‹ L'âme élevée à Dieu, par les réflexions et les sentimens: Pour chaque jour du moisChapitre 19 sur 29 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Voici donc sur les peines de cette vie les sentimonts que nous devons prendre :

lo Recevons-les en esprit de soumission, en qualité dtiommes mortels; en esprit de pénitence, en qualité d'hommes pécheurs, en esprit de confiance, en qualité de chrétiens éclairés par la foi.

2*» Prions le Seigneur ou de nous en délivrer, si c'est sa sainte volonté, ou de nous accorder la grâce de les mettre à profit pour une autre vie où il nous appelle.

30 Persuadons-nous bien que Dieu se sert des peines de cette \ie pour nous en détacher ; si malgré les misères qu'elle nous présente nous l'aimons encore, que serait-ce si elle ne nous oiTrait que des douceurs ?

4» Les misères de cette vie nous prépareront insensiblement à la mort; ce sont des annonces continuelles qui nous avertissent; ce sont des dispo* sitions salutaires au dernier sacriOce : bien des liens seront déjà brisés quand la mort viendra couper la urame de aos jours»

tUR LE CALTAinC. 193

Enfin, par les misères passagères de cette vie nous attirerons sur nous les miséricordes étemelles de Tautre. Cessons de nous plaindre; apprenons à nous soumettre, et travaillons à nous sanCL tifier.

Des eroii extraordinaires et plus sensibles qni peuvent arriver dans la vie.

II faut convenir que dans le cours de la vie, outre les afflictions commune^s et ordinaires que la raison peut soutenir, il en arrive quelquefois de si extraordinaires, qu^on a besoin de toute sa religion pour ne pas succomber. 11 y en a de promptes et de subites qui surprennent l'âme et la mettent hors d'état de s'y préparer : il y en a de sensibles, auxquelles on n'aurait jamais dû s'attendre , surtout de la part des personnes de qui elles viennent : il y en a même de si terribles, de si violentes, de si funestes, qu'elles paraissent au-dessus des forces de la nature.

Dans ces circonstances, une âme étonnée , et comme écrasée sous le coup, est en danger de se laisser aller à des sentiments peu conformes à la religion. Ah ! c'en est fait, se dit-on quelquefois dans ces occasions : je ne vis plus : quel sort est le mien ! De quels événements ma vie est-elle remplie ! De quels torrents d*amertume mon âme estelle inondée ! Non, de telles croix n'arrivent qu'à moj; il n'est personne sur \a te;<rt^ Àxsisi^^^^^^^

que je le suis : ma croix est au-dessus depaes forces; j'^D suis aceablée, je ne saurais la port^.

Ah! gardez-voqs, ftme ctirétieifine , détenir pu pareil langage. Voua vous en pren^ k Um ni^mei, vous blasphémez contre sa sagesse, vous attefite^ aux droits de sa providence ; craignez que par la plus juste et la plus terrible des punitions Dieu ne transporte ailleurs sa croix ; mais sachez qu*en transportant ailleurs sa croix^il transporterait aussi ses grâces, et voua ab/^indônherâità vos résistances et à votre mauvais sort. Rentrez donc sans délai dans les voies de la résignation ; soumettez-vous 414X ordres de I4 proYi4jeRpe c|e DJevi, de ppur d'attirer survols d^§ fléaux ençqrp pJHS rejïofit^blfis çje sajqsticp. Vos plaintes ^mères, vos muripures injustes, ne font qu'aigrjr 1j^ plîfîe 4? yotre âme, et vous faire perdre le mérite dp toutes vps pejnejs ; au lieii de vous livrer à ces sentiments coupables (|e la pâture, écoutez la voix de la grâce, et fixités IjBS tfois réflexions suivantes; elles sont solides, elles vous seront salutaires.

Première réflexion, Exam jnez-yous, rentrez sérieusement en vous-même, peut-être avez-vous commis durant votre vie qulque grand péché qui a irrité pieu et vous a attiré sa colère : il vous punit; en pela ipême reconnaissez un efl'et de sa miséricorde, qui aime mieux vous châtier en ce monde que de réserver jes redoutables effets de sa vengeence dans l'autre.

