par la cruauté et la malice des hommes, vous êtes véritablement Dieu, Fils de Dieu, image de sa substance et de sa splendeur.
Dieu Sauveur i comment tous les chrétiens ne sont-ils pas sans cesse réunis en esprit au pied de votre croix , pour reconnaître votre amour, pour prendre part à vos douleurs, pour gémir amèrement sur leurs péchés, pour entrer dans vos sentiments, pour mourir de douleur avec vous et pour vous?
C'est au pied de votre croix que vous nous appelez tous pour nous combler de vos grâces et nous arroser de votre sang. O bonté, ô tendresse ineffable envers nous , si nous en connaissons tout le prix I mais aussi^ si nous n'en profitons pas, quel compte n'suroD8rïïO\is pas à vous rendre ! car, enfin, il est vrai, ô Dieu de bonté 1 que le mystère de Nolte ^^^s-
SUR LE GALVAIBE. 85
sion est d'une part le sujet d'une grande consolation; mais, de Tautre, il peut aussi devenir le sujet d'une grande crainte et d'une juste frayeur. Je dis sujet d'une grande consolation, puisque vous mourez pour nous racheter et pour nous sauver ; que vous vous offrez en qualité de victime pour nous ; que vous expiez nos péchés ; que vous nous attirez les grftces du Ciel ; que vous brisez nos chaînes ; que vous nous arrachez à l'esclavage du démon pour nous rendre à la liberté des enfants de Dieu. Hais, d'une autre part, quel sujet d'une juste crainte, si nous abusons de ce grand moyen de salut , si nous ne profitons pas des grftces abondantes qu'il nous procure, si nous nous livrons encore au péché , puisque alors nous serions responsables du sang d'un Dieu en le profanant, responsables de Tabus de ses grftces qui s'élèveraient contre nous pour nous condamner ?
Eloignez de nous un pareil malheur, ô mon doux Sauveur 1 Faites que votre mort ne soit pour nous qu'un principe de vie, votre sang un bain salutaire, votre cœur un asile assuré, vos grftces de puissants moyens de salut.
Cest à présent, ô mon ftme, le temps et le lieu de renouveler, de ranimer tous les sentiments de la religion. Dieu rédempteur Ije^ viens vous en offrir les actes, et vous en présenter l'hommage dans toute l'étendue de mon cœur. Est-il un lieu plus convenable que le pied de votre croix, et un temps plus salutaire que le moment de votre mort?
Mte de Foi et d*adoration. Oui, je crois en vous, et je vous adore comme mon Dieu : dans cet état d'ùumJJi'aUoa f je vous reconnais powx \^ Y^<(à ^^
S6 l'âme
gloire ; dans ce dépouillement absolu de tout , je vous reconnais pour le maître souverain du ciel, de la terre et de tous les biens qu'ils renferment; dans ce comble de douleurs et d'afflictions, je vous reconnais comme l'objet de la béatitude éternelle des élus dans le Ciel; dans cet état de mort, je vous reconnais et je vous adore comme le seul auteur de la vie. Je voudrais donner jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour ces vérités : augmentez ma foi , ô mon Dieu ! et rendez-la victorieuse du monde et de tous ses efforts : Credo^ Ihmine, sed adjuva incredulitatem meam, (Marc, ix.)
Acte d^ Espérance. J'ai péché , ô mon Dieu ! je le sais, j'en gémis. Ma vie a été criminelle, je ne puis qu'en pleurer les excès ; mais mes péchés fussentils encore plus grands, et ma vie encore plus coupable, j'espère en vous. Si j*aî eu le malheur de vous déplaire, je n'aurai jamais celui de perdre la confiance que m'inspire votre sang répandu pour moi ; mon désespoir vous outragerait plus que tous mes autres crimes. Oui, j'espère en vous, ô Jésus crucifié pour mon amour 1 quelque criminel que je sois, puis-je désespérer de mon salut aux pieds de mon Sauveur? J'ai mérité l'enfer , j'espère encore, par vos mérites, une place dans le Ciel. Ma pénitence, unie à celle de mon Rédempteur, sera agréée ; sa croix parlera pour moi ; mes péchés seront lavés dans son sang. Dieu saint! tout couvert que je suis du sang de votre Fils adorable, pouvez-vous me rejeter, pourrez- vous me frapper? Non, j'espère en vous , et mon esi)érance ne sera point confondue ; In fe, Domine^ speravu (Psalm. xxx.) Ac/e d'Amour. Comment pouTta\s-\^w^ ^îi^ n^w^
aimer, ô mon Dieu, mon Sauveur, mon Rédempteur, mon espérance^ ma vie et mon tout? Oui, je vous aime^ du moins je désire de vous aimer de tout mon cœur-, faites que je vous aime uniquement pour vous-même, que je vous aime au-dessus de tout, préférablement à tout; que je n'aime que vous; que je vous aime du même amour que vous m'avez aimé; que je vous aime sur la croix comme les saints vous aiment dans le Ciel; que je vous aime toute ma vie sur la terre pour vous aimer encore plus parfaitement dans réternité : Diligam ie. Domine. (Psalm. XVII.)
Acte de Contrition. Non, mon Dieu, je ne vous demande pas seulement la grâce de vivre dans la douleur, mais de mourir ici de douleur; ehl puis-je encore vivre, ayant causé votre mort? A la vue et au souvenir de mes péchés , que doit être désormais ma vie, qu'une mort continuelle , c'est-à-dire , une vie passée dans la tristesse et le deuil? Ah I que mes yeux deviennent une fontaine abondante de larmes i mon cœur, un abtme profond de douleur; que je ne vive plus que pour pleurer mes péchés et mêler sans cesse mes pleurs avec le sang de mon Dieu. Dieu Sauveur, vous ne rejetterez jamais un cœur contrit et humilié; mais ce cœur, il n'y a que vous qui puissiez le former ; je vous le demande par l'effusion de tout votre sang et la surabondance de tous vos mérites ; cor contritum et humiliatum.
Acte d'abandon entre les mains de Dieu. Me confiant en votre bonté infinie, je me livre sans réserve à vousj ô mon adorable Sauveur ! Que puis-je me réserver dans ma vie, au moment que vous mous^L pour moi? Oui^ mon Dieu, îo m'i^xv^oviu^ ^\^-
98 L*àME
. rement aux desseins de votre Providence ; disposez de moi pleinement et en souverain absolu, pour l'abondance ou la pauvreté, pour la prospérité ou l'adversité, pour les consolations ou les afflictions, pour la maladie ou la santé, pour la vie ou la mort. Pourvu que je sois au pied de votre croix, uni à vous, attaché avec vous, tout le reste ne m'est rien : votre croix et votre grâce me tiendront lieu de tout. Que votre sainte volonté s'accomplisse ; c'est tout ce que je désire en ce monde : Fiat volunias tua.
Acte de demande. Cest votre grâce qui m'inspire ces sentiments, ô mon Dieu 1 c'est votre grâce seule qui peut les affermir dans mon cœur. Je ne suis que fiiiblesse, soyez ma force ; je ne suis que misère^ soyez ma grande miséricorde. Parmi toutes vos grâces celle que je vous demande spécialement, c'est celle de votre divin amour et d'une sincère douleur^ je vous les demande pour moi et pour tous les hommes qui sont sur la terre. Vous êtes mort pourtous, faites que, dociles à la voix de votre sang, nous en recueillions les fruits précieux ; que nous adorions vos bontés; que nous répondions à votre amour; que nous gémissions sur nos égarements; que nous ne nous consolions jamais dans notre douleur; que nous ne trouvions de consolation que dans nos peines ; de gloire, que dans les humiliations ; de vie, que dans la mort à nous-mêmes; enfin, que nous ne vivions plus que pour celui qui est mort pour nous et qui seul doit être la résurrection et la vie.
