‹ L'ame élevée a Dieu par les réflexions et les sentimentsChapitre 10 sur 22 · MÉDITATION SLR LES SOUFFRANCES DU JUSTE · texte numérisé non relu

MÉDITATION SLR LES SOUFFRANCES DU JUSTE

0 monàme, ranimons notre foi : elle est nécessaire pour entrer dans les vues de Dieu sur les souffrances

du juste, et pour admirer les salutaires effets qu'elles produisent.

Par les souffrances, Dieu éprouve la vertu du juste, Dieu purifie la vertu du juste, Dieu affermit la vertu du juste, Dieu augmente et perfectionne la vertu du juste. Précieux avantages que le juste même trouve dans les souffrances ! et dès lors, ô mon Dieu ! loin de nous plaindre et de nous affliger, ne devons-nous pas regarder les souffrances comme autant de grâces? Soutenez-moi, grand Dieu, dans une considération si contraire à la nature, si élevée au-dessus des sens.

1° Par les souffrances, Dieu éprouve la vertu du juste. Ainsi a-t-il éprouvé celle de Job, en lui enlevant tout ce qu'il avait dans le monde ; celle d'Abraham, en ordonnant de lever le glaive sur son propre fils; celle de Tobie, en le privant de la lumière; ainsi éprouve-t il encore tous les jours les âmes justes qu'il trouve dignes de lui : quia acceptas eras Dca, necesse fuît ut tenlatio probant te. Mille fois nous avons protesté à Dieu que nous lui serions fidèles, que nous perdrions mille vies plutôt que de lui déplaire, que ni la vie, ni la mort, ni le monde, ni l'enfer ne pourraient nous séparer de lui ; ces promesses lui sont agréables sans doute, mais il veut s'assUrer si elles sont bien sincères, et si les effets répondront aux paroles ; en un mot, il veut un autre témoignage que celui de notre bouche, et ce témoignage, c'est dans les souffrances que nous devons le lui rendre. Disons mieux, et ce n'est point proprement Dieu qui veut éprouver notre vertu, il connaît notre cœur ; mais il veut que le juste se connaisse, s'éprouve lui-même. Combien de fois nous flattonsnous, nous trompons nous sur les dispositions de

QUINZIÈME LECTIUK 177

notre cœur! David, éloigné des occasions, avait assuré que rien ne serait capable de l'ébranler, et David, dans l'occasion, succombe malheureusement Fallût-il mourir avec vous, ô mon Dieu! je vous suivrai partout, disait saint Pierre, et la voix d'une servante suffit pour le rendre apostat de sa foi. Combien de justes qui, loin des dangers, se croient inébranlables, et qui dans l'orage des tentations ont fait un triste naufrage! Apprenons, aines faibles, à nous connaître et à nous délier de nous-mêmes, jusqu'à ce que l'épreuve des afflictions nous rassure, et rende à notre vertu un témoignage plus certain.

Hélas! combien de fois ai je pris au pied de l'oratoire les plus saintes résolutions ! combien de fois me suis-je cru en état de tout entreprendre, de tout souffrir pour vous, ù mon Dieu! et, à la moindre occasion, tous mes projets se sont évanouis, et toute ma constance s'est démentie.

2° Par les souffrances, Dieu purifie la vertu. Le juste, cl i t l'Esprit Saint, tombe sept fois le jour, c'est-à-dire que, quelque juste que soit l'bomme, il a toujours bien des choses à se reprocher devant Dieu. Il a souvent certaines affections trop naturelles du cœur, je ne sais quel penchant au mal, quel attachement aux choses créées, et plus encore à lui même ; toujours bien des tiédeurs, des négligences, des résistances, des infidélités à la grâce. Faibles nuages, à la vérité, mais qui ternissent toujours l'éclat de la vertu, et mettentencore quelque obstacle à la grâce et à l'union avec Dieu.

