‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiment pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 53 sur 95 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

Sur les voies de Dieu dans la conduite des âmes.

Toutes les voies du Seigneur, disait le Prophète, ne sont que miséricorde et que vérité; untversæ viæ Domini misericordia et veritas ‘ :

aussi lemême prophète demandait-il instamment à Dieu de lui faire connaitre la sainteté de ses voies : vias, tuas Domine , demonstra mihi *. Faisons la même prière; si Dieu daigne l’exaucer, ce sera une grâce qui deviendra pour nous la source de mille autres grâces.

1° Rien de si grand, de si saint , de si admirable que les voies de Dieu sur les âmes , et le chemin par lequel il les conduit pour les faire arriver à leur fin.

Admirables par leur sainteté; la sainteté même de Dieu en est le p. incipe, le modele et le terme.

Admirables par leur sublimité ; qu’elles sont élevées ! qu’elles sont ineffables! autant que le ciel est élevé au dessus de la terre, autant les

* Psalm. 24. — ? Ibid.

voies de Dieu sont-elles élevées au dessus de celles des hommes.

Admirables par leur incompréhensibilité , Dieu seul peut en concevoir la hauteur, la profondeur, l'étendue.

Admirables par la variété, Dieu a une infinité de voies différentes pour conduire les âmes , les conduisant néanmoins toutes au même terme, faisant admirer en cela l'abondance et la variété de ses dons. |

Admirables par les grâces qu'elles attirent, par les effets qu’elles produisent, par les délices

qu'elles renferment , par les prodiges qu'elles opè- ! rent. Ah! si on pouvait voir ce que Dieu opèreet À produit dans une âme ! non, je ne crains pas de le # dire ; Dieu est grand dans la beauté, l’ordre , la À magnificence de ce monde visible; mais ilest en- # core plus grand et plus adorable dans la conduite M d’une âme que dans la conduite de cet univers. *

20 Parmi les voies générales de Dieu sur les

âmes, chaque âme en particulier a la sienne, À

par laquelle Dieu veut la conduire, et daus À laquelle elle doit marcher pour aller au ciel ; c’est À la trace qui lui est marquée, c’est le chemin qui # lui est ouvert : chacun a le sien ; l’un est con-X duit par celui-ci, l’autre par celui-là. La grôce M à l’entrée de ces voies différentes appelle les âmes ! et leur fait entendre sa voix : venez et marchez, #

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ÉLEVÉE À DIEU, 273 voici le chemin que vous devez prendre, Dieu vous attend au terme ; dans tout autre vous risquez de vous égarer.

Si une âme entre dans cette voie, si elle a le bonheur de la suivre, et d’y marcher fidèlement, quelles grâces abondantes lui sont préparées! à quelle sublimité de vertus ne sera-t-elle pas élevée? quels progrès dans les voies de la sainteté ne fera-t-elle pas? à quel degré gloire n’est-elle pas destinée ? Rien de si constant, comme rien de si consolant ; si une âme est fidèle à suivrel'attrait, à marcher dans la voie que Dieu lui a marquée , elle avancera plus dans un jour par ce chemin que par toutes les autres pratiques d’oraison, de mortification, de zèle, de pénitence, durant des années entières.

30 Par une raison toute contraire , quel égarement, quel malheur , si elle vient à manquer la voie qui lui est destinée ,et à s'éloigner du chemin. qui doit la conduire ! Combien d’âmes cependant ont ce malheur , et mettent des obstacles aux desseins de Dieu sur elles ? quoi donc? qu’il soit vrai de le dire, qu’il y a des âmes dent toute la vie est une espèce de combat contre Dieu , une résistance continuelle à sa grâce, une opposition constante à tous ses desseins? toute leur vie, Dieu est à la porte de leur cœur, sans que Jamais il y trouve entrée : il les appelle , il

les sollicite , il les presse , il n’a pour elles que bonté , que tendresse, et il ne trouve dans elles qu’oppositions et que résistances.

Dieu avait sur certaines âmes les plus grands desseins , si elles eussent marché dans la voie qu’il leur avait marquée : telle âme , selon les vues de Dieu devait vivre dans un recueillement continuel , dans la retraite , le silence, et l’esprit intérieur ; Dieu l'avait choisie pour en faire son temple, son sanctuaire; et cependant toute sa vie se passe dans la dissipation, dans l'illusion, dans la vanité, les inutilités , les curiosités ; toute sa vie elle contriste l'esprit de Dieu.

Telle autre, dans les vues de Dieu devait marcher dans les voies du renoncement , de Ja mortification de ses sens, de la mort à ellemême et à tout ; elle devait exprimer dans elle une image vivante de Jésus-Christ crucifié, et présenter les traits et la ressemblance de l'homme de douleur : telle était sa voie : Dieu la lui aurait adoucie par l'attrait de ses grâces : pour cela Dieu l'avait choisie ; et par ure voie toute contraire , elle s'écoute, elle se suit, elle se satisfait en tout , ne se contraint, ne se gêne en rien ; elle se livre à ses inclinations ,à ses goûts, et cela malgré la voix de la grâce , le témoignage de sa conscience , contre les lumières de Dieu. Quel état ! quel malheur pour elle ! quel éloignement de la voiede Dieu!

