MEDITATION SUR LA SAINTETE
Voici les grandes vérités que la sainteté nous présente : qu'elles sont solides ! qu'elles sont sublimes ! comment ont elles échappé à nos esprits? ou si elles s'y sont présentées, comment ont-elles fait si peu d'impression sur nos cœurs?
Dieu saint et auteur de toute sainteté, vous seul pouvez leur donner l'efficacité et la force : gravez les si profondément dans mon cœur, qu'elles ne s'en effacent jamais, et qu'elles deviennent la règle de toute ma conduite.
Première vérité. — Nous ne sommes en ce monde que pour être saints. Voilà la grande affaire qui nous est confiée ; toutes les autres peuvent bien nous amuser el nous partager, mais celle-ci doit nous
occuper et nous posséder; toutes les autres peuvent bien être distribuées selon les différents états et conditions de la vie : en sorte que l'une soit l'affaire du négociant, l'autre celle du magistrat, l'autre
celle du courtisan et du souverain : mais celle-ci domine sur toutes les autres, et nous intéresse tous tant que nous sommes ; c'est celle du négociant dans son commerce, du magistrat sur son tribunal, du riche dans son palais, du roi même élevé sur le trône : parce qu'avant d'être tout cela nous sommes chrétiens et que nous ne sommes cbréliens que pour être saints. Non, mon Dieu! vous ne nous ave/, point mis en ce inonde pour être grands, pour être riches, pour être heureux, mais pour être saints. Toutes les autres affaires, sans celle-là, ou nous sont indifférentes, ou nous sont étrangères, ou nous sont funestes. Vérité si constante, que, quand nous réussirions dans toutes les autres, si nous écbouons en celle-ci, tout est perdu sans ressource : au contraire, quand nous échouerions dans toutes les autres, si nous réussissions dans celle-ci, tout est assuré pour toujours. Ame cbrétienne! Dieu vous voit livrée en proie à l'amertume des afflictions, accablée sous le poids de la calamité ; il voit tomber à côté de vous tout ce qui vous intéresse; il vous voit environnée des débris de vos biens, de votre santé, de votre fortune ; mais au milieu de ce désastre funeste, vous vous soutenez, et sur ces débris épars s'élève l'édifice de votre sainteté; vous n'avez rien perdu. C'était la seule cbose qui vous intéressât véritablement; elle subsiste, tout est sauvé, parce qu'il en faut toujours revenir à cette grande maxime, que nous ne sommes au inonde que pour être saints.
J'ai été convaincu de cette grande maxime dans la théorie ; l'ai je bien suivie dans la pratique? Je sais que je ne suis au monde que pour être saint ; ai-je travaillé à le devenir? de quoi me servira d'être pénétré des grandes vérités de la religion, si dans ma conduite elles disparaissent ? Mon Dieu ! je ne veux plus vivre que pour me sanctifier ; c'est l'unique vue que vous vous êtes proposée ; c'est l'unique que je veux suivre.
Deuxième vérité. — Rien de si digne de nous que la sainteté : hommes destinés pour le ciel, que faisons-nous sur la terre, et de quoi nous occupons nous en ce inonde ? Accumuler des trésors, établir une fortune, s'élever à un rang distingué : voilà ce qu'on appelle de grandes affaires! le sont elles en elfet? Ne consultons pas les idées des hommes, c'est une balance trompeuse ; qu'est-ce que la sainteté dans les vues de Dieu? C'est le chef-d'œuvre de ses mains, c'est l'objet de ses complaisances ; à ce double titre ne mérite-telle pas tous nos soins? Quand autrefois il fallut créer ce vaste univers et le tirer du néant, étendre l'immense capacité des airs, affermir les fondements de la terre, donner des bornes aux flots de la mer, l'Ecriture nous dit que le Tout Puissant se jouait avec son ouvrage : lodens in orbe terrarum. Mais s'agit-il de former des saints, de disposer des lumières qui éclairent les saints, les occasions qui préparent les saints, ce n'est plus une main qui se joue avec son ouvrage ; c'est un Dieu qui médite, qui souffre, qui donne son sang et sa vie; la sainteté lui parait mériter tout cela ; il fallait toute la sagesse de son conseil pour former un si grand projet, toute la puissance de son bras pour l'exécuter, toute la magnificence de ses trésors pour
l'embellir, toute l'effusion de sonsang pour le cimenter et le perfectionner.
C'est le chef-d'œuvre de ses mains ; c'est encore l'objet de ses complaisances. Avez vous vu mon serviteur Job? disait le Seigneur: Considerasli servum meum Job? Grand Dieu ! quand du haut du ciel vous considériez l'univers, il y avait des savants, des grands, des conquérants, des monarques élevés sur le trône; et Job était sur son fumier, dévoré de la lèpre; cependant c'est sur ce Job affligé que vous fixiez vos regards de complaisance; tout le reste disparaissait à vos yeux. Oui, une âme sainte, inconnue peut être dans ce monde, ensevelie dans l'oubli, voilà un spectacle digne de Dieu, juste estimateur de toutes choses, et qui sait discerner le faux éclat des véritables lumières. Aux yeux de la foi, rien de si grand, de si excellent et de si digne de Dieu et de nous que la sainteté.
Pénétrez-moi de ce sentiment, ô mon Dieu ! tout le reste disparaîtra à mes yeux et touchera peu mon cœur, parce que tout le reste n'est rien devant vous.
Tuoisièmk vérité, puisée dans le sein même de nos regrets et de nos pensées. — Que faisons nous pour devenir saints ? Qui êtes vous ? d'où venez vous? où allez vous? Qui êtes vous? je suis chrétien. D'où venez vous? du sein de Dieu. Où allez vous? à l'éternité. Vous êtes chrétiens, vous en avez le nom ; en avez-vous les vertus ? Vous allez à l'éternité ; en prenez vous le chemin; étranger en cette terre de pèlerinage et d'exil, vous souvenez-vous que le ciel est votre patrie ? Appelé à l'héritage céleste, tachez-vous d'attirer la tendresse du père de famille qui vous invite ? Vous avez une couronne préparée
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dans le ciel, pensez-vous qu'elle se donne au mérite?
En qualité de chrétiens, il y a en nous un grand nom, de grands titres, de grandes espérances; les soutenons-nous par de grands sentiments ? Hélas! tout est grand en nous, à l'exception des mérites et des vertus.
0 mon Dieu ! quel est notre aveuglement ! Que faisons nous pour être saints, ou plutôt que ne faisons-nous pas pour nous éloigner des voies de la sainteté? Si l'on nous disait que pour être saints il faut prendre une voie toute contraire à celle de l'Evangile, c'est-à-dire qu'au lieu de la ferveur, du renoncement, de la mortification, de la vigilance, des bonnes œuvres, il faut de la tiédeur, de la dissi pation, de la négligence, de l'oisiveté, de l'amourpropre, aurions nous bien à changer dans nos mœurs? et, sans y rien changer, ne serions-nous pas déjà de grands saints ?
Voilà ce que je dois me dire à moi même : Qu'ai-je fait pour devenir saint ? Où sont les mortifications que j'ai pratiquées, les pénitences que j'ai exercées, les sacrifices que j'ai faits? Tant de dissipation dans ma conduite, tant d'inutilité dans mes occupations, tant de lâcheté dans mes œuvres, tout cela est il bien propre à m 'ouvrir les voies de la sainteté et à m'y conduire ? Encore une fois, que faisons-nous pour devenir saints? et à quels titres espérons-nous être placés parmi eux ?
