ENTRETIEN OE L'AME AVEC DIEU
Sur lu conduite de lu Providence.
L'ame. — Rien de si vrai, ô mon Dieu ! A s'en tenir à ces dehors éclatants que présentent tous vos ouvrages, on est forcé de reconnaître et d'adorer une Providence. Mais permettez moi, Dieu de bonté, d'ouvrir mon cœur devant vous, de vous faire part de mes doutes et de mes perplexités, de soulager mes peines et mes agitations en vous les communiquant. Quand je jette les yeux sur ce vaste uni
ti^ LAME ÉLEVÉE A DIEU
vers, à la vue de toul ce qui s'y passe, je cherche cette Providence : elle me paraît avoir disparu ; son éclat semble s'éclipser. Quand je vois cette distri bution si différente des biens de Ce inonde, les uns ont tout, et les autres n'ont rien ; les uns naissent dans l'abondance et prodiguent les trésors; les autres gémissent dans la misère, et ne se nourrissent que du pain de leurs larmes: les uns semblent être nés pour être heureux : et les autres, eu naissant, avoir porté écrit sur leur front cet arrêt : Tu seras maudit. Tous cependant sont enfants de cette Providence. El comment comprendre celte inégalité si marquée de conditions parmi eux ? Pourquoi celui-ci roi, et celui-là sujet? pourquoi celui ci dominant en maître et l'autre rampant en esclave? pourquoi étant tous enfants de Dieu, ne pas les rendre tous égaux ; et devant tous aboutir au même terme, ne pas les conduire par la même voie?
11 y a plus encore : non seulement les biens sont inégalement partagés, mais souvent les impies et les méchants sont privilégiés dans cet étonnant partage : s'il y avait quelqu'un à favoriser, sur qui devait, ce semble, tomber la faveur? et qui ne serait surpris de voir l'impie donnant la loi. et le juste forcé de la recevoir; de trouver Job sur le fumier, et Achab dans le sein du palais, saint Paul sur un échafaud, cl Néron sur le trône? En considérant ce qu'on voit si souvent dans le monde. l'iniquité triomphante, l'innocence opprimée, le vice dominant, la vertu- opprimée ; la raison trou Idée, étonnée, n'esl elle pas tentée à cette vue de s'écrier: Où est l'équité de la Providence? où êtes vous, ô Dieu juste ! ô Dieu bon et puissant ! ranime/.
ma loi. pardonnez le (rouble de mon esprit, el dai gnez calmer les agitations de mon Ame.
Le Seigneur. — Ame de peu de foi, à quel trouble, à quel excès se livrent vos sentiments égarés ! Jusqu'à quand jugerez vous les choses selon vos vues humaines? Je veux bien descendre jusqu'à vous pour vous élèvera moi. Vous dites en vous-même : Cette inégalité de conditions et de biens est elle l'ouvrage de la Providence? les uns riches et les autres pauvres, les uns souverains et les autres sujets, les uns maîtres et les autres esclaves. Mais pensez et réfléchissez. Dans une parfaite égalité de conditions et de biens, le genre humain, la société civile, l'union de ses membres auraient ils pu subsister? Qu'on établisse deux villes : une toute composée de grands et de riches, l'autre de petits et de pauvres : celle des pauvres périrait bientôt, on le comprend ; celle des riches pourrait elle se soutenir? Et dans cette égalité de fortune ou de rang où tous les hommes seraient égaux, également commodes et aisés, qui voudrait prendre sur soi les états pénibles et laborieux, et cependant nécessaires, tandis que les autres exerceraient des fonctions tranquilles et honorables? Qui voudrait, en qualité de laboureur, arroser la terre de ses sueurs, tandis que les autres vivraient dans le sein du repos et de la mollesse? Dans une ville tout le inonde serait-il peuple sans distinction, ou tous seraient-ils magistrats ? Et dans l'univers tout doitil obéir, ou tout commander ; ou, si personne ne commande ni n'obéit, que serait-ce que l'univers ? une tour de Babel.