Hélas! à la vue de notre Sauveur, de notre Dieu mourant, comment pourrions-nous désormais nous livrer à la joie^ prendre part aux vanités du monde ^ entrer dans ses fêtes et dans ses pompest \\oV.t^ n\^
SUR LB CALYAIRB. - 89
ne doit^Ue pas être entièrement consacrée aux soupirs et aux larmest Mon Dieu, c'en est fait, je ne veux plus que gémir, souffrir et mourir avec vous et pour vous : le Calvaire sera mon séjour, la croix sera mon modèle. La mort de mon Sauveur sera le sujet étemel de mes réflexions, de mes sentiments, de mes pleurs. Heureux mille fois si, en ce moment, et aux pieds de ce Sauveur mourant, je pouvais expirer de douleur pour mes péchés et d'amour pour luil
CoBtemplatloii de ^ësov-Clirlft «or la
croix*
J'appelle cet exercice, non une méditation , mais une contemplation ; parce qu'elle ne doit point tant consister en raisonnements et en réflexions de l'esprit qu'en sentiments et affections du cœur. C'est comme un tendre regard, une simple vue de Tâme pénétrée d'admiration, d'étonnepent, de respect, de reconnaissance et d'amour, au pied de la croix, en présence de son Dieu entre les bras de la mort. Ainsi prosterné au pied de cette croix, on fixe ses regards sur elle, on contemple le grand, l'étonnant spectacle que la foi y présente ; et donnant un libre cours aux sentiments et à la douleur, on se livre aux impressions de la grâce. (11 conviendra de s'arrêter de temps en temps, quand on sera plus touché, afin de donner à l'flme le temps de se pénétrer des sentiments que la croix pourra inspirer. Dans ces dispositions, entrons avec respect dans le sanctuaire de Dieu, et adorons les prodiges de sa grftce et de soa amour»)
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Adorable Sttnreiir! vm§ TOilâ &mt ^nfln auriré au terme qoe voue aviez tant déainè, et aprëâ lequel vous aviez si ardemment sonpiré (oate votre vie. Vous voilà entre les bras de la croix, uni intimement à elle, partageant ses opprobres et ses ignominies. Vous l'aviez déjà honorée en la portant snr vos épaules; vous avez encore voulu la consacrer par Teffùsion abondante de votre sang. Tous voilà élevé entre le del et la terre, présenté atix yeux de votre nation homicide, donné en spectacle à tont Tunivers, cimentant de votre sang adorable la réconciliation entre Dieu et les hommes! pontife de la nouvelle alliance, hostie de propitiation, réunissant en vous les intérêts de la justice et de la miséricorde. Vos ennemis triomphent de votre mort : ils font éclater leur joie par leurs cris ; ils insultent à vos derniers soupirs; mais pour vous ce momMt est le triomphe de votre amour.
A cette vue mon esprit est dans Fétonnement, mon cœur dans l'amertume, toutes les puissances de mon âme dans la consternation. Non, ici ce ne sont ni des raisonnements que je dois former, ni des paroles que je dois prononcer; ce ne sont que les larmes que je dois faire parler, les soupirs, les gémissements que je dois faire entendre.
Voilà où vous a réduit votre amour pour les hofn-^ mes, votre zèle pour leur salut, et la qualité de victime où vous vous êtes réduit aux yeux de votre Père céleste.
mon Dieu ! que je comprends bien à présent ces grandes vérités que je n'avais encore que comme entrevues en commençant ces <^nsidérations !
// fallait en effet que cet excès d'amowt t^W«xi
grand dans vous, pour vous porter à pr^idre un moyen sti étrange, pour vous engager à descendre du Ciel, & passer votre vie dans les travaux et dans les douleurs , à mourir enfin sur une croix, pour dernier gage de cet amour. 11 fallait que mon âme fût bien précieuse à vos yeux pour daigner la racheter â un si grand priw au prix même, je ne dis pas seulement de vos travaux, de vos soupirs, de vos larmes, ùiais au prix même de votre sang et de votre vie i II fallait que le péché vous parût quelque chose de bien affreux, de bien détestable, pour exiger d*étre ainsi expié, d'être lavé dans le torrent des larmes j dans le déluge du sang même d'un bien !
Voilà enfin, Dieu Rédempteur , où vous a conduit le péché ; votre amour avait préparé la victime, mais c'est le pèche qui Fa immolée et qui a porté sur elle tous les coups. Oui, c'est le péché qui vous a réduit dans l'état déplorable où je vous vois sur la croix. Pourquoi votre tête est-elle ainsi penchée? Ahl voilà le triste effet de tant de projets injustes que j'ai conçus et entretenus dans mon esprit.
Pourquoi vos yeux sont-ils ainsi noyés dans leurs larmes? C'est r effet de tant de regards coupables sur des objets dangereux et capables de porter un poison mortel dans mon cœur.
Pourquoi votre langue est-elle ainsi abreuvée d'amertume et de fiel, si ce n'est pour expier tant de paroles oiseuses, équivoques, licencieuses, que j'ai malheureusement proférées en tant d'occasions ?
Pourquoi surtout votre cœur adorable est-il ainsi navré de douleur et noyé dans des flots d*amertume et de ûel, si ce n'est pour puii\t Util ôft ôà^\t^ ^\^-
fanes, d'affections illicites, d'inclinations perverses dont mon cœur a été la source et le principe funeste. Pourquoi enfin votre corps est-il ainsi déchiré, ensanglanté et couvert de plaies? voilà le funeste effet, la punition terrible de tant de satisfactions criminelles, de tant de sensualités, de tant de désordres de ces corps de péché qui périront un jour, et auxquels on sacrifie les intérêts et le salut de l'âme qui doit subsister à jamais.
Oui , ce sont les pécheurs, et moi le premier entre eux , ce sont nos péchés qui ont produit ce funeste ouvrage d'iniquités. Mais enfin, puisque nous avons eu le malheur de verser le sang de Jésus-Christ, n'en perdons pas le fruit ; disons avec les Juifs, mais dans un sentiment bien différent de celui des Juifs : Sanguis f*ms super nos, (Matth. xxvii.)
mon Dieu I qu'il coule sur nous, ce sang adorable, et qu'il nous sanctifie ; qu'il coule sur nos esprits, et qu'il les éclaire et en dissipe les funestes ténèbres ; qu'il coule sur nos cœurs et qu'il les touche de l'onction de la grâce pour vous les attacher à jamais ; qu'il coule sur nos corps et qu'il les purifie de toutes les taches qu'ils ont malheureusement contractées; qu'il coule sur les justes, et qu'il les affermisse dans les sentiers delà justice; qu'il coule sur les tièdes, et qu'il ranime leur ferveur; qu'il coule sur les pécheurs, et qu'il les ramène dans les voies du salut; qu'il coule sur les âmes affligées, et qu'il les soutienne, qu'il les console dans leurs afflictions ; mais surtout qu'il coule sur mon âme et qu'il la purifie, qu'il la sanctifie, qu'il l'arrache pour toujours au monde et au péché.
Mon Dieu ! je me jette en ce mometil avi çtei d^
votre croix, pour être tout arrosé du sang précieux qui coule encore de vos veines. Non, ce sang adorable ne sera point pour moi comme le sang d'Abel qui criait vengeance; mais ce sera le sang adorable de l'Agneau sans tache, qui sollicitera le pardon et la grâce.
Dieu de toute bonté! vous avez dit que quand vous seriez élevé vous attireriez tout à vous, accomplissez votre divine promesse; attirez-moi à vous , détachez-moi du monde » clouez-moi avec vous sur la croix.
Dieu de souveraine puissance ! vous avez opéré bien des miracles durant votre vie , opérez-en encore un bien grand en mourant ; convertissez mon cœur, touchez-le, sancti6ez-le. Je ne demande pas que vous le rendiez heureux, mais que vous le rendiez saint, afin qu*il soit plus en état de vous suivre et de vous aimer.
