‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiment pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 74 sur 95 · A10 L’AME VINGT-SIXIÈME LECTURE · texte numérisé non relu

A10 L’AME VINGT-SIXIÈME LECTURE

Sur les desirs du cœur.

Le cœur de l’homme est un fonds inépuisable de desirs , et les desirs sont un fonds inépuisable d’inquiétudes et d’agitation. L'homme forme des desirs pour être heureux, et ses desirs font en partie son malheur.

Je trouve quatre sources intarissables d’inquiétudes dans nos desirs : leur mlutitude , leur étendue, leur vivacité, leur contrariété. Ils nous accablent par leur multitude ; ils nous égarent par leur étendue; ils nous transportent par leur vivacité ; ils nous déchirent par leur contrariété. Homme aveugle ! fallait-il pour cela former tant de desirs ? Etait-ce la la source où il fallait puiser le bonheur ?

1° Multitude de desirs : chaque instant en voit naître un nouveau, qui avait été précédé par un autre ,et qui en voit bientôt naître un troisième après lui. Ce sont des flots sans nombre , qui se succédant sans cesse, tiennent le cœur dans une agitation continuelle ; ce sont des épines qui semblent naître incessamment sous nos pas ; ce sont des vers rongeurs qui naisent dans l'âme, et qui la déchirent à tous les

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ÉLEVÉE A DIFU. 48:

instanis. Quelle foule de desirs ne torme-t-on pas ! desirs vagues et indéterminés , desirs flottants et incertains, desirs bas et honteux, desirs capricieux et bizarres, desirs chimériques et insensés , desirs criminels et funestes. Vous le savez, Ô cœur agité ! et peut-être une triste expérience vous en a-t-elle plus fait sentir que tous les discours ; vous avez formé des desirs sans nombre; et ces desirs à quoi ont-ils abouti ? ils vous ont occupé , ils vousont troublé, ils vous ont agité, après quoi ils se sont dissipés. Voilà tout ce qui vous en reste ; et si quelquefois ils ont été remplis, n’est-il pas arrivé , par un juste jugement de Dieu, que loin de vous satisfaire , ils sont devenus pour vous une nouvelle source d’inquiétudes et de chagrins ? Terrible punition d’un cœur à qui Dieu ne suffit pas, ou qui ne veut pas chercher son bonheur dans Dieu !

20 Etendue de desirs ; car comme ils sont sans nombre , ils sont encore sans bornes ; et jusqu'où ne les porte-t-on pas, quand une fois on a donné à son cœur la liberté d’en former ? Quand est-ce qu’un ambitieux s’est contenté des honneurs où il est parvenu , s’il en voit de plus élevés où il puisse aspirer ? Quand est-ce qu’un avare s’est contenté des trésors qu'il a amassés, s’il en voit de plus grands à accumuler ? Quand est-ce qu’un cœur une fois entré dans la carrière des

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desirs leur a prescrit des hornes , si ces desirs peuvent se permettre encore quelque étendue?

Un souhait rempli en fait naître un autre plus vaste ; une première démarche qui réussit est un attrait pour en tenter une seconde plus témé-

raire encore : et on ne croit Jamais avoir assez avancé , sion voit encore quelques pas à faire en vaut Mais hélas ! de quelle paix peut jouir un cœur inquiet, qui oubRe toujours aprés ce qui lui manque ou ce qu’il croit lui manquer; un cœur volage, qui court sans cesse après un fantôme de bonheur qui lui échappe, quand il croit le tenir ; un cœur avide , que rien ne rassasie, et que l’abondance même ne fait qu'altérer? Abime sans fond où tout disparait; gouffre insatiable où tout est englouti; brasier ardent où tout est dévoré et consumé dans un instant ! Où est ce bonheur dont on se flattait ? les desirs ont-ils ouvert la voie qui devait y conduire ?

30 Vivacité de desirs : quelque insensible que soit naturellement un cœur, il cesse bientôt de l'être s’il vient à former des desirs. Dès lors ce cœur semble changer de nature, il devient vif, il devient ardent, et ce qui n’était que froideur et

que glace , devient bientôt tout ardeur et tout feu. Dès lors il faut mettre tout en œuvre pour contenter ce desir ;

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qu'à l'épuisement ; prières et sollicitations portées jusqu’à l’importunité ; assujettissement et dépendance portés jusqu’à la bassesse. Pourquoi ? Parce qu’on desire ardemment une chose, et qu'on veut l'obtenir. Rien n'étonne , rien u’arrête un desir ardent dans sa course. N’arrive-t-il pas même que les obstacles ne servent qu’à l'aigrir davantage ? Semblable à un torrent, il se roidira contre la digue, et n’en deviendra que plus violent. Que si malgré toute l’assiduité de ses soins et la violence de ses efforts, cet homme vient à ne pas obtenir ce qu’il desire, ah ! c'est alors que son car va être livré en proie à tout ce que le trouble et l’agitation ont » de plus amer. Toutes les passions viennent } comme de concert dans ce cœur , ou pour punir oupour aigrir ce desir. L’envie le rongera ; | la jalousie le dévorera ; la haine le transporteràa ; | une mélancolie affreuse le jettera dans ses noirs | accès. Aveugles et infortunés que nous sommes , | nous nous envions notre bonheur ; et par nos | desirs immodérés , nous nous causons plus de { mal que nos ennemis les plus cruels ne pourraient nous en souhaiter.

