‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiment pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 33 sur 95 · RE II TS · texte numérisé non relu

RE II TS

tout, quand nous avons tout à craindre ; semblables à ces infortunées victimes qu’on conduit à l'autel, qui ne savent craindre la mort qui les menace, que lorsqu’ellessentent le coup qui les frappe.

20 Nous mourrons tous. Formés de la même boue, nous tendons tous à la même fin ; la mort nous citera tous à son tribunal, et nous appellera tous par notre nom; vous tel Jour, voustel autre; vous telle année, vous la suivante ; vous demain, vous peut-être aujourd’hui. Dansun nombre d’années il y aura dans les villes des hommes nouveaux ; dans les maisons, de nouveaux habitants, dans ce monde, un monde nouveau ; ceux qui l’habiteront diront alors ce que nous disons au— jourd’hui : nous mourrons tous. On viendra méditer sur notre tombeau ; on fera sur nous les mémes réflexions que nous faisons sur les autres : les fera-t-on avec plus de fruit ? en deviendra-t-on plus chrétien ? Selon les apparences, il en sera d'eux comme de nous. On entendra ces vérités, on en sera touché ; on fera des résolutions et des propos ; après quoi on se retirera, onse dissipera : de nouvelles idées effaceront ces idées salutaires ; et quand la mort viendra, on sera presque aussi surpris, que si jamais on n’en avait entendu parler de la vie.

3° La mort renversera tous nos projets, et dissipera toutes nos pensées ; car voilà où nous en sommes ; dans nous tout est projet ; ous en

formons un ; un autre le suit de pres ; un troisième lui succède bientôt ; la mort en forme un quatrième tout opposé , et les renverse tous à l’in- . stant. Ce jeune homme à la fleur de son âge n’a l'imagination remplie que de jeux, de divertissements, de plaisirs ; il voit s'ouvrir devant lui une carrière immense : la mort le laisse avancer quelques pas : et fondant tout à coup sur lui, elle l’arrête au commencement de sa course, et par une fin imprévue, peut-être tragique, elle porte la consternation dans ceux de son âge, tout effrayés d'entendre dire : un tel est mort , quand ils pensaient à nouer une partie de plaisir avec lui. Et vous, personne mondaine, tout occupée de vousmême, du monde, d’ornements, de parures, que faites-vous ? vous parez la victime ; la mort est prête à l’immoler. Vous vous contemplez dar: le miroir que vous présente la vanité, et vous ne voyez pas derrière vous la mort qui vous menace: elle tient le trait vengeur suspendu ; elle attend que la victime soit parée pour l’immoler ; et au milieu de cet étalage de vanité, de mondanité cette victime va tomber toute tremblante, toute palpitante.

O hommes ! quel aveuglement est le nôtre ? nous concevons que notre vie n’est qu’un souffle ; et sur un fondement si fragile, nous voulons élever des édifices immenses. Nous portons nos vues bien loin au dela de nous, au dessus de nous; et

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nous ne voyons pas le tombeau qui s'ouvre sous nos pieds. Hélas! ne formons-nous des projets que pour les voir renversés ? n’ourdissons-nous une trame que pour la voir coupée? Nous nous repaissons d'idées flatteuses, d'objets chimériques ; toute notre vie se passe en projets, et quand il faudra sortir de ce monde, nous aurons encore entre les mains les vues, les projets, les desirs du temps. Quels préparatifs pour l’éternité !

4° La mort nous dépouillera de tout, honneurs, richesses, plaisirs, emplois, dignités, amis, liaisons ; il faudra tout quitter. Tout homme se trouvera réduit aux termes du prophète Job, et pourra s’écrier avec lui : de tout ce que j'avais sur la terre, il ne me reste que le tombeau pour partage ; et solum mihi superest sepulcrum ‘. Pour tout le reste, il faudra dire et prononcer cette parole triste et lugubre, je laise je laisse... Ah! dites plutôt, on m’enlève, onm’arrache. Il faut tout quitter, et tout quitter sans délai, et tout quitter sans partage, et tout quitter sans retour. La bière et le tombeau, les vers et les cendres, c’est tout ce qui nous reste, e{ solum superest sepulcrum. Hommes insensés! était-ce donc pour cela qu'il fallait former dans le fond du cœur tant de desirset tant dé projets : dans le sein des familles, se livrer à tant de sollicitudes et de soins ; dans le sein des

1 Job. 17.

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états, allumer tant de gucrres, livrer tant de combats, répandre tant desang, désoler, ravager tant de provinces et de nations? à quel terme tout cela devait-il aboutir un jour? ou plutôt dans quel abime, dans quel gouffre tout cela devait-il être englouti à jamais?