Dieu des miséricordes par excellence ! du haut de votre croix , jetez un regard de compassion sur moi. Vous allez quitter la terre, mais voyez l'état déplorable où vous me laissez : mon esprit rempli de ténèbres, mon cœur livré à mille passions, mon ftme exposée à mille dangers. Ayez pitié de moi, ô Sauveur des hommes I
Non, je ne vous quitterai point, je ne m'éloignexai point de votre croix, je ne cesserai d'en embrasser le pied, que vous n'ayez exaucé ma prière et que vous ne m'ayez accordé la grftce de voire saint amour. Hélas! je ne vous ai peut-être pas aimé, 6 mon Dieu ! puis-je vivre dans cet état, et sera-t-il possible que vous mouriez pour obteiivt \&K^tL%s&ssQ:i^ et que je meure sans vous ùnifitl %
Je vous coD3idëre sur Ui <^oix, moQ Saiive^r» et je vous vois dépouillé de topt Vous o'avez p^ atr teodu, comme Je^ autres hommes que la mort vlot vous dépouiller ; vous Vavez préveuue eu quittant tout Vous n'aviez que trois çho^ejs k nous laissa pour héritage, votre croix, votre cœur, votr^ grlce; c'est tout ce que vous av^ à donner i vos jsb^rs disciples en mourant ; je l'accepte, ce précieux bérritage, ô mon Dieu ; je le préfère à tous tes trésprs dp la terre. Non » je ne vçux que vous seul, ô mon Dieu I Que je suis savant, si je vous connais I que je sui^ richei si je vous possède ^ que je suis saint, $i je vous imite ! que je suis heurepx , si j^ vous aime ! Vous pouvez m'accorder tous ces hiens , je vpus les demande par votre sang, par votre çroi^i pax vptre mort : qu'est-ce qu'un pèrç mpurant peut ri^uaer à un fils affligé de sa mort ?
Jésus, ô Dieu Sauveur, 6 divip Rédempteur^ que ne puis-je fixer mon séjour au pied de votre croix, y établir ma demeure, y passer le re^ de ma vie , ne plus m'occuper que de la considération de vos opprobres et de vos souffrances, en remplir mon esprit, en nourrir mon cœur, en faire Tunique objet de mes pensées et de mes réflexions » et plus encore de ma douleur et de mes soupirs I
Restez seul quelque temps m pied de la croix, oceupé de ces sentiments. Si vous n'avez rien à dire à Jésus-Christ, tenez-vous dans le silence ^ écoutez et qu'il daignera vous dire par fa voix de son sang ^t A tes souffrances.
l'àdoratiom de la croix.
CJBtf aoo pratique sainte et consacrée dans l*Ég1ise, de faire, le Jour du ^ndi^ .W&t, Vaàocaâou de \a «vraou i:.^
qne ftgUte faltdaos ee grand jour, chaque fldèk poU le Caire de $wfi% «a Kempe en aon particulier^ Oo e»t aaaev instruit pour aaYoir que les honneurs que Von rend k la crpix «e rap* portent à Jésus- Christ, qui Ta honorée par sa présence et consacrée par l'effusion de son sang. Adorer la croix, (f est adorer Jés«a*Gkri0t mourant entre ses bras.
?fiid U moiùèise de faire cette luloralîDn. PltfW "wlTe cm* ciflx Jinr TOtre oratoire ; ensuite, prosterné en esprit de foi, faites les prières suivantes avec tons les sentiments de piété d'amour, de douleur, dont vous seres capable.
Crojx précieuse i autel sacré o& mon Rédempteur s*est immolé eu qualité de victime pour le saiut éternel de mon àrae, je vous adora de tettt mon cœur.
Croix précieuse I chaire sublime où Jésus-Christ nous a prêché les vérités du salut , et annoncé les oracles de la divine sagesse, je vous adore.
Croix précieuse , tribunal redoutable d'où la justice irritée porte ses arrêts fulminants contre ceux qui s*obstinent à abuser <lu don de la gràce^ je vous adore.
Croix précieuse , arche d'alliance où la miséricorde et la justice se sont rencontrées pour se donner le baiser de paix et concilier à jamais les intérêt^ de leur gloire, je vous adore.
Croix précieuse , char glorieux d'où un Dieu Ré-* dempteur s'est élevé vers le Ciel en triomphe pour y recevoir la récompense Après jses travaux» et la couronne de gloire après ses opprobres, je vous adore.
Croix précieuse, refuge des pécheurs « «aile des pénitents, isoutien des justes, consolation des adi" gés , doux héritage de tou3 les çhcélJans, }fà vou«
96 L'Aiœ
croix de mon Dieu, que yous êtes prédeose à mes yeuxl mais que vous devez être cb&re à mon cœur ! Yous avez eu le bonheur de porter entre vos bras le Saint même des saints ; vous avez été arrosée de son sang ; vous êtes élevée sur ses aatels ; vous recevez les hommages des fidèles réunis sous vos auspices ; vous êtes le modèle que nous devons nous proposer durant notre vie ; vous nous serez présentée au moment de la mort , pour être notre force contre les attaques de nos ennemis ; vous paraîtrez triomphante et tout éclatante de gloire au jour du jugement» pour être à jamais la consolation des justes qui vous auront embrassée avec respect, et le désespoir éternel des réprouvés qui vous auront rejetée et maudite durant leur vie.
croix de mon Sauveur ! soyez à jamais bénie, glorifiée, exaltée parmi toutes les nations : portez la gloire de Jésus-Christ jusqu'aux extrémités de la terre; régnez dans tout T univers; mais surtout régnez dans mon cœur : établissez-y l'empire de celui qui, selon le langage de TÉglise , doit régner par le bois; regnavità ligno; mais qui régnera à jamais dans la gloire ; regni ejus non erit finis (Luc. i). Ce n'est que par vous, ô Croix adorable ! que nous pouvons arriver à ce règne heureux. En recevant nos hommages et nos adorations, consacrez à jamais nos sentiments et nos cœurs.
Consécration à la croix de Jisus^ChrisL
Croix adorable de mon Sauveur, je viens en ce moment me consacrer à vous pour toujours. Pénétré de respect pour vous, de douleur pour mes péchés, de reconnaissance et d'amour poMt mou ^nVcl^^
SUR LE 6àLVAIRB. 97
dempteur» je viens me jetor à vos pieds, vous conjuraDt de me recevoir entre vos bras. Je me dévoue à vous pour le reste de ma vie : je vous consacre mes pensées, mes paroles, mes sentiments, mes actions : je désire désormais que tout soit marqué au sceau de la croix. Mais surtout , croix adorable , je désire que vous soyez gravée bien avant dans mon cœur. Mon, ce n'est pas assez de vous avoir sous mes yeux, de vous porter sur moi , c'est dans mon codur que je désire vous placer ; c'est là que je veux que vous régniez, pour y faire régner Jésus-Christ avec vous et par vous. Je ne demanderai pas des croix, je sens ma faiblesse , je connais ma misère ; mais si mon doux Sauveur me les envoie , s'il veut m'associer à lui pour les porter , je les recevrai avec soumission de sa main ; je m'estimerai heureux d'avoir part au calice de son amertume. Mes péchés ont mérité l'enfer ; pourrai-je me plaindre de porter la croix ? Le Dieu que j'adore est élevé sur la croix, pourrai-je m'affliger d'être à ses pieds ? Si la croix me paraît pesante, sa grftcc m'aidera, me soutiendra, sera ma force et ma consolation.
O croix aimable ! c'est dans ces sentiments que je veux vous être consacré toute ma vie, que j'espère vous prendre entre mes mains au moment de ma mort, que je désire de rendre le dernier soupir entre vos bras, pour remettre mon âme entre les mains de son Créateur. Ainsi soit-il.
▲VIS SALUTAmÉS*
1* Souvenez-vous que , désormais consacré à la croix de votre Sauveur , vous devez vous regarder comme une victime qui lui est dèvou^k^.
a» Renouvelés souvent la conséontion que vous lui avez faite de vous-même y elle nmimera votre ferveur et tous vos sentiments.
