‹ L'ame élevée a Dieu par les réflexions et les sentimentsChapitre 9 sur 22 · CONSÉCRATION A LA CROIX · texte numérisé non relu

CONSÉCRATION A LA CROIX

Croix adorable de mon Sauveur ! je viens en ce moment me consacrer à vous pour toujours; pénétré de respect pour vous, de douleur pour mes péchés, de reconnaissance et d'amour pour mon divin Rédempteur, je viens me jeter à vos pieds, vous conjurant de me recevoir entre vos bras ; je me dévoue à vous pour le reste de ma vie. Je vous consacre mes pensées, mes paroles, mes sentiments,

nies actions : je désire que désormais tout soit marqué au sceau de la croix. Mais surtout, croix ado rable ! je désire que vous soyez gravée bien avant dans mon cœur. Non, ce n'est pas assez de vous avoir sous mes yeux, de vous porter sur moi : c'est dans mon cœur que je désire vous placer ; c'est là où je veux que vous régniez pour y faire régner Jésus Christ avec vous et par vous. Je ne demanderai pas de croix ; je sens ma faiblesse, je connais ma misère ; mais si mon doux Sauveur me les envoie, s'il veut m'associera lui pour les porter, je les recevrai avec soumission de sa main ; je m'estimerai heureux d'avoir part au calice de son amertume. Mes péchés ont mérité l'enfer, pourrais je me plaindre de porter la croix? Le Dieu que j'adore est élevé sur la croix, pourrais-je m 'affliger d'être à ses pieds? Si la croix me paraît pesante, sa grâce m'aidera, me soutiendra, sera ma force et ma consolation.

0 croix adorable ! ainsi je veux vous être consacré toute ma vie ; ainsi j'espère vous prendre entre mes mains au moment de ma mort ; ainsi je désire rendre le dernier soupir entre les mains de mon Créateur. Ainsi soit-il.

QUINZIEME LECTURE Sur les souffrances.

Par quel aveuglement et quel désordre peut-il donc arriver que des chrétiens ne regardent souvent les souffrances que comme des malheurs, et se re-

gardent eux-mêmes comme malheureux, parce (Ju'ils souffrent? Pourtant, des chrétiens qui adorent un Dieu sur la croix, qui professent une religion toute fondée sur la croix, doivent mettre les souffrances au nombre des béatitudes ! Jlcati qui lugent. Que des idolâtres, des païens pensent ainsi, on n'en sera pas surpris; mais que des chrétiens aient de pareils sentiments, n'est ce pas déshonorer la foi, et abjurer en quelque manière sa religion ? Chrétiens de nom, soyons-le de cœur; élevons nos pensées et nos sentiments; consacrons nos souffrances, connaissons-en le mérite et le prix.

Si nous sommes pécheurs, par les souffrances Dieu nous fera connaître notre péché. Dieu nous fera renoncer à notre péché, Dieu nous fera expier nos péchés. Quelles grâces ! et dans les vues de la foi ne sont-elles pas préférables à toutes les consolations et à tout le faux bonheur de ce monde ?

1° Par les souffrances Dieu nous fera connaître notre péché. En effet, est-il rien de si propre que l'adversité à nous ouvrir les yeux sur le précipice où la prospérité nous entraine ? Tant que le pécheur est dans le sein de cette prospérité funeste, il semble oublier qu'il a un Dieu à servir, et. une àme à sauver ; une foule d'objets occupent toutes ses pensées, épuisent toute son attention, et lui ôtent presque le temps et les moyens de se reconnaître. Dès lors ses yeux, uniquement ouverts sur ses plaisirs, sont fermés sur ses égarements ; ou s'il les connaît, hélas ! que sont ces connaissances, et quel effet produisent-elles sur lui ? Connaissances vagues et superficielles, qui se dissipent bientôt ; connaissances bornées et obscures, qui n'éclairent qua demi ; connaissances même inquiètes et importunes, qu'il rejette et qu'il

172 l'ame êlkvée a dieu

combat dès qu'elles se présentent ; connaissances par conséquent ordinairement stériles et infruc tueuses. Que faut-il doue pour les rendre efficaces ? 11 faut que l'affliction vienne à leur secours; ah! que bientôt elle fera tout changer de face ! D'abord elle commence à éloigner cette foule d'objets qui dissipaient le pécheur : rendu à lui-même, il approfondit le chaos de sa conscience ; et semblable à un homme qui sort d'un profond sommeil, il ouvre enfin les yeux, et il voit avec surprise le précipice sur le bord duquel il marchait. Alors la pensée de l'éternité se réveille, la foi rentre dans tous ses droits, et la grâce trouvant entrée dans un cœur déjà préparé par les afflictions, y fait revivre ces divines lumières qui paraissaient presque éteintes ; et, à la faveur de ces divines lumières, elle fera connaître au pécheur toute la honte, toute la malice, toute Pénormité du péché. Quels exemples touchants n'en avez-vous pas présentés, ô mon Dieu ! dans un David, dans un Manassès, dans tant d'autres pécheurs dont vous avez éclairé les yeux en affligeant leur cœur !