De sorte que, bien loin que cette inégalité de conditions et de biens soit opposée à la Providence.
c'est, au contraire, parce qu'il y a une Providence qu'il doit y avoir une inégalité des conditions et des biens. 11 était du ressort de cette sagesse qui embrasse tout, d'unir les hommes entre eux par les liens de la subordination et de la dépendance, afin que l'heureux consolant l'affligé, le riche secourant le pauvre, le pauvre et l'affligé, le riche et l'heureux, unissent leurs voix pour célébrer de concert les louanges de la Providence qui les gouverne.
L'ami-:. — Mais enfin, o mon Dieu, en supposant la nécessité des conditions inégales, pourquoi du moins, dans cette inégalité, ne pas privilégier les justes préférablement aux impies, pourquoi ne pas confier aux bons le dépôt de l'autorité et des richesses, dont ils auraient fait un si saint usage, au lieu de les donner aux hommes injustes qui en abusent et qui les déshonorent ?
Le Seigneur-. — Reconnaissez encore ici les vues de ma Providence et celles de ma sagesse! Pour quoi refuser les biens de la terre aux justes, afin qu'ils ne cessent pas d'être justes? Dans l'a bon dance. ils s'élèveraient et ils se pervertiraient. Parce que par là je veux exercer leur vertu et augmenter leur couronne. Job me rend plus de gloire sur son fumier que tous les rois sur le trône. Mais, d'une autre part, pourquoi accorder aux pécheurs les biens de ce monde ? pour en montrer le néant et la vanité ; puisque je les donne même à mes ennemis pour les engager, les attirer à moi par l'attrait i\c^ laveurs temporelles, auxquelles ils sont plus sensibles, pour leur donner le moyen d'expier leurs péchés, s'ils en veulent faire un meilleur usage. Pourquoi encore? Pour récompenser le peu de bien qu'ils font sur la terre. Je récompense leurs vertus
naturelles par des biens naturels : c'esl ainsi que je donnai autrefois l'empire de l'univers aux Romains, en récompense des vertus morales qu'ils pratiquèrent.
Cependant la conduite de ma Providence n'est pas <mi ce point toujours uniforme. Elle ne refuse pas toujours les biens de la terre aux justes. Il y aurait àeraindre qu'où ne pensât que ces biens ne sont pas mon ouvrage, puisque je ne les donnerais jamais à ceux qui me servent. Elle ne les accorde pas toujours aux pécheurs; ce serait engager les autres à le devenir, quand ils verraient que, pour être heureux, il suffit d'être impie. Ma Providence en dispose autrement, et, par le sage tempérament qu'elle garde envers les uns et les autres, elle les contient tous dans les justes bornes qu'elle leur prescrit, et sous les voiles impénétrables du secret qu'elle se réserve.
L'ame, — J'adore vos desseins, ô mon Dieu ! mais me permettez-vous de vous ouvrir encore mon cœur sur mes peines personnelles, et sur la conduite de votre Providence dans la circonstance particulière où je suis ? Je n'ai rien oublié, ce semble, pour nie rendre cette Providence favorable et propice, et elle s'éclipse à mes yeux. J'ai fait choix d'un état, et j'y suis malheureux : j'entreprends des affaires après avoir prié, lait prier, et elles échouent. Aucun de mes projets ne me réussit ; il sullit que j'entreprenne une chose pour la voir manquer : tout se tourne contre moi; des amis m'abandonnent, des ennemis me poursuivent ; vous-même, mon Dieu! vous semblez me délaisser. Hélas! si je ne Craignais île blasphémer, je dirais : où est la Providence?