QuATiur.ME vérité. — Cependant, si nous ne sommes pas saints, que serons-nous un jour? et de quoi nous servira tout le reste qui nous occupe, qui nous agite, qui nous transporte ? Quand nous voyons les enfants se jouer entre eux dans des amusements que comporte leur âge, nous sommes surpris de les voir
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s'occuper si sérieusement à des riens : Ce sont des enfants, disons nous ; hélas! ace prix, que d'enfants dans le inonde, et, dans un âge bien avancé! Car enfin, eu comparaison des grands objets que l'éternîtéel la sainteté nous présentent, les amusements des enfants sont-ils plus vains que nos occupations prétendues importantes? Quand est-ce donc que la foi nous dessillera les yeux? Attendons-nous, pour les ouvrir, que la mort vienne les fermer pour toujours ? Nous aurons acquis de grands biens; nous serons parvenus à de grands honneurs ; nous aurons tenu un rang dans le monde ; allons donc avec cela nous présenter au tribunal du souverain Juge, et à ces titres demandons-lui ses récompenses destinées aux saints.
Ah! qu'on comprendra bien alors la vérité immuable de cet oracle du sage : Vanité des vanités, tout n'est que vanité sur la terre ! Vanité des biens qui périssent; vanité déshonneurs qui éblouissent ; vanité des plaisirs qui séduisent; vanité du monde qui trompe; vanité de la vie qui passe; vanité de tout homme qui n'est pas saint.
0 mon âme ! la grâce ne vous l'a-t-elle pas dit mille fois? mille fois la voix de la conscience ne vous l'a telle pas annoncé, qu'un jour viendrait où vous seriez détrompée de vos folles erreurs? Semblable à un homme qui sort d'un profond sommeil, vous serez toute surprise, tout alarmée de voir tout passer comme un songe; vous avez refusé de le croire durant votre vie, la mort viendra le graver sur les cendres de votre tombeau et vous arracher malgré vous ce triste, ce dernier et ce funeste aveu, qu'il fallait être saint, et que, pour n'avoir pas été saint, on sera éternellement malheureux.
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L'arrêt sera porté un jour; peut-être cet arrêt éternel est il déjà suspendu sur nos tètes et vien dra-t il bientôt retentir à nos oreilles; et nous ne pensons pas à en mériter les faveurs ou à en prévenir les rigueurs, et il viendra nous surprendre avant que nous ayons mis la première main à ce grand ouvrage de notre sainteté. Elle sera vengée ; et si nous lui avons refusé noire cœur et nos soins dans le temps, elle nous arrachera des regrets et des larmes dans l'éternité.
0 mon Dieu! où en suis je? et quel éclat de lumière vient frapper mes yeux ? Eclairez les sur mes fautes, de peur qu'ils ne se ferment sur mes malheurs : la sainteté se présente encore à moi; je vais lui ouvrir mon cœur, lui consacrer les jours qui me restent à vivre. Heureux s'il m'en reste assez pour commencer, continuer et finir ce grand ouvrage, qui aurait dû m'occuper durant toute ma vie.
Réflexion. — Nous lisons souvent la vie édifiante des saints, nous en sommes touchés, nous les admirons: quand est-ce que nous les imiterons? Point de famille qui n'ait donné quelque saint au ciel, et où l'on ne puisse dire : Nous sommes les enfants des saints. A-ton conservé le précieux héritage de leurs exemples et de leurs vertus?
C'étaient des saints, dit-on souvent dans le monde. quand on entend raconter leurs grandes actions ; et que prétendons-nous donc être nous-mêmes? voulons-nous n'avoir de part qu'avec les réprouvés? nous voulons vivre selon notre condition, et nous ne pensons pas que la première de toutes c'est d'être saint.
Serons-nous un jour au nombre des saints? Chacun de nous a parmi eux une place marquée ; aurons-nous le bonheur de l'occuper un jour? ou notre infidélité nous en exclura-t-elle à jamais?
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On dit qu'il on coûte pour être saint, et voudrions-nous nous sanctifier sans qu'il nous on coûtât rien.
Il en coûte pour être saint, adorable Sauveur! il faudra doue que vous portiez tout seul le fardeau de la croix! On craindra de se charger de la inoindre partie pour vous l'adoucir; on voudrait avoir part à votre gloire, sans en avoir aucune à vos souffrances et à vos douleurs.
Prière. — Dieu de bonté et de sainteté, en méditant les grands objets que la sainteté nous présente, nous en sommes touchés, pénétrés. Rien de si vrai, nous disonsnous; si nous pensions à ces grandes vérités, nous serions Ions des saints. Mais pourquoi, ô mon Dieu! n'y pensonsnous pas? A quoi pensons nous donc? et quand est-ce que nous y penserons? Est-il rien de plus intéressant pour nous? Ali ! je le comprends ; si nous méditions profondément ces grandes, ces immuables vérités, elles produiraient dans nous les impressions les plus salutaires ; elles éclaireraient nos esprits, elles toucheraient nos cœurs, elles nous détacheraient du monde et de nousmêmes ; elles rectifieraient nos idées, elles réformeraient noire conduite et nos mœurs; elles nous convaincraient, nous toucheraient, nous convertiraient; nous serions en effet tous des saints, et le changement admirable qu'elles opéraient en nous vous ferait bénir, ô Dieu des miséricordes ! au lieu qu'en les éloignant, nous restons toujours plongés dans nos anciennes misères, au risque de devenir les victimes de vos vengeances, pour n'avoir pas voulu servir de monument à la grâce.
C'en est donc fait, ô mon Dieu! je vais me rendre à la sainteté : je l'ai trop longtemps négligée; je vais lui consacrer mon cœur, mes soins, tous les jours de ma vie. 0 heureux jours ! jours précieux, si je les avais tous employés à la sanctification de mon âme ! Aidez-moi, mon Dieu, à marcher dans ce chemin qui m'a été jusqu'à présent inconnu ; faites que je ne m'en écarte jamais; que je ne pense, que je ne travaille, que je ne vive plus que pour devenir saint ; c'est la grande grâce et l'unique bonheur
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que je désire désormais en ce monde; j'ose encore l'espérer de voire bonté.
Pratiques. — 1° Je commencerai par remplir inviolablement. tous les devoirs de mon état : en cela consiste la sainteté.
2° Je me prescrirai chaque jour mes pratiques de piété, et je les observerai fidèlement.
3" .le ne chercherai point une sainteté d'éclat, mais plutôt une sainteté humble et bien formée au pied de la croix.
4" Je fréquenterai les personnes saintes, et je tâcherai de les imiter. Enfin je me dirai souvent que je ne suis au monde que pour devenir saint.
DIX-HUITIEME LECTURE Sur l'excellence de la grâce sanctifiante.
Rien de si important, et même de si nécessaire pour nous, que de connaître quels sont l'excellence et le prix de la grâce, et par là même quels soins nous devons avoir de la conserver, si nous avons le bonheur de la posséder.