S<* Quand vous éprouverez quelque alfliction, quelque peine sensible» pensez que par là lésus* Christ veut vous unir plus intimement & soa cœur et k sa croix.
4* Demandez souvent la grâce de connaître ton* jours plus le prix de ta croix , et d'entrer toujours plus avant dans son e^rR; mais surtout demandez la grâce de mourir entre ses bras. C'est du sein de la croix que nous devons passer dans le sein de Dieu.
■MllffittQa ae la plate au ir%^ré Cçeur 4e
Le Sauveur du monde , durant sa Passion , avait déjà souffert des plaies bien sensibles ; tout son corp$ en avait été couvert dans sa flagellation sanglante ; mais ce n'était encore là que comme le commencement des douleurs. Ses pieds et ses mains ont été cruellement percés ; et qui pourrait exprimer quelle fut la violence de ce tourment ? Elevé sur la croix , tout le poids de son corps, portant sur les plaies, les augmente, les aigrit à tous les instants. Sur le point où il est de finir sa course, on abreuve sa bouche de vinaigre et de fiel. Pour comble d*horreur , un soldat vient encore percer son côté d'une lance. C'est une opinion pieuse et assez bien fondée, qu^ le même coup qui frappa son sacré e£>\jb,\!\!^^^\x^
SVR lA CâLVAIRE. 99
sonoorar adorable : après sa tnort il TOalut encore :*eeeiTOir des blessures.
Mais outr» cette plaie réelle^ causée par le fer de ta lancè^ le cœor de Jésds en endura une autre èpirituelle et intérieure^ qui lui fut encore bien plus douloureuse : je veux dire la plaid causée fràr IV bandôn de ses lAches disciples, pat la réprobation de sa nation infidèle, par la perte de tant d'âmeSr quoique rachetées de son sang : plaie douloureuse que nous rdnotiyelons encore tous les jours par nos ingratitudes, nos infidélités, nos résistances^ en un mot , par tous les péchés qui affligent et outragent scm cœur adorablci Ces afflictions et ces plaies différentes feront la matière de cet entretien^.
Pour rendre cette méditation plus solide et plus salutaire, considérons ces trois grandes vérités.
La première, que les plaies les plus sensibles et les plus douloureua^s sont toujours celles du cœur. Rien ne touche tant que ce qui afflige le cœur^ parce qu'il est la source et le principe du sentiment, et que^ quand le cœur est souffranti tout souffre dans nous.
La seconde, c'est que plus un cœur nous a aimés, plus il nous a accordé de grâces et comblés de faveurs^ plus aussi il est sensible quand nous lui manquons, parce qu'au lieu de l'attachement et de la reconnaissance à laquelle il devait s'attendre , il ne trouve en nous qu'oubli, qu'ingratitude et qu'indifférence. •
La troisième, c'est que la plaie que nous avons faite à un cœur ne peut être fermée que par la douleur que nous en concevons ; et que plus la plaie a été sensible et profonde, plus aussi \à âJ4>À^>^ ^^^
100 l'avb
être vive et amere. Heureax encore qae ce cœur blessé nous ouvre une voie de retour pour rentrer en grâce et nous redonner sa tendresse.
Selon ces grandes vérités, 6 mon IMeu ! que je suis indigne de paraître à vos yeux , puisque f ai si sensiblement blessé votre cœur, ce coeur qui m'a témoigné tant d'amour, et qui avait tant de droit à ma reconnaissance! Permettez cependant, 6 mon IMeu ! que je vienne répandre & présent mon cœur devant vous, et vous marquer la juste douleur dont il est pénétré à la vue des plaies qu*li a bJtea au tôtre après toutes vos bontés.
Votre cœur est blessé, ô adorable Sauveur I cette plaie vous a été sûrement plus douloureuse que toutes les autres. Ce n'est pas sans dessein que vous Tavez permise : votre amour a voulu que votre cœur nous fût toujours ouvert, qu'il parût ainsi à l'univers entier, qu'il se montrât toujours disposé à nous attendre, toujours prêt i nous recevoir.
divine plaie ! à combien de titres me devenezvous précieuse, respectable , adorable ; et de quels biens inefiables devenez-vous, non-seulement le gage certain, mais encore la source abondante pour nous I
Plaie sacrée, témoignage éclatant, marque sensible de l'amour de mon Dieu pour moi I
Doux séjour des cœurs qui vous sont dévoués, ô divin Jésus, et qui ne veulent vivre et respirer que pour vous I
Sainte solitude des âmes intérieures, pour qui le monde et tout ce qu'il renferme n'est rien !
Retraite céleste où, hors du bruit et du tumulte, oa vitiaconm au monde, et contvu à^i>\^u^\x\\
SUR LB CUiYAIRE. 101
Asile assuré, que n#us trouvons toujours ouvert dans nos tentations, dans nos preuves et tous nos combats!
Ressource certaine quand tout nous laisse et nous abandonne dans nos malheurs !
Plaie sacrée, combien d'autres titres encore plus précieux n'avez-vous pas pour intâresser et attirer nos cœurs 1
Rendez-vous sacré où les vrais adorateurs se réunissent pour s'animer mutuellement à vous aimer 1 Arcbe salutaire, où l'on est à couvert du déluge des péchés qui inondent la terre et la couvrent d'iniquités !
Sanctuaire divin où la justice et la paix réunies ont cimenté le grand ouvrage de la rédemption S
Fournaise d'amour , brasier toujours allumé , at toujours capable d'allumer un divin incendie dan les cœurs!
Source intarissable de grâces, où tous les hommes ont puisé et puiseront toujours sans jamais répuiserl
Miroir parfait de toutes les vertus, que nous pouvons contempler sans cesse, et où nous pouvons sans cesse trouver de nouvelles vertus à imiter, de nouveaux mérites à acquérir, de nouveaux témoignages d'amour à recevoir; tout cela, autant de précieux avantages que nous procure cette plaie divine. Que nous serions heureux, si nous savions en connaître le prix tout divin, et plus encore si nous savions en retirer les fruits salutaires I
plaie sacrée qui guérissez nos plaies; 6 cœur adorable, qui appelez à vous tous lescœuxs^^^'^V^^ ifJsors que vous renfermez sont uv^fSikAfê&\ \$v<v^
102 h'kkË
JésuS) en riood montrant ^oM pMie aHKît^e, et par cette plaie, Totre cœur oayert ^ vous nous invitei^ tous à venir y puiser les grâces dans toUs nos besoins i les cœurs languissants, à Vëtiirë'y tunitner; les cœurs tièdes, à venir s'y embraséi' ; lèd cœurs faibles^ à venir 8*y fortifier , les cœurs chancelants, à venir s'y affermir. Si par cette plAie ils entrent dans l'intérieur de ce cœur divin, les cœurs incontants s'y fixeront^ les cceurs alarmés de calmeront.
Le mien est tout cela, 6 mon Dieu ! il est rempli de toutes ces misères et couvert de toutes ces plaies : plus que tout autre, il a besoin de l'asile ^ue vous lui offrez, et du remède que vous lui présentez.
mon adorable Sauveur ! que la plaie de votre cœur me fait faire un retour bien affligeant eût le mienl Hélas! de combien de plaies dangereuses >i'est-il pas percé I toutes le» passions l'ont Couvert •de blessures; l'enflure de l'orgueil, la sensibilité de l'amour-^propre, l'attachement aux choses de la terre, l'attachement plus grand encore à moi-même, le manque de charité à regard des autres, tous les vices l'ont percé de touteë parts; et, pour coiiible de misères dans moi , mon cœur ne connaît pas la grandeur de son mal. Je ne cherche pas à le guérir de ses plaies; je le pourrais, en allant chercher le remède dans le vôtre; et je reste, et je languis dans mon triste état , en danger d'y être surpris par la mort!