5° Enfin, la mort décidera de tout pour tou— jours. - L'arbre tombera un jour, et il tombera a droite ou à gauche, selon la pente qu’il aura prise durant la vie: voila notre image. Toute l’éternité nous serons ce que nous aurons été au moment de la mort. Mourons-nous en état de grâce? notre sortest fixé; nous voilà heureux pour toujours. Mourons-nous en état de péché? notre malheur est assuré, et l’est à jamais. La mort n’est qu’un moment, et ce moment fatal décide d’une éternité. O moment ! moment terrible ! qui pourra balancer ton poids? qui pourra mesurer ta durée? qui pourra peser tes conséquences terribles ?

O mort ! disait le Prophète, que ta balance est équitable ! que ton jugement est solide, et tes conseils salutaires ! O mors ! bonum est judicium tuum'. Eh! qui est-ce en effet, s’il méditait ces grandes vérités, qui pourrait résister à leur force ? Si on pensait sérieusement que l'on doit mourir, qui est-ce qui s’attacherait si follement àla vie? qui est-ce qui se nourrirait de projets, d'idées, l’illu-

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sions, s'il entendait la voix de la mort qui lui crie que tout n’est que néant et que vanité ? qui est-ce qui s’attacherait si éperdument aux biens de la terre qui vont disparaitre, au préjudice des biens éternels qui nous sont préparés ? Qui est-ce au contraire qui ne se dirait pas à lui-même : puisque je dois mourir un jour et tout quitter à la mort, pourquoi ne pas m'y préparer en me détachant de tout? On regarderait chaque jour comme pouvant être le dernier des jours. On ferait chaque action comme pouvant être la dernière action de la vie. On approcherait du sacré tribunal comme allaut au tribunal de Dieu même. On recevrait le Saint des saints comme on recevra un jour le viatique pour l’éternité, et comme la vie n’est qu’une mort continuelle, toute la vie ne serait

-qu'une continuelle préparation à la mort, Ainsi

tâcherait-on de vivre de la vie des justes, pour mourir de la mort des saints, et pour vivre à jamais de la vie des élus. Moriatur anima mea morte justorum !. |

1 Num. 3.

MÉDITATION

Sur ces paroles de saint Paul : Quotidie morior ! : Je meurs chaque jour.

Combien de vérités importantes sont renfermécs + dans ces deux grandes paroles ? combien de morts anticipées doivent préparer cette dernière mort, cette mort absolue qui terminera un jour notre course ?

Dieu vivant ! puisque je dois mourir un jour, faites que toute ma vie soit une continuelle préparation à la mort. Vous m’avertissez vous-même de me tenir toujours prêt, parce queje ne sais ni le jour ni l’heure, et que la mort peut venir me surprendre à tous les instants.

__ 19 Je meurs tous les jours. Hélas! à combien de choses ne suis-je pas déjà mort ? Ne suis-

Je pas mort à toutes les années de ma vie passée ?

elles se sont écoulées; elles ont passé comme un songe ; elles sont passées pour ne revenir jamais. Le

reste demes jours s’écoulera de même insensible- . !

ment : J’avance dans ma course, et je me vois mourir chaque jour sans que j’y fasse attention ; je me trouverai à la dernière heure presque sans y avoir pensé et m'en être aperçu.

i Cor. 15.