C'est ainsi que, David ayant commis un grand crime. Dieu le frappa d'we manjère terrible, en permettant que tous les malheurs vinssent fondre sur lui : au lieu de se plaindre, il reconnut la jus-

tice ^ la main qui s'appesanlti^sait aor lui, et il la désarma par $a pénitence.

Secqnde réflexion. Peut-être quo ce qui voua arrive est un coup de la grâce powr voua détromper entièrement du mpnde auquel vous .étiez encoce trop attaché. Le Dieu de |)Qnté ay^it di^k mis tQut en c^uyre ppiir vous ramener : vives lumières, b«ns sentiments, saintes inspirations, remords iptérieurs, croix môme et afflictions ordinaires, tout avait été employé, et tout avait été inutile ; il a fallu pa venir à des coups plus seqsibles; sai|s cet événement extraordinaire, sans cette croix plus marquée, jamais vous n'auriez pensé & rompre les liens qui vous attachaient à ce monde pervers, vous auriez vécu dans votre aveuglement, vous y seriez mort ; et Dieu, pour prévenir votce perte et votre malheur éternel, vous a ménagé cette croix sensible : receyez-la de sa main, elle contribuera à votre salut.

C'est ainsi que, tandis que saint Ignace ne pensait qu'à une gloire mondaine, pe se nourrissait qiie de projets d'ambition, se livrait & toutes les idées trompeuses du monde, Dieu le frappa d'un coup imprévu, Tarcéta au milieu de i(a course. Revenu à lui, il se dit à lui-môme : Il est donc vrai que tout n'est que néant et vanité ; que le monde n*est qu'ii^ lusion; qu'il n'y a de solide que ce qui conduit à la vie. Le coup qui le terrassa fut un coup de grAce qui l'éclaira, le toucha et le convertit.

Troisième réflexion. Peut-être enfln que , par un nouveau trait de miséricorde, Dieu vous ménagt cette grande affliction pour vous disposer à quelque grande grôce qu'il vous, prépare, à quelque vue 0pécial0 de providence qu'il % ios i^^si^* ^ c»^a^

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mence par abattre et renverser, pour élever ensuite l'édifice de votre sanctification, afin que vous ne soyez pas alors tenté de vous glorifier de ses dons, et d'en faire l'aliment de votre amour-propre. Il vous afllige, il vous humilie, il vous anéantit; en un Inot, il vous fait part du calice de son amertume pour vous combler de ses dons les plus précieux. Vous regardez comme un malheur ce qui est l'annonce de quelque faveur insigne. Adorez ses desseins, et disposez-vous à une humble et parfaite correspondance; c'est le grand objet qu'il se propose : heureux si vous entrez dans ses vues ! elles sont toutes de miséricorde et de grâce.

C'est ainsi que Joseph fut condamné et comme enseveli dans une prison : qui auraît pensé que la main de Dieu ne le conduisait dans ce sombre cachot que pour l'élever ensuite sur le trône ? Desseins de Dieu, que vous êtes cachés à nos yeux, mais que vous êtes ineffables pour notre salut 1 Frappez donc; coupez, brûlez en ce monde, pour nous rendre plus dignes de l'autre

Et ne pourrait-on pas encore ajouter une quatrième réflexion? Que savez- vous, âme aflligée, si par cette croix si sensible Dieu n'a pas voulu vous préserver de quelque grand crime où vous seriez tombée, et vous tirer de quelque occasion où vous auriez été exposée à Toffenser et à vous perdre ^ Par cette affliction, il vous a soustraite à cette occasion où vous vous seriez engagée, où votre salut aurait été dans le plus grand des dangers. Quoi qu'il en soit et quel que soit le motif, il est évident que Dieu ne peut rien faire ni permettre que pour un bien : un jour il vous dèvotteraY^ toa^vw^ ^^e^

sa grâce, et les vues de sa Providence. S'il vous a conduit sur le Calvaire, ce n'est que dans la vue de vous préparer pour le Ciel.