Mon Dieu, îl faudra un jour vous le présenter, ce
cœur ; dans quel état sera-t-il alors?Si une douleur
amère, une contrition sincère ne l'a pas purifie,
comment vous le présenterai-jè ainsi couvert des
blessures que le péché lui aura taÂles àwT3iw\.TOa.y\^t
et dès Ion qad sera son sort durant rétemitô ? car, tel qu'il sera au moment de la mort, tel il sera éternellement. Sera-t-il destiné à vous posséder un jour avec les élus? aurait-il le malheur de vous perdro, et d'être à jamais éloigné de vous, comme les rér prouvés? Le rejetteriez- vous, ô mon Dieu ! et la plaie de votre cœur, ouverte à tous les pécheurs, lui se-* rait-elle fermée ? Non, mon Dieu, vous ne le rejetterez pas. Du haut de votre croix, vous me montrerez encore votre cœur ouvert: il me semble que, dans ce moment même, une voix secrète sort du fond de la plaie sacrée de ce oœur^ et me fait entendre ces consolantes paroles : Filù probe eor tuum mihi (Prov. xxxni) : Mon âls, donnez-moi votre cœur. Dieu Sauveur, quelle bonté ! £st-il possible que vous demandiez encore ce cœur qui s'est si longtemps refusé à vos empressements, qui est tout ^•ouvert des funestes plaies'que le monde lui a faitesi que vous lui offriez votre miséricorde et votre ten-» dresse, tandis qu'il ne mérite que votre indignation «t votre colère ? Non-seulement vous le demandez et vous êtes prêt à le recevoir» vous voulez encore le combler de nouvelles grâces, comme s'il vous avait toiyours été dévoué et ûdèle*
Eh bien ! mon Dieu, je vous le donne» œ cœur ; il est à vous : seul vous le méritez, et seul vous pouvez le rendre heureux, en le rendant saint» Je TOUS le donne, afin que vous le guérissiez de toutes ses plaies, et que vous ne lui laissiez que celles que lui aura faites votre saint amour* Je vous le donne sans partage et sans retour ; le monde et ses créatures n'y auront plus de part. Que si je ne vous le donne pas encore d'une nianiëx^ %&<sa*l âîv^^ ^
iM L'An
vous, prenes-Ie vous-même, et donnez-lui les sentiments qui pourront le rendre agréable à vos yeux ; prenez-le, conservez-le à jamais, et dans la plaie sacrée de votre cœur, mettez-le à couvert des traits des passions, des attaques du monde et de la séduction de tous les objets.
Oui, mon Dieu ! Tunique bien que je désire en ce monde, c'est d'avoir une place dans votre cœur. Je le sais, oui, je le sais, qu'en entrant dans ce cœur et dans sa plaie sacrée, je ne puis y entrer que pour pleurer, pour gémir, pour souffrir : on n'entre pas dans un cceur blessé et navré pour y trouver la joie, pour y goûter les douceurs. Oui, mon Dieu, je pleurerai, je gémirai, je soupirerai; et mes gémissements et mes larmes me paraîtront plus consolants que toutes les délices que le monde pourrait offrir.
Dieu Sauveur, votre cœur est blessé, blessez vousmême le mien, percez-le d'une plaie sensible par la douleur amère de mes péchés ; percez-le d'une plaie profonde à la vue de son mgratitude pour vos bienfaits; percez-le d'une plaie bien plus sensible et plus profonde par la véhémence de l'amour que je dois vous marquer, après l'amour immense que vous avez eu pour moi. Que cette plaie que vous aurez faite à mon cœur soit si avant gravée, si profondément imprimée, qu'elle ne guérisse jamais, qu'elle augmente toujours, qu'elle saigne tant que je vivrai. Que dans les moments où sa douleur s'apaiserait, où son amour se ralentirait, il s'en» flamme de nouveau dans la plaie sacrée de votre cœur : qu'il y renouvelle ses forces , qu'il y rânime ses sentiments. Oh I que cette plaie de mon cœur, toute sensible^ tout amère qu'elle s^Ta^tû» ôieHwsv-
SUR LK GALVÂmB. 105
dra douce et consolante, si elle produit dans moi ces effets salutaires ! Non, mon Dieu,- quoi qu'il puisse arriver désormais, je ne dois plus m'affliger que de voir votre cœur affligé et percé de douleur. J'ai d'autant plus de sujet de gémir, que c'est moi qui ai percé ce cœur adorable : ce sont mes péchés qui lui ont fait cette plaie douloureuse. Mais que puis-je à présent ? Hélas ! je ne puis trouver de remède que dans le mal même que j'ai causé, et pour éviter les traits de votre justice, je ne puis me réfugier que dans le sein de votre misériccurde et dans la plaie de votre cœur adorable.
PRIÈRE
Plaie sacrée du cœur de mon iMeu ! recevez-moi donc dans ce moment pour toujours ; ouvrez-vous à moi pour m'admettre dans ce divin sanctuaire : cachez -moi^mme dans le trou de la pierre ; défendez-moi contre tous les effbrts des ennemis de mon salut; ne permettez pas, mon Dieu, que je m'éloigne à jamais de vous; étouffez dans mon cœur tout sentiment qui ne serait pas dans le vôtre ; plongez le trait de la douleur et de l'amour si avant dans mon cœur, que rien ne puisse jamais le retirer. Cette plaie profonde sera la consolation de mon âme , la douceur de ma vie et le gage de mon bonheur.
Domine, nolo vtvere sine vulnere^ quia te video tm^ neraium. Mon Dieu ! mon cœur ne veut plus vivre sans quelque blessure, puisque je vois votre cœur blessé d'une plaie si sensible.
Agnosee» à homo ! quàm gravia sunt vulnera çro çtftàus neeesse fwU DÔminum tmlmerori. ^ ^œ<Q;t\c^*
106 h'àMÊ
main! «oitapfeads quelle était la {Mfèftdèiii' de têB plaiea^ puisqu'il a fallu que lecœuftiiMàe d'un Dîeti fût bleasè penar les guérir.
mémkOhtÈMÊt «aàitf te mëvuden.
Après que Jéêua-Chmt eut longtempa souffert, et enfln expiré sur la ei^oit, il fallut le ffièltf é daii9 le tombeau : c*était la dernière des misères humaines qu'il avait à essuyer sur la terre.
Gonstdéroùs d'abord quelles furent les qualités de son sépulcre : il était prôt, et la ProyideHôe rtlémôme l'avait préparée
fo Ce sépulcre était neuf, personne Jusqu'alors n'y avait été ensevelie Le nouvel Adam devait éftre eiiseveli dans un tombeau nouveau : il ne convenait pas que le corps du Saint des saints fût confondu avec aucun autre corps^ Cela nous marque aussi que, devant être ensevelis avec Jésus-Christ, nous devons nous dépouiller de tout ce qui est du vieil homme, et nous revêtir entièrement du nouveau.
2° Ce sépulcre était taillé dans le rocher, pour nous marquer quelle doit être la fermeté et la constance de notre cœur^ si nous voulons qu'il serve de demeure au corps de Jésus-Cbrist quand il vient dans nos âmes.
30 Ce sépulcre était dans un jardin; comme c'était
dans un jardin que le premier bomme avait péché et
mérité la mort^ ie second Adam v^ul èlre eii<&^Nc\\
SUR LB CÀLVAmE. 4if
lai-ménie iam un jardin, pour nous vesfoiciter avec lui, et nous donner une nouvelle vie#
^ Le sépulcre de lésus-Ghrist, dit Isale, est glorieux ; il n'est pas, comme les autres tombeaux, la maison de la mort; c'est urfe source féconde de vie pour tous les hommes et dans tous les temps. Source de vie pour le passé, puisque ce tombeau a eu les prémices de la résurrection de tous les saints pa* triarches dans celle de Jésus-Christ ; source de vie pour le présent, puisque e'est dans ce tombeau que nous devons prendre le modale de notre résurree^ tion spirituelle à la grâce ; source de vie pour l'avenir, puisque dans ce tombeau nous trouverons m Jésus-Christ les gages de notre résurrection étemdile à la gloire.