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2° Je meurs tous les jours , et tous les jours je perds quelque chose de mon être et de ce qui compose le cours de ma vie. Je sens que tout

juolidie À dépérit peu à peu ; mon esprit baisse , ma mé- UT, moire se perd, mes yeux s’affaiblissent, mes forces diminuent , toute la machine se dément renfermécs À et menace ruine ; tout cela autant d'annonces de n de morts % mort , autant de morts en détail qui préparent ière mort, au dernier sacrifice , et ne permettent pas de le jour notre ! perdre de vue. : pi ornés 1 3° Je meurs chaque jour : j’ai déjà fait une run jour, À grande partie du chemin , incertain de ce qui uelle pré- m en reste. Je vis aujourd hui ; le lendemain otiniline n’est point à moi. Je respire en ce moment; à

» ne sais ni

| {peine suis-Je assuré de voir le moment suivant. 1 Cette incertitude même continuelle de la vie | |

venir me

{n'est-elle pas une espè’e de mort ? Dans cet là com- { état > à quoi peut-on tenir ? peut-on avoir des 9 Ne suis- ® vues , méditer des desseins, former des projets e passée? Je n’en forme qu’un seul ; c’est de penser à la ina din Mort, de m’y préparer , et même de me tenir mais. Le @ Prêt à tous les instants. Quand le dernier viennsensible- M dra , sera-t-il temps de le faire ? vaio. 4% Je meurs tous les jours à tout ce qui se

passe , à tout ce qui m'arrive d’affligeant ou de consolant. Le temps qui consume tout , ne nous enlève-t-il pas indifféremment et les biens et les maux ? qu’y a-t-il de durable et de constant en ce monde? quand nous avons des chagrins,

n; je me ns y avoir

disons : ils finiront bientôt ; pourquoi nous tant affliger ? quand nousavons quelque consolation , disons : demain peut-être nous n’en jouirons plus; pourquoi nous y livrer ? Quelle folie de s'attacher à ce qui, malgré moi, dans quelque temps ne sera plus! et quel plus haut point de sagesse , que de ne faire aucun fond sur tout ce qui n’a aucun fondement assuré ! Dieu seul est immuable et le bien permanent ; c’est là, Ô'mon âme ! et là uniquement qu’il faut s’attacher ; la mort ne saurait l’enlever.

59 Je meurs tous les jours, c’est à dire,

jeromps chaque jour quelqu’une des chaines # $ n’ai dé | des jo

qui m’attachaient à la vie. Quand la mort nous trouve attachés par mille liens , des biens , des honneurs , des parents , des amis , des projets,

des espérances ; et que tout acoup il faut rom- |

pre toutes ces chaînes , quelle violence ! quelle

douleur ! Pour les prévenir , je me dégage tous |

les jours volontairement moi-même , prévenant, tant qu’ilest en moi , l’ouvrage de la mort ; afin que, quand elle viendra, elle ne trouve plus rien à faire dans moi que de séparer mon âme d'avec mon corps , et la remettre paisiblement dans les mains de son Créateur.

69 Je meurs tous les jours en ce que je me considère comme déja mort. Une âme résolue à ne plus vivre que pour Dieu seul, ne doit point avoir de part à la vie de ce monde,

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que je me ne résolue , ne doit e monde ,

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uon plus que les morts qui sont déjà dans le tombeau. Il n’y a plus pour .elle ni plaisir , ni honneur , ni intérêts. On la foulerait aux pieds comme les morts , qu’elle ne dirait rien et paraitrait insensible. Ce n’est plus pour elle qu’indifférence , que dégoût , que langueur. Le cœur est comme mort à tout ce qui ne le touche plus.

7 Je meurs tous les jours. Hé ! comment pourrais-je souhaiter de rester plus longtemps en ce monde ? que puis-je avoir à y desirer et à y regretter ? le nombre de mes péchés n'est-il pas assez grand ? le compte que j'aurai à rendre ne

À sera-t-il pas assez rigoureux ? O mon Dieu ! je | n’ai déjà que trop abusé de vos grâces , abusé « des jours et du temps que vous m’aviez donnés :

heureux si j'étais mort dans certain temps ; je serais bien plus disposé à paraitre devant vous : et d’ailleurs quand J'aurais encore vécu plus longtemps , ne faudra-t-il pas toujours en venir à ce terme, avec plus de peine, de péchés et de crainte ? La mort, pour être différée, en est-elle moins une mort ? Mille ans sont à vos yeux, Ô mon Dieu ! comme le jour d’hier qui n’est plus, ou comme s’il n’avait jamais été; il n'en reste que les regrets.