Or, ce sont ces obstacles que Dieu veut détruire, ces nuages qu'il veut dissiper. Eli ! quel moyen plus efficace que des souffrances ! Car enfin les fautes • les justes sont des taches dans lame ; elles ne dé

tr irisent pas l'amitié de Dieu, mais elles la refroidissent ; elles ne privent pas de la grâce, mais elles l'altèrent et en arrêtent les impressions; elles ne donnent pas la mort à nos à mes, mais elles causent des infirmités et des langueurs. Or Dieu qui les aime et qui en est aimé, veut les rendre toujours plus dignes de lui et de son amour. C'est un or précieux, mais qui a besoin d'être encore épuré ; il le fait passer par le feu des tribulations pour lui donner tout son prix et tout son éclat. Dieu châtie ceux qu'il aime, mais il châtie en père ; la main qui frappe est conduite par le cœur qui aime et qui veut sauver.

Que je serai heureux, ù mon Dieu ! si j'entre dans ces sentiments, si je baise la main qui me frappe, si je regarde les épreuves que vous me ménagez comme autant de grâces que vous me préparez ! La grâce le dit, mais la nature y répugne ; n'écoutez pas ses répugnances, ô mon Dieu ! mais soutenez sa faiblesse et continuez l'ouvrage de votre miséricorde.

3° Par les souffrances, Dieu affermit la vertu du juste. Nous le savons, l'expérience et la foi nous le disent, le juste n'a jamais plus à craindre que lorsqu'il craint moins, n'est jamais plus assuré que lorsqu'il croit ne l'être point. 11 n'est jamais plus ferme et plus inébranlable que lorsqu'il se défie de luimême et de sa constance, parce qu'alors il cherche auprès de Dieu le secours qu'il ne croit pas trouver en lui même, et il espère de Dieu ce qu'il ne saurait attendre de ses propres forces. Or, voilà l'heureux état où nous conduit l'affliction ; car, outre qu'elle éloigne les objets qui pourraient ébranler notre constance, elle oblige le juste de veiller continuelle ment sur lui mêmej et de se délier de lui-même ; de

recourir sans cesse à Dieu, comme il sou asile; de s'éloigner de plus en plus du monde, des choses du monde, dont les afflictions lui font connaître le néant et la vanité. Or si quelque chose est capable de rendre notre vertu constante et solide, c'est surtout cette défiance de nous-mêmes, cette confiance en Dieu seul ; deux fondements inébranlables du grand ouvrage de la sanctification.

Etablissez mon àme, ô mon Dieu! sur la solidité de ces fondements. Je n'ose vous demander des souffrances, connaissant ma faiblesse ; mais si les souffrances sont nécessaires pour m'aiïermir, donnez -moi la grâce et la force de les supporter. J'irai puiser cette force au pied de votre croix, je vous la demanderai parla voix même de votre sang répandu pour moi.

4° Enfin, par les afflictions, Dieu augmente et perfectionne la vertu du juste. On peut dire que les souffrances donnent occasion à la pratique de toutes les vertus, et perfectionnent l'exercice de toutes les vertus. Par les afflictions, la foi devient plus vive, l'espérance plus ferme, la charité plus ardente; l'humilité, la patience, la résignation jettent des racines plus profondes et portent des fruits bien plus abondants. Ainsi le juste demandera peut être souvent à Dieu d'être délivré de ses peines et à couvert de toutes ses tentations ; mais Dieu, jaloux de sa propre gloire et du salut de cette âme, lui dira ce qu'il a dit à saint Paul : Il vous est plus avantageux de porter le poids des souffrances que d'en être exempt : virtus in infirmitate perficitur ; elles vous mettront à de nouvelles épreuves, elles vous livreront de nouveaux assauts ; niais si elles sont pour vous une nouvelle matière de combats, elles

seront aussi pour vous un nouveau sujet de triomphes. Vous combattrez sous mes yeux ; je vous soutiendrai moi-même dans vos combats. Armez vous de courage et de force ; on mérite plus dans un quart d'heure de souffrances que dans des années entières de consolations.

