TRENTE-QUATRIÈME LECTURE
Sur la persévérance.
Cette lecture. s'adresse à des âmes qui Pre été autrefois éloignées de Dieu par le péché , ont eu le bonheur de rentrer en grâce avec. lui par la pénitence; et je dis que le motif le plus grand, le plus efficace , le plus digne de Dieu pour engager à Ja persévérance dans son saint service , c’est la bonté mème de Dieu, et la reconnaissance éternelle que nous lui devons aprèsce salutaire retour. .Je dis donc ä ces âmes : qu'étiez-vous autrefois? qu’êtes-vous à présent ? qu'est-ce que Dieu a fait pour vous et en votre faveur ? Vous étiez dansun état de péché, de mort etde damnation, éloignées de Dieu , . ennemies : de Dieu , objets de.sa colère, frappées de ses anathèmes , dignes des peines de l'enfer , et pouvant être à tous les instauts précipitées dans le sein d’une éternité malheureuse. Dans ce triste état , où vous. ne méritiez que les eflets de la justice et des vengeances de Dieu, qu'est-ce que Dieu a fait pour. vous et de quelles grâces. vous a-t-il préyenues?
Il vous a rappelées' avec bonté; dans votre fuite; il vous a, attendues avec une patience inaltérable dans votre. éloignement ;: il: vous
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a reçues avec une tendresse ineffable dans votre retour : et pour cela que degtâce et en cela quelle miséricorde! Mais en conséquence quel retour , quelle Art quelamour devez-vousavoir pour Dieu! Quelle fidélité, quelle constance, quel attachement. inviolable à son saint service ! Ce seul motif de reconnaissanceet d’amour envers Dieu ne doit-il pas vous attacher à jamais à lui ?
Que si apres de tels bienfaits, et une telle miséricorde ; vous venez encore à l’abandonner , à l’offenser, à vous armer contre lui, ne devriezvous pas vous regarder comme indignes de respire: et de vivre :?
Qu'’êtes-vousa présent ? Vous devés vous r'esarder eomme ‘autant d’enfants prodigues , vous en avez tous les traits et toute la ressemblance. Or, pensez à cet ‘enfant autrefois indocile , rebelle , éloigné du plus tendre des pères ; mais enfin revenu à lui, reçu avec bonté , comblé de nouvelles faveurs ; ayant retrouvé dans lécœur de son père la place dont il s'était rendu si indigne. Si cet enfant, Après une si grande et si ineffable bonté de la part de son père , était retombé dans ses premiers égarements, avait encore outragé, abandonné, ce tendre père , avait blessé et percé son cœur d’un nouveau glaive de douleur , ne l’auriez-vous pas regardé comme un monstre d'ingratitude et d’horreur ?
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Or, voilà ce que vous seriez aux yeux de Dieu, si vous veniez encore à quitter le Seigneur , à vous éloigner de lni, à l’outrager de nouveau , en un mot, à manquer de persévérance dans son service. De quel œil devriez-vous alors vous regarder vous-mêmes ? Pourriez-vous encore soutenir vos propres régards. Etaquoi ne devriez-vous pas vous attendre pour l’avenir ? |
Car de la qu’arriverait-il ? et quelles suites terribles pourraient avoir devant Dieu votre infidélité et votre manque de persévérance?
Dès lors vous perdriez entièrement tous les mérites que vous auriez acquis par le passé, le fruit de tous vos travaux, de tous vos com— bats, de tout ce qu’il vous en a coûté pour revenir à Dieu, l’amitié de Dieu, la grâce sancti-
fiante; toutes vos vertus, tous vos mérites , tous
les trésors que vous aviez amassés, tout serait dissipé et arraché de vos mains par le péché ; vous même réduites à un état de dépouillement , d’indigence, de misère spirituelle; et au lieu de tous ces biens précieux , n’ayant que des trésors de colère, Triste et funeste état où vous réduirait votre infidélité et votre rechute !.
