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même, et l'esprit plus disposé à se prêter aux réflexions salutaires. Sait-on , dit ce Dieu de bonté, si le temps n’amènera pasun jour ce qu’on ne saurait attendre à présent de la réflexion ? Si jene me lasse pas de l’attendre , il se lassera lui-même de me fuir : il m’a coûté tant de sang et de grâces, n’aurais-je' pas quelque regret à le perdre.
Patience d’autant plus admirable qu’elle se trouve dans un Dieu offensé, et dans un Dieu qui aen main de quoi se venge ! Patience d'autant plus ineffable , que souvent les pécheurs en abusent, et tournent contre Dieu les dons de Dieu
Patience d’autant plus ineffable envers certains pécheurs , que Dieu n’en a pas usé de même envers tant d’autres qui ont été enbitament enlevés de ce monde!
De quels sentiments devons-nous être pénétrés à la vue des miséricordes dont il a usé envers nous? car enfin Dieu pouvoit noustraiter comme il les a traités : nous étions ce qu’ils étaient, et nous mériterions d’être ce qu’ils sont. Cependant quelle différence de leur sort et du nôtre! Ils sont morts, et nous respirons encore; ils subissent l’arrêt de leur condamnation dans l’enfer , et nous espérons encore une place dans le ciel; ils maudissent les rigueurs de la justice de Dieu , et nous sommes encore en état de bénir ses miséricordes :
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eu , et nous séricordes :
misericordias Domini in œternum cantab .
O ‘bonté de mon Dieu! qu’ai-je donc fait pour mériter ces faveurs? Mais est-ce dans moi qu'il en faut chercher les motifs ? Votre miséricorde ne les trouve-t-elle pas dans elle-mème, et dans le plaisir de sauver des malheureux et de pardonner des coupables. Aussi le sentiment de vos bontés sera-t-il à jamais gravé dans mon cœur. Je sais que le grand moyen de reconnaitre cette miséricorde , c’est de nous en former une grande idée, et de nous bien persuader que eomme elle est au dessus de tous nos éloges, quelque magnifiques qu'ils soient , elle est encore infiniment au dessus de tous nos péchés, quelque énormes qu’ils puissent être. Miséricorde de mon Dieu ! que ma main droite soit mise dans un éternel oubli, si jamais elleoublie vos bienfaits ; que ma langue desséchée s'attache à mon paluis, si elle cesse jamais de publier vos éloges. Malheur , ah ! malheur à moi, si ces sentiments s’éloignent jamais de mon cœur ! Je mériterais de n’avoir plus de part dans le votre. Que je cesse mille fois de vivre plutôt que de ne pas vivre pour vous.
! Ps. 88.
MÉDITATION
Sur le méme sujet.
Quelque inaccessible que soit votre miséricorde à mon Dieu ! envers le pécheur qui s’éloigne malheureusement de vous par le péché, peut-être l'est-elle encore infiniment davantage envers le pécheur qui revient sincèrement à vous par la pénitence.
Vous le recevez avec une nouvelle tendresse, qui lui ouvre tous les sentiments de votre cœur.
Vous le recevez avec une nouvelle libéralité, qui lui ouvre tous les trésors de la grâce.
Dieu de bonté ! ce n'est pas dans les autres que je dois en chercher la preuve, jela trouve # dans moi-même, ou plutôt dans la bonté infinie # avec laquelle vous m’avez reçu , quand éclairé, £ touché de votre grâce, j'ai enfin pensé à revenir | à vous. Que ne puis-je faire connaitre à tout l univers les prodiges de votre miséricorde envers |
moi, et engager tous les pécheurs à à venir se jeter | km ses bras !
PREMIER POINT
Il semble d’abord qu'après le péché, Dieu ne devrait avoir pour le pécheur que des sentiments
re miséricorde s'éloigne malhé, peut-être age envers le vous par la
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d’indignation et de haine ; l'abandonner à son sens réprouvé , ou du moins paraître indifférent à sa perte : mais c’est là bien peu vous connaitre ? à mon Dieu ! ou plutôt n'est-ce pas absolument vous méconnaitre ? J’entre dans le sein de vos miséricordes , et au lieu de ces sentiments de vengeance et de haine , je ne trouve que des pensées de douceur et de paix. Eh ! comment pourrait-il se faire , à mon Dieu ! que vous qui avez poursuivi le pécheur avec tant d’empresse-
M ment dans sa fuite , ne le recussiez pas avec ten- &) dresse dans son retour ? que vous qui l’appeliez lle libéralité,
lorsqu'il vous évitait , le rejetassiez à présent qu’il revient à vous ? que vous qui jetiez sur lui des regards de compassion lorsqu'il vous outrageait , le regardassiez avec indifférence , lorsqu'il vient se jeter entre vos bras ? Ah ! que ces sentiments sont éloignés de votre cœur ! Quels prodiges de miséricorde au contraire ne nous avez-vous pas présentés dans une Madeleine pénitente, dans un publicain humilié , dans une Samaritaine touchée de la grâce; mais surtout dans cette parabole toute divine de l’enfant prodigue, où vous avez daigné vous-même nous tracer votre portrait, nous ouvrir votre cœur, et nous en montrer tous les sentiments? puis-je ici me la rappeler , et la méditer sans admiration, et sans en être touché ?