4° Le malheur n’est pas à son comble; coutrariété de desirs : et comment des desirs si multipliés , et sur des objets si opposés, pourraientils s’accorder entre eux, et ne pas se combattre

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et se détruire mutuellement ? Et dés lors que voit-on , qu'éprouve-t-on, qu'un cœur livré en proie à toute la fureur et à toute l’opposition de ses desirs ? L'un pousse et l’autre arrête, l’un élève et l’autre abat ; ce n’est plus qu’une tour de Babel , où chacun parleet personne ne s’entend; un théâtre funeste, ou des armées de desirs opposés entre eux se font une guerre intestine , et se livrent les plus terribles combats. Disons mieux , le cœur de l’homme devient dès lors une image funeste de l’enfer et des âmes qui y sont condannées ; réduit , comme les réprouvés , à former inutilement des souhaits opposés , en desirant sans cesse de posséder des biens dont ilne jouira jamais, et d’être délivré des maux dont il sera éternellement accablé.

Telle et plus déplorable encore est la situation d’un cœur livré à la fureur implacable de ses desirs. "L'Esprit saint nous en donne une image bien terrible et bien naturelle : le cœur de l’impie, dit-il, est semblable à une mer violemment agitée , cor impii quasi mare fervens !. Représentez-vous une mer exposée à la fureur des vents déchainés contre elle : là on voit une multitude infinie de flots qui s’élevent, qui se succèdent mutuellement les uns aux au-

l'Esai, 57,

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ÉLEVÉE A DIEU. h15

tres sans se donner aucun intervalle ; voilà Ja multiplicité des desirs. La on voit des flots immenses s'étendre bien au loin d’un rivage à l'autre , et occuper toute la vaste capacité des mers ; voila l’étendue des desirs. La on voit des flots tumultueux s'élever avec impétuosité, et gronder sans cesse avec une nouvelle fureur ; voilà la vivacité des desirs. Là enfin on voit des flots agités par des mouvements tout contraires , et par un flux et reflux continuel, s'élever , se pousser, se briser les uns contre les autres; voila l’opposition et la contrarieté des desirs, cor impit , etc. C’est à dire que, comme dans cette mer orageuse , l’obscurité des nuages qui la couvrent , l’agitation des flots qui s’élèvent, le bruit des foudres et des éclairs qui brillent de toutes parts portent partout la terreur , et n’offrent aux yeux que l’image d’une mort aflreuse et prochaine ; ainsi dans un cœur agité de desirs, ce n’est plus que ténèbres et obscurité, que confusion et que trouble, que frayeur et consternation à la vue des remords dont il est déchiré, et qui, comme autant d’éclairs et de foudres , annoncent la colère du Dieu des vengeances.

Iln’est que vous, Ô mon Dieu! qui puissiez calmer cette mer en fureur, ce cœur agité. Renouvelez en notre faveur le prodige que vous opérâtes en faveur des apôtres; commandez

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aux vents et aux tempêtes , #mperavil venltis et dans mart'; apaisez, confondez ces desirs terres- EE heur tres et mondains , et la sérénité et la tranquillité il ne viendra reparaitre dans notre âme, ety établira P che « son empire, et facta est tranquillilas magna. À nent ! malhe

MÉDITATION | vers

Et

Sur le même sujet. | vré e

i cables

Tous nos desirs, d mon Dieu ! devraient se PE à 144 tourner vers vous , nous y trouverions leur ac- PE 1 complissement et notre bonheur : mais en s.- D un m loignant de vous , ils se tournent contre nous- E ent k mêmes pour faire notre tourment. Nos desirs Pourr: nous rendent malheureux et criminels tout en- E &onnai

semble, Répandez vos lumières sur moi, à Dieu saint ! faites-moi connaitre l’égarement funeste où nous jettent nos desirs ; et le terme fatal où | ils peuvent conduire.

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| chagrin | une ré | jer an } est un de ses Hél livrer compré lanes tnt «NN

PREMIER POINT

Nos desirs nous rendent malheureux.