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Telle autre, dans les desseins de la Providence, était appelée à un détachement absolu de tout ; dénuement de cœur, dégagement d’affections , séparation intérieure d’amis, de connaissances, de liaisons ; elle seule et Dieu seul ; telle était sa voie ; et cependant cette âme forme des amitiés, des attaches, des liaisons. Rien peut-être eu cela d'absolument criminel ; mais toujours attaches,amusements, occupation et partage de cœur. Depuis longtemps Dieu lui demande ce sacrifice; il ne lui parle et ne lui fait entendre que détachement , éloignement , solitude , séparation; elle l'entend, elle le voit, elle se le dit, et malgré cela elle résiste , elle refuse le sacrifice ; elle persiste dans les liaisons et dans les attaches. Qu'est-ce que cet état ? Rien que d’innocent peut-être aux yeux ordinaires , mais état terrible aux yeux d’un Dieu jaloux. Il voulait votre cœur, et tout votre cœur ; il voulait être à vous, et que vous fussiez tout à lui ; pour tel autre il y aurait moins de danger ; pour vous il y a tout à craindre ; en négligeant votre perfection , vous mettez en danger votre salut même.

Telle autre , dans les vues de Dieu , et selon l’attrait de la grâce , était appelée à une dépendance totale , et à un saint abandon entre Îles mains de Dieu ; docilité, soumission , conformité entière à ses volontés adorables. Et toute

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sa vie elle fait sa volonté , elle suit ses vues ; elle dispose d’elle-même : elle se forme le plan et le système de sa conduite; c’est à dire toute sa vie elle résiste à Dieu ; elle se soustrait au domaine de Dieu , elle s'arrache à la providence , elle se rend arbitre de son sort. Ame infidèle, comment osez-vous vivre dans cet état ? comment ne craignez-vous pas d’y mourir ? ce serait mourir hors des voies de Dieu. Il vous en avait tracé une , vous l'avez manquée ; celle que vous suivez, où peut-elle vous conduire? quelques pas que vous aurez peut-être faits sur des fleurs , et à la fin de la course, un abime funeste : juste, mais terrible punition de vos résistances |

Ce n’est pas que ces âmes, en s’écartant ainsi des desseins de Dieu, et en se soustrayant à ses vues, soient tranquilles dans leur opposition et leur résistance; que de doutes, que de peines, que de remords n’ont-elles pas à essuyer ! en vain cette âme veut-elle s'enfuir devant Dieu ,et se soustraire à ses justes reproches ; Dieu la poursuit partout et ne lui laisse point goûter le fruit de ses résistances : souvent même elle est forcée de se dire à elle-même : je sens que je résiste à Dieu , que je ne suis pas ce que je devrais être. Quel aveu ! et un jour quelle condamnation !

En quoi consiste donc le malheur de cette

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de cette

âme , le danger , l'illusion , le crime de son état , si elle y persiste et y meurt ? Le voici : malheureuse par les infidélités et les péchés qu’elle commet ; malheureuse par les remords de conscience dont elle est déchirée ; malheureuse par les dangers où elle s’expose: malheureuse par les grâces dont elle abuse ; malheureuse par les alarmes et les terreurs qu’elle se prépare à la mort; malheureuse par le jugement redoutable qu’elle en subira ; malheureuse enfin par les illusions où elle vit dans le temps , et par les regrets dont l'éternité sera peut-être suivie.

4° Mais enfin le mal est-il sans remède ? et une âme une fois sortie des voies de Dieu, n'at-elle plus de moyen d’y rentrer ? Ilen est deux, le regret sincère du passé, et un abandon absolu pour l'avenir entre les mains de Dieu.

Regret intérieur qui afflige, qui pénètre ; qui brise le cœur si souvent, si longtemps, si volontairement infidèle envers Dieu; s’il a été rebelle à la grâce, qu'il se rende docile aux remords,

Regret universel de tant d’oppositions aux desseins de Dieu, de tant de résistances à la grâce, de tant de lumières éteintes , de tant de remords étouflés, de tant de fautes accumulées , de tant d’égarements dans la voie.

Regret constant , qui dure autant que la vie : âme infidèle! gémissez, ne vous consolez jamais

d’avoir si longtemps été opposée à Dieu, d’avoir résisté à Dieu, combattu contre Dieu,

Regret vif et amer, proportionné à la grandeur des infidélités et des résistances.

Le regret, voilà l'appareil à la plaie du passé ; mais pour l'avenir, un abandon total et sans réserve entre les mains de Dieu une docilité inviolable à sa voix, une fidélité constante à marcher dans la voie qui vous est ouverte, Assez longtemps vous avez résisté ; vous vous êtes égarée ; désormais laissez-vous conduire ; contentez-vous de marcher ; abandonnez-vous entre les mains de Dieu , et laissez-le maitre de votre sort.

À ce prix et dans ces sentiments, vous rentrerez dans les voies de Dieu, dans la grâce de Dieu, dans le cœur de Dieu. Dieu des miséricordes, il est assez bon pour oublier le passé; pour vous recevoir encore , comme si vous ne l’aviez jamais quitté, pour vous aimer, comme si vous ne lui aviez jamais déplu ; pour vous conduire; comme si vous ne vous étiez jamais égarée. Adorez sa bonté ; rendez-lui grâces de ce qu'il a bien voulu vous rappeler dans la voie ; priez-le de vous y soutenir : marchez-y fidèlement , généreusement, constamment ; vous aurez encore le bonheur d’arriver au terme.

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