0 trésors immenses cachés dans les afflictions! Providence admirable de Dieu sur les justes! A cette vue, je ne dis plus seulement quelle résignation, quelle patience ; mais, si on a la foi, quelle consolation, quelle joie ne devrait-on pas faire éclater dans le sein des souffrances ! Cependant de quel œil les regarde ton d'ordinaire ? Voit-on un Job étendu sur son fumier, un Joseph chargé de chaînes dans un cachot, un David persécuté par Seméi ; en un mot, un juste souffrant ? Que cet homme est mal heureux! qu'il est à plaindre! s'écrie-t-on tout étonné. Aveugles que nous sommes ! nous appelons malheureux ceux qui souffrent, et Jésus-Christ appelle heureux ceux qui pleurent. Où est notre foi? Dieu afflige le juste; c'est parce qu'il l'aime qu'il le traite ainsi ; et s'il l'aimait moins, il le traiterait comme il traite les heureux du siècle ; il le laisserait jouir des plaisirs du monde, s'égarer avec le monde, se pervertir comme le monde, et viendrait un temps où il le jugerait, le condamnerait, le maudirait avec le monde.

Ne soyons donc plus étonné, ô mon âme ! si les justes souffrent; ce n'est peut-être que parce qu'ils souffrent qu'ils sont justes, et parce qu'ils cesseraient d'être justes s'ils cessaient de souffrir. Le Saint des saints a souffert; c'est en qualité d'homme de don leur qu'il est devenu le modèle des prédestinés ; et ce ne sera qu'en participant à ses souffrances que

nous pouvons avoir pari à sa gloire. Si les saints pouvaient avoir quelque regret dans le ciel, ce ne serait pas d'avoir beaucoup souffert sur la terre, mais de n'avoir pas encore souffert davantage. Plus nous souffrirons en qualité de justes en ee monde, plus nous serons élevés en qualité de prédestinés dans la gloire. Les souffrances sont le sceau des élus ; quiconque ne sera pas marqué à ce sacré caractère n'entrera jamais dans la région des vivants. Nous sommes tous les enfants du Calvaire ; c'est là où Jésus-Christ nous a régénérés dans son sang; et ce tendre père, ce père mourant ne nous a laissé d'autre héritage, en quittant ce monde, que sa croix et sa grâce ; recevons les avec reconnaissance et avec respect ; conservons les dans l'humilité et la vigilance ; nous en recueillerons un jour avec consolation les fruits et la récompense.

Prière. — Vous avez souffert pour moi, adorable Sauveur; dois-je me plaindre si je souiïre quelque chose pour vous? Ne dois-je pas au contraire m'estimer heureux d'avoir cette sainte ressemblance avec vous? Mes péchés méritent l'enfer : par un effet de vos ineffables miséricordes, vous voulez bien changer les peines éternelles qui m'étaient réservées en quelques peines temporelles qui Uniront un jour. Quelle grâce! quelle faveur! Après tout, voudrais-je n'avoir rien à mettre au pied de votre croix? J'y trouve votre sang adorable versé pour le salut de mon âme. Ne dois-je pas mêler mes larmes avec votre Sang, unir mes souffrances avec vos douleurs?

Je souffrirai donc, ù mon Dieu ! je souffrirai, s'il le faut, toute ma vie; je souffrirai sans me plaindre; je souffrirai avec patience, avec résignation : que ne puis-je ajouter avec joie ! Vous soutiendrez ma faiblesse par votre grâce. Heureux si, après toutes les afflictions d'une vie coupable que j'ai menée sur la terre, je puis avoir part au bonheur

IN2 . l'ame élevée a dieu

de la vie immortelle que vous nous préparez dans le ciel. Ainsi soit-il.

Pratiques. — 1" Unir nos souffrances à celles de Jésus- Christ souffrant el mourant pour nous.

2" Baiser souvent les pieds de notre crucifix.

:i" Nous transporter quelquefois en esprit sur le Calvaire, d'autres fois dans le sein des enfers. A cette vue oserons-nous nous plaindre.

1° l'enser à tant d'autres qui souffrent autant et plus que nous, et qui manquent de tout secours.

li" Nous regarder comme des victimes qui ont mérité la mort, et que Dieu a épargnées pour leur donner le temps de penser à la pénitence.

SEIZIEME LECTURE Sur l'excellence et la dignité de notre âme.

Ame créée à l'image d'un Dieu, àme rachetée par le sang d'un Dieu, àme destinée au bonheur d'un Dieu ; voilà son origine, son prix et sa fin. Apprenons à connaître ce que c'est que notre àme, c'est-àdire apprenons à l'estimer, à la respecter, à la sanctifier, en un mot, à la sauver. C'est là l'homme, c'est là tout l'homme : hoc est enim omnia homo.