(ili l'ame élevée a dieu
Le Seigneur. — Arrêtez, âme infidèle, vous vous livrez à l'amertume de vos regrets, vous souffrez, vous gémissez, vous êtes étonnée de souffrir ; mais savez-vous quels sont sur vous les desseins de la Providence? Attendez les moments et le temps, et quand ce temps finira, vous verrez le dénouement de tout ; le voile sera tiré, la Providence se justifiera à vos yeux. Il est vrai, si vous étiez pour toujours sur la terre et que vous n'eussiez rien à espérer au-delà, vous auriez sujet de vous étonner, de vous affliger ; mais quand vous viendrez à penser que si votre Dieu vous a mis au monde, ce n'est pas pour toujours, que la terre n'est pour vous qu'un lieu de pèlerinage et d'exil, un séjour et un temps d'épreuves, que vous y passerez un certain nombre de jours, après lesquels un nouvel ordre de choses se manifestera à vos yeux, et distribuera la récompense ou la peine, selon les mérites ou les démérites. Dans ce point de vue pourrez-vous encore révoquer en doute la Providence, comme si vos travaux devaient être stériles, comme si vos larmes ne devaient jamais être essuyées, comme si vos vertus et vos épreuves devaient être sans récompense? Et ne devez vous pas dire au contraire à vous-même : Oui, s'il y a une Providence, il doit en être ainsi, il faut que le voyageur éprouve les rigueurs du pèlerinage pour goûter les délices du terme ; il faut que l'or soit purifié dans le feu pour en sortir plus pur et plus éclatant; il faut que le grain pourrisse dans la terre, afin de le faire germer pour le ciel au centuple ; il faut enfin, pour moissonner dans la joie, avoir semé dans les larmes.
Après tout, hommes mortels, sachez que, malgré tous vos efforts et toutes vos recherches, il y aura
toujours pour vous des mystères impénétrables «huis ma Providence ; et si, portant vos vues au-delà des bornes, vous continuez à demander en tout pour quoi et comment? craignez d'entendre s'élever sur vous la voix de l'oracle : qui scrutator est majestatis, opprimetur à gloria.
Ame présomptueuse ! gémis de t;i présomption, et apprends à adorer les sages dispositions delà Providence, et non à les pénétrer : âme criminelle! tremble sous la main de Dieu, et crains que la Providence, pour se venger, ne t'abandonne à l'égarement de tes voies ! Et vous, âme humble et tidèle, adorez les desseins de Dieu, respectez ses ténèbres, et concluez dans les sentiments d'une foi humble : 11 y a une Providence, il faut la reconnaître : il y a une Providence, il faut s'y soumettre. Tachez même de la seconder, et ajoutez vos efforts, vos soins, votre vigilance, à ces saintes dispositions. Vous ne pouvez rien sans le secours de la grâce de Dieu, mais Dieu ne fera pas tout sans votre correspondance à sa grâce : aidez-vous, il vous aidera ; efforcez-vous, il vous soutiendra ; marchez, et il vous conduira parla main ; et ainsi conduite, vous arriverez infailliblement au terme où sa Providence vous a préparé le bonheur et la récompense.
Prières et pratiques. — nue nous sommes aveugles et insensés, ô mon Dieu! de vouloir sonder les profondeurs impénétrables de votre Providence l Ne méritonsnous pas que vous nous livriez aux ténèbres de notre aveuglement, et que vous nous laissiez courir dans la voir de nés égarements et de nos perles? Que prétendonsnous donc? Ne doit-il pas nous suffire <le savoir que vous êtes bon ; que, du nient que nous nous abandonnons à votre Providence, vous nous conduirez par la
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main ; que vous ne sauriez délaisser ceux qui mettent en vous toute leur confiance ; que d'ailleurs tous nus retours, Imites nos réflexions sont stériles cl inutiles, souvent présomptueuses et téméraires ; qu'elles sont capables d'éloigner dç dessus nous vos regards de tendresse H de complaisance ; qu'elles ne peuvent que nous précipiter dans des doutes, des péchés el des malheurs ?
o Providence divine ! je m'abandonne à vous sans réserve, je nio jette entre vos bras sans retour; je vous laisse disposer de tout souverainement. Vous êtes mon Créateur, mon Dieu et mon Père : vous connaisse/, le néant d'où vous m'avez tiré, le limon dont vous m'ayez forme, la lin à laquelle vous me destine/., le chemin qui doit m'y conduire; disposez donc de tout, cl réglez tout selon votre bon plaisir : je ne veux plus savoir qu'une seule chose sur cette Providence divine : la reconnaître, l'adorer, m'y soumettre, et, autant qu'il sera en moi, la seconder ; après quoi, tout espérer de votre bonté. Puis-je mettre mon sort en meilleures mains que dans celles du plus tendre des pères?