Considérons, en second lieu, l'état oùlésua-Gbriat est réduit dans son sépulcre.
i<> La solitude absolue. Quel silence ! quel recueil? lement ! quelle retraite ! quelles profondes iéQèltife&. Caché aux yeux des hommes, éloigné de tout l'univers, comme inconnu au monde^ il est dans ce monde comme n'y étant pas ; il est dans une espèce d'oubli de la part des hommes; il n'y a presque que ses disciples qui pensent à lui.
â* Son dépouillement entier. Quoique maître absolu du monde,'il ne possède riea ; le tombeau même où il est ensev^i n'est point à lui. 11 l'avait annoncé ; les bétes sajuvagesont leurs tanières ppur se retirer, le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. Privé même de tout usage des sens, il ne voit rien, il n*entend rien, il ne dit rien ; tout ce qui est dans le monde lui est étranger; il laisse çass^àr ce cviii est pénasabhf sans paraître y pteioàx^ à»!^ \»s\\\^
108 L'An
seule gloire de son P6re céleste llntéresse et le touche.
8« Son union intime avec la Divinité. Le corps adorable de Jésus-Christ, quoique séparé de son âme, ne cessa jamais d*ètre uni au Verbe, et par conséquente la Divinité; il était mort et vivant tout ensemble ; mort, par la privation de la vie naturelle; vivant, par l'union avec la Divinité, unique source de la vie véritable. Quel fonds d'instructions pour nouâ !
Considérons, en troisième lieu, ce que Tétat de Jésus-Christ dans le tombeau nous présente, et comment dans cet état nous pouvons, nous devonsmë* me l'imiter et nous y conformer.
Saint Paul nous dit que nous devons être morts, et que notre vie est cachée avec Jésus -Christ dans Dieu : Martui estii, et vita vesira abscondita est cum Christo in Deo (Coloss. m). Ce Dieu Sauveur dans le sépulcre sera donc pour nous un modèle parfait en ce point comme en tout le reste.
Modèle dans sa solitude entière. Craignons ce monde : et, autant que nous le pourrons, tenonsnous éloignés du monde; son commerce est dangereux, ses maximes perverses, ses exemples funestes. L'air qu'on y respire est contagieux ; diflScilementnous préservons-nous de sa contagion, si nous le fréquentons. Aimons la retraite, la solitude, la vie cachée; on n'est jamais moins seyl que quand on est seul avec Dieu. Regardons cet univers comme un vaste tombeau rempli de mourants et de morts. Soyons dansle monde comme n'y étant pas. Prêtonsnous autant que la bienséance, la charité, la néces- ^/^e/e demanderont; mais, autant qu'il est en nous, prôfons-nous^ et ne nous Uvrons pas^ -^ eX qwarkÔL \tfiw%
SUR LE CALVAIRB. lOt
aurons terminé les affaires où notre état nous engage dehors, revenons à notre chère solitude, rendons-nous à notre recueillement , nous y trouverons avec Jésus-Christ notre Dieu, le centre de notre paix et de notre repos. Partout ailleurs nous ne trouverons que troubles, qu'agitations , qu'inquiétudes , que craintes et que dangers.
Modèledans son dépouillement absolu dans le tombeau. Ce n'est pas assez , si nous voulons être à Dieu» de nous dépouiller, du moins de cœur et d'esprit, de tous les biens fragiles et périssables, desvains honneurs, des fausses richesses , des funestes plaisirs ; il faut encore, et il faut surtout nous dépouiller de nous-mêmes. Le corps de Jésus-Christ dans le tombeau n'a plus par lui-même ni mouvement, ni action ; insensible à tout , couvrez-le de terre ou de fleurs; remuez-le, laissez-le dans le repos, tout lui est égal. Grand modèle du cœur sincèrement dégagé, dépouillé de tout, richesses ou pauvreté , honneurs ou mépris , consolations ou privations : tout est agréé , parce que tout peut conduire à Dieu, si on le reçoit de sa main. Ayez pour lui des égards, ou n'en ayez pas; déchirez sa mémoire, ou comblezle d'éloges, marquez- lui de l'attachement ou de l'indifférence : il est mort à tout, le seul intérêt de Dieu et de son âme le touche. Qu'on est riche quand on possède Dieu I qu'on est pauvre quand on est privé de sa grâce I
Enfin le corps de Jésus-Christ dans le tombeau est pour nous un modèle dans son union intime avec la Divinité. qu'une âme détachée du monde, éloignée du monde, morte au monde et & toutes les iJJu5iaii5 et ranitéa de ce monde, esl \ie\xt^w<^^ ^\
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elle se conserve dans son union intime avec Dieu! Dieu seul ne lut tiendra-t-il pas lieu de tout? Quelles douceurs , quelles consolations ineffables ne lui fe* ra-t-il pas goûter dans cette union sainte et tout divine! Lumières surnaturelles, onctions salutaires, don d'oraison, communications célestes , confiance intime, abandon total : tout cela ne donne-t-il pas un avant-goût des délices du Ciel î Ah I qu'on regrette peu la vie des sens, quand on vit de la vie de Dieu ! C*est alors qu*on dit : Non, je ne croyais pas qu*il fût si doux de mourir.
Adorable Sauveur! il faut bien qu'api es vous avoir suivi dans tout le cours de votre Passion, je vous suive encore jusqu'à votre tombeau pour adorer ce sacré corps immolé pour nous, et vous rendre les derniers devoirs que la piété, la reconnaissance et l'amour doivent inspirer.
Je vous considère étendu dans ce tombeau, environné des ombres de la mort , les yeux sans lumière, les pieds sans mouvement, les mains sans action, le corps sans âme, dans T oubli des hommes, dans la région des ténèbres : quel état plus humiliant pour un Dieu qui est Fauteur de la vie I Ainsi avez-vous voulu expier notre orgueil, notre vanité, notre attachement à la vie.
Je vous adore dans votre tombeau, puisque vous êtes toujours mon Dieu, toujours vivant dans le Ciel, toujours régnant dans le sein de la gloire ; et me souvenant que vous n'êtes humilié que par amour, plus vos humiliations sont grandes , plus rhummage de mon adoration doit être profond.
Mais sans me contenter d'un hommage stérile , je ferai sur moi-même un retour salutaire.
SUR LE OàLVAIRE. III
Eo oonsidéraiit l*état où vous êtes, et o& U mon doit me réduire, je me regarderai souvent comme dans le tombeau , réduit en cendres , rendu à la poussière dont j'ai été formé ; la vue de cet état où je dois entrer un jour , peut-être bientôt , servira à me détromper du monde, à rompre \eê liens qui m'attachent k la vie, à me préparer à la dernière heure qui finira ma course, et décidera de mon sort.
Entrons^ ô mon ftme , entrons avec Jésud^Glifist dans le tombeau; regardons-nous comme déjà morts au monde^ morts aux créatures, morts à tout»
Comme lui nous serons tout ensemble morts et vivant; morts à nous-mêmes et vivants en Dieu i que pouvons-nous désirer de plus grande de plus saint, de plus salutaire? Heureux tombeau, qui nous donne une telle vie? heureuse vie, qui n'est plus qu'une mort continuelle 1 Dans cette vie qui passe^ qui eoule k tous les instants, on attend cette vie véritable, cette vie immortelle qui nous est pro* mise^ où il n*y aura plus ni maladie ^ ni mort, ni péché, ni danger; mais un état permanent, une paix assurée, un bonheur constant , le bonheur de Dieu même*
PRIÈRE
Jésus enseveli dans le tombeau, ensevelissez* moi avec vous ^ dérobez-moi aux yeux des hommes qui ne vivent que pour le monde, qui semblent vi«* vanta et qui sont morts ; ensevelissez en même temps avec moi tout désir terrestre, toute affection Bioadaiqe ^ tout projet périssable. Si je suis ainsi eageveli arec rom^ le toœlieau m^ i^^Vx^ V"^^
lis VàME
rable à tons les palais des rds, et la mcnrt plus pté* cieuse que toutes les vies.