1° Ame créée à l'image d'un Dieu. Quand je considère ce vaste univers et tous les êtres qui le composent, je me vois environné d'une infinité d'objets, de créatures, de productions. Tous me présentent quelque chose de grand ; dans tous je trouve comme l'empreinte de la divinité et des caractères tracés de la main de Dieu. Le soleil me présente un rayon de sa gloire, la terre une image de sa stabilité, la

mer une idée de son immensité et de la profondeur de son être. Tout cela est grand el digne de Dieu, olais en toul cela je ne trouve encore rien qui me présente dignement son image. Je considère encore parmi les ombres elles nuages de tant d'êtres divers; j'aperçois une créature intelligente, douée déraison, capable de sentimenl et de vie, l'âme de l'homme: Ali! nie dis je à moi-même avec transport, la voilà celle image vivante de Dieu que je cherchais. C'est dans moi-même que je la trouve ; dans elle, je vois comme ébauchés tous les traits des perfections adorables de Dieu, de sa beauté, de sa bonté, de sa vie, de son être. Aussi Dieu, en la créant, a dit en lui même: Formons l'homme à notre ressemblance: ad imaginem ci similitudinem nostram. Voilà le miroir, considérons la fidélité de l'image. Dieu est vivant, et notre âme vivante ; Dieu intelligent, et notre âme intelligente ; Dieu esprit, et notre âme spirituelle ; Dieu éternel, et notre Ame immortelle. Non, notre âme n'est pas seulement l'ouvrage de Dieu, la créature de Dieu, elle est son image, le rayon de sa gloire, l'émanation de son être. Encore n'est-ce là que la beauté' naturelle de l'âme, commune aux pécheurs et aux justes ; que serait-ce si l'on pouvait montrer la beauté de cette âme dans l'ordre surnaturel de la grâce, possédant le précieux trésor de la grâce, revêtue de toutes les splendeurs de la grâce ! beauté si grande que tout l'éclat du soleil et des astres s'éclipse auprès d'elle. Une âme est elle en grâce avec Dieu, Dieu s'unit à elle, Dieu réside dans elle, la beauté même de Dieu se communique à elle ; dès lors cette âme est riche des richesses mêmes de Dieu, sainte de la sainteté de Dieu, juste de la justice de Dieu, el, selon l'oracle de l'Esprit Saint, parti-

184 l'ami: élevée a dieu

ci pan t en quelque manière à la nature de Dieu : divince consortes naturœ. Quelle dignité ! quelle grandeur que celle d'une àme portant ainsi dans elle les traits de la ressemblance divine! Qu'elle n'oublie jamais l'excellence de son être, la grandeur de son origine, et qu'elle la soutienne par la grandeur de ses senti inents.

2° Ame rachetée par le sang d'un Dieu. 0 àme! s'écrie un Père de l'Eglise dans un saint transport, ô àme! élève toi au-dessus de la terre et des sens: ô anima! érige te. Et vous, ô homme! voulez vous comprendre quelle est l'excellence et le prix de votre àme? interrogez un Dieu rédempteur, considérez ses travaux, ses sueurs, ses plaies, ses tourments, son sang et sa mort : lanli cales ; voilà le prix de votre àme, voilà ce qu'elle a coûté et ce qu'elle vaut aux yeux de Dieu même. Interrogez un Dieu soutirant, un Dieu agonisant, un Dieu expirant. Dieu saint! que nous marquent ces plaies dont vous •Mes couvert, ces larmes que vous versez, et ce sang dont vous êtes tout inondé ? Il nous répondra par la voix même de ce sang qui s'élève vers le ciel : non point comme celui d'Abel pour solliciter la vengeance, mais comme le sang de l'Agneau pour obtenir le pardon ; il nous dira que c'est là le prix et la rançon de notre àme, et qu'à ses yeux elle a été jugée digne d'être rachetée à ce prix : tanti raies.

