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fuir. Miséricorde divine ! est-il encore des grâces dans vos trésors? Elle ne se lasse point ; et si le pécheur , comme un autre Jonas , s’enfuit devant Dieu, Dieu le poursuivra avec empressement dans sa fuite. Rappelez , pécheur infidèle, ce qui s’est passé où ce qui se passe peut-être encore dans vous après votre péché. N’est-il pas vrai que Dieu vous poursuit sans cesse ; qu’il se présente partout à vous, et qu’il prend occasion'de tout pour vous parler au cœur ? Vous arrive-t-il quel: que disgrâce? Dieu se trouve auprès de vous pour vous faire entendre que la source de vos malheurs est au dedans de vous-même, et que vous serez malheureux tant que vous serez criminel. Êtes-vous tombé dans quelque maladie ? voilà aussitôt votre Dieu comme au chevet de votre lit, pour vous avertir que votre âme est dans un état plus triste encore que votre corps. Allez: vous prendre votre repos? voilà encore votre Dieu qui voussuit, pour vous représenter que votre conscience n'est pas en repos elle-même, et que s’il survenait quelque funeste accident, vous ne seriez exposé à rien moins qu’à être transporté du lit dans le tombeau , et du tombeau peut-être dans les enfers. Ilira, ce Dieu de bonté, vous solliciter jusque dans les endroits où vous l’attendiez le moins , et où vous vous croyiez le plus à couvert de ses poursuites : ilira jusque dans
ces parties de plaisir, et il les détrempera d’amertumes ; jusque dans ces assemblées mondaines, et là même il vous fera éprouver des moments de dégoût et de chagrin, et vous vous trouverez tout inquiet : on vous en demandera la raison; vous la sentirez vivement , et vous ne pourrez la donner; vous aurez le cœur flétri sans savoir pourquoi; les yeux égarés sans savoir sur quoi ; l’esprit abstrait et occupé ailleurs sans savoir de quoi : dans tout cela vous ne trouverez peut-être qu'un effet naturel de ces moments de mélancolie, où l'on se trouve quelquefois sans savoir pourquoi, ni comment; et moi je n’y trouve qu’un effet de la miséricorde de Dieu, qui vous dégoûte de tout pour vous ramener.
Que si les voies de douceur ne suffisent pas pour vous faire rentrer dans les sentiers du salut , votre Dieu vous aime assez pour en venir aux voies de rigueur : c’est à dire que plutôt que d'abandonner le pécheur à lui-même, Dieu emploiera les menaces les plusterribles. Il présentera aux yeux du coupable tout ce qu’il y a de plus effrayant. dans la religion , les horreurs d’une mort toujours prête à l’enlever de ce monde; les terreurs d’un jugement toujours suspendu sur sa tête ; les abimes d’une éternité ouverts sous ses pieds pour l’engloutir à jamais : quels spectacles de terreur et d’effroi! Mais nous connaissons votre
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cœur, Ô mon Dieu! s’écrie le prophète, et nous savons que dans le fort même de votre colère vous n'oubliez pas votre miséricorde : cum iratus fueris, misericordiæ recordaberis !. Vas menaces mêmes en sont une nouvelle preuve, puisque vous ne nous menacez que pour nous épargner. Il me semble que je vois une tendre mère qui fait peur à son enfant qui s'éloigne d’elle , afin que cet enfant effrayé vienne se jeter entre ses bras. Cependant telle est quelquefois l’insensibilité et l’obstination du pécheur, qu’il résiste à tout : invitations , sollicitations , promesses, menaces , rien ne le touche : on le dirait tombé dans une espèce de léthargie d’autant plus funeste, qu’il semble aimer son étatet ne rien tant craindre que d’en sortir. Miséricorde de mon Dieu! vos trésors sont-ils enfin épuisés? Non : il lui reste encore une dernière ressource : elle attendra le pécheur malgré son obstination et ses délais, et par ce prodige de patience, elle comblera tous les autres prodiges de sa bonté. Dieu par ce délai veut donner au pécheur le temps et les moyens de se reconnaître. Il sait bien quele fort de la passion n’est guère le temps de parler de réconciliation : mais quand le feu de cette passion sera ralenti, le cœur sera alors plus en état de rentrer en lui-
1 Habac. 3.
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