1° La grâce sanctifiante est le principe de notre élévation à un ordre surnaturel et divin; état sublime où, en vertu de la grâce, nous sommes destinés à une fin surnaturelle, à la possession intime de Dieu, à l'éclat de la lumière de sa gloire, aux délices de la vision intuitive, c'est-à-dire destinés à voir Dieu face à face, à le posséder en lui-même, à le découvrir, non plus à travers les nuages d'une connaissance abstraite et obscure, mais dans la plénitude des splendeurs de sa gloire. Aussi, dés que nous possédons cette grâce, de quels titres glorieux
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he sommes-nous pas honorés? Dirons nous qu'en
vertu de relie grâce sanctifiante, nous sommes élevés au-dessus de nous-mêmes; qu'elle nous donne un rapport intime avec Dieu; que dès lors nous avons parla l'amitié, à la tendresse même de Dieu? Tout cela est grand et sublime; mais le prince des apôtres porte encore plus loin ses pensées, et, éclairé des lumières de cette grâce même dont il fait l'éloge, il s'exprime en des termes qui auraient de quoi nous surprendre, si l'Esprit Saint même n'en était le garant et l'auteur. Il ne craint pas d'assurer qu'en vertu de la grâce sanctifiante, nous sommes faits comme participants de la nature divine, divinŒ consortes natures ; parce que la grâce Sanctifiante forme, en quelque manière, dans nous une nouvelle vie ; que ce n'est plus nous qui vivons, mais Dieu même qui vit en nous. Quelle gloire! Une faible créature pouvait-elle espérer d'y être jamais élevée ?
'ln Nouveau privilège : la grâce sanctifiante est le titre de notre adoption en qualité d'enfants de Dieu. Mes frères, disait autrefois le disciple bien aimé, voyez, comprenez, admirez quelle est la bonté du Père des miséricordes envers nous, que non seulement nous soyons appelés, mais que nous soyons en effet les enfants de Dieu : ut filil nominemur, et simtts. Jésus-Cbrist est Fils de Dieu par essence, nous le sommes par adoption; c'est la foi même qui nous l'apprend. 0 vous tous qui avez le bonheur de posséder la grâce, vous êtes les enfants de Dieu. L'Esprit-Saint nous rend ce glorieux témoignage, et nous autorise à donner à Dieu le doux nom de Père, in quo rlamamus : Abba, l'ater.
Avons nous jamais bien pénétré à combien juste
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titre nous disons souvent à Dieu notre Père, Pater? et lorsque offrant chaque jour l'hommage de nos prières, nous lui avons adressé cetle consolante parole, en avons nous jamais compris tout le sens et connu toute l'étendue? Comprenons-la du moins aujourd'hui; et quand dans la suite nous la lui adresserons, disons le dans ces doux sentiments; disons le toujours avec une nouvelle tendresse. Pater, mon Dieu et mon Père ; mais, en même temps, souvenons nous que le Père que nous invoquons est au ciel, pour nous apprendre que la terre que nous habitons est pour nous un lieu de pèle rinage et d'exil, que le ciel est notre véritable patrie, que c'est là où nous devons aspirer, parce qu'un lils doit s'unir à son père pour avoir part à sa gloire et à son héritage.
3° C'est le nouveau droit que nous donne la grâce sanctifiante, le droit à l'héritage céleste ; car, en nous rendant entants de Dieu, la grâce nous rend par là même les héritiers de sa gloire, et les cohéritiers de Jésus Christ : cohceredes autem ChristL Dans le monde, un père qui aurait un fils digne de lui ne pourrait, sans quelque injustice, en adopter d'autres, parce que l'héritage ne peut être partagé entre plusieurs, sans que chacun en soutire dans son partage. Il n'en est pas ainsi de vous, ô mon Dieu! vous adoptez tous les hommes pour lils; la multitude des adoptés ne diminuera en rien les trésors du partage. Ces trésors rélestes de vos grâces sont comme la lumière; ils ne perdent rien à se communiquer; je ne profite pas moins des rayons du soleil que si j'étais le seul au monde à les recueillir. Que tous les enfants de Dieu ouvrent leur cœur à la grâce, le Père des miséricordes a de quoi le remplir. Tels doivent
donc être mes sentiments en qualité d'enfant de Dieu; en levant les yeux au ciel, envoyant cette gloire, ces trésors, ces délices, ces couronnes, ces sceptres, je puis dire : Voilà mon partage. Les enfants des hommes auront des héritages dans la région des morts; le mien est dans la région des vivants; le Père céleste me l'a préparé dans son sein ; la grâce m'en assure la possession.
i° La grâce sanctifiante porte encore plus loin ses faveurs; et pour combler notre bonheur, même dès relie vie, elle fait que Dieu vient lui-même en nous, et fixe son séjour dans notre Ame. En vertu de la grâce sanctifiante, il réside dans elle; il la pos sède par sa présence; il l'éclairé par sa sagesse; il la soutient par sa puissance ; en sorte que Dieu se trouve dans elle comme un roi dans le sein de son empire, pour y régner; comme un père dans sa famille, pour y présider; comme un pasteur dans son troupeau, pour le conduire. Notre cœur devient dès lors comme une espèce de paradis vivant, capable d'attirer Dieu sur la terre ; en sorte que, selon la consolante pensée d'un saint Père, si Dieu n'était pas immense, et si, par son immensité, il ne remplissait pas le ciel et la terre, il quitterait en quelque manière le ciel pour venir clans cette àme, tant il a de tendresse pour elle. Tous les biens célestes, toutes les vertus de concert y résident : la foi avec son flambeau, l'espérance avec tous ses vœux, la charité avec toutes ses ardeurs ; les esprits bienheureux eux-mêmes se font une gloire d'être avec une âme en état de grâce ; tout le ciel semble être avec elle, parce que Dieu lui même est dans elle.
Que si cela est ainsi, si la grâce sanctifiante est la source féconde d'où découlent tant de biens à la fois.
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si elle est la précieuse rosée qui répand tant d'in fluences rélestes, la terre promise où naissent Ions ces fruits de bénédictions, y a-t-iî quelqu'un qui ne soupire après elle, qui n'en admire la beauté, qui n'en désire la possession, ne lui donne son estime et son cœur, qui ne la préfère à tous les biens et à tous les trésors de la terre, qui ne la regarde comme le seul et unique bien digne de fixer nos regards, nos vœux, nos désirs et nos cœurs ? Et qu'est-ce en effet tout le reste sans elle ? Trônes, sceptres, couronnes, sans la grâce, tout retombe dans le néant, et par elle tout est relevé, tout est grand. Voyons cet homme pauvre, abandonné, couvert de baillons; aux yeux du monde, c'est un objet de mépris, tout au plus de compassion; or cet -homme en apparence si méprisable, s'il a la grâce, est plus grand aux yeux de Dieu que tous les conquérants et les rois de la terre, s'ils en sont privés. Voyons au contraire cet heureux du siècle, ce grand de la terre ; selon le monde, tout est grand dans lui, tout ce qui l'environne est éclat, mais n'a t il pas la grâce, c'est un objet d'indignation aux yeux de Dieu, il ne le voit qu'avec dédain, il ne le supporte qu'avec horreur. La grâce, la grâce, voilà le principe de la véritable grandeur.