29 Par le manque de persévérance, votre état devant Dieu deviendrait pire encore que le premier, plus triste, plus déplorable, plus funeste qu'auparavant, C’est le Sauveur mème qui nous le
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dit : Fiunt novissima hominis illius pejora prioribus . Le péché de rechute est bien plus grand devant Dieu, parce qu’illest commis avec plus de connaissance, plus de malice , plus d’ingratitude, après des grâces plus signalées, après des promesses plus solennelles, après des résolu tions cimentées parle sang de Jesus-Christ mème. Quel crime et quel malheur! -
39 En manquant de persévérance , vous rendriez votre retour à Dieu bien plus difficile. Comme les maladies où l’on- retombe sont plus dangereuses et plus funestes, ainsi les plaies de l’âme qui se renouvellent sont bien plus profon— destet plus envenimées. Des passions qui ont pris une nouvelle. force, le penchant au mal devenu plus violent , les habitudes plus enracinées ; quels obstacles au retouret à la pénitence ! quels efforts redoublés ; quels sacrifices généreux ne demanderaient-ils pas?.en seriez-vous capables ? et si avec moins d’obstacles vous ne vous êtes point scutenues, que deviendriez-vous quand les obstacles seraient malheureusement multipliés , et vos forces sensiblement affaiblies ? . |
4° Vous auriez à craindre que Dieu ne retirât ses grâces , du moins ses grâces privilégiées et choisies, dont il vous avait si abondamment favorisées. Car enfin, un père cruellement outragé par un fils ingrat et dénaturé sera-t-il bien porté
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à le prévenir et a lui ouvrir son cœur? Un ami indignement traité , déshonoré, fera-t-il aisément
. les premières avances pour la réconciliation? Un
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sujets de se plaindre? Dieu est votre roi, votre ami, votre père ; si vous étiez assez malheureux pour l’offenser et l’outrager encore, surtout après qu’il vous a rendu sa tendresse et son cœur, devriez-vous vous attendre à ces grâces de prédilection et de choix? ne devriez-vous pas craindre au contraire qu’il neles retirât , de peur d’une nouvelle profanation et d'un nouvel abus ?
5° J'ajoute même , en tremblant , que par le défaut de persévérance vous vous rendriez en quelque manière suspectes votre pénitence et votre conversion. Je sais bien que la grâce ne rend pas impeccable, et qu’après une conversion mème sincère, on peut retomber ; quela rechute n’est point une marque assurée d'une fausse pénitence; je le sais, et à Dieu ne plaise que je veuille jeter le trouble et la terreur dans les âmes : mais toujours est-il vrai de dire que les rechutes donnent quelque sujet de craindre pour les pénitences passées, surtout quand ces rechutes, sont fréquentes, sont plus réfléchies. Or n’y eût-il sur ce point que la moindre crainte, le moindre soupçon, n’en est-ce pas assez pour
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faire souverainement redouter la rechute dans le péché, et par là même, pour nous engager à une sainte persévérance dans la grâce, de peur denous exposer à ces tristes retours ?
Il y a plus encore; et pour augmenter le desir,
le soin d’une’ sainte persévérance, surtout par
le juste motif d'amour et de reconnaissance envers Dieu, vous devez vous considérer, en quelque manière, comme un tison arraché de l'enfer par un effet des bontés de Dieu. Il est bien constant
qu'une personne qui nous empêcherait de tom-
ber®dans' un abîme , nous ferait un plus grand bien que si elle hoûs en retirait après y être tombées. Voilà ce que Dieu a fait pour vous. Par votré péché vous aviez mérité l’enfer; Dieu en vous empêchant d’y tomber, a plus fait pour vous qué s’il vous en avait retirées après vous y avoir précipitées, Or quel retour, quelle reconnaïssancé, quel atour dévez-vous avoir pour lui ? et comment lui marquer cette reconnaissance et cèt amour, que par une fidélité inviolable, une persévérance constante dans son saint service? Et que serait-ce si une personne à qui on aurait sauvé la Vie en la retirant du précipice, ou en Penpêchant dy tomber , se tournait contre ‘son biénfaiteur qui laurait ‘sauvée: si elle l’outrageait, et s'élevait contre lui? Voilà quelle serait horreur de votre conduité envers Dieu, si, miséricordieusement prévenues et sauvées par sa
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grâce, vous veniez à l’offenser de nouveau, à tourner contre, lui les bienfaits mêmes dont-il vous aurait prévenues et comblées. |
Si de pareils motifs trouvent dans vous un cœur capable de sentiments, ne doivent-ils pas vous engager à une sainte et inviolable persévérance dans son service, vous attacher pour toujours à lui, vous déterminer à perdre mille fois la vie plutôt que de l’abandonner? Après tout, vous le savez , ce ne sont pas les commencements, c'est la fin qui décide. Celui-là seul sera sauxé qui aura persévéré jusqu’à la fin : Qui perseveraveril usque in finem hic salvus erit.