L'obligation de porter notre erok, et la manière
de la porter saintement
Un des grands fruits, un des effets principaux que doivent produire ces considérations, c*est de nous bien convaincre de la nécessité de porter notre croix après Jésus-Gbrist, et de la manière de la porter saintement avec Jésus-Christ. Si ces deux sentiments sont bien gravés dans nos cœurs, les firuits de nos réflexions sont assurés.
Or, en ce point, rien peut-être de si grand et de si admirable que les paroles de saint-Pierre; écou^ tons-les, méditons-les; elles renferment tous les motifs, tous les conseils qui nous sont nécessaires pour le moment présent, et qui nous seront salutaires le reste de notre vie.
Mes frères, nous dit-il , telle est, en qualité de chrétien, votre vocation et robligation que vous avez contractée de porter votre croix avec Jésus- Christ : In hoc vocati estis , quia Christus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum, ut sequamini vestigia ejus (I Petr. ii.) Il a porté lui-même le poids de nos péchés sur Tarbre de la croix: Quipeccata nos" trœipsepertulit^ in corpofe suo super lignum^ aCn que désormais, étant morts au péché, nous vivions dans la sainteté et dans la justice qu'il nous a acquises au prix de son sang : Vt peceatis iviortui , justUiœ w-
SUR LE GALTÂIRK. f f S
vamus, cujus livore sanati sumus. Mon Diea, faites que f entre bien dans cette vérité fondamentale ; elle rappelle , elle renferme toutes les autres vérités de la religion.
C'est une obligation indispensable pour nous de porter notre croix ; nous ne sommes chrétiens qu'à ce titre; ce n*est qu'à cette marque qu'un Dieu Sauveur voudra nous mettre au nombre des siens. C'est lui-même qui nous l'a souvent et expressément déclaré : Que celui qui veut venir après moi, nous ditil , se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix, qu il marche à ma suite : Qui vult venire posé me , otoeget semetipsum .- tollat crucem suam, et sequatur me (Matth.xvi). Il confirme cet oracle et cette obligation en disant : Celui qui ne porte pas sa croix, n'est pas digne de moi : Qui non bajulat crucem suam, non est me dignus (Luc. xiv). Jésus-Christ nous a donné l'exemple en ce point comme en tout le reste; il a porté le premier sa croix, nous devons la porter avec lui. Il est notre maître, nous sommes ses disciples: or le disciple n'est pas au-dessus du maître : si donc le divin maître s'est chargé de la croix , les disciciples doivent suivre son exemple et marcher sur ses traces. Nous ne sommes enfants de Jésus-Christ qu'en portant ses livrées : or, la principale et la plus marquée, c'est la croix ; c'est là l'engagement que nous avons pris à notre baptême,et que nous devons remplir jusqu'à la mort. Renoncer à porter sa croix, c'est renoncer à la profession du christianisme et à la qualité glorieuse d'enfants et de disciples de Jésus-Christ.
Mais quelle est la croix que nous devons porter?
C'est la nôtre, c'^st-à-dire, C8ii« c\\i<^ l^v^-^K^ys^
nous envoie, celle qu'il nous a choisie et qui noua vient de sa main. On consentirait à porter la croix, mais souvent on voudrait, on choisirait toutQ autre croix que celle que Dieu nous présente, et que la Providence nous ménage. On trouve cette cvoin trop pesante, une autre paraîtrait plus légère ^ il sulllt qu'elle ne soit pas de notre cboii^, pour que qquh la trouvions accablante; c'est une erreur, c'est une illusion; ce que Dieu nous envoie est ce qu'il y a de plus avantageux pour nous, et la croix qui nous vient de sa main est pour nous la plus salutaire. Chacun a la sienne, la nôtre est celle que Dieu nous présente.
Je me trompe ; la croix que nous portons n'est pas à nous, c'est celle de Jésus-Christ ; oui, c'est celle de Jésus-Christ même : en quittant ce monde , il s'est déchargé de sa croix, et il nous Ta confiée } ce n'est donc point notre croix que nous portons, c'est celle de Jésus-Christ; en quoi elle doit nous paraître plus respectable, plus chère et plus précieuse. La croix que je porte est celle qu'un Dieu même a portée : il Ta honorée dans sa personne, il Ta arrosée de son sang, et en la quittant il me l'a donnée; pourrais»je la refuser de sa main?
Toutes les croix des chrétiens sont unies à celle de Jésus-Christ, consacrées par celle de Jésus-Christ, relevées, sanctifiées par celle de Jésus-Christ môme.
C'est donc, ô mon Dieu, une nécessité de porter notre croix. Nécessité absolue : nous sommes pécheurs, il faut expier nos péchés; nous sommes chrétiens, il faut imiter notre chef ; nous désirons être saints, il faut avoir le sceau des élus; c'est la oroix qui rimprime sur nous.
SUR LIS Gii;^VÂIRE« l|f
Nécessité universelle dans tous les état» i petits et grands, pauvres et riches, rois et sujets ; car les rois ont leurs croix , et souvent plus pesantes que celles des autres. Dans tous les temps, point de temps dans la t.^ où nous ne devions être animéSi remplis de l'esprit de la croi^, disposés à recevoir le fardeau de la crQi:^ , résignés sous le poids de lu croix, quelle qu'elle soit, sans en refuser aucune^ prêts à les accepter toutes de la main de Dieu.
Nécessité salutaire : de nous-mêmes nous ne nous chargerons pas de la croix; nous la fuirons même; nous désirerions passer sans croix toute notre vie; or une vie sans croix serait une vie reprouvée et maudite. Vous y pourvoyez, ô mon Dieu, et vous nous mettez dans rbeureuse nécessité de porter I« croix, et par elle de travailler & notre salut
Nécessité douce et consolante : en i^ous envoyant des croix, vous les adoucissez , vous y compatisses, vous les portez avec nous, et vous nous permettes de nous unir à vous pour la porter avec vous, Cette pensée ne soulageât-elle pas le poids de toutes nos peines? EnOn tous les saints ont porté leur croix ; portons-la nous-mêmes, si nous voulons être saints.
Mais quelle est la manière de porter notre croix pour la porter saintement ? Ia voici :
Porter la croix avec résignation, voilà pour lea âmes communes et ordinaires.
Porter la croix avec confiance, voilà pour les Ames plus généreuses.
Porter la croix avec joie, voilà pour les âmes parw faites. Voyons en quel degré nous sommes, et t&« chons, avec le secours de la grâce , de nous éle« ver au plus parfait.
116 L'An
1*» Porter la croix avec résignation : cette disposition est d'une nécessité absolue pour nous. Porter la croix avec inquiétude^ avec impatience, avec murmure, avec des plaintes continuelles, ce n'est plus la porter, c'est la traîner, c'est presque la détester : du moins , c'est vouloir la secouer, et s'en décharger. Disons-nous à nous-mêmes : Dieu le veut. Dieu le permet, il faut se soumettre; c'est sa sainte volonté, il faut qu'elle s'accomplisse, et non pas la mienne ; s'il m'envoie des croix, il me donnera des grâces pour les porter ; il connaît ma faiblesse, il en aura pitié. Après tout, si Dieu m'envoie cette croix, que je veuille ou que je ne veuille pas, il faudra la porter : ne vaut-il pas mieux pour moi la porter en chrétien, avec résignation, avec soumission, etm'enfaireunsujetdemérite, que de la porter avec impatience, avec plainte, avec une espèce d'horreur comme les réprouvés, et m'en faire un nouveau sujet de réprobation? Enfin on ne peut être sauvé que par la croix, il n'y a pas d'autre chemin pour aller au Ciel, il faut donc m'y résoudre, ou renoncer à mon bonheur éternel.