En voulons-nous une preuve bien sensible et un exemple bien frappant ! Allons le chercher, et où ? Non dans les palais des grands, non sur le trône des rois, non à la tète des armées parmi les conquérants, mais sur le fumier du saint homme Job. Avezvous vu mon serviteur Job? dit le Seigneur avec une espèce de complaisance : considerasli sercum meum Job? Oui, Seigneur, nous l'avons vu; mais dans quel état ! couvert d'un horrible ulcère, rongé
tout vivant des vers. Et bien! cet homme en apparence frappé du ciel, c'est l'homme de ma droite, c'est l'objet de mes complaisances, à qui j'ai confié le soin de ma gloire, qui fait la matière de mon triomphe. A travers les nuages qui l'environnent, je vois briller les rayons de ma grâce. A la vue de celle grâce, le lieu même où il est placé devient une espèce d'autel érigé à ma gloire, ses vers sont les ministres bien moins de mes vengeances, que de mes miséricordes, et Job lui-même est la précieuse victime qui m'est immolée; je la reçois des mains de la grâce ; jamais sacrifice plus précieux ne fut offert à mon cœur. Allez dono et considérez les grands dans leurs palais, les riches dans leur abondance ; s'ils n'ont pas la grâce, je ne les connais pas, ou je ne les connais que pour les frapper d'anathènie. Job sur son fumier est plus grand à mes yeux que les rois élevés sur le trône; Job couvert d'une lèpre est plus cher à mon cœur que les rois couverts de la pourpre.
0 grâce céleste, si vous êtes le digne objet des complaisances de Dieu même, quelle place devezvous tenir clans l'idée et l'estime des hommes !
MEDITATION SIR LE MEME SUJET
Eclairé de vos divines lumières, je comprends, ô mon Dieu! que la grâce sanctifiante est tout à la l'ois le bien le plus précieux, le bien le plus néces sa ire, et cependant le bien le plus exposé. Quels soins ne dois je donc pas lui donner pour la conserver! Ah! que c'est avec juste raison que vous nous dites par la bouche du sage ; Conservez avec soin
votre cœur, et dans votre cœur le précieux trésor fie la grâce : omni cuslodiâ serw cor tuum. Mais, hélas ! que pourront tous mes soins, si vous ne les soutenez de votre secours ?
1° Conserver la grâce avec soin, parce qu'elle est pour nous le bien le plus précieux. Le soin qu'on a de se conserver la possession d'un bien doit être proportionné à la grandeur du bien qu'on possède ; età mesure que le bien est plus grand, le soin doit être aussi plus ardent : or qu'est ce que la grâce pour nous ? C'est un bien, c'est lé premier des biens, c'est le plus grand des biens, c'est le plus solide des biens, et à proprement parler, c'est même le seul et unique bien, puisque la grâce devient pour nous la source de tout autre bien. Et de quels biens cette grâce ne devient-elle pas pour nous la source féconde ! Excellence de la grâce, quoi de plus grand ? Richesses de la grâce, quoi de plus précieux? mais surtout délices de la grâce, quoi de plus doux et de plus consolant ? La paix de l'âme, la tranquillité de la conscience, le repos du cœur, cette sainte confiance en Dieu, ces douceurs ineffables, ces moments de consolations qui donnent un avant-goût des délices célestes.
Ames justes, âmes fidèles dont j'envie le sort, n'est-ce pas ce que vous avez éprouvé dans ces moments heureux où vous avez pensé à revenir à Dieu, où vous êtes rentrées dans sa grâce ? Qu'avezvous éprouvé, sinon la douceur, la consolation et la paix ! Si vous avez versé des larmes, n'était-ce pas des larmes de joie ?
Ce jour n'a-t-il pas été le plus heureux de vos jours? La grâce n'est-elle pas pour vous cette terre délicieuse d'où découlent le lait et le miel ? Le seul
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bien de la grâce ne vous a-t-il pas tenu Lieu de tout autre bien ?
Et puis je moi-même, ô mon Dieu ! sans être touché et pénétré, me rappeler cet heureux moment où, éclairé de votre grâce, j'eus le bonheur de me rendre à vous '/Mais pourrai-je, sans l'ingratitude la plus monstrueuse, nfexposer à perdre le précieux dépôt de votre grâce, après l'avoir recouvrée? et ne me rendrais je pas à jamais indigne de vos dons et de votre cœur ?
2° Conserver la grâce avec soin, [tarée que la grâce esl pour moi le bien le plus nécessaire. De quoi me serviraient tous les autres biens sans celui de la grâce, que sont alors pour moi tous les autres biens? Avec la grâce je puis tout, et j'ai tout. Sans la grâce de Dieu, je n'ai rien, je ne puis rien, et je ne suis rien ; eusse je tous les autres trésors, sans la grâce, je vis dans la plus triste indigence; eusse je tous les plaisirs, toutes les joies de la terre, sans la grâce, puis je les goûter? Bien si nécessaire, que, sans la grâce, jamais je ne pourrai lien mériter pour le ciel : toutes mes actions seront stériles, toutes mes œuvres mortes, tous mes talents enfouis, tous mes pas seront perdus et bors de la voie. Sans la grâce, jamais je n'aurai entrée dans le ciel, et je ne pourrai être qu'éternellement malheureux.
Aussi que n'ont pas fait, que n'ont pas souffert les saints pour rappeler ou pour conserver cette grâce? Solitaires et, anachorètes, que faites vous dans les déserts et ensevelis tout vivants dans les antres et les cavernes? Ah! me dites-vous, c'est que nous portions un trésor, et nous le portions dans des vases fragiles; la solitude la plus retirée ne nous a pas paru un asile trop assuré pour le mettre
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à couvert. Saints pénitents, que je vois pâles, défigurés, Languissants, pourquoi vous livrer ainsi à tant de pénitences et de rigueurs? L'air retentit de vos sanglots, la terre est arrosée de vos larmes. Hélas! me répondez-vous du fond de vos antres, c'est que nous connaissions le prix de la grâce, et que nous craignions notre fragilité. Et vous surtout, invincibles martyrs, glorieux athlètes delà foi, pourquoi paraissez vous sur les échafauds, au milieu des brasiers ardents ? Pourquoi vois-jè vos membres déchirés et nageant dans des fleuves de sang? Vous me répondez par la voix même de ce sang : Nous mourons, nous mourons avec joie, et nous donne rions mille vies pour conserver la vie de la grâce.
Mon Dieu, que ces sentiments sont grands! qu'ils sont désirables ! sont ce les miens? La grâce me les avait inspirés ; les ai-je gravés et conservés dans mon cœur? Oh! que ceux-là sont heureux, ô mon Dieu! qui n'ont jamais perdu le précieux trésor de la grâce! quel bonheur! ce précieux trésor n'est il pas préférable à tous les trésors de la terre? Que dé regrets, que de larmes ils se sont épargnés dînant la vie! que d'alarmes au moment de la mort !
3° Enfin, conserver la grâce avec soin, parce qu'elle est exposée à mille ennemis et à mille dangers. La grâce est un miroir; le moindre souille peut en ternir l'éclat; c'est une Heur que le moindre vent peut abattre et flétrir : c'est un germe précieux ; un trop grand air peut l'étouffer et le faire périr. Mais d'ailleurs de combien d'ennemis n'est-elle pas assaillie ! et quels elïorts ne font-ils pas pour nous la ravir! Hors de nous, autour de nous, au dedans de nous, tout conspire sa perte : hors de nous, les
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démons qui, en lions rugissants, cherchent sans cesse nue proie pour la dévorer; autour de nous, un monde pervers qui, par mille objets dangereux, veut nous séduire el nous pervertir; en nous, mille [tassions violentes, ennemies domestiques et d'autant plus redoutables, toujours soulevées, toujours conjurées, toujours acharnées contre nous et contre la grâce.
0 don de Dieu! o grâce précieuse! comment vous soutiendrez-vous environnée de tant, d'ennemis? comment pourrez vous subsister dans une terre si étrangère, à moins que par des soins assidus, une vigilance continuelle, une crainte salutaire, une sainte frayeur, nous ne tâchions de vous garantir et de vous préserver ?
