‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiment pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 56 sur 95 · DIX-NEUVIÈME LECTURE · texte numérisé non relu

DIX-NEUVIÈME LECTURE

L’Espérance chrétienne.

Nous naissons dans les larmes, nous vivons dans les peines , nous mourons dans les douleurs ; voilà notre course, si l’attente d’un sort plus heureux ne nous soutenait, quel serait le comble de notre malheur ! L’espérance seule peut faire notre force et notre soutien. Et voici le double avantage qu’elle nous procure, dans les deux points de vue les plus tristes pour nous : elle nous console dans toutes les peines de la vie; élle nous adoucit toutes les rigueurs de la niort ; et cela par la vue et l'attente des biens éternels qu’elle nous présente. Ouvrons donc nos cœurs à cette douce espérance, capable de tempérer les amertumes de notre exil, en nous montrant l’heureux terme de la céleste patrie.

19 L’espérance nous console dans toutes les peines de cette vie. Le monde ne nous offre d'ordinaire que des sujets d’inquiétudes et de chagrins. Qu'est-ce, hélas! que notre vie sur la terre ? Nous semblons n’être au monde que pour souffrir ; les afflictions et les peines naissent sous nos pas; nous marchons par un chemin tont semé de croix et d’épines ; nous nous nourrissons

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du pain de nos larmes ; nous ne comptons nos jours que par nos malheurs ; chaque moment voit grossir le torrerit d’amertumne dans nos croix et nos peines ; de toutes parts elles viennent fondre sur nous. Tout contribue à nous rendre la vie toujours plus amère ; nos parents nous abandon— nent, nos amis nous trahissent, nos projets échouent ; au dedans de nous-mêmes , que de troubles , que d’inquiétudes, que d’agitations , que de peines secrètes auxquelles l’esprit et le cœur sont livrés en proie! la santé dépérit, le corps s’affaiblit, mille infirmités viennent l’assaillir.

Nous souffrons tous ; c’est le partage des en— fants d'Adam, depuis le berceau jusqu’au tombeau, depuis le sceptre jusqu’à la houlette ; on souffre dans tous les temps , on souffre dans tous les états , chacun a sa croix ; et si la voix de tous les affligés pouvait se faire entendre dans tout l'univers, de toutes parts on entendraitun concert lugubre de cris, de gémissements, de sanglots qui sortiraient du fond des cœurs, du sein des familles, du centre des palais , et feraient retentir les airs de sons lamentables; des pères affligés , des mères désolées, des épouses noyées dans leurs larmes , des malades dans la langueur, des pauvres dans l’indigence, des captifs dans les fers : voila l’homme, et les maux auxquels

ilest condamné durant le cours de sa vie mor— telle.

O mon Dieu ! Dieu de bonté , est-ce pour cela que vous nous avez mis au monde? et au milieu de tant de ténèbres, ne ferez-vous luire aucun rayon de consolation? venez, espérance salu— taire, unique remède à nos maux, unique asile dans nos douleurs, venez adoucir la rigueur de nos peines. En effet , l'espérance chrétienne vientelle à notre secours, et dans les maux que nous souffrons en cette vie, nous présente-t-elle les biens que nous pouvons , que nous devons atten— dre dans l’autre ? vient-elle ouvrir nos yeux aux trônes , aux couronnes, aux délices que l’éternité nous prépare, quand les nuages du temps seront dissipés et le terme des épreuves expiré P ah ! des lors l'esprit rentre dans le calme, le cœur commence à s'ouvrir à la paix, la sérénité reparaît dans l'âme. Quel fond en effet de consolation , quand on peut se dire à soi-même : je souffre , il est vrai, dans cette vie, mais j'en espère une autre : je gémis sur la terre , mais Je suis fait pour Île ciel; tout finira dans ce monde, les plaisirs comme les peines, les joies comme les chagrins : à quoi bon s'attacher aux uns, se laisser abattre par les autres? Un jour viendra qu’il ne restera aucune trace ni des uns, ni des autres ; la mesure des maux passagers étant com-

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blée, les biens véritables succéderont pour ne finir jamais. O jour de l'éternité, que l’espérance fait luire à mes yeux, que vous êtes bien capable d’adoucir nos peines, de tarir nos larmes? Peut-être ce grand jour se lèvera-t-il bientôt sur moi, je le vois, je l’attends , je l’espère : à cette vue tous mes maux ont comme disparu ; ils entrent dans l’économie de mon salut. J'ai des péchés, il les faut expier ; j’attends une couronne, il faut Ja mériter ; je dois arriver au terme de la céleste patrie, il faut soutenir les épreuves du pèlerinage et de l’exil qui doit y conduire. Que cette vie courte et périssable se passe donc dans les afflictions et les larmes, pourvu qu’une vie meilleure, une vie éternelle et durable m’introduise un jour dans son sein : dans cette douce espérance, mes peines, loin d’ètre pesantes et amères, me deviennent précieuses et conso— lantes.

