‹ L'ame élevée a Dieu par les réflexions et les sentimentsChapitre 3 sur 22 · MÉDITATION SUR LES AGITATIONS DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

MÉDITATION SUR LES AGITATIONS DE LA CONSCIENCE

Quel est le malheur de l'homme, ô mon Dieu, lorsqu'engagé par l'attrait de la passion, il vient à se livrer au péché! Le trouble, le remords, la frayeur s'emparent de lui; le trouble l'agite, le remords le déchire, la frayeur le consterne. Quel tourment! c'est pourtant un tourment salutaire.

Dieu de bonté! Dieu des lumières! faites que je comprenne tout le malheur d'une conscience dans cet état, afin que je ne m'expose jamais à en ressentir les cruelles atteintes.

Premier point. — Quand la grâce s'éloigne d'une à me, la paix s'éloigne avec elle, le trouble vient prendre sa place; les ténèbres ('-paisses répandues autrefois sur l'Egypte, sont la triste image d'une conscience troublée ; mille pensées différentes s'élèvent en elle, mille réflexions opposées vien, nent l'agiter tour à tour; la vue du péché' où elle est tombée, l'éloignement de la grâce qu'elle a perdue, la difficulté du retour par la pénitence, de combien de sentiments opposés n'est-elle pas combattue! La mer en fureur et agitée de ses flots al elle à essuyer des mouvements plus cou

traires? Ed vain ce cœiir agité tâche t il de calmer son trouble en se livranl à la dissipation au dehors : les conversations, les amusements, les spectacles, pourronl bien, pour quelque temps, émousser la pointe de sa douleur ; mais ce n'esl que pour faire dans raine, par la suite, des blessures plus profondes. Bientôt, rentrant malgré lui en lui-même, le pécheur encore plus agité est obligé de boire le calice d'amertume jusqu'à la lie. Disparaissez donc, paix intérieure, donton a goûté les douceurs ; < I i > > i pez-vous, tranquillité de l'âme, préférable au plaisir des sens; éclipsez-vous pour toujours, moments heureux, qui donniez un avanl goût des délices célestes : de tout cela il ne reste au pécheur que le souvenir de vous avoir goûtés, et le regrel de vous avoir perdus peut-être à jamais.

Mille fois je l'ai éprouvé, o mon Dieu! mille fois j'ai dit avec le prophète : Qvarè tristis es anima mea? u mon Ame! pourquoi vous plongez-vous dans cette tristesse? Mais, hélas! devais je chercher d'autre cause de ce trouble intérieur que mes infidélités envers vous, et mes résistances à voire grâce ? (Jui jamais en vous résistant, en vous déplaisant, a goûté la paix? et une conscience qui est criminelle, peut elle être jamais une conscience tranquille ? Son péché ne sera l il pas toujours dans elle comme un Irait vengeur qui empoisonnera à jamais son repos et lous ses plaisirs? et ne se dira telle pas toujours que tant qu'elle sera coupable, elle sera malheureuse ?

Second point. — C'est ainsi qu'au trouble succède bientôt le remords, sans qu'il soil permisau pécheur de s'en mettre à couvert. Qu'ai-je fait? voilà la pie mière pensée qui s'élève dans l'âme après le péché.

Ah ! malheureux, qu'ai je fait? J'ai offensé mon Dieu ; j'ai perdu le trésor de la grâce; j';ii sacrifié mon droit à L'héritage céleste; j';ii préféré le plaisir d'un moment à une éternité bienheureuse! Qu'ai-je

fait ?

Avant que le péché soil commis, la passion qui domine enivre tellement de son [toison, qu'elle ôte presque toute réflexion; mais la passion une l'ois satisfaite se ralentit et laisse la raison plus tranquille; la raison plus tranquille rentre en ellemême, voit l'horreur du péché, excite la voix des remords; et la voix des remords excitée, qui pourrait exprimer le langage secret que la conscience fait entendre au pécheur? Remords d'autant plus amer, qu'il rappelle l'heureux état où l'on vivait avant le péché; et tout ne contribue-t il pas à le rap peler? La vue de ces personnes vertueuses qu'on fréquentait et dont on craint la présence; la solennité de celte fête où l'on s'approchait des sacrements, et dont on s'éloigne; la vue de cet oratoire, de cette image d'un Dieu crucifié, aux pieds duquel on allait répandre son cœur : dans tout cela reconnaissons la voix de la conscience qui parle, et qui le l'ait d'une manière d'autant plus sensible et plus vive, qu'elle parle dans nous, malgré nous et contre nous. Et ne nous l'aviez vous pas annoncé, ù mon Dieu! qu'un jour noire péché s'élèverait contre nous après que nous nous serions élevés contre vous; que ce péché serait bientôt suivi du remords, et que ce remords serait un glaive de douleur qui percerait notre âme et la plongerait dans la plus vive amertume ? Mal heureux ! fallait il acheter si cher le repentir !