Ce fils ingrat, ennuyé de la maison paternelle,
186 l'AMF.
demande la portion de son héritage : il est assez malheureux pour l'obtenir ; bientôt il l’a dissipée. Alors , se voyant réduit à la plus affreuse misère, il rentre en lui-même , et prend la résolution de revenir dans la maison paternelle. Ce tendre père , qui le regrettait , qui l’attendait toujours, portait souvent ses regards sur le chemin par où son fils pouvoit revenir :ille voit enfin; son cœur est ému, mais , hélas ! de quels sentiments ! N'est-il point ému de colère et d'indignation ! Ces sentiments seraient justes ; mais ce ne sont pas ceux de la miséricorde, et des lors ce ne sont pas les siens. Il est ému de compassion; à la compassion succède la tendresse; à latendresse succède la joie, et la joie va bientôt jusqu’au trausport. Sans attendre que ce fils confus et interdit vienne se jeter à ses pieds , il court lui-même au devant de lui , il l’embrasse tendrement , il le serre sur sa poitrine, il répand plus de larmes de Joie que la douleur n’en fait répandre à ce fils pénitent ; la raison qu’il en donne est bien digne d’un si bon père : mon fils était perdu, et je l’ai retrouvé : ilétait mort, et le voilà ressuscité : il veut qu’on s’en réjouisse avec lui, qu’on en fasse une espèce de fête, et que tous de concert témoignent son allégresse.
Non, mon Dieu ! ce n’est point seulement l’image d’un tendre père qui nous est ici tracée,
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| c'est vous-même, c’est votre cœur ; et n’est-ce pas ainsi , et avec cette ineffable bonté que vous regardez , que vous pardonnez au pécheur sin— cèrement pénitent , sans lui faire acheter son pardon par de longs délais ; sans lui faire essuyer des reproches amers ; sans garder sur le cœur ni ressentiment ni aigreur ; mais ensevelissant le passé dans un éternel oubli, du moment qu’il est détesté ? Oui, Dieu des miséricordes ! si nous revenons bien sincèrement à vous , à la première larme qui coulera de nos yeux, au premier soupir qui sortira de notre bouche, au premier sentiment de componction qui se formera dans notre cœur, votre colère s’apaisera, votre cœur s'ouvrira, les armes vous tomberont des mains; et au lieu des éclairs et des foudres dont elles étaient armées pour nous perdre, elles ne verseront sur nous qu’une douce rosée pour nous consoler. Bonté divine ! tendresse ineffable ! peut-on vous connaître sans vous adorer , sans vous admirer , et plus encore sans vous aimer ?
SECOND POINT
Vous portez encore plus loin vos prodiges envers le pécheur pénitent , 6Ô mon Dieu ! vous le recevez avec une libéralité qui va jusqu'a une espece de profusion de vos grâces, vous lui en
ouvrez tous les trésors, Et c’est ici une pensée bien glorieuse pour vous, et bien consolante pour nous : c’est que durant le cours de votre vie mortelle vous semblez avoir eu une espèce de prédilection pour les pécheurs convertis; si vous | avez eu des distinctions privilégiées , c’est surtout à eux que vous les avez accordées. Je vois une! Madeleine qui autrefois a été le scandale de tout ! Israel ; mais elle-est convertie? vous en faites ! une amante parfaite, et vous la proposez comme le modèle de la pénitence à tout l’univers. Je! vois un saint Pierre qui a eu le malheur de re-} noncer à son divin Maître : hélas ! un si grand crime ne le rendra-t-il pas à jamais indigne de vos faveurs? Non, sans doute , Ô mon Dieu !
vous jetez sur lui un de vos regards , vous voyez | couler les larmes de ses yeux ; à l'instant il ren- ? tre dans votre cœur, vous le choisissez pour en faire ! votre vicaire en terre , et le chef visible de votre Eglise. Le bon larron semble insulter à votre | douleur, et à votre-mortsur ia croix ; quel crime ! ! quelle horreur ! Mais le bon larron a-t-il donné ! une marque sincère de pénitence ? aussitôt il est | pardonné. Vous portez sur lui l'arrêt de sa justification, et vous le signez de votre sang même : Hodie mecum eris in paradiso !