SIXIEME LECTURE Sur l'immortalité.
Tandis que d'une part tout nous présente La mort et la dissolution de nos corps formés de terre; de l'autre, tout nous annonce aussi l'immortalité de nos âmes criées à l'image de Dieu. La foi, la raison, le sentiment intime, le consentement unanime de toutes les nations ; toul concourt à établir le précieifx avantage de celle immortalité glorieuse. La foi nous l'assure dans tous ses oracles : les lumières de la raison peuvent nous en convaincre, le sentiment
intime nous fait soupirer sans cesse après elle; nous sentons qu'après notre mort il subsistera encore quelque chose de nous-mêmes, comme le consentemenl général et unanime de toutes les nations se réunit en faveur de celle vérité fonda mentale !
C me c'est à des chrétiens qu'on présente ces
saintes lectures, ce serait faire tort à leur foi que d'entreprendre de leur prouver un article si essentiel à la religion; contentons-nous de leur en pré senter les précieux avantages, et de les engager à s'en rendre dignes.
Point de pensée si grande, si féconde, et qui nous puisse être si salutaire que la pensée bien méditée de l'immortalité de nos Ames ; elle devient pour nous la source des hiens les plus précieux.
Elle nous élève dans nos sentiments, elle nous sanctifie dans nos actions, elle nous satisfait dans nos désirs, elle nous console dans nos peines. Entrons dans les grandes vues qu'elle nous pré sente. Rien de [tins digne de nous que de connaître ce que nous sommes dans l'ordre de la grâce.
I" Elle nous élève dans nos sentiments. Rien de si vrai : le malheur de l'homme vient souvent de ce qu'il ne se connaît pas, ou de ce qu'il se connaîl mal ; il ne connaît, ni ce qu'il peut ni ce qu'il attend, souvent même ni ce qu'il est. Nous nous trompons quand nous croyons être dans un corps qui est nous-mêmes; non sans doute, ce corps, celte argile n'est point nous, c'est notre âme ; dans elle est notre solide grandeur. 0 aveuglement déplo- Fable des hommes! Si on leur demande: Oui êtes vous ? l'un dira : Je suis noble, tenant un rang dans le monde; l'autre, je suis magistrat;
un autre, je suis roi, élevé sur le trône. Toul cela esl grand, niais il y a dans vous quelque chose de plus grand encore; vous êtes immortel, voilà le plus beau de vos noms, et, le plus précieux de vos titres; l'éclat des autres disparait «levant celui ci. Vous êtes immortel ; à ce litre, votre premier principe, c'est Dieu ; votre modèle, c'est l'Homme-Dieu ; votre occupation, c'est la vertu; votre vie, c'est la grâce ; votre héritage, le ciel ; votre espérance, l'éternité; votre bonheur, le bonheur de Dieu même. Sous ce point de vue, votre âme vaut plus que tous les biens du monde : votre dignité est plus grande que celle de tous les rois de la terre; et le seul titre d'immortel que vous portez gravé sur le front vous honore plus que tous les diadèmes qui pourraient l'orner.
Dans la sublimité de ces sentiments, l'homme commence à se connaître et à se respecter ; dès lors il craindra de se déshonorer par l'erreur des vices, de se dégrader par l'esclavage des passions, de s'avilir par la contagion des cboses humaines. Immortel comme il est, il prend son essor vers le ciel, il rougit de s'attacher à la terre; semblable à un grand monarque qui rougi! lorsqu'on le sur prend flans des occupations indignes de lui. lTn grand roi ne doit formel' (pie de dignes projets dans sou esprit; et un homme immortel ne doit concevoir que de nobles désirs dans son cœur.
