AVIS SALUTAIRES
10 Craignez de commettre des fautes. Sontelles commises ? détestéz-les, humiliez-vous, recourez à Dieu , et soyez plus fidèle,
2° Toutes nos fautes nous sont utiles, si elles nous Ôtent cet orgueil secret, ce funeste levain d’amour-propre, cette maudite confiance en nousmêmes.
30 Au sujet des fautes , il ne faut nise flatter, c'est illusion ; ni s’impatienter , c’est dépit ; ni se décourager , c’est faiblesse; mais recourir humblement à Dieu, c’est l'unique asile.
Devant Dieu une imperfection dont on s’humilie avec sincérité, est un moindre mal qu'une prétendue vertu qu'on goûte avec satisfaction, dont on nourrit sa vanité, et peut-être sa présom- Ption et son amour-propre,
MÉDITATION Sur les sacrifices journaliers.
Ilu'est point de jour dans la vieoüiln°y ait quelque sacrifice à faire ; et souvent chaque jour en présente plusieurs à offrir. Si nous savions en profiter, quel fonds de mérites ne pourrions-nous pas acquérir ? Faudrait-il autre chose que ces sacrifices journaliers pour nous rendre saints et grands saints ?
Je viens vous les offrir, à mon Dieu! et vous demander la grâce de vous les offrir d’une
manière digne de vous. Apprenez-moi à puiser dans cette source abondante de mérites. Je n’en ai négligé la pratique que parce que je n’en connaissais pas le prix.
PREMIER POINT
Que d’occasions de mérites ne nous ménagezvous pas , Ô mon Dieu ! dans le cours de la journée ! vous nous offrez à tous les instants des trésors, et nous les perdons, et nous permettons que notre négligence vienne nous les ravir.
Dans le cours ordinaire de la vie on a des chagrins à essuyer , des croix à porter, Parmi ces
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chagrins il y en a de si vifs, de si sensibles, de si douloureux, qu’ils sont toujours présents, qu'il répandent une amertume continuelie dans l’âme, qu’ils font passer tous les jours de la vie dans la tristesse et le deuil. Mon Dieu! si on savait les mettre à profit pour le ciel, et vovs les offrir à mesure qu’ils se présentent, que de sacrifices de bonne odeur s'élèveraient chaque jour jusqu’à vous!
On est dans un état, et dans chaque état il y a chaque jour des devoirs à remplir; parmi ces devoirs il y en a de pénibles , de gênants, de bien onéreux, Il ya des bienséances à garder, des soins à prendre, des attentions à donner, des visites à recevoir et à rendre, mille occupations, mille assujettissements , autant d’inquiétudes et d’embarras. Il fautrompre sa volonté, contrarier ses inclinations , faire souvent ce qu’on ne voudrait pas, ne rien faire de ce qu’on voudrait ; tout cela gêne, inquiète, souvent ennuie et accable : mon Dieu, si tout cela était pris dans vos vues et selon votre esprit, combien tout cela , offert dans chaque moment, pourrait-il mériter pour l’éter— nité ?
Dans la société etle commerce de la vie, on a à vivre, à traiter avec des caractères, lesuns raisonnables et faits pour Ja douceur de la société ; mais lesautres faits pour exercer la patience, et ren-
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dre la vie onéreuse. Cependant il faut vivre avec tous , et avec tous conserver la paix et la charité. Or, pour en venir là, que n’en coûte-t-il pas , et que ne faut-il pas prendre sur soi chaque jour ? Que de violence à se faire! que de sentiments à réprimer! que de choses à dissimuler ! que de mauvaises manières à essuyer ! en un mot que de sacrifices a faire, d’autant plus pénibles, que ce sont des sacrifices de chaque jour, et souvent de toute la vie !
Vous le permettez, 6 mon Dieu! que nous nous exercions les uns les autres, que noussoyons mutuellement notre croix, que nous nous rendionsla vietriste , les jours pénibles ; dans les vues de votre providence, tout cela devrait servir à notre sauctification, et par le mauvais usage, ou plutôt par l’abus que nous en faisons, tout cela ne sert qu’à notre tourment et à notre condamnation. Les uns sont la croix journaliére des autres , et tous contribuent à se rendre également malheureux et criminels tous les jours de la vie, par cela même qui pourrait les rendre saints et heureux.