Que faut-il donc faire, ô mon Dieu ! et quels moyens faut il prendre pour la conserver? Ce qu'on fait tous les jours dans le monde pour un bien qu'on estime et qui est précieux, car en ce point le monde même peut servir de modèle.
Nous mêmes, pour la conservation de nos biens, de notre santé, de notre vie, que ne faisons nous point ? Jamais assez de soins, de précautions, de ménagements. A la moindre incommodité, nous nous alarmons ; au moindre mal, nous ne sommes presque plus à nous. Pourquoi ? 11 s'agit de la vie.
0 mon Dieu ! jusqu'à quand les enfants du siècle seront-ils plus sages et plus éclairés que les enfants de lumière? Et quoi! aveugles que nous sommes! nos biens, notre fortune, notre santé, notre vie, nous sont ils plus chers, plus précieux que la grâce de Dieu, que la vie de la grâce? Ah ! prenons, pour la conserver, tous les moyens que la sagesse, la raison,
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la foi, nous inspirent : humilité, vigilance, retraite, prière, mais, sur toutes choses, la fuite des occasions.
Non, je le comprends, je le sens, ù mon Dieu ! il n'est point de vertu si bien établie, point de résolution si forte et si efficace qui tienne longtemps contre certaines occasions dangereuses. En vain me rassurerais je sur la sincérité de mes sentiments, sur la fermeté de mes propos; si je m'expose, je succomberai ; si je me jette dans l'occasion, l'occasion me perdra; je dois regarder mes passions comme un flambeau mal éteint qui fume encore, et qui, à la moindre occasion, peut se rallumer et causer un nouvel incendie. Fuyons, prions et tremblons ; c'est l'unique moyen de persévérer et de nous sauver.
Ce que je puis me dire, dans les sentiments de la foi ; ce que je dois à jamais graver dans mon cœur, c'est que la grâce est un si grand bien, que, quand dans une balance nous mettrions tous les biens de ce monde, les honneurs et tout leur éclat, les richesses et tous leurs trésors, les plaisirs et tous leurs attraits : tout cela mis en parallèle avec la grâce disparait devant elle, et s'éclipse par son éclat.
La grâce est un si grand bien, qu'à proprement parler c'est le seul dont la possession mérite nos vœux et nos soins, dont la perte mérite nos regrets et nos larmes.
La grâce est un si grand bien, que c'est l'unique trésor que nous possédions en ce monde, et qui nous restera quand nous en sortirons.
La grâce est un si grand bien, que, quand pour l'acquérir, ou de peur de la perdre, il faudrait sacrifier nos biens, quelque grands qu'ils soient,
noire santé, quelque précieuse qu'elle puisse être, notre vie même, quelque chère qu'elle doive être, il ne faudrait pas balancer un instant, mais appeler à notre secours l'héroïsme chrétien, présenter la tête et recevoir le coup, offrir le cœur et laisser enfoncer le poignard, plutôt que de laisser donner atteinte à la grâce.
La grâce est un si grand bien qu'entre un prédestiné et un damné, entre un saint et un réprouvé, il n'y a d'autre différence que celle qu'établit devant Dieu cette grâce à jamais précieuse.
Ce que je puis et ce que je dois encore ajouter, c'est que la grâce est un si grand bien, qu'il n'y a rien sur la terre qui puisse m'en donner une juste idée : pour la concevoir, il faut m'élever jusqu'au ciel, jusqu'au trône même de Dieu. Un Dieu, voilà son auteur; le sang d'un Dieu, voilà son prix; le bonheur même de Dieu, voilà sa récompense.
Enfin la grâce est quelque chose de si grand, de si précieux, que, quand un jour nous irons devant Dieu, pour paraître à son jugement, si nous avons le bonheur de la posséder, notre jugement sera fait, notre sentence portée, notre sort assuré : sans que nous répondions, la grâce parlera pour nous ; et si avec elle nous allons nous présenter à la porte du ciel, l'entrée du ciel nous sera ouverte, et sa possession à jamais assurée. 0 mon âme! veillez donc constamment sur vous-même, et conservez à jamais le plus grand et le plus précieux de tous les dons de Dieu : omni custodiâ serva cor tuum.
Prière. — 0 mon Dieu! que n'ai-je pas à déplorer, à me reprocher envers votre grâce? vous me l'aviez donnée à mon baptême ; bientôt j'en eus perdu le trésor. A peine les lumières de la raison avaient éclairé mon âme, que les
ténèbres du péché vinrent se répandre sur elle : peut-être ai-je eu le malheur de vivre, de gémir longtemps dans cet état de péché. Quand je suis revenu à vous, vous m'avez rendu cette grâce précieuse; l'ai-je conservée avec soin? Combien de fois, avec quelle présomption l'ai-jc exposée, et à combien de dangers! Ai-je le bonheur de la posséder à présent? La conserverai-je jusqu'à la lin? Je vous le demande, ô mon Dieu ! ce n'est que de vous que je puis l'attendre; je l'espère de votre bonté. Si vous m'accordez ce bonheur, je n'ai plus rien à désirer sur la terre.
Pratiques. — 1" Considérer notre âme comme l'épouse de Dieu ; si la grâce y règne, c'est une épouse chérie ; si elle la perd, c'est une épouse indigne, Dieu la rejette et la répudie.
2° Regarder notre âme comme l'image de Dieu ; tant qu'elle a la grâce, c'est une image éclatante; si la grâce se retire, c'est une image défigurée et qui fait horreur.
3° Penser que nous portons le trésor de la grâce dans des vases fragiles ; une chute nous le ravit peut-être à jamais.
4° Prier souvent le Seigneur de nous soutenir dans les occasions où sa grâce serait exposée ; prendre garde de nous y exposer imprudemment nous-mêmes, de peur d'y périr.
DÏX-NEUYIEME LECTURE L'espérance chrétienne.
Nous naissons dans les larmes, nous vivons dans les épines, nous mourons dans les douleurs : voilà notre course; si l'attente d'un sort plus heureux ne nous soutenait, quel serait le comble de notre mal heur! L'espérance seule peut faire notre force <'t
notre soutien.. Et voici le double avantage qu'elle nous procure, dans les deux points de vue les plus tristes pour nous : elle nous console dans toutes les p/nnes de la vie ; elle nous adoucit toutes les rigueurs de la mort; et cela par la vue et l'attente des biens éternels qu'elle nous présente. Ouvrons donc nos cœurs à cette douce espérance, capable de tempérer les amertumes de notre exil, en nous montrant l'heureux terme de la céleste patrie.
1° L'espérance nous console dans toutes les peines de cette vie. Le monde ne nous otïre d'ordinaire que des sujets d'inquiétudes et de chagrins.
Qu'est-ce, hélas ! que notre vie sur la terre ? Nous semblons n'être au monde que pour souffrir, les afflictions et les peines naissent sous nos pas ; nous marchons par un chemin tout semé de croix et d'épines ; nous nous nourrissons du pain de nos larmes ; nous ne comptons nos jours que par nos malheurs ; chaque moment voit grossir le torrent d'amertume dans nos croix et nos peines : de toutes parts elles viennent fondre sur nous. Tout contribue à nous rendre la vie toujours plus amère; nos parents nous abandonnent; nos amis nous trahis sent ; nos projets échouent : au dedans de nousmêmes, que de troubles, que d'inquiétudes, que d'agitations, que de peines secrètes auxquelles l'esprit et le cœur sont livrés en proie ! la santé dépérit, le corps s'affaiblit, mille infirmités viennent l'assaillir.
Nous souffrons tous ; c'est le partage des enfants d'Adam, depuis le berceau jusqu'au tombeau, depuis le sceptre jusqu'à la houlette ; on souffre dans tous les temps, on souffre dans tous les états, chacun a sa croix ; et si la voix de tous les affligés
220 l'ami-: élevée a dieu
pouvait se faire entendre dans tout l'univers, de toutes parts on entendrait un concert lugubre décris, de gémissements, de sanglots qui sortiraient du fond des ((mus. du sein des familles, du centre des palais, et feraient retentir les airs de sons lamentables ; des pères affligés, des mères désolées, des épouses noyées dans leurs larmes, des malades dans la langueur, des pauvres dans l'indigence, des captifs dans les fers : voilà l'homme, et les maux auxquels il est condamné durant le cours de sa vie mortelle. 0 mon Dieu ! Dieu de bonté, est-ce pour cela que vous nous avez mis au monde? et au milieu de tant de ténèbres, ne ferez vous luire aucun rayon de consolation? Venez, espérance salutaire, unique remède à nos maux, unique asile dans nos douleurs, venez adoucir la rigueur de nos peines. En effet, l'espérance chrétienne vient elle à notre secours, et, dans les maux que nous souffrons en cette vie, nous présente t elle les biens que nous pouvons, que nous devons attendre de l'autre; vient-elle ouvrir nos yeux aux trônes, aux couronnes, aux délices que l'éternité nous prépare, quand les nuages du temps seront dissipés, et le terme des épreuves expiré : ah ! dès lors l'esprit rentre dans le calme, le cœur commence à s'ouvrir à la paix, la sérénité reparait dans lame. Quel fonds en effet de consolation, quand on peut se dire à soi-même : Je souffre, il est vrai, dans cette vie, mais j'en espère une autre; je gémis sur la terre, mais je suis fait pour le ciel ; tout finira dans ce monde, les plaisirs comme les peines, les joies comme les chagrins ; à quoi bon s'attacher aux uns, se laisser abattre par les autres ? LTn jour viendra qu'il ne restra aucune trace, ni des uns ni des autres; la mesure des maux passagers
étant comblée, les biens véritables succéderont pour ne finir jamais. 0 jour de l'éternité! que l'espérance l'ail luire à mes yeux, que vous êtes bien capable (radoucir nos peines, de tarir nos larmes ! Peut-être ce grand jour se lèvera-t-il bientôt sur moi ; je le vois, je l'entends, je l'espère; à cette vue, tous mes maux ont comme disparu ; ils entrent dans l'économie de mon salut. J'ai des pécbés, il faut les expier; j'attends une couronne, il faut la mériter ; je dois arriver au terme de la céleste patrie, il faut soutenir les épreuves du pèlerinage et de l'exil qui doit y conduire. Que cette vie courte et périssable se passe donc dans les afflictions et les larmes, pourvu qu'une vie meilleure, une vie éternelle et durable m'introduise un jour dans son sein: dans cette espérance, mes peines, loin d'être pesantes et amères, me deviennent précieuses et consolantes.
Espérance chrétienne ! ce sont là les douceurs que vous m'annoncez ; après m'avoir présenté le calice, j'en bois toute l'amertume, et je n'y trouve plus que délices.
1° Que si l'espérance chrétienne est si consolante dans les maux de la vie, combien n'est elle pas encore plus efllcace contre les alarmes et les frayeurs de la mort, soit que cette mort nous menace nousmêmes, soit qu'elle nous enlève ce que nous avons de plus cher au monde ! La mort ne se présente d'ordinaire à nous que sous les idées de solitude, d'abandon, de destruction, d'anéantissement; c'est qu'on ne la considère que dans les nuages du temps : mais l'espérance chrétienne vient-elle ouvrir les yeux, tirer le voile et présenter les idées plus salutaires d'un avenir éternel et immense
qu'elle nous annonce, tout change de face, tout se présente sous un nouveau jour; elle console, elle ranime, elle rassure l'homme dans tout, et la mort n'a plus rien de ce qu'elle offrait d'affligeant; car enfin ce que l'homme perd en mourant est hien peu de chose en comparaison de ce qu'il attend ; ce qu'il regrette ne lui ôte rien de ce qu'il espère ; si dans cette prétendue solitude Dieu nous reste, nous n'avons rien perdu; hientôt nous allons tout trouver et tout posséder dans lui seul.
Pour l'idée de destruction, c'est la plus fausse et la plus injurieuse de toutes les idées. Bien loin qu'à la mort nous soyons détruits et anéantis, c'est alors au contraire que nous commençons à respirer et à vivre : le moment de la mort est pour nous un vrai principe de vie, nous quittons une vie pénible et mortelle pour entrer dans une vie durahle et sans lin : à notre naissance, notre âme est descendue sur la terre pour entrer dans une prison ; à la mort, la prison se dissout, et l'âme entre dans la liberté des enfants de Dieu. Doux sommeil, qui introduit dans le sein du véritable repos ! heureux terme, qui finit l'exil dans le séjour des morts pour donner entrée dans la région des vivants !
Ainsi en est-il de nous à la mort ; ainsi en sera-til encore, si la mort nous enlève quelque personne qui nous était chère. Animé par les vues de la foi, éclairé du céleste flambeau de l'espérance, j'entre dans une maison de deuil, je trouve l'ami, l'épouse, le père, le fils, tous noyés dans les larmes; la mort leur a enlevé une personne chérie. Et pourquoi vous affliger ainsi à l'excès de sa perte ? pourquoi regarder cette mort dans le temps, au lieu de la considérer en vue de l'éternité que l'espérance promet ?
DIXNEIVIKME LECTURE 223
Tendre fils, vous avez perdu un père : il n'est point perdu ; il a terminé son voyage, il est arrivé au bout de sa course, il est auprès du Père commun, il intercède pour son enfant. Un ami a perdu son ami ; il n'est point perdu pour toujours : il en est séparé pour un temps, mais il espère bientôt le rejoindre ; Dieu est le lien qui doit les réunir à jamais. Une mère a perdu un fils; est-il donc perdu sans retour? non: elle le voit vivant dans Dieu même; il était sorti de son sein pour vivre sur la terre ; il est rentré dans le sein de Dieu pour y vivre toujours. Une épouse a perdu son époux : consolez-vous, épouse éplorée ; il n'est rien moins que perdu ; il est allé préparer les voies, il n'a fait que vous précéder, il vous attend dans le sein de l'immortalité, pour s'y réunir à jamais ; le voilà qui vous appelle du haut du ciel, il vous tend les bras, empressé de vous recevoir dans le sein du céleste Epoux.
0 vous donc, qui que vous soyez, dit l'Apôtre, gardez-vous bien de vous affliger comme ceux qui n'ont point d'espérance : Nolite contristari sicuti qui spem non habent. Ecoutez la voix qu'elle vous fait entendre ; voyez le terme où elle vous appelle ; considérez la place qu'elle vous prépare, la couronne qu'elle vous présente ; et dans cette douce attente, recevez les afflictions comme des grâces, les croix comme des faveurs, les maux passagers comme la source des biens invariables, la mort même comme le passage à une vie immortelle et durable.
Dieu de bonté, c'est dans vos promesses qu'est fondée cette douce espérance : afïermissez-la en nous parla foi; animez-la par la charité ; faites que nous la soutenions par nos œuvres, par nos prières, par une sainte confiance en vos bontés, par
224 l'ame élevée a dielt
un abandon total à votre providence. Encore quelques années d'épreuves et de combats sur la terre, et la victoire nous introduira triomphants dans le ciel.
EFFUSION DE COEUR Ou sentiments de confiance en Visu.
J'espère en vous, ô mon Dieu ! ô Dieu saint, Dieu bon, Dieu puissant! et c'est en vous seul que j'espère ; hors de vous, en qui pourrai-je mettre ma confiance? Non, je n'espère pas en mes mérites. Hélas! que suis je à vos yeux que misère, que péché ? Et ma vie, loin de me rassurer, peut-elle me présenter autre chose que des sujets de crainte et de défiance ?
Je ne mets pas mon appui dans le monde ; je n'ai que trop éprouvé combien il est trompeur et perfide, combien d'àmes ont compté sur lui, et en ont été les victimes. Le monde, loin de faire des heureux et des saints, peut ne former que des infortunés et des réprouvés.
Je n'établirai pas ma confiance dans le secours des hommes. Ah ! malheur a qui s'appuie sur des bras de chair ! faibles mortels, ils ne peuvent rien pour eux-mêmes, que pourront ils pour le bonheur dés autres ? Ils sont aujourd'hui, et demain ils ne seront plus; quels secours peut-on attendre de ce qui n'est que cendre et que poussière ?
Ce n'est donc qu'en vous seul que je puis et que je dois espérer, ô mon Dieu ! et en vous je trouve les motifs solides, les fondements inébranlables de ma confiance.
J'espère en votre miséricorde infinie; j'en ai
DIX-NEUVIÈME LECTURE ïï.\
abusé, je le sais ; mais je sais que ses trésors sont inépuisables. Tant de pécheurs, comme moi, en ont abusé, et n'eu ont pas été rejetés quand ils sont venus se jeter entre ses bras. Un David homicide, une Magdeleine pécheresse, un Manassès coupable, un Augustin pénitent, seront des monuments éternels de cette miséricorde sans bornes. Hélas ! si elle n'était pas infinie, ne serions-nous pas tous perdus sans ressource? Dieu de bonté, faites-moi ressentir les effets de cette miséricorde ineffable; ce n'est qu'en ce monde que vous pouvez l'exercer; après notre mort ce sera le règne de votre seule justice ; ayez donc pitié de mon âme tandis que je respire sur la terre : votre justice aura toute l'éternité pour punir ; pardonnez tandis qu'il est temps, et montrez en pardonnant que vous êtes grand en bonté, comme vous montrerez en punissant à jamais que vous êtes juste et redoutable dans vos vengeances.
J'espère encore et j'espère tout des mérites de Jésus-Christ. C'est là le fondement assuré de ma confiance. Adorable Sauveur ! quand je pense à tout ce que vous avez fait et souffert pour moi, comment pourrais-je ne pas espérer en vous ?
Quand je vois que vous êtes descendu du ciel sur la terre pour sauver les pécbeurs ;
Quand je considère que vous n'avez vécu en ce monde que pour les attirer tous à vous ;
Quand j'entre dans le sein de votre saint temple, et que, portant les regards de la foi sur vos autels, je vous y trouve, en qualité de victime, otîertcbaque jour en sacrifice pour nous ;
Quand surtout je monte en esprit sur le Calvaire, et que je vois votre sang précieux couler à grands flots sur les pécheurs pour obtenir leur pardon.
îîi) L'ÂME élevée a dieu
votre cœur adorable percé et ouvert pour les recevoir, votre dernier soupir élevé vers le ciel pour leur attirer la grâce de la réconciliation avec celle de la pénitence; coin nient tant de voix, et des voix si touchantes n'animeraient- elles pas ma confiance, ne me présenteraient-elles pas un asile contre mes craintes et mes alarmes? Dieu de bonté, sauvez des âmes qui vous ont coûté si cher, et ne perdez pas le fruit de vos souiïrances, de votre sang et de votre mort.
Je sais, ômon Dieu ! que, pour que mon espérance ne soit pas vaine et présomptueuse, je dois l'animer par mes œuvres et la soutenir par ma correspondance à vos grâces. Vous m'avez créé sans moi, vous ne me sauverez pas sans moi ; aussi suis-je bien résolu de travailler au salut de mon àme. Animé par ma confiance en vos bontés, je respecterai votre sainte loi, j'observerai vos commandements, je détesterai mes péchés, je tacherai de les expier par mes larmes, je veillerai sur moi-même, je réprimerai mes passions, je combattrai les funestes penchants de mon cœur, je serai à l'égard de mon prochain ce que je désire qu'il soit envers moi.
Dans ces saintes dispositions que votre grâce m'inspire, j'espère en vous, mon Dieu ! Vous êtes mon Créateur, mon Sauveur -et mon Père ; j'espère que vous m'accorderez le pardon de mes péchés, quelque grands qu'ils soient; la grandeur même de mes offenses que je déteste, loin d'ébranler mon espérance, sera un nouveau motif de l'affermir. Je vous dirai avec le prophète pénitent : Vous aurez pitié de moi, Dieu saint, parce que mes péchés sont grands : propitiaberis pcccato meo, mul-
DIX-NEUVIÈME LEGTUllE -227
iinii est enim; parceque, plus ils sont grands à vos yeux, plus ils feront éclater votre bontéet triompher votre grâce.
J'espère que vous me soutiendrez dans les misères et les épreuves de celte vie, pour en supporter les peines, pour essuyer les revers, pour me soumettre avec résignation à toutes les dispositions de votre providence, quelles qu'elles puissent être sur moi; tout ce qui me viendra de votre main paternelle sera reçu avec un cœur résigné.
J'espère surtout que vous viendrez à mon aide au moment de ma mort, que vous ne me délaisserez pas dans les angoisses de ce passage du temps à l'éternité. Ce sera surtout alors que j'aurai besoin de votre assistance, que je réclamerai votre secours pour finir ma course dans les sentiers de la sainteté et de la justice.
J'espère enfin que vous m'accorderez votre grâce en ce monde et votre gloire en l'autre.
Tels sont les motifs, les causes et les objets de ma confiance, ô mon Dieu ! Daignez lui donner les caractères qui doivent la rendre agréable à vos yeux.
Faites que mon espérance soit intime et gravée dans le fond de mon cœur ; que non-seulement ma bouche, mais tous mes sentiments vous disent : J'espère en vous : in te, Domine, speravi.
Faites que mon espérance soit ferme ; que rien ne soit capable de l'ébranler. Non, ni les hommes, ni le monde, ni toutes les puissances de l'enfer conjurées contre moi, ne pourront altérer les sentiments d'une confiance que j'aurai établie dans le Dieu de mon cœur : non confundar in œternum.
Faites que mon espérance soit constante ; qu'elle
m'accompagne jusqu'au dernier moment; qu'elle me suive jusqu'au tombeau ; et lors même que vous me frapperez du coup de la mort, que nia confiance vous consacre mes derniers soupirs. Tels sont les sentiments dans lesquels je désire de vivre, et avec lesquels j'espère mourir.
0 mon Dieu ! comment dans cette douce et ferme espérance, ne supporlerai-je pas toutes les peines de cette vie mortelle, à la vue de la vie immortelle qui m'est préparée ?
Comment, dans l'attente des biens suprêmes du ciel, ne me détacherai-je pas des biens périssables du monde ?
Comment, à la vue de la céleste patrie, ne me regarderai-je pas sur la terre comme dans un lieu d'exil?
Comment ne me ferai-je pas une sainte violence durant quelques jours, pour avoir part aux délices d'une éternité bienheureuse ? Beau ciel, terme de mes désirs, soyez l'unique objet de mes vœux, l'unique désir de mon cœur, l'unique occupation de ma vie et de tous les moments qui me restent à gémir et à soupirer après mon bonheur.
Résolutions. — 1° Je mettrai toute ma confiance en Dieu seul, et jamais elle ne sera confondue.
2" Dans les peines, les chagrins, les revers, les événements les plus tristes et les plus désolants, je redoublerai ma confiance, et j'espérerai, s'il le faut, contre toute espérance.
3" Mes fautes mêmes et mes péchés, dès que je les déplore, m'humilieront, m'affligeront, mais ne me décourageront point : je craindrai le Seigneur, mais j'espérerai en lui; l'espérance n'ôte point la crainte; la crainte n'altère point l'espérance; l'une et l'autre contribuent de concert au grand ouvrage de notre salut.
VINGTIÈME UECTURE 2.Î1.)
\" Je soutiendrai ma confiance par la pratique solide des bonnes œuvres. Je dois tout espérer de Dieu pour mou salut, mais je ne dois rien négliger mai-même pour me sauver.
VINGTIEME LECTURE Sur la charité Chrétienne
(l'est ici la vertu propre et comme le vrai caractère delà religion; la charité en est la base, le soutien, l'ornement; elle en renferme l'esprit, elle en inspire les sentiments.
Vertu aimable : elle fait le lien des cœurs, les charmes de la société, les délices et les douceurs de la vie.
Vertu sublime : elle élève nos cœurs, elle nous donne entrée dans le cœur de Dieu même, elle y puise toutes ses affections.
Vertu consolante : quels biens, quels avantages ne fait-elle pas goûter, par la paix, l'union, la concorde qu'elle produit ?
Vertu féconde: elle devient le germe de toutes les vertus, qui marchent comme sous ses éten dards ; elle est même l'accomplissement de toute la loi.
Vertu céleste : elle nous vient du ciel, elle nous y conduit, elle nous en rend comme les citoyens, et nous en assure la possession.
Mais surtout vertu absolument et indispensablement nécessaire, si nous voulons être chrétiens, prendre l'esprit de l'Evangile, être au nombre des enfants de Dieu. Sans la charité, point de salut; le
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manque de charité est une des plus grandes marques de réprobation.
Aussi que ne nous ont pas annoncé les apôtres sur cette grande vertu ! quels éloges pour la célébrer ! quel soin de la recommander ! quelle fidélité à la pratiquer! Aussi saint Jean, l'apôtre de la charité par excellence, lui consacre-t-il toutes les effusions de son cœur : Ut dilïgatis inmcern. Aimez-vous les uns les autres. Aussi saint Paul montre t-il toutes les ardeurs de son zèle en faveur de cette vertu: Altcr alterius onera portate. Aidez-vous mu tuellement. Aussi les premiers fidèles étaient ils regardés comme n'ayant entre eux qu'un cœur et une àme : Cor unum et anima una.
Aussi Jésus-Christ même nous a- t-il intimé le précepte de la charité comme son précepte propre, et celui qu'il a toujours eu plus à cœur : Hoc est prœceptum meum ut diligatis invicem. Je dis plus, aussi nous l'a- t-il annoncé comme un précepte nouveau et propre de la nouvelle alliance : Mandatum novum da vobis. Mais comment est-ce donc un précepte nouveau ? La charité n'est elle pas aussi ancienne que le monde même ? Il est vrai que la charité en général, et pour le fond, est aussi ancienne que le monde ; mais la charité chrétienne, telle que Jésus- Christ l'a ordonnée, est un précepte en effet nouveau, dans l'esprit et la perfection où il l'a portée.
D'où il s'ensuit que la charité chrétienne est une vertu nouvelle, toute divine, ce terme pris à la lettre, à la rigueur, dans toute sa signitication et sa force.
Vertu nouvelle et divine dans son auteur : c'est Jésus-Christ même qui nous l'a enseignée, recommandée, expressément ordonnée, comme son précopte propre et particulier : Hoc est prœceptum meum.
Vertu nouvelle et divine dans son objet: c'est Jésus-Christ que nous aimons dans le prochain ; et dans la personne du prochain nous considérons la personne de Jésus-Christ même: Quid uni ex mini mismeisfecistis, mihi fecislis ; ce que vous ferez au moindre des miens, vous l'aurez fait à moi-même.
Vertu nouvelle et divine dans son modèle : nous devons nous aimer, mais nous devons nous aimer comme Jésus-Christ nous a aimés, et du môme amour que Jésus-Christ nous a aimés : Diligite invicem, sicut et ego dilexi vos.
Vertu nouvelle et divine dans son étendue: on disait aux anciens : Vous aimerez voire prochain et, vous haïrez vos ennemis: Diction est antiquis ; et moi, dit Jésus Christ, je vous ordonne d'aimer vos ennemis mêmes: Ego autemdico vobis : Diligite ini< micos vestros. C'est par là, et ce n'est que par là que vous deviendrez les enfants du Père céleste, qui fait pleuvoir sur le juste et l'injuste, et lever son soleil sur les méchants comme sur les bons : ut sitis filii pu tris veslri.
Donc, la charité chrétienne est vertu si sublime qu'elle prend sa source dans le cœur de Dieu même ; qu'elle consacre tous les sentiments du cœur de l'homme ; que son observation accomplit la loi ; que celui en qui la charité réside, réside lui même dans le sein de Dieu : qui manet in charitate, in Deo manet : et que, comme la charité couvre la multitude des péchés, de même elle renferme l'assemblage et l'accomplissement de toutes les vertus : qui diligit, legem implevit.
Mais aussi vertu tellement nécessaire, que sans elle la religion ne couronne aucune vertu ; tellement nécessaire, qu'elle fait le caractère propre et dis-
î'.)î l'a.mk élevée a dieu
tinctif du véritable chrétien, du disciple de Jésus- Christ, d'avec celui qui ne l'est pas : in hoc cognascrut homines quia discipuli mei estis, si dilexeritis invicem; tellement nécessaire, que de même que celui qui a la charité demeure en Dieu et a le principe de vie ; ainsi celui qui est hors de la charité est hors de Dieu, et dans un état de mort et de damnation : qui non diligit manet in morte; en un mot, vertu tellement nécessaire, que quand on viendrait à opérer des miracles, à transporter les montagnes, à livrer son corps aux tourments, aux tyrans, à la mort, si l'on n'a pas la charité, on n'est rien devant Dieu, ou l'on n'est qu'un objet de colère, frappé de tous ses anathèmes, et exposé à toute la rigueur des vengeances : cltaritatem autem si non habeam, nihil snm.
Avons-nous jamais bien compris ce que c'est que la charité chrétienne aux yeux de Dieu et dans les vues de la foi ? Nous en connaissons à présent l'excellence toute divine ; nous en comprenons la nécessité absolue et indispensable. 11 est temps de considérer quels en sont et en doivent être les vrais caractères.
Les voici, pris sur le modèle de Jésus-Christ même, tracés de sa main et comme scellés de son sang : dilïgite invicem, sicutego dilexivas. Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés moimême.