L'homme mortel mettra donc sa grandeur dans les vanités propres du temps, maisl 'âme immortelle, qui voit des atomes là où le monde croit voir les colosses, ne mettra sa grandeur que dans son immortalité ; elle n'a qu'à se tenir dans ce senlL ment si élevé pour voir passer sous ses pieds la
vaine pompe des grandeurs humaines : <lrs lofs l'homme n'a que faire ni de faste pour s'élever, ni de voile pour se déguiser, ni d'hypocrisie pour se contrefaire ; il n'a qu'à renoncer au mensonge de son orgueil pour être véritablement grand. Sans rien emprunter au dehors, la nature et la religion l'Iionorenl assez pour être grand sans enflure, el pour le paraître sans affectation; parce que, dès lors, élevé au-dessus du monde et des sens, il devient grand delà grandeur de Dieu même, sage de sa sagesse, équitable de sa justice, immortel de son immortalité, et, [tour ainsi dire, tout divin de sa divinité même. Dans cette vue, l'homme cessera de s'aimer; ou, s'il s'aime encore, il aimera dans lui, non l'homme charnel, non l'homme terrestre, non l'homme sensuel, mais l'homme spirituel, mais l'homme immortel, mais l'homme céleste; car voilà l'homme, et voilà tout l'homme ; le reste n'en est que l'ombre, le fantôme et l'image : hoc est ornais homo.
2° L'idée de l'immortalité nous sanctifie dans toutes nos actions, par la grandeur des vues et la sublimité des motifs qu'elle nous inspire. Que sont en effet tous les autres motifs pour régler notre cou duite en comparaison de celui de notre immortalité? Non, il n'y a de véritables vertus que celles qui sont fondées sur cette immortalité glorieuse, les autres feront des dissimulés, des politiques, des hypocrites, des sépulcres blanchis; mais elles ne feront jamaisdes hommes sages par choix, et vertueux par principe. On dit quelquefois que les vertus ne sonl souvent que déguisement et dissimulation, pourquoi ? Parce que ces vertus se bornent au temps, et ne visent pas à l'immortalité. Souvent la justice n'est qu'une
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vertu contrainte el forcée; la main est pure, le cœur ne l'est pas. Le désintéressement n'est qu'os tentation; la modestie n'est qu'affectation: cela n'arrive que trop dans cette région de ténèbres. Mais élevez l'homme à la région sublime de l'immortalité; on y respire un air plus pur H dégagé de toute contagion ; la vertu y est vérité, y est sincérité', y est sentiment ; la main est innocente, et le cœur est sans tache.
Telles sont les vertus en général. Placez les en particulier dans chaque, condition, dans chaque état, donnez à l'homme l'immortalité pour règle de sa conduite et pour mobile de ses actions, dans chaque condition et dans chaque état, vous trouve rez le vrai sage, le bon roi, le bon magistrat, le bon citoyen, le bon ami, le bon père.
Un roi qui se considère comme immortel, regardera ses sujets comme ses enfants, persuadé qu'il doit régner un jour, non pas sur eux, mais avec eux dans le ciel. Le magistrat pèsera ses arrêts dans la balance de l'équité, parce qu'il pensera qu'il doit être pesé lui-même dans la balance du sanctuaire. Le négociant prendra la probité pour base de son commerce, parce qu'il se souviendra qu'il y a un négoce encore plus avantageux, en vertu duquel il peut acquérir les trésors de l'immortalité même. L'artisan travaillera jour et nuit, s'il le faut ; mais, sans se borner au temps, il mettra son travail à profit pour l'éternité; et quel serait son malheur, si, obligé de vivre à la sueur de son front sur la terre, il allait paraître dans l'éternité les mains vides! Tout homme, en un mot, qui aura l'immortalité devant les yeux, n'aura rien que de grