‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiment pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 72 sur 95 · CES · texte numérisé non relu

CES

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ries, qui peuvent blesser les autres et les affliger ; eu un mot, à des résistances, à des infidélités à la grâce.

Or c’esta l'égard de ces fautes et autres semblables , dont vous devez gémir, à la vérité, mais dont je dis qu'ilne faut point vous laisser abattre et décourager : ce serait ajouter un mal à un autre mal , et aigrir une plaie par une autre plaie, L'usage salutaire qu'il en faut faire, c’est de vous en humilier devant Dieu , et de reconnaitre votre faiblesse et votre néant; c'est de gémir et de les déplorer dans le fond du cœur. Est-il surprenant qu'un si grand fonds de misères produise des misères nouvelles ? s’il ny en a pas de plus grande , n'est-ce pas un pur effet des miséricordes de Dieu, et du secours de sa grâce ?

Qu’arrive-t-il cependant tropsouvent ? c’est qu’à la vue de ses fautes on s’inquiète, on se décourage, on se laisse abattre; et en conséquence on se néglige, on perd la confiance en Dieu ,on se dégoûte peut-être de la piété, on s’imagine être dans un mauvais état; on croit qu’on ne se corligera jamais de ses imperfections et de ses défauts, qu’on ne pourra jamais se soutenir dans le

bien, et arriver à la perfection où l’on aspirait et mille autres semblables idées et appréhensions qui jettent l’âme dans la pusillanimité et dans la langueur : et delà on n’ose presque plus se présen-

ter devant Dieu, ou l’on ne s’y présente qu'avec une fausse honte, dans la défiance, dans le tremblement et la crainte qu’il ne s’éloigne, parce qu'on lui a manqué. Ainsi en s'inquiétant d’une faute souvent légère , on risque de tomber dans mille autres plus grandes; on perd Île temps dans mille retours et réflexions inutiles sur soi et sur sa faute. On veut examiner si elle a été volontaire , si on y a pleinement consenti; cependant plus on s’y arrête, plus on réfléchit, moins on s'entend soi-même. D'un trouble on tombe dansun autre ; d’une imperfection dans une imperfection plus marquée; l’inquiétude, le chagrin s'emparent d’uneâmeabattue, la livrent à des agitations et à des perplexités intérieures qui la rendent incapable de tout.

Qu'est-ce que tout cela devant Dieu ? quelquefois humilité , douleur, repentir sincère : et souvent orgueil secret, dépit d'amour-propre, illusion du démon. Est-ce un remède que Pon à pris,ouun nouveau poison que l’on a jeté sur la plaie? on fait comme une personne blessée, qui est à chaque instant à considérer sa blessure, à la toucher, et par là même à l’aigrir et à l’envenimer ou comme une autre qui est tombée, et qui au lieu de se relever , s’arrête à considérer comment elle a pu tomber , et ce qui a occasionné sa chute. Levez-vous et marchez; prenez garde

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que le trouble et l’agitation où vous êtes ne vous occasionnent une nouvelle chute encore plus dangereuse.

J’en dis de mème de l’âme qui est tombée dans quelque faute ; relevez-vous, humiliez-vous, et reprenez votre chemin sans délai : c’est l'unique remède qu’il faut apporter au mal. Ainsi doit-on revenir à Dieu , avec lequel on se réconcilie bien plus aisément par un humble et amoureux retour, que par cette désolation, cette affliction quelquefois tout humaine, par ce découragement, cet abattement plus coupable peut-être quela faute même dont on s’afflige. En tout cela se trouve souvent bien plus d'amour-propre que d'amour de Dieu.

Je dis plus : ce retour simple d’humilité et de confiance honorera plus Dieu que votre faute ne l'a offensé; parce que dans la faute il y a eu souvent dela surprise, de l’inadvertance, de la fragi— lité ; au lieu que dans le retour humble etsincère, la volonté est entière, et la résolution pleine et absolue.

Prenez donc, dit un grand saint, et suivez invariablement cette règle; tout autant de fois que vous serez tombé en quelque manquement, lüt-il encore plus grand, ne vous jetez point dans un trouble rempli d’amertume et d’ennui; ne vous arrêtez point à d’inutiles et scrupuleux

examens; mais à l’instant, reconnaissant avec sincérité votre faute, et gémissant avec humiliation de votre fragilité, tournez-vous amoureusement vers Dieu, comme un enfant vers son pere, dites-lui humblement : Seigneur mon Dieu!