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Ainsi, Dieu des miséricordes, vous plaisezvous à combler les pécheurs pénitents de vos bienfaits. Vous ne leur laissez d'autre regret que celui de vous avoir offensé, d’autre desir que celui de vous plaire , d’autres chaînes que celles de vatre amour. En ce point qu’ai-je besoin de chercher ailleurs des exemples? n’en ai-je pas un dans moi-même? Quand je rappelle ces jours heureux où , touché de votre grâce, j’ai eu le bonheur de penser à vous, de revenir à vous, où j’ai déchargé ma conscience du pesant fardeau dont elle était accablée, qu’ai-je éprouvé alors? que douceur et que paix : si J'ai versé des larmes, qu’étaient-ce? que des larmes de joie ! N’ai-je pas regardé ce jour comme le plus beau et le plus consolant des jours dema vie. Ainsi, à mon Dieu! s'accomplit à la lettre l’oracle de votre apôtre, que plus le pécheur a eu de malice, plusle Seigneur a eu de bonté; que l’abime des miséricordes, et que l’abondance des péchés a été suivie d’une surabondance de grâces : wbi abundavit peccatum, superabundavit gratia ".
Mais ici, d mon Dieu ! peut-on assez déplorer, assez détester le malheur , l’aveuglement et le
crime de ceux qui abusent de votre miséricorde,
et qui de leur confiance en votre bonté prennent
Tim, 1,
occasion de se rassurer dans leurs crimes? Monstres d’ingratitude, qui tournent les bienfaits en affronts , et le remède en poison! monstres de libertinage et d’impiété, qui ne continuent d’être méchants, que parce que vous ne cessez pas | d’être bon ! monstres d’exécration et d’horreur, ! qui sous prétexte d’une pénitence fausse et chimé:- | rique , se précipitent dans une impénitence vé. |
ritable et réelle ! Qu’est-ce que l’homme? quelle À
est la malice, la dépravation déplorable du cœur # humain, de faire un prétexte de persévérance M dans le péché, de ce qui devrait être le plus! grand motif de la conversion !
PRIÈRE
O mon Dieu ! j'aurai bien d’autres péchés à dé- | plorer ; mais jamais je n’aurai à me reprocher le! crime ni d’oublier vos bontés, ni d’abuser de! votre miséricorde. Sans elle je serais perdu ; { actuellement je serais dans le fond des abimes, et { livré à la rigueur de vos vengeances. Votre miséricorde m'en a préservé; c’est plus que de m’en ? avoir retiré? éternellement: je l’adorerai, je lPad-} mirerai, je la bénirai. Ces sentiments seront toute ma vie gravés dans mon cœur : puissent- | ils être la règle de ma conduite jusqu’à ma mort! et le sujet de mes louanges durant toute l’éter-
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crimes ? Mons- 8 bienfaits en | monstres de ntinuent d’être
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nité! Entrant dans les sentiments du prophète, je me regarderai à jamais comme le monument et le témoignage sensible de vos miséricordes, que vous avez fait éclater dans moi pour montrer combien vous êtes bon, et jusqu'à quel point vous portez vos bienfaits envers les pécheurs. S'ils connaissaient votre cœur, ne viendraient-ils pas tous se jeter.avec confiance entre vos bras, comme autant /d’enfants-prodigues dans le sein du plus tendre des pères?
Je viens m'y jeter en ce moment : daignez encore me recevoir, et m'y conserver jusqu'au dernier de mes jours. ,
PRATIQUES
10 Penser souvent que labus des miséricordes est le plus grand des crimes , parce qu’il blesse Dieu dans le fond de son cœur.
20 Former souvent des actes de contrition sur l'abus qu’on a fait de ses miséricordes durant le cours de la vie.
30 Recevoir tout ce qui arrive comme un effet des miséricordes de Dieu, qui punit en ce monde pour sauver dans l’autre.
4° Se souvenir que la miséricorde dont on aura abusé, se changera un jour en justice et en
vengeance ; et que le jugement le plus redoutable, sera celui de l’abus qu’on aura fait de cette iniséricorde,
ÉLEVÉE A DIEU. 193 lus redouta- \ fait de cette