0 mon Dieu ! quel état que celui d'une âme ainsi livrée à l'amertume de ses remords! A t elle un

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momenl de tranquillité ? goûte-t-elle un instant de paix ? Ce remords n'est-il pas toujours à la porte du cœur pour le déchirer ? Hélas ! que l'homme est à plaindre! qu'il est malheureux quand il trouve en lui la cause de son malheur, el qu'il porte eu luimême le poison funeste qui le déchire !

Troisième point. — Cependant le malheur Q;est |i;is;i son comble. Outre le remords qui déchire à présent le pécheur, il y a un avenir terrible qui l'attend et qui le menace; et de quel sentiment peut il être pénétré à la vue de cette immense carrière que l'avenir lui présente? J'ai péché, se dit-il à luimême, el par là j'ai mérité l'enfer : niais si je venais à mourir dans cet état, quel serait mon sort! Cepen dant je puis mourir à chaque instant, el chaque jour peut être le dernier de ma vie. Hélas! ce terrible jour ne commence t il pointa se lever sur moi pour nf envelopper dans ses tristes nuages? Mais si je venais à être enlevé par une mort subite et imprévue ; si quelque accident funeste venait me sur prendre, (les accidents sont ils rares? et ne devien uent-ils pas tous les jours plus fréquents ? N'en tendon pas dire que tels et tels ont été enlevés dé ce inonde s;ins avoir eu le moinenl.de se reconnaître? El pourquoi, ô mon Dieu, mettez vous ces exemples «levant mes yeux, si ce n'est pour les ouvrir au danger, el pour m'avertir de le prévenir, de peur d'être enveloppé dans le même malheur, et frappé du même anathème? Combien de fois en ai je été touché, alarmé ?

Ainsi s'accomplit à la lettre la terrible menaeeque Dieu fait au pécheur : Vous craindrez, lui dit-il, et vous craindrez nuit et jour : timebis die <ir nocte. Le matin vous direz dans votre frayeur : Oui nie don-

aerade vivre jusqu'au soir? El le soir vous vous écrierez : Qui me donnera de revoir demain la lumière? manè dices, quismihi det cesperè? vespcrè autem, quis mihi det manè !

Voix terriblede la conscience, jusqu'où ne te faistu pas enteûdre ? Dans le palais des grands, sur le trône «les rois, à la tête des armées, dans le tumulte des villes, dans la solitude des campagnes, partout elle fait entendre ses cris vengeurs, et partout elle tait le tourment des pécheurs. Mais quelle affreuse situation que celle d'une àmé ainsi alarmée! Quoi ! être dans un état où l'on peut, où l'on doit se dire à soi-même : si je viens à mourir dans cet état, je suis perdu; et, à l'instant où je meurs, je tombe dans le sein d'une éternité malheureuse ; je deviens l'objet de la colère de Dieu ; je n'ai plus pour partage qu'un affreux désespoir. Quel état! quel tourment!

C'est cependant un tourment salutaire ; le malheur serait bien plus grand si le malade était insensible à sou mal. Rien de si triste, ô mon âme, et cependant rien de si vrai : dans l'état où vous êtes, c'est pour vous le plus grand des biens d'être agitée de remords; el à combien de titres ne devez-vous pas regarder ce remords comme un bien véritable? (l'est un bien, puisqu'il a un rapport si essentiel au salut; c'est le premier des biens, puisque la conversion doit commencer par là, si elle commence jamais ; c'est le plus nécessaire des biens, puisque sans lui il n'y- aura jamais de conversion; c'est le plus solide des biens, puisqu'il ne peut être sujet ;i illusion, et qu'il ne tend qu'à rappeler dans la voie; c'est le plus précieux des biens, puisque chaque remords salutaire que nous avons nous est mérité par autant de gouttes du sang de Jésus-Christ; c'est

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mémo quelquefois le seul bien, parce que le pécheur u'a quelquefois d'autre grâce que celle des remords et de la prière, ayant fermé rentrée de son cœur à toute autre grâce.

Conclusion. — Rentrons en ce moment en nous mêmes, etsans nous jeter dans de vains scrupules, mais aussi sans nous flatter, examinons sérieu sèment où nous en soin mes avec Dieu : nous ne pou vous nous trouver que dans un de ces trois états différents : ou notre conscience ne nous reproche rien, ou elle est dans quelque doute, ou elle se reconnaît coupable de quelque péché.

1° Notre conscience nous paraît-elle tranquille et ne nous reproche telle rien d'essentiel? bénissons le Père des miséricordes qui nous a mis dans cet état, et ne faisons jamais rien qui puisse nous en éloigner : que jamais les nuages du péché ne viennent troubler en nous la sérénité de la grâce.

'î> Avons-nous quelque doute et quelque inquié tude sur quelque point ; ayons soin de l'éclaircir au plus tôt, et ne restons p;is dans les ténèbres affectées, qui par là même deviendraient criminelles.

3° Notre conscience nous reproche- telle quelque péché dont elle est coupable? Ah! ne différons pas un instant de nous réconcilier avec Dieu ; délivrons nous de ce pesanl fardeau ; aujourd'huimême rendons le calme à notre conscience ; le moment où nous différons est peut-être celui que Dieu a choisi; mettons le à profit, il peut décider de notre éternité.

Prière. — Ne permettez pas, ômon Dieu ! que je tombe jamais dans le funeste état du péché, afin que je n'aie pas |i' malheur d'être livré aux troubles, aux remords, aux alarmesd'une conscience agitée. Mais si j'avais le malheur

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de retomber dans le péchés ah ! Seigneur, loin de les calmer, augmentez, redoublez encore ces agitations, ces alarmes, afin que je n'aie pas le malheur bien plus grand encore d'être livré à une paix trompeuse, qui flatte et qui perd. Tant que vous me troublerez, que vous me menacerez, vos menaces mêmes et vos cris seront le rayon de miséricorde qui luira encore à mes yeux : mais du moment que vous nie laisseriez tranquille dans le désordre, ce silence sérail la preuve la plus sensible de votre colère, et la disposition la plus prochaine à mon malheur. Parlez donc, ô mon Dieu ! votre serviteur vous écoute. Si ma conscience a été fermée à votre voix, mon cœur est ouvert, à la voix de ma douleur ; ouvrez-le à celle de votre amour : c'est l'unique bonheur que je demande désormais eu ce monde.

Pratiques. — L° Se faire une loi inviolable de ne jamais agir contre les lumières de sa conscience.

2" Dans les occasions de douter, faire ce qu'on voudrait avoir l'ait au moment de la mort.

3° Rentrer souvent clans l'intérieur de sa conscience pour voir ce qui s'y passe; si elle ne nous reproche devant Dieu aucune faute avec laquelle nous ne voudrions pas aller paraître un jour devant lui.

V' Penser <pie notre conscience nous jugera un jour, et «pie, si nous avons étouffé sa voix, elle portera contre nous le jugement le plus redoutable.

Sur la foi.

Dieu nous a fait naître dans le sein de la loi ; il nous a éclairés de ses vives Lumières; nous l'avons reçue comme un précieux héritage de nos ancêtres.

Nous reconnaissons que c'est une grâce; mais en avons-nous jamais connu le prix et tous les avantages? Car voici ce que la foi est pour nous, et ce que nous pouvons nous dire à nous-mêmes dans les sentiments de notre juste reconnaissance :

Je suis dans le sein de la loi. et la foi est pour moi le lien indissoluble qui m'unit à l'Eglise, la règle invariable qui fixe Ions mes doutes, la solide consolation que j'ai dans les peines de cette vie, enfin la pensée salutaire qui me rassurera au moment de la mort. Foi précieuse, que ne vous dois je pas, si vous êtes pour moi la source de tous ces avan tages!

Je suis dans le sein de la foi, et la foi est pour moi le lien sacré qui m'unit à l'Eglise : nous ne sommes en effet liés à l'Eglise qu'autant que nous sommes ses membres, et nous ne sommes ses membres qu'autant que nous lui sommes unis par la foi ; sans elle, nous ne sommes à ses yeux qu'autant de brebis égarées et bors du bercail, autant de membres étrangers et séparés du corps ; mais du moment que la loi nous anime, dès lors nous entrons dans la société des lidèles; nous appartenons à la nation sainte; nous sommes au nombre des enfants de Dieu; nous avons droit à l'héritage céleste. Que d'autres se glorifient donc d'être nés dans les palais des rois, d'être les enfants des grands de la terre ; pour moi, mon bonheur sera toujours d'être enfant de l'Eglise. Pourquoi ? parce que dès lois je suis assuré d'être dans la voie du ciel, et de marcher dans le chemin du salut : ces! celui de la foi; il n'en est point d'autre, el tout autre ne peut cou duire qu'au précipice et au dernier des malheurs.

Mais, dira-ton peut être, il va bors de la foi tant

de personnes, d'ailleurs régulières, intègres, irré prochables; il en esl qui pratiquent de bonnes œuvres-, qui font des prières, des jeûnes, des aumônes, etc. ; toul cola est grand et louable; mais,

à Ions ces titres, il en manque un essentiel encore, la docilité à la foi; hors de là, il n'y a ni mérite, ni salut, ni récompense; œuvres éclatantes, mais œuvres stériles ; fruits apparents, mais fruits gâtés. En vain donc voudrait-on se glorifier dans ses œuvres, toujours l'Evangile nous dira que celui qui ne croit pas est déjà jugé; toujours l'apôtre nous annoncera que sans la foi on ne saurait plaire à Dieu; toujours Jésus-Christ nous ordonnera de regarder comme un païen et un publieain quiconque n'écoute pas l'Eglise, fût-il d'ailleurs aussi austère que les anachorètes, aussi éclairé que les séraphins.

Ouelle sera donc la surprise, la douleur, le déses poir de ceux qui, éloignés de la foi et séparés de l'Eglise, iront un jour se présenter devant Dieu, et, croyant avoir amassé des trésors de mérites, paraîtront à ses yeux les mains vides ! Oh ! que mon sort est bien différent ! Dans la foi animée par la charité, pas un moment qui ne soit compté pour le ciel, pas une action qui ne soit écrite au livre de vie, pas le moindre talent qui ne produise au centuple pour l'éternité. Voici un nouvel avantage aussi pré cieux :

I" Je suis dans le sein de la foi, et la foi est pour moi la règle invariable qui fixe tous mes doutes. El en combien d'occasions n'ai-je pas besoin de recou rira elle pour fixer et calmer mes agitations en fait de croyance. Parfois la raison, toujours curieuse el inquiète, veut sondex les mystères de la religion ;

à la vue des obscurités, des nuages qui se présentent, elle se voit arrêtée à chaque | >ms : elle se demande pourquoi ceci ? comment cela? ses mys tères impénétrables semblent l'accabler sous leur poids. Si je n'ai que les lumières de cette faible raison, où eu suis je réduit ? Mais si j'ai recours à la foi, je suis rassuré, le pourquoi et le comment dis paraissent. Pourquoi ceci'.' parce que Dieu l'a dit. Comment cela ? comme l'Eglise l'enseigne. Tout est dit dans ces deux mots ; tout est renfermé dans ces deux oracles.

î° Tantôt des esprits inquiets et indociles, comme il s'en trouve si souvent dans le monde, viendront me faire des questions sans nombre, élever des difficultés sur des matières épineuses et relevées, huit que je serai réduit à moi-même, peut être ne pourrai-je pleinement les satisfaire. Mais, dans mon insuffisance, je les rappelle à la foi, et dans deux mots je réponds à tout : Que dit l'Eglise ? qu'enseigne la foi ? voilà ce que je crois et à quoi je m'en liens; à Dieu ne plaise que je veuille en savoir davantage.

Encore ne sont ce là que des doutes propres et personnels ; car si dans le sein de l'Eglise même, il s'élève des contestations qui divisent les esprits et qui forment des partis différents ; si dans ce temps de ténèbres, je ne vois que par mes faibles lumières. que deviendrai je? De part et d'autre on voit des personnes éclairées, on apporte des raisons, on oppose des difficultés] à quoi s'en tenir? A la foi, j'en conviens ; mais celle foi véritable, où est elle ? Chacun se ilatte de l'avoir de son côté et de combattre pour elle. Voilà le moment décisif, je prends mon parti sans retour; l'Eglise, le corps

des pasteurs unis à leur chef, voilà la règle, voilà l'oracle. Ed vain tout autre, on parti, ou secte, ou cabale, viendront ils me tenter; s'ils ne sont pas à l'Eglise, ils ne me sont rien. Grâces i m mortelles en soient, rendues à la foi ; elle a calmé mes agitations ; (die a dissipé mes alarmes ; elle continue à me favoriser de ses dons.

3° Je suis dans le sein de la foi et la foi est pour moi la solide consolation que j'ai dans mes peines ; car, il faut l'avouer, il y a des moments dans la vie où la raison pourrait peut être nous soutenir; mais il y en a certains où l'on a besoin de toute sa religion pour ne pas succomber. Il est des accidents si terribles, des événements si funestes, que les cou solations ordinaires ne sauraient suffire. En vain, dans l'amertume et l'accablement de cette douleur, une raison toute naturelle viendra-t elle me rappeler l'instabilité des choses humaines, me dépeindre la vanité des biens de ce monde; tout cela effleure la superficie de mon àme, mais tout cela ne va point jusqu'au cœur. En vain une fermeté stoïque et une sagesse de philosophe viendront-elles me débiter leurs pompeuses maximes, me dire que le sage n'est ébranlé de rien, que l'homme n'est fait que pour se posséder lui même et dominer les événements de la vie: ah! retirez-vous, fades consolateurs, laissez-moi dévorer en secret ma douleur : elle m'accable, mais elle me plaît; loin de l'adoucir, vous l'aigrissez en y ajoutant le poids d'une conso lation onéreuse. En vain des amis fidèles, touchés de mon sort, viendront-ils me consoler, en «l'assurant qu'ils prennent part à mes maux, qu'ils sont sensibles à mon affliction ; je les écoule extérieure nient avec déférence, mais j'écoute encore plus ma

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douleur; je ne sais comment; dans toutes leurs paroles, je ne trouve que vide et que sécheresse; rien ne me touche, et tout me laisse plongé dans l'abîme de celle douleur.

Mais la loi vient-elle à mon secours, cl me faitelle entrevoir que mon affliction peul contribuera ma félicité, que celte affliction entre dans l'économie de mon salut, que la source de mes larmes peut devenir la source de mou bonheur; la foi me dit-elle que par me- afflictions je puis expier mes péchés, apaiser la colère de Dieu, mériter une place parmi les élus ; celle toi vient-elle me présenter un Dieu élevé sur la croix pour modèle ; ouvrir le ciel à mes yeux pour récompense de mes travaux ; me montrer une éternité bienheureuse pour terme de mes malheurs : ah ! dès lors mon cœur commence à s'ouvrir à la patience, mon esprit se prête aux réflexions salutaires; la douleur me paraissait amère, peu s'en faut qu'elle me devienne précieuse. 0 foi puissante et divine! il n'appartient qu'à vous d'opérer ces prodiges ; vous me présentez un Dieu mourant, je l'adore; vous m'offrez la croix, je l'embrasse; vous me montrez une éternité, je l'espère. Il ue fallait rien moins que vous pour calmer les flots agités de cet océan de douleur: mais. à \olre vue, il me parait changé en torrent de délices.

4° Achevez donc votre ouvrage, foi salutaire ; et. après avoir été ma consolation dans mes peines durant cette vie. soyez encore la solide pensée qui me rassurera au moment de la mort. Elle le fera : et c'est même surtout alors qu'elle nous fera goûter ses précieux avantages.

Je meurs dans la loi. se dira une âme fidèle : j'ex-

pire dansle sein de l'Eglise, mes derniers moments lui seront consacrés, el mes derniers soupirs seront rendus .entre ses mains. Recevez, loi divine, l'hommage que je vous rends; puisse je par- là expier les outrages que je vous ai faits. Du moins je reconnais <jiie vous èles la seule voie du salut, el le seul «die min qui puisse nous conduire à Dieu. Que cel aveu d'un mourant vous esl glorieux; mais en même temps qu'il est doux pour moi !

L'Eglise elle même croil celte pensée si conso I aille pour l'homme à sa dernière heure, el si capable de toucher le cœur de Dieu, que dans les prières qu'elle lui adresse pour le mourant, elle rappelle la loi dont il a fait profession dans sa vie. Dieu des miséricordes, lui dit-elle dans les sentiment de sa confiance, voilà une âme qui va paraître devant vous; elle a bien des sujets de redouter ce terrible passage; mais enfin souvenez-vous que, dans le fort même de ses égarements, elle a toujours conservé la foi. Trinité adorable. Père, Fils, Esprit- Saint, elle a toujours confessé voire saint nom ; c'est celle foi qu'elle vous présente avec ses regrets ; soyez touchée, et recevez-la dans le sein de. votre miséricorde. Sortez donc, âme chrétienne, ajoute l'Eglise, comme rassurée; allez, vos péchés vous accuseront, mais votre foi parlera pour vous et sollicitera en votre faveur; c'est le dernier et le plus précieux gagequ'elle puisse vous donner de sa tendresse. Elle nous le donnera un jour, si durant notre vie nous lui sommes fidèles, si nous en conservons les senti ments, et si nous nous conduisons selon ses saintes maximes.

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MÉDITATION SUR LE MÊME SUJET

C'est un bonheur ineffable pour nous, Ô mon Dieu ! d'être ués dans le sein de la foi; mais ce n'est pas assez deconnaitre el de goûter ce bonheur, uous avons contracté avec elle des engagements. Ils consistent en quatre différents hommages qu'elle exige de nous : hommage de soumission qui nous la lusse écouter avec docilité; hommage d'affection qui nous la fasse aimer avec tendresse; hommage de zèle pour en défendre les intérêts avec ardeur; hommage d'action qui nous la fasse honorer par nos œuvres.

Dieu saint, auteur et consommateur de la foi, qui avez daigné m'écîairer de ses divines lumières. accordez-moi la grâce de bien connaître mes égarements envers elle, et plus encore la fidélité avec laquelle je dois inviolablement les remplir.

1° Hommage de soumission. Et quels doivent en être les sacrés caractères ? Soumission humide el docile; c'est le partage des véritables enfants de l'Eglise. La foi l'exige d'une manière si indispensable et si absolue, que si quelqu'un vient à la lui refuser et à s'en départir, elle le méconnaît, elle le condamne, et s'arme contre lui de tous ses ana thèmes. Dès lors ce n'est plus pour elle qu'une brebis indocile; malheur à elle, si, ainsi égarée, (die tombe sous la dent du loup ravisseur; dès lors ce n'est plus qu'une pierre d'achoppement el de scandale qui ne peut trouver place dans l'édifice de la céleste Jérusalem; dès lors ce n'est plus que comme un membre pourri qu'il faut retrancher, de peur qu'il ne communique sa contagion.

Soumission ferme et inébranlable, jusqu'au point

QUATRIEME LECTURE .'il

de tout sacrifier, de tout souffrir, de toul perdre, plutôt que de perdre la loi, plutôt même que de s'exposer à ta perdre : biens, honneurs, santé, liberté, vie même, toul cela est précieux ; mais si tout cela se trouve en compromis avec la loi. tout cela doil céder à la loi, el, s'il le faut, sur les débris de tout cela doit s'élever la foi triomphante.

Soumission surtout intérieure el de cœur; c'est sur cet autel que nous devons offrir cet hommage à la foi. Quand elle commande, elle a droit aux secrètes pensées de notre âme et aux sentiments infimes de notre cœur. Mais une obéissance extérieure, un silence plein d'égards et de déférence ne suffiraient pas. Non, ils ne sauraient suffire à la foi, ce ne serait que lui donner la main, et elle demande le cœur. Foi divine ! Eglise sainte ! que ma main droite soit retranchée, si elle trace jamais des carac tères que mon esprit démente ; que ma langue des séchée s'attache pour toujours à mon palais, si jamais elle prononce des paroles que mon cœur désavoue; ma religion m'enseigne à parler et non à déguiser; ma foi m'apprend à mourir el non à mentir. Une foi qui m'autoriserait à un tel dégui sèment, n'aurait jamais de part qu'à mes anathèmes : Allez, lui dirais je, vous n'êtes point une foi chrétienne; la probité païenne vaut plus que vous.