8° Je meurstous les jours : heureux si enfin Je puis finir ma course dans votre grâce, terminer mes jours dans votre saint amour ; mourir enfin de la mort des justes ! je ne desire plus vivre que

pour cela? je n’aspire plus qu’à cet heureux terme. Je vais travailler de tout moi-même, donner tous mes soins à ce grand ouvrage de tous les temps, à cette mort, journalière et continuelle , à moi-même et à tout.

Quelle douceur , d mon âme ! quelle profonde paix ! que la mort sera tranquille si vous vous y disposez par ces sentiments, et si vous pouvez dire sincérement avec l’Apôtre: « Quotidie morior ! » Oui, tous les jours je connais de plus en plus le néant du monde : tous les jours je me détache des créatu-

res, tous les jours je brise quelque lien de mon : cœur , tous les jours je combats quelque vice ou |

quelque défaut : tous les jours je tâche de mou-

rir à quelque chose, et je desire de mourir à

tout. O l’heureuse vie que cette mort coritinuelle !

qu’elle est sainte ! qu’elle est méritoire pour !

nous ! qu’elle est agréable à Dieu! qu’elle nous prépare bien saintement à cette mort absolue qu’il faudra subir un jour ! qu’ellé nous dispose bien efficacement à cette vie immortelle et durable que nous espérons : mourons tous les jours de la mort des saints , pour vivre un jour de la vie des élus.

Mourir ou souffrir, disaitune grande sainte !; ne pas mourir, mais souffrir, s’écriait une autre ?.

'‘ Sainte Thérèse, — ? Sainte Magdeleine de Pazzi.

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Desirons de tout réunir ; souffrir et mourir , vivre et mourir en souffrant.

Il est vrai, à mon ‘âme ! cette mort continuelleest triste et pénible à la nature. On ne meurt pas sans peine et sans qu’il en coûte ; armonsnous d’une sainte confiance, ranimons notre courage et notre constance. C’est pour Dieu que nous mourons ; c’est pour vivre à Jamais que nous mourons chaque jour ; c’esten union de la mort et du sacrifice de Jésus-Christ que nous offrons notre mort et notre sacrifice. Après tout, quelque longue, quelque triste, quelque affligeante que puisse être cette mort journalière, la grâce en teinpèrera les amertumes, l’espérance en adoucira

| les rigueurs, la récompense en couronnera des

: travaux. «

PRIÈRE

Il est donc vrai, à mon Dieu! que cette mort qui m'est réservée à la fin de mes jours, n’est pas la seule que je dois subir. Chaque jour j’éprouve une mort qui est le commencement et l'annonce de cette mort totale qui finira ma carrière. Hélas ! nous disons : nous mourrons un jour ; et nous ne voyons pas que nous mourons à tous les instants. Nous pensons vivre, et nous ne faisons que mourir ; la mort fait chaque jour en nous son ouvrage, et nous ne pensons pas à faire dans nous l'ouvrage de Dieu.

end 2 md D en Mn me en Dee de

Vous qui êtes la vie véritable , recevez des à présent l'hommage que je vous fais de mes jours : vivez en moi ; détachez-moi de tout ce qui doit finir ; présentez-moi sans cesse cette mort, qui m'’arrache à chaque instant quelque portion de mon être. Je meurs chaque jour ; à quoi m’attacher en ce monde ? Je meurs chaquejour; pourquoi ne pas me préparer chaque jour à la mort ? Un jour on dira de moi, il est mort. Je dois me dire, je meurs à chaque moment ; et puisque je perds insensiblement cette vie mortelle qui m'est ravie, rendez-moi digne de cette vie immuable qui m'est destinée.

PRATIQUE

1° J’offrirai chaque jour le sacrifice de ma vie à Dieu.

29 Je regarderai les maladies et les infirmités qu'il m'enverra, comme autant d’avis salutaires qu’il me donne, et de moyens de me préparer à la mort. ,

30 J’unirai le sacrifice de ma vie à celui de Jésus-Christ sur la croix.

4 J’approcherai souvent des sacrements , pour n'être jamais surpris de la mort.

50 Je regarderai chaque jour comme pouvant être le dernier de mes jours.

6° Je me souviendrai qu’en qualité de chrétien, je dois être mort au monde et à tout.

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