Tout homme desire d’être heureux. Ce desir naît avec lui; la nature Pa comme gravé

‘Matth. 8

vendtis et irs terresranquillité y établira 1s Maya.

vraient se ns leur acais en sS -ntre nous- Nos desirs ls tout enoi, à Dieu nt funeste me fatal où

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ux. Ce demme grave

LLEVÉE À DIEU. 417 dans son cœur : il cherche partout ce bonheur , il soupire sans cesse après lui. Insensé ! il ne le cherche point oùilest ,et il le cher che où il ne sert jamais. Ainsi livré à l’égarement deses recherches et de ses desirs ,il se rend malheureux par cela même où il espérait trouver son bonheur,

Et quoi de plus malheureux qu'un cœur livré en proie à la multitude des desirs qui lPaccablent , à l’étendue des desirs qui l’égarent, à la vivacité des desirs qui le transportent, à la contrariété des desirs qui le déchirent, en un mot , à la violence des desirs qui ie dominent, qui le tourmentent, qui le tyrannisent ? Pourra-t-il jamais jouir d'un instant de repos ? connaitra-t-il jamais ce que c’est que la paix ? Faut-il à ce cœur d’autre ennemi, d'autre bourreau que lui-même ? c’est un fonds inépuisable de chagrins dévorants , une terre maudite de Dieu, une région de ténebres et de confusion, un enfer anticipé. Tel et plus malheureux encore est un cœur agitéet dévoré de la soif insatiable de ses desirs.

Hélas ! que l'homme est à plaindre de se livrer ainsi à l'intempérance de ses desirs ! ne comprendra-t-il jamais qu’autant de’ desirs prolanes qu'il forme dans son cœur, ce sont aunt dannemis qu'il arme contre son repos ?

D Je

que ses desirs sont dans lui uue source funeste d'agitation? qu’un desir violent dégénere en passion ? que la passion forme une tyrannie ? et qui fut jamais heureux sous la domination d’un tyran?

Vous l'avez ainsi ordonné, 6 mon Dieu ! et l'oracle de votre Justice et de votre vengeance S’accomplit tous les Jours. Tout homme qui livrera son cœur à ses desirs effrénés, trouvera dans ses desirs mèmes sa peine et son tourment......

O mon âme! pourquoi courir ainsi dans la voie de vos égarements qui devient pour vous uue voie parsemée d'épines , bordée d’abimes et de précipices? Marchez dans le chemin de la paix ; mellez un frein à vos desirs. Combien de fois, Ô Dieu saint ! à Dieu juste ! ai-je gémi sous Ja tyrannie de mes injustes desirs ? Ah ! que Je méritais bien les cruelles atteintes qu'il me livraient , et les retours amers qu’ils me fai-

saient essuyer !

SECOND POINT

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ÉLEVÉE À DIEC, #1y

Providence, Ün cœur ainsi livre à ses desirs veut se rendre comme l'arbitre de son sort, se frayer sa route , se soustraire en quelque manière aux dispositions et à la volonté de son Dieu,

Parce que les desirs déréglés ne sont inspirés que par nos passions encore plus déréglées, passion d’orgueil et d’ambitiou; passion d’avarice et desordide intérêt; passion d’envie et de jalousie; passion de vengeance et de haine; passion de volupté et de sensualité : telle est lasource ordinaire d’où sortent tant de projets coupables, et par la méme, tant de flots d’amertume.

Parce que ces desirs ne se portent que sur des objets dangereux et funestes au salut. Que desire-t-on d'ordinaire ? à quoi se porte un cœur livré à l’impétuosité, à la dépravation de ses senliments et de ses desirs, qu’à des objets interdits, illicites, empoisonnés..…., dont il est sans cesse rempli, et qui l’infectent de leur funeste poison.

Parce que ces desirs occupent uue âme comme tout entière, et lempêchent de s'appliquer au soin deson salut , et à la pensée de l’éternité,

Parce que dès lors ces desirs sont d’ordinaire des desirs injustes, des desirs déréglés , des desirs honteux, et par là même des desirs coupables , des desirs criminels, opposés à l’ordre de Dieu , à la loi de Dieu, à la volonté, à la pro-

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vidence de Dieu. Quels crimes ! quelle source de crimes ! quel abime d’iniquités et de desordres ! hélas ! un jour quelle source de vengeance et de punition !

Mon Dieu !... je vous le demande avec le Prophète : Ne tradas me desiderio meo peccatort ! : Ne me livrez pas à l’intempérance de mes desirs. Fixez un cœur qui n’est fait que pour vous , et qui ne trouvera Jamais hors de vous que vide , que néant , qu’affliction , qu'amertume. Heureux encore, si ces amertumes salutaires le ramènent vers vous , et le fixent à vous pour toujours !

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