î" Nouvel hommage que nous devons à la foi : hommage d'affection, qui nous la fasse aimer avec tendresse. L'Eglise est notre mère; en ce point le cœur parle sans que la bouche s'explique. A celte aimable qualité de mère, Eglise sainte, pourrais je vous méconnaître? cl à combien de titres méritez vous ce doux nom ! C'est vous qui m'avez engendré

:\2. l'ame éjjevée A 1)1 Kl

en Jésus Clirisl ; vous m'avez fait naître dans votre sein; vous m'avez, reçu entre vos bras; vous m'avez nourri de voire lait; dans ma faim, vous m'avez, rassasié de la manne céleste et du pain des anges ; dans ma soif, vous m'avez désaltéré par le breuvage d'immortalité dans le sang de l'Agneau, me favori sanl ainsi de vos dons dès l'enfance, et comblant ensuite vos bienfaits d'âge en âge; me montrant le chemin du salut; me conduisant par la main dans les voies de Dieu; me rappelant avec bonté si je m'égarais; me recevant avec tendresse si je revenais. Que de prières adressées au Seigneur pour moi ! que de sacrifices offerts sur ses autels! que de secours préparés pour le ciel ! Vous ne bornez pas là vos faveurs ; comme c'est dans votre sein que j'ai eu le bonheur de naître, c'est encore entre vos bras que j'espère rendre le dernier soupir ; c'est par vos mains que je dois être présenté an Père des miséricordes ; c'est par votre secours et à l'aide de vos grâces que j'espère une entrée dans sa gloire. Et à qui donnerais je ma tendresse si je vous la refusais? Justice, reconnaissance, intérêt, ne sont ce pas autant de voix éloquentes qui sollicitent pour vous et me demandent mon cœur? Je vous le consacre et tous ses sentiments pour toujours; je vous dois tonte ma tendresse; mais à quelles marques pourrai je vous la témoigner ?

3° Ayons du zèle pour elle, voilà le gage le plus assuré que nous pourrons lui donner, et qu'elle recevra avec le plus de joie. Du zèle pour la foi ! un chrétien pourrait il en manquer? Nous croyons en avoir, nous nous en flattons; mais l'avons nous en effet? Jugeons nous nous mêmes, en voici les marques, o mon Dieu! quel examen ou quel juge

mon! v;iis je ici subir ! Ah ! Seigneur, nous sommes fidèles et chrétiens de nom ; le soin nies nous de conduite el de mœurs ?

Notre foi ;i des commandements ; elle a dos lois ; elle a des pratiques. Ces commandements, les rem plissons nous ? ces lois, les respirions nous? ces pratiques, les observons nous? voilà le zèle: pouvons nous nous flatter d'en être animés ? Notre foi a des intérêts, les avons nous à cœur? Si elle a i\o> succès, y prenons-nous part pour nous en réjouir? Si elle fait des pertes, y soin mes nous sensibles pour nous en affliger? voilà le zèle, et le seul qu'elle re cou unisse. Sur tout cela chacun doit répondre pour soi ; mais, pour moi, que puis je répondre, qu'en me condamnant! Notre foi a des ennemis à craindre, des persécutions à essuyer, des combats à soutenir, nous le savons ; de quels sentiments sommes-nous touchés ? le zèle de la maison de Dieu dévore -t il notre cœur comme celui du prophète ? parlons-nous, agissons-nous, vivons-nous pour elle? que si notre état ne nous permet pas de parler, de raisonner pour la foi, car il ne conviendrait pas à tous de le faire, du moins prions nous pour elle? prions nous pour sa conservation? prions nous pour ses défenseurs ? prions-nous pour ses enfants? prions nous pour ses ennemis? comme Moïse levons-nous les mains au ciel tandis que les Josué combattent pour elle? Sans essuyer leurs travaux, nous aurons part aux dépouilles : et combien de lois l'homme qui prie, comme l'homme qui obéit, a I il remporté, des victoires! (> foi divine! vous le trouviez autrefois dans les premiers fidèles, ce zèle ardent; ils vous l'offraient dans le témoignage de leur sang : qu'ai je fait jusqu'à présent pour vous le témoigner? Du

moins dans la suite travaillerai je à te ramener dans mon cœur; mon insensibilité, mon indifférence passée n'esl elle pas un motif bien pressant pour m'y engager?