PRIÈRE

Oui, mon Dieu, je lô reconnais, c'est souvent par un effet de votre grande miséricorde que vous nous envoyez des croix si sensibles, soit pour nous corriger de nos vices, soit pour exercer notre vertu, soit pour nous préserver de plus grands malheurs. C*est ainsi que plusieurs saints ont été mis aux plus grandes épreuves, comme l'or dans le feu, pour les purifier et leur donner plus d'éclat. Après tout. Père céleste I vous avez plus d'affection pour nous, et plus de soin de tout ce qui nous intéresse, que nous n'en avons nous-mêmes. Que nos croix soient grandes ou légères, vous les faites toutes servir à votre gloire et à votre satisfaction; ce sont les perles dont vous voulez former notre couronne, afin que nous nous présentions un jour à vous parés de ces ornements et de tout leur éclat. Soyez donc à jamais béni de tout; c'est Tunique sentiment que les croix, quelles qu'elles soient, produiront désormais dans mon cœur. Daigne votre grâce, qui les a fait naître, les conserver et les augmenter jusqu'au dernier soupir de ma vie !

Sar la crainte de la mort

Les impies et les insensés regardent la mort comme le plus grand des maiheur&\V^ teSkS^ ^^^oi-

IM TÏMS

munes l'envisagent avec soumission h la volonté i* . prême de Dieu, les vrais sages, les âmes ferventes la voient avec joie, la désirent nif me avec une sorte d'empressement et d'ardeur, comme la fin de leur exil, et l'heureux port après une longue et pénible navigation.

Si je n'avais à parler qu'à des âmes coupables - et criminelles, qui vivent dans le péché sans penser h revenir à Dieu, loin de vouloir diminuer la crainte qu'elles peuvent avoir de la mort .j^ leur dirais au contraire : Craignez, tremblez, frémissez sur votre état; le glaive vengeur est peut-t^tre suspendu sur votre tète pour vous frapper; le tombeau va s'outrrir 1001 "Bos pMl poor vflu* eagloutwf -tiM •Ato»- -aitA flf^lbtonaw ytm-va^Êaobk Usvaiia.kiMk!0»

teespiémM et m«]gn)nitK«i,'je leur doit tcoirttit

autre langage, le dis donc :

Ce qui cause ordinairement les vives craintes et les grandes frayeurs dont quelques-uns sont saisis i la pensée de la inOEt, c'est la vue des péchés que l'on a commis ; c'est l'attente formidable des jugements de Dieu que l'on doit subir; c'est l'incertitude du sort éternel qui sera alors déddé pour toujours.

Ces peines ont sans doute de quoi exciter nos craintes, causer nos alarmes; et si on ne s'en servait pas pour se détacher du monde, pour connaître Iç néant des choses humaines, pour déplorer les égarements de sa vie, en un mot', pour se mettre en élat d'aller paraître devant Dieu, cette crainte serait utile et salutaire, et tout chrétien devrait en ^re pénétré. Hais il «nWa »ivm«ga. «ew^m^nut

SUR LE CALYAIRE. iM

timides et timorées portent cette crainte pie la mort à l'excès, ne peilvent y penser saps frémir, se jettent dans des terreurs et des alarme^ qui \^^ mettent hors d'elles-ménies et leur ôtent le moy9n et presque la force d'y réfléchir pquf s'y prépaf jçr-

Eloignons ces idées désolantes pour nous , injurieuses à notre religion ^ outrageantes à la miséricorde dé Dieu. Si , d'up cjSté , la pepsée de la mQrt a de quoi nous effrayer et nous fair^ trembler, 4^ l'^iitre aussi, si nous la considérons dans les vues de la fbi , nous y trouverons , non-seulement de quoi calmer nos vives alarme^ , mais encore de quoi nous soutenir , nous animer , nou^ coqsoler poème ^ la vue de ce dernier passage. Cette pensée m0me, saintement méditée, sera une préparation salutaire à ce grand sacrifice.