2® Porter la croix avec confiance, voilà pour les âmes plus généreuses. Cette disposition est bien plus digne de Dieu et plus honorable à la croix de Jésus-Christ. Sainte confiance ! Ce sentiment est d'abord fondé sur Tassurance positive où nous sommes que, si nous avons les croix, nous aurons les grâces ; et que, si les croix sont plus pesantes, les grâces seront plus spéciales. D'ailleurs, ô mon adorable Sauveur I je sais que la croix est le véritable caractère, le sceau sacré des élus : si donc vous me ménagez d^ croix, j'ai tout su^^l à!es^t^T cv^% c<^
SUR LE GALtÂlRE. 117
sera pour me mettre au rang des prédestinés qui portent la croix avec vous, et que vous associez vous-même à votre croix précieuse. Cette pensée me soutient, me console, m'anime, m'inspire une sainte confiance en votre bonté. Si par mes croix je puis expier mes péchés, satisfaire à votre justice, attirer vos grâces, mériter une place dans votre royaume, ne suis-je pas heureux, et la croix, quelque pesante qu'elle soit, ne devient-elle pas un sujet de consolation pour moi?
30 Enfin, porter sa croix avec joie, c'est la disposition des âmes parfaites qui connaissent tout le prix et tout le mérite de cette croix adorable.
O mon Dieu! ce fut un témoignage bien éclatant en ce genre que rendit autrefois ce grand apôtre, qu'on peut appeler par excellence l'Apôtre de la croix, le glorieux saint André. Saisi par les bourreaux, condamné à la mort de la croix, conduit au lieu du supplice, à peine a-t-il vu cette croix précieuse, qu'il triomphe, qu'il tressaille d'une sainte joie dont il ne peut contenir les transports : bona cruxî s'écrie-t-il dans ses saintes ardeurs ; ô bonne croix, croix salutaire, croix aimable ! De« puis longtemps il la désirait^ il l'ambitionnait , il soupirait après elle, diii desiderata. Comme il l'avait désirée avec ardeur, il l'avait recherchée avec empressement comme le doux objet de ses vœux, sollicité amata. Il l'avait recherchée avec cette ardeur d'un homme qui appréhende de ne pas trouver, qui ne trouve jamais assez tôt , pour qui les jours sont des années, les années sont des siècles, sine intermissione guœsita. Aussi, du moment cnn'll raperçoit de loin, il lève les yeux eX V^ Tsv«v\i% %i^
118 li'im
ciel, il court se prosterner bumblemeat devant eUe^ il Tembrasse avec joie, il l'arrose tendrement de ses larmes ; le transport quil fait paraître est celui d*un amant passionné, nunç tandem sitienii animo prœparata. L'homme avare qui a trouvé un trésor, le cerf altéré qui court après les fontaines, sont une faible image de ses sentiments. Hais o& allezvous, grand saint? Est-ce un festin où l'on vous invite? Est-ce une couronne que l'on vous prépare? C'est quelque chose de plus grand encore, dil-il, c'est la croix de Jésus-Christ que Ton mè présente : à cette vue les trésors ne me sont rien ; le3 couronnes disparaissent à mes yeux ; ta croix seule a pour moi des attraits ; j'en connais le mérite et le prix ; c'est le seul objet que je désire en ce monde i virtutem çrucis agnovi. Recevez-moi, croix précieu* se, recevez-moi entre vos bras, comme vou$ avez reçu mon divin maître,
générosité, ô ardeur, ô transport I qui me donnera de vous éprouver dans mon cœur ? croix de mon Dieu! que je suis éloigné de ces sentiments I C'est à vos pieds que j'irai les puiser, et j'espère en même temps d'y puiser les grâces qui me sont nécessaires pour porter ma croix avec soumission , avec confiance; heureux si je pouvais la porter avec une sainte joie I Dès ce moment je la charge sur mes épaules , je la grave dans mon cœur, je la porterai jusqu'au dernier soupir de ma vie.
Mon adorable Sauveur, pénétré de ces sentiments, je suis résolu, non-seulement de porter ma croix, mais de la porter dans voire esprit, et de sortir de l'assoupissement où j'ai vécu jusqu'à présent sur ce point. Oui, j'ai été cowîviivcvi ^w çjéûk^
SUR LB CALVAIRE. lit
de Tobligatlon de porter ma erom ; f ai senti que c'était lÀ une nécessité inâitfpensable pour moi , comme pour tout chrétien; j*aî compris que je ne PQuvaif é^tre yotPQ disciple qu'en marchant aur Yoa traoes ; j^ai mdme été persuadé que, pour porter la crois en chrétien, il fallait la porter ayeç patiences ayec résignation, aveo paii(. Tout cela n'était que comme en maxime et dans la spéculation ) miûa danala pratique, hélas t comment Vai-^je portée $ cette croix? D'abord fe Tai crainte, je fai redoa* tée; autant qu'il a été en moi, je l'ai évitée, j*ai tÀcbé de m'y soustraire et de m'en mettra à couvert i quand ensuite, comme malgré moi, j'ai été obligé de la porter pour m'en charger, ab 1 mon Dieu, qve de répugnances, que d'inquiétudes, que de plain-* tes peut-être, que d'impatience et de murmures I me regardant comme malheureux, témoignant toute mon inquiétude, enviant la sort de eeux que je croyais exempts de croix, ne voyant ni l^ jour ni rheure que j'en serais délivrée
Voilà ce que j'ai pensé, ce que j'ai été, ù mon doux Sauveur t Je redoutais votre croix, et je me eroyaia chrétien ; je fuyais votre croix, et je me disais vatr6 disciple; je voua voyais porter la croix, et je voua la laissais porter tout seul; je savais que m^ péchéa vous en avaient chargé ; et je ne voulais y avoir m* cune part
mon Dieu! je n'ai été chrétien que de num, mais je désire le devenir d'equrit et de ccMir. Oui , mon Sauveur, éclairé de vos lamièrea, aidé de votre grâce, animé par votre exemple, je porterai ma croix comme le signe adorable de mon salut, le caractère sacré des élus, l'héritage qvv^^ nq\^ \siL«H^i.
i9ù LAHS
laissé en mourant le porterai ma croix, oui, ma croix, c'est-à-dire celle que tous m'enverrez, que vous me choisirez, et qui me viendra de votre main. Cette humiliation qui m'arrive, cette p^rte de biens qui m'aflSige, cette disgrâce qui me survient, cette maladie qui me fait languir, en un mot, cette croix que vous m'offrez, je la porterai telle que vous me Traverrez, et autant de temps que vous le voudrez; ce n'est pas k moi k fixer, à régler les moments, ils sont dans les dispositions de votre Providence.
Que dis^e? je ne porterai pas ma croix, mais la vôtre, adOTable Sauveur ; et cette seule pensée que je porte la ctchx de mon Sauveur, de mon Dieu, ne sera-t-elle pas pour moi le plus grand des adoucissements, la plus douce des consolations ? Oui, la croix de mon Dieu, dont je suis chargé, sera, non ma peine, non mon fardeau, non ma confusion , mais mon bonheur, mon mérite et ma gloire ; dès lors je la porterai avec confiance. Je désirerais la porter avec joie ; mais, mon Dieu, vous n'exigez pas la perfection de ce sentiment intime de joie ; je sais même que vous ne condamnez pas la sensibilité intérieure, la répugnance naturelle que nous éprouvons, dès qu'elle est involontaire, que nous la condamnons, que nous la combattons, que nous vous l'offrons. Vous ne demandez pas des cœurs insensibles, mais des cœurs résignés; tel sera le mien, je le promets, je l'espère : je désire de prendre des sentiments encore plus parfaits, et j'irai les puiser, nonseulement au pied de votre croix, mais dans votre cœur.