Espérance chrétienne ! ce sont là des douceurs que vous m’annoncez, après m'avoir présenté le calice, j’en bois toute l’amertume, et je n’y trouve plus que délices.

20 Que si l’espérance chrétienne est si consolante dans les maux de la vie , combien n’est-elle pas encore plus efficace contre les alarmes et les frayeurs de la mort, soit que cette mort nous menace nous-mêmes , soit qu’elle nous enlève ce que

nous avons de plus cher au monde? La mort ne se présente d'ordinaire à nous que sous Îles idées sombres de solitude, d'abandon , de destruction, d'anéantissement; c’est qu’on ne la considère que dans les nuages du temps : mais l’espérance chrétienne vient-elle ouvrir les yeux, tirer le voile et présenter les idées plus salutaires d’un avenir éternel et immense qu’elle nous annonce ? tout change de face , tout se présente sous un nouveau jour ; elle console, elle ranime, elle rassure l’homme dans tout ; et la mort n'a plus rien de ce quelle offrait d’affligeant : car enfin ce que l’homme perd en mourant est bien peu de chose en comparaison de ce qu’il attend; ce qu’il regrette ne lui Ôte rien de ce qu’il espère : si dans cette prétendue solitude Dieu nous reste, nous n’avons rien perdu; bientôt nous allons tout trouver et tout posséder dans lui seul.

Pour l’idée de destruction, c’est la plus fausse et la plus injuricuse de toutes les idées ; bien loin qu’a la mort nous soyons détruits et anéantis, c’est alors au contraire que nous commençons à respirer et à vivre : le moment de la mort est pour nous un vrai principe de vie ; nous quittons une vie périssable et mortelle , pour entrer dans une vie durable et sans fin : à notre naissance notre âme est descendue sur la terre pour entrer dans une prison ; à la mort la prison se dissout ,

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et l’âme entre dans la liberté des enfants de Dieu. Doux sommeil , qui introduit dans le sein du véritable repos! heureux terme, qui finit l'exil dans le séjour des morts, pour donner entrée dans la région des vivants!

Ainsi en est-il de nous à la mort, ainsi en serat-il encore, si la mort nous enlève quelque personne qui nous était chère, Animé par les vues de la foi , éclairé du céleste flambeau de l’espérance, j’entre dans une maison de deuil; je trouve l'ami, l’épouse, le père, le fils tous noyés dans les larmes; la mort leur a cnlevé une personne chérie, Et pourquoi vous affliger ainsi à l'excès de sa perte ? pourquoi regarder cette mort dans le temps, au lieu de la considérer en vue de l’éternité que l'espérance promet ? Tendre fils , vous avez perdu un père; il n'est point perdu, il a terminé son voyage , il est arrivé au bout de sa course , il est auprès du père commun, il intercède pour son enfant : un ami a perdu son ami; iln’est point perdu toujours, il est séparé pour un temps, mais il espere bientôt le rejoindre ; Dieu est le lien qui doit les réunir à jamais : une mère a perdu un fils; est-il donc perdusans retour? non, elle le voit vivant dans Dieu même ; il était sorti de son sein pour vivre sur la terre,il est entré dans le sein de Dieu pour y vivre toujours: une épouse a perdu son époux ;consolez-vous ,

épouse éplotée, il n’est rien moins que perdu , il est allé préparer les voies, il n'a fait que vous précéder , il vous attend dans le sein de l'immortalité pour s’y réunir à jamais; le voilà qui vous appelle du haut du ciel, il vous tend les bras, empressé de vous recevoir dans le sein du céleste Epoux.

O vous , qui que vous soyez, dit l’Apô— tre , gardez-vous bien de vous affliger comme ceux qui n’ont point d'espérance : Nolite contristari sicut qui spem non habent. Ecoutez la la voix qu'elle vous fait entendre ; voyez le terme où elle vous appelle ; considérez la place qu’elle vous prépare , la couronne qu’elle vous présente ; et dans cette douce attente, recevez les afflictions comme des grâces, les croix comme des faveurs, les maux passagers comme la source des biens véritables , la mort même comine le passage à une vie immortelle et durable.

Dieu de bonté, c’est dans vos promesses qu'est fondée cette douce espérance; affermissez-la dans nous par la foi, animez-la par la charité ; faites que nous la soutenions par nos œuvres , par nos prières, par une sainte confiance en vos bontés, par un abandon total à votre providence. Encore quelques années d’épreuves et de combats sur la terre , et la victoire nous introduira triomphants dans le ciel.

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