2° Cependant ce n'est point assez que le pécheur connaisse son péché, il faut encore qu'il le déteste, et qu'il y renonce. Suivez donc votre ouvrage, ô mon Dieu! frappez le pécheur, et bientôt, contrit et humilié, il viendra se jeter entre vos bras comme un enfant effrayé dans le sein de sa mère ; et voilà, dit saint Augustin, le mystère comme impénétrable, mais infiniment adorable de la providence de Dieu dans les afflictions. Dieu, dit ce Père, punit quelquefois par bouté, et quelquefois il épargne par vengeance; car, comme il y a dans Dieu une bonté miséricordieusement sévère, qui frappe pour sau-

ver, il y a aussi une justice sévèrement indulgente, qui épargne pour perdre. Or, si jamais, ajoute ce grand saint, si jamais Dieu a fait éclater cette bonté misérieordieusement sévère, c'est surtout dans les afflictions qu'il nous ménage pour nous faire renoncer à notre péché. Un jour nous le reconnaîtrons, nous l'adorerons, nous l'en bénirons.

Homme pécheur et affligé, vous gémissez dans vos afflictions, vous vous plaignez de couler vos jours dans les croix, de compter vos moments par vos larmes, de ne trouver dans les plaisirs qu'amertume, dans le monde que perfidie, dans vos amis qu'inconstance, dans tous vos projets que des obstacles et des revers, sous vos pas que des épines ou des abîmes. Depuis ce temps, vous n'avez plus que des larmes aux yeux, des plaintes à la bouche, et des soupirs dans le cœur. Ah ! jusqu'à quand vous aveuglerez-vous sur vos intérêts ? Ne reconnaîtrezvoiis jamais la main de Dieu qui agit, et sa miséricorde qui opère pour votre salut ? Oui, pécheur, il faut que votre Dieu vous aveugle comme Tobie pour vous éclairer; qu'il vous terrasse comme Saul pour vous relever ; qu'il vous précipite, pour ainsi parler, comme Lazare dans le tombeau, pour vous ressusciter à la grâce. Eh ! que pourrait faire désormais votre Dieu, qui veut vous sauver ? Vous avez comme épuisé toutes les ressources de sa bonté : inspirations saintes, sentiments touchants, avis salutaires, exemples édifiants, remords intérieurs, tout a été mis en œuvre par la tendresse de sa miséricorde, et tout a été rendu inutile par L'inflexibilité de votre cœur. Il ne reste plus que les afflictions dans les trésors de sa grâce. Faut-il donc qu'il vous abandonne à vous-même, qu'il vous laisse courir à

grands pas dans les voies de la perdition, qu'il laisse orner et engraisser la victime pour l'immoler à sa vengeance ? Non, mon Dieu, frappez-nous et vengez- vous. Cette indulgence apparente serait la marque la plus terrible de votre colère ; et les afflictions seront les gages les plus précieux de votre tendresse. Et combien de pécheurs, en effet, qui ne sont redevables de leur salut qu'à leurs afflictions, qui n'ont versé des larmes sur leurs péchés qu'après on avoir versé sur leurs misères, et qui n'ont cessé d'être criminels que depuis qu'ils ont commencé d'être malheureux ! Non, je ne crains pas de le dire, il y a à présent un grand nombre de réprouvés dans l'enfer qui auraient été de grands saints, si Dieu les avait favorisés des souffrances ; il y a au contraire un grand nombre de saints dans le ciel qui seraient au nombre des réprouvés, si les afflictions ne les avaient tirés de l'abîme.

3° Nouveau gage des bontés de Dieu : par les afflictions il nous fera expier nos péchés. C'est l'Esprit-Saint même qui nous en assure, et qui nous dit que le temps de la tribulation est par excellence le temps de la rémission: in tempore tribulalïonh peccata dimitlïs. Dans l'ordre de la justice divine, nos péchés méritent une peine : tôt ou tard il faut la subir, ou en qualité de pénitents en catte vie, ou en qualité de réprouvés dans l'autre ; mais avec cette terrible différence, que les peines de cette vie sont courtes et méritoires, et que celles de l'autre sont éternelles et infructueuses. Or, quelles actions de grâces n'avons nous pas à rendre à Dieu quand il nous procure un échange si avantageux ! Quoi! une éternité de supplices affreux cbangés en quelques afflictions passagères ! Les coups terribles d'un

bras éternellement vengeur, qui frappe pour accabler, changés en des coups mesurés d'une main paternelle, qui n'abat que pour relever ! De telles peines méritent elles des actions de grâces ou des plaintes ?

Ainsi, pécheurs, voulons-nous apprendre à porter en patience le poids de nos afflictions, comparons les peines que nous essuyons dans le temps avec celles qui nous étaient réservées dans l'éternité ; faisons le parallèle de ce que nous souffrons avec ce que nous avons mérité. Disons nous à nousmêmes dans nos afflictions: Je souffre, il est vrai, dans le sein de la maladie, le feu de la fièvre qui coule avec mon sang dans mes veines ; mais ce feu qui me brûle et me consume est il aussi ardent et aussi terrible que les feux de l'enfer que j'ai si souvent mérités? Je suis pauvre, et réduit à une triste indigence ; mais enfin ma situation est-elle aussi triste que celle d'une âme réprouvée, abandonnée de tout, et n'ayant pour partage que ses tourments, ses regrets et son désespoir ? 0 mon Dieu ! je vous le dis avec un saint pénitent, frappez, coupez, brûlez, écrasez moi en cette vie, pourvu que vous m'épargniez dans l'autre. Le poids des afflictions sera-t-il jamais comparable au poids de vos vengeances? Jetons-nous donc au pied de la croix, baisons la main qui nous frappe ; adorons le Dieu vengeur qui punit en père ; sa main est levée, mais son cœur est ouvert, prêt à recevoir le pénitent pour sauver le pécheur.

Page 1