4° Un dernier hommage bien précieux que nous devons à la loi, c'est l'hommage de nos œuvres. La loi et les œuvres doivent toujours être unies ensemble et marcher de concert : les œuvres sans la foi sont (]v^ œuvres stériles; et la toi s;ins les œuvres est une foi morte. L'arbre se connaît par les fruits, disait le Sauveur, et le chrétien se cou naît par les œuvres. Sans qu'on nous interroge, nos actions doivent dire quelle est notre religion. Nous ne portons pas notre foi écrite sur notre front ; mais nous devons l'annoncer par nos mœurs, el la rendre respectable par notre conduite, et par des œuvres qui répondent de la foi, qui lionorenl la foi, qui conservent et entretiennent la foi. Amour de Dieu, détachement de nous-mêmes, charité pour nos frères, édification mutuelle; tel est le glorieux témoignage que nous devons à la foi, si la foi vit dans nous. Mais que serait ce, ô mon Dieu ! si, au lieu de ces teuvres qui doivent soutenir, honorer, conserver nia loi par mes œuvres mêmes, je la contredisais, je la déshonorais, je l'exposais, et, par une suite trop naturelle, je la perdais?

Et faudrait il s'étonner si, en contredisant, en déshonorant, en exposant ainsi noire fui. nous venions enfin à la perdre? VA n'est-ce pas l'exposer que de nous exposer dans les occasions où nous savons qu'elle risque tout ; de former des liaisons avec des personnes suspectes; d'écouler des dis coins dangereux en prêtant l'oreille au serpent séducteur; de nous livrer à des lectures profane- et

criminelles, capables de porter le poison également dans L'espril el dans le cœur; de vouloir parler de tout, juger de tout, décider de tout? Plaignons nous après cela que nous ayons des tentations contre la foi ! et comment cette foi subsisterait elle dans nous, quand nous prenons tous les moyens pour la perdre? Pensez-vous, disait autrefois le Sauveur du inonde, que quand le Fils de l'homme viendra un jour, il trouvera encore de la foi sur la terre ? Hélas ! adorable Sauveur, sans attendre même la tin du monde, si vous veniez à présent, en trouveriez vous beaucoup parmi nous ? Ab ! ne nous enlevez pas ce sacré dépôt; n'éteignez pas ce céleste flambeau ; ne nous privez pas de cette précieuse portion de votre héritage. Punissez-nous, nous le méritons; mais ne portez pas la punition jusqu'à éloigner de nous votre divin Esprit, et à nous soustraire les lumières et le don de la foi : ne projicias me à [acte tua, et Spiritum sanctum tuum ne auferas à me.

Prière — Quelles net ions de grâces n'ai-je pas à vous rendre, ô mon Dieu! de m'avoir fait naître dans le sein de la foi, de m'avoir éclairé de ses divines lumières, prétérablemenl à tant d'autres qui gémissent dans les ombres de la mort! Qu'ai-je l'ail pour mériter une telle laveur'.' et que ne dois-je pas faire pour en témoigner ma juste, ma vive, mon éternelle reconnaissance"? Je comprends tout le bonheur que cette foi me procure ; mais je sens aussi ce qu'elle demande, et quels sont les hommages qu'elle a droit d'exiger de moi : je vous les offre dès à présent ; el toute ma vie je tâcheraide vous les rendre en son nom el par son secours.

Hommage de soumission, je la respecterai avec docilité ; hommage d'affection, je l'aimerai avec tendresse ; hommage de zèle, je u'Oublierai rien pour en défendre les

.'»(> l'ami-: élevée a dieu

intérêts avec ardeur ; hommage d'actton, toute ma vie je m'efforcerai de l'honorer par mes œuvres. Oui, je tâcherai de l'honorer en tout. Je la ferai régner clans mon cœur et dans ma conduite ; elle sera l'âme de mes sentiments el de mes actions; je jugerai les choses seloD les vues 'de la foi ; mes pensées, mes projets seront animés de cet esprit de lui. Conservëz-la dans moi, ô mon Dieu ! afin que durant ma vie elle soit la règle de mis mœurs, el qu'à la mort elle puisse recevoir mes derniers soupirs, remettre mon âme entre vos mains, et l'introduire dan-- le ^''iii des (dus.

Pratiques. — 1" Faire souvent des actes de foi, et en renouveler les sentiments devant Dieu.

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