MÉDITATION
Sur les moyens de persévérer dans le bien.
:Je le comprends, 6 mon Dien , mon Sauveur, mon souverain bienfaiteur! tous les motifs m'engagent à une sainte persévérance dans votre service. Vous avez déployé sur moi toute j'étendue de vos grandes miséricordes. De ma part je ne desire rien tant que de m’attacher pour toujours à-vous set de prendre pour cela tous les moyens qui dépenilront de moi, de ma fidélité, de mes soins, de ma vigilance, Voici en particulier ceux
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que je suis résolu d’employer et de consacrerer à la reconnaissance que je vous dois. Eclairez-moi dans mes vues , soutenez-moi dans mes résolutions, aidez-moi à rempli, mon engagement.
10 Le premier moyen que j'emploierai, ce sera la prière. Je sais que la persévérance est un don, et un don des plus précieux qui soient puisés dans les trésors de vos grâces; personne ne peut la mériter dignement , tous doivent la demander ardemment. Je vous la demanderai tous les jours de:ma vie, je vous la demande dans ce moment mème dans toute l'étendue de mes sentiments.
C’est une grâce que je ne puis recevoir que de vos mains, accordez-la à mon humble prière.
Vous m'ordonnez vous-même de vous la demander; c'est une marque que vous desirez plus ardemment de me l’accorder, que moi-même de l'obtenir. Je la regarderai comme la plus grande des grâces , le plus précieux des trésors , le bonheur qui me prépare au bonheur suprême. Exau-
cezZ ma priére ; vous comblerez mes desirs.
20 Je ferai les réflexions les plus sérieuses et les plussolides pour m’animer à la persévérance; je me dirai à moi-même les motifs qui m'ont engagé à me donner à Dieu, à revenir à Dieu ; ne sont-ils pas toujours les mèmes ? le Dieu que je sers n'est-il pas toujours également grand, également bon, également saint ct parfait, également digne de mon cœur
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et de mes hommages? l’Evaugile que je professe n'est-il pas toujours la loi sainte, la règle assurée qui doit m’éclairer et me conduire jusqu'à la fin? Les grandes vérités qui m'ont touché ontelles changé? Les ombres de la mort qui m’environnent sans cesse, les terreurs d’un jugement redoutable où je puis être appelé: à tous les insfants, une éternité de bonheur, ôu de malheur où je dois un jour aboutir, tous ces grand objets ne doivent-ils pas être toujours présents à mes yeux, et diriger constamment tous mes pas dans les voies du salut? J'espère que des réflexions si solides m’affermiront dans le bien, et m’armeront contre ma faiblesse et mon inconstance. Memorare novissima lua ",
30 Moyen. La vigilance sur moi, sur mes sens , sur mon cœur, sur mes mauvais penchants, sur mes passions malheureuses, sur toutes mes démarches, sur toutes les actions de ma vie, sur les illusions, les tentations du démon, de peur que cet ange de ténèbres ne se déguise en ange de lumière, Je sais que j’ai tout à craindre de moi, des ennemis de mon salut; sans une attention continuelle sur moi, je serai dans un continuel danger de perdre la grâce de mon Dicu , et de me perdre moi-même à jamais, Sainte
lEccles. 7,