Et sans sortir de nous, sans chercher au dehors des occasions de sacrifice, combien n’en trouverions-nous pas dans nous-mêmes? combien d’épines naissent chaque jour dans notre propre fonds? dans combien d'occasions n’arrive-t-il pas
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qu'il faut s’armer contre soi-même, contre sa vanité, sa vivacité, sa sensibilité, se taire quand on voudrait parler, parler quand on voudrait se taire, renoncer à ses goûts , vaincre ses répugnan— ces, dominer son humeur, arrêter ses saillies, soumettre son jugement, en.un mot se gêner , se captiver, se contraindre? On a des incommodités habituelles, des infirmités journalières ; pourquoi se plaindre à tout le monde, et à tous les instants, jusqu’à ennuyer , à fatiguer , et se rendre insupportable à soi et aux autres? Pourquoi ne pas vous les offrir , Ô mon Dieu! et les souffrir entre uous et vous? vous y compatiriez, vous les soulageriez ; au lieu que dans les autres on ne trouve souvent qu’une indifférence qui les aug— mente , et une insensibilité qui les aigrit.
Ou a souvent des inquiétudes intérieures , des croix secrètes qui affligent l’âme, des chagrins personnels dont on ne peut faire part a personne , qu’il faut renfermer dans soi et dévorer dans le secret de son cœur. Sion savait vous en faire la confidence, d mon Dieu! a vous seul, vous les offrir , s’en entretenir avec vous , que ne trouverait-on pas dans vous de secours, et pour soi de mérite et de consolation ?
On se trouve quelquefois dans des états de découragement, d’abattement , de dégoût et d’ennui, On ne sait ce qui inquiète, et on est tout
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inquiet ; on nesait ce qui trouble et agite, et on est tout agité , tout troublé. Voilà bien les moments , à mou Dieu ! où il faudrait recourir à vous, vous offrir le sacrifice de sa peine et de son état ;sansen chercher ailleurs la cause, en trouver en vous le remède. Manque:t-il d’occasions dans la vie et dansla journée de vous faire pareils sacrifices : et pareils sacrifices que ne mériteraient-ils pas pour le ciel ? |
Tel est mon état, Ô mon Dieu! tel est mon aveuglement et mon malheur. Toute la journée j'ai en main des trésors, et Je Les laisse échapper. Ce serait autant de talents que je pourrais faire valoir au centuple, autant de pas que je pourrais faire vers le ciel , autant de prières précieuses que je pourrais mettrea ma couronne ; et Je laisse dissiper tous ces trésors, enfouir tous ces talents, perdre toutes ces occasions, ravir toutes ces cour'onnes ; et après avoir eu chaque jour mille moyens d'amasser des richesses immenses, je me trouverai à la fin de journée , à la fin de la vie, les mains vides, ou w’ayant amassé que des trésors de colère.
Formez, d mon âme! formez aujourd’hui une résolution généreuse et constante d’être aussi fidèle que vous avez été négligente ; armez-vous de courage contre votre lâcheté, contre la répugnance de la nature, contre les cris de votre
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amour-propre; imitez ces âmes géuéreuses qui saisisisent avidement toutes les occasions de s’avancer dans les voies de Dieu; soyez-lui désormais plus fidèle. Mille occasions de mériter ont été négligées ; mille occasions se présenteront encore de tout réparer : le tout c’est d’en profiter , et de seconder la grâce qui nousles présente.
SECOND POINT
Mais ces sacrifices , pour les rendre dignes de Dicu, de quelle manière faut-il les faire, et par quels motifs devons-nous les offrir? Voici, mon Dieu! les sentiments que je prendrai, et dans lesquels je tâcherai de vous les consacrer. Je me dirai à moi-même : Hélas! tous les jours je fais des fautes, je commets des péchés ; c’est une grâce que vous me faites d’avoir quelque chose à vous offrir pour les expier : tous les jours vous m’accordez de nouvelles grâces , vous me comblez de nouveaux bienfaits; quel bonheur pour moi d’avoir tous les jours quelque chose à vous présenter ! Tous les jours je suis si attentif à mes commodités, à mes aises, à me procurer des satisfactions toutes naturelles ; n’est-ce pas un avantage pour moi d’avoir occasion de me faire quelque violence, de pratiquer quelque mortification ? Je
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ne les chercherai pas de moi-même : c’est bien le moins que je les recoive quand vous me les ménagez. Tous les jours je dois avancer dans les voies du salut; vous m’en procurez les moyens : serai-je assez infidèle pour les rejeter et en abu-— ser? Tous les jours, en qualité de chrétien, je dois me renoncer moi-même, me vaincre, et mourir à moi-même.