J'ai fait ce qu’une âme faible, un pécheur tel que moi pouvait faire : et que pouviez-vous attendre de moi que ces fautes , et d’autres encore plus grandes ? J’irais bien plus loin sans votre bonté qui me soutient et qui me relève sans m’abandonner. Je vous rendsgrâces des fautes dont vous m'avez préservé et je vous demande pardon de celles que j’ai commises. Ayez encore pitié de moi, et donnez-moi une nouvelle assistance , afin que je ne vous oflense plus, et que rien au monde ne me sépare de vous, que je veux aimer et servir avec plus de fidélité que jamais.

Cela étant fait , ne perdez plus de temps à vous inquiéter, à vous décourager , ou à craindre qu: Dieu ne vous ait pas pardonné ; mais avec paix, avec confiance, reprenez votre route commesi vous ne vous en étiez point écarté. Fussiez-vous tombé mille fois, ( ce qu’à Dieu ne plaise, } mille fois revenez à Dieu et avec la même confiance, après la dernière faute comme après la première; jetez-vous entre ses bras, avec promesse de ne plus vouséloigner.

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concevani d'elle une si grande idée. Ainsi ferezvous triompher sa grâce, en la rendant supérieure à toutes vos misères. Ainsi tournerez-vous le poison en remède , en le faisant servir à votre guérison. Ainsiserez-vous plusélevé peut-être apres votre

êtes tombé. Bonté de Dieu, patience de Dieu que vous êtes grande et ineffable, de vous servir de nos misères mêmes pour nous rendre des monuments plus éclatants de vos grandes miséricordes !

Ce n’est pas après tout , qu'il ne faille éviter ces fautes avec toute la fidélité et la vigilance que doit nous inpirer la crainte de Dieu, et plus encore son saint amour. Ce serait une illusion bien srande; ou plutôt un aveuglement bien marqué de penser que parce qu’on peut mettre un appareil a une blessure, il faille se laisser blesser , et tomber volontairement dans une maladie, parce qu’il ya un remède qui peut la guérir.

De là il est aisé de voir comment, avec la grâce de Dieu, nous pouvons tirer avantage de nos fautes mêmes, et comment ces fautes journilières, loin d’abattre notre courage et notre confiance, doivent au contraire ranimer notre vigilance et notre ferveur.

Nous le devons d’abord par reconnaissance envers Dieu, qui veut bien, par un effet de sa miséticorde ineffable, nous pardonner et nous rece-

chute, que vous ne l'étiez au moment où vous .

voir de nouveau. Nous le devons par esprit de pénitence, pour réparer, autant qu'il est en nous, la faute commise et le mal que nous avons fait. Nous le devons par motif de fidélité, parce que sans cette vigilance nous serions exposés à tomber bientôt dans quelque nouvelle faute, qui serait | bien plus triste et plus affligeante que la première, Nousle devons pour avancer de plusen plus dans la voie, et compenser le temps que nos infidélités et nos fautes nous ont fait perdr'e par le passé. Nousle devons pour nous mettre plus en état de glorifier Dieu, à qui nous avons eu le malheur de déplaire. | Allez donc , âme pénitente ! et continuez votre course. Déjà tout est réparé devant Dieu. L’édifice s’élève plus hautsur ses propres ruines : l’ouvrâge se consolide par la précaution. En serait-on la, sipar la faute commise et déplorée on n’avai mieux connu son néant, sion ne s'était mis el garde contre sa faiblesse, si on n'avait mis à confiance et sa force en Dieu seul? Et ne peut. on pas dire de cette faute avec proportion, cæ que l'Eglise dit elle-même, felix culpa. Elle est triste et affligeante par elle-même, et par la mistre de l’homme ; mais, dans un sens, heureuse tt salutaire par la grâce et les fruits de la grâce qu en sont occasionnés. Après tout, la faute est com mise jet une fois commise, s’il y a un remède, (6

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n’est pas dans le découragement et la défiance, encore moins dans le désespoir ; ce ne peut-être que dans les regrets et dans la douleur. Dieu même ne peut en exiger d’autre ; et l’homme est incapable d’autre satisfaction que celle qu’ofre la pénitence ; toute autre , loin de réparer le mal, y mettrait le comble en ôtant l'espérance du pardon, et fermant la voie du retour,

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