De sorte que, pensée qui étonne la foi, de sorte que, dans les idées et les conseils de Dieu même, non seulement notre àme est le prix de son sang et de sa vie ; mais encore dans la comparaison de son sang et de sa vie avec notre àme, il a en quelque manière donné la préférence à notre àme sur son sang et sa vie. 0 sainteté ! o grandeur de la foi ! Dieu

d'une part voyait des âmes coupables dans le péché, cl de l'autre il voyait sa vie mortelle et son sang précieux ; un des deux devait être sacrifié à la justice divine, ou lésâmes perdues, ou son sang versé, ou les âmes précipitées dans l'enfer, ou son sang inondant la terre ; et dans la concurrence, il a préféré le salut et la rédemption de notre àme à la conservation de son sang et de sa vie. Que Dieu est grand dans ses vues! mais que notre àme est précieuse à ses yeux !

3° Ame destinée au bonheur d'un Dieu. A considérer l'àme dans l'état de misère et de souffrance où elle est en ce monde, ensevelie dans la matière, enfermée dans la prison de son corps, gémissant dans un lieu d'exil ; à s'en tenir là, on serait tout surpris de son sort, on dirait : Où est la dignité de cette àme, où est la providence de Dieu ? comment un être si noble en lui -même est-il réduit, est-il placé, est il avili d'une manière si peu digne de lui et de son auteur? Mais quand, éclairé des lumières de la foi, on vient à penser que si cette àme est dans cet état, ce n'est que pour un temps, que Dieu l'a placée en ce monde comme dans un lieu d'exil, pour mériter la céleste patrie ; qu'un jour son exil finira, ses liens seront rompus ; que, sortie du sein de Dieu, elle doit y rentrer un jour pour y vivre à jamais ; qu'elle vit un espace de temps dans les combats pour mériter une éternité de triomphes; qu'après ce court espace, les nuages du temps étant dissipés, l'aurore du grand jour de l'éternité se lèvera sur elle ; et alors, entrée dans la région des vivants, elle y régnera, elle y jouira du bonheur de Dieu même.

A cette vue, et dans cette grande destination de

18B l'ami: élevée a dieu

notre àme, je ne suis plus surpris de tout ce que Dieu a fait pour elle, de ce qu'un Dieu rédempteur est descendu sur la terre pour la sauver ; je ue suis plus surpris de ce que les missionnaires,, ces nouveaux apôtres, se transportent au-delà des mers, aux extrémités du monde pour la conquête de ces âmes; que les ministres de la religion se donnent tant de soins, se livrent à tant de travaux pour les arracher au péché; que l'Eglise, elle-même empressée, soit dans une vigilance et une sollicitude continuelle sur le salut ; qu'elle leur procure tant de secours et de moyens dans ses trésors. Non, ce qui me sur prend, c'est que tant de chrétiens éclairés par la foi sur la grandeur de leur àme et de sa destiner en fassent si peu de cas, ou, s'ils lui donnent leur estime, qu'ils lui refusent leurs soins. Ah! ils l'avaient connu le prix de leur àme, ces saints soli taires qui, pour la sauver, disaient un éternel adieu au monde, et s'ensevelissaient dans le fond des déserts. Ils l'avaient connu, ces saints pénitents qui se livraient à toutes les rigueurs et les austérités de la pénitence. Ils l'avaient connu, ces généreux martyrs qui montaient sur les échafauds, et qui expiraient avec joie au milieu des brasiers. Mais ceux-là connaissent-ils la dignité sublime et la noble des tinée de cette àme. qui ne sont occupés que d'une chair périssable et négligent un esprit tout céleste ; qui semblent n'avoir qu'un corps à satisfaire, et point d'âme à sauver ; qui donnent tout à la terre qui les ensevelira, et refusent tout au ciel qui les appelait? sont-ils chrétiens? Ils en ont le nom gravé sur le front, mais les sentiments chrétiens vivent -ils dans leur cœur ?

Un grand prince ayant demandé à saint Grégoire

une chose injuste : Prince, lui répondit le saint, si j'avais deux Ames, je pourrais peut-être en sacrifier une pour vous plaire ; mais je n'ai qu'une âme cl je veux la sauver. Grand sentiment! prenons-le dans toutes les occasions où le salut de notre âme pourrail être en danger. Disons-nous sans cesse : Je n'ai qu'une àme et je veux la sauver.

Page 1