Mais surtout tous les jours je dois vous aimer, et vous donner quelque gage de mon amour. Ne suis-je pas heureux que vous daigniez agréer de si faibles marques ? et neserais-je pas bien ingrat, bien injuste, bien coupable , de vous les refuser? Quels motifs , et que de motifs! y serais-je insensible ?
O mon âme! quelle abondante moisson de mérites que Dieu vous présente ! soyez attentive à la recueillir. Formez-vous un plan de conduite nouveau ; prenez la résolution sincere de profiter désormais des occasions de sacrifices que vous aurez : chaque jour vous en offrira ; les devoirs, les occupations , les entretiens ,les affaires, tout deviendra pour vous une source de sacrifices et de mérites. Tenez pour maxime constante qu'il vaut mieux prendre mille fois sur soi, que de prendre une seule fois sur les autres ; qu’un léger sacrifice fait à propos peut faire éviter mille fautes etautant de chagrins ; quesi on voulait tout relever,
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tout prendre dans la rigueur , il faudrait tous les joursen venir aux éclats ; qu'après tout, ou degré, ou de force , il faudra faire bien des sacrifices ; si on ne les fait pas à la grâce, il faudra les faire à la nécessité ; sion ne les fait pas à Dieu , il faudra les faire au monde, c'est à dire, en avoir toute la peine , et en perdre tout le mérite.
PRATIQUES
Point de jour où l’on ne puisse faire quelque sacrifice, offrir quelque mortification. Dans les repas , se priver de quelque chose sans qu’on s'en apercoive : on y a peut-être fait tant d’exces.
Dans le repos, retrancher quelque chose de son sommeil , si souvent et trop longtemps prolongé.
Dans les habillements , les parures , faire le sacrifice de quelque ernement ; on a tant donné a sa vanité.
On voudrait jeter un coup d’œil ; arrèter ses regards.
Un bon mot qu’on voudrait dire ; le supprimer.
Une partie de plaisir où l’on est invité ; trouver un honnète prétexte pour s’en dispenser.
Une parole piquante qu'on nous dit ; réprimer
l'émotion uc sun cœur, et mettre un frein à sa langue. Une indifférence qu’on nous témoigne , une ingratitude qu’on nous marque, un service qu'on nous refuse ou qu’on nous reproche :
que de paroles à retrancher ! que de sentiments à étouffer ! que de curiosités à réprimer ! Tout cela autant de maticres de sacrifices, autant d'occasions de mérites.
PRIÈRE
Je le reconnais, d mon Dieu ! si on savait offrir les peines de la journée, de l’état , on trouverait dans chaque état, dans chaque jour née sa pénitence , son purgatoire , son martyre; sa pénitence à offrir , son purgatoire à souffrir , son martyre à essuyer. C’est à quoi je vais m’appliquer désormais, à ne laisser passer aucune occasion , à faire tous les sacrifices qui s’offriront , à me dédommager par ma fidélité de toutes les pertes que j'ai faites par ma négli-
gence ; à devenir aussi vigilant, aussi attentif
dans la suite, que j'ai été indifférent et infidele par le passé.
J'offrirai ces sacrifices par motif d’amour, rien ne coûte quand on aime; ou s’il coûte, l'amour le fait porter avec joie. Je penserai : qu'au moment que J'offre quelque sacrifice , il
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est marqué dans le livre de vie. Quel sentiment, quand on pense que le plus léger sacrifice aura une récompense éternelle ! Je me rappellerai que par le passé j'ai fait si peu de choses pour vous , qu’il me reste peut-être si peu de temps à vivre, et beaycoup d'ouvrage à faire. N’est-il pas nécessaire de profiter de tous les instants pour me préparer par des sacrifices légers au dernier et au grand sacrifice ? J'unirai tous les sacrifices que je pourrai faire aux souffrances ctau sacrifice de Jésus-Christ. Toute sa vie n’acté qu'un martyre continuel, Je tâcherai de faire de la mienne un continuel sacrifice.
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