Que faut-il donc faire? Le voici. Disposez-vous je plus saintement que vous pourrez à ce moment décisif ; examinez si votre conscience vous reproche quelque chose d'essentiel, et mettez-y ordre sans délai ; si vous avez des doutes, ayez soin 4e les éclajrcir; déplorez vos égarements dans Famertupfie de votre cœur; surtout n'attendez pas à l'extrémité à vous détacher des choses de ce monde : tenez-yous prêt ; vivez chaque jour dans l'attente du dernier des Jours; vous le devez, et votre religion le demande de vous. Hais ensuite , quand la vup de la mort se présentera à vous , résignez-vous avec soumission, ofArez à Dieu le sacrifice de vous-même , tenez-vous dans la dépendance à ses ordres; et après vous être mis , autant qu'il sera en vous, dans ces saintes dispositions, regardez avec mépris toutes les suggestions tùnestes du malin espril. ku^eKi ^<^\iL^\s<>sg4r

ger que les rigifcurs inexocables de la Justice de Dieu, jetez- vous avec conFiance dans le sein de ses miséricordes; cet abandon de vous-même que vous ferez entre ses mains, sera bien plus capable di vous ouvrir son cœur que les sentiments de terreur auxquels vous vous livrez avec défîance. On a vu par expénience que ceux qui ont le plus craint la mort durant la vie , et qui ont tâché de s*y préparer, ont eu ordinairement une mort tranquille et paisible. Ainsi soumission , résignation , abandon , c'est votre partage.

Mais que dis-je? âmes chrétiennes, animées du véritable esprit de la foi , et dès lors âmes généreuses , capables de grands sacrifices quand Dieu les demande, je vous dis à toutes en son nom : Le Ciel est notre patrie, la terre n'est pour nous qu*un exil.

Élevons donc nos pensées et nos espérances audessus de ce monde, de nous-mêmes, et plus encore au-dessus de ces vaines terreurs et de ces excessives alarmes; et quand la mort viendra, allons avec confiance où notre Dieu nous appelle , où tous les saints nous invitent, où nos places marquées nous attendent ; allons joindre ces glorieuses troupes de bienheureux qui sont assis dans le royaume de Dieu avec Abraham, Isaac et Jacob; quittons sans regret cette vallée de larmes, ce misérable séjour des mourants , pour aller, dans la région des vivants, nous rèunir à la compagnie des élus, et jouir, comme nous Tespérons, des immortelles délices. Surtout animons-nous dans la pensée que Jésus notre Libérateur et Sauveur viendra au-devawtde uous^ qu'il a déjà pris en notre nom possession d^VYifeiWA^^ ^v^x-

SUR LE GALVAmB. SOI

nel. C'est là qu'éloignés de tous les dangers d'offenser Dieu, nous le verrons sans nuage, nous Taimerons sans partage, nous le posséderons sans crainte de le perdre jamais.

Nous entrerions , dira-t-on sans doute, nous entrerions bien volontiers et avec joie dans ces doux sentiments, si nous étions assurés d*ètre en bon état, et de mourir dans la grâce de Dieu; mais, hélas! nous savons que nous avons péché, et nous ignorons si nos péchés nous ont été pardonnes : dans cette incertitude, comment ne pas craindre?

Aussi n'ai-je pas dit de bannir toute crainte ; craignez à la bonne heure d'une crainte raisonnable et chrétienne, qui humilie l'esprit, qui touche le cœur, qui excite à la vigilance; mais ne donnez pas dans les excès de cette crainte païenne qui trouble, qui alarme, qui jetterait dans le désespoir. Car enGn ces frayeurs excessives et accablantes vous préparentelles à la mort? disposent-elles votre cœur au dernier sacrifice ? honorent-elles l'Etre suprême, maître de vos jours? sont-elles capables d'attirer sur vous Tabondance de ses grâces? et si ces alarmes vous accompagnent jusqu'au dernier moment , que déviendrez-vous? EnGn n'oubliez jamais qu'un seul acte de résignation plein de conûance aux mérites de Jésus-Christ, vaut mieux devant Dieu que cent craintes stériles et mille excessives alarmes : aimez Dieu, et la mort ne sera pour vous qu'un passage à la vie véritable.

Jésus-Christ est mort pour vous, espérez de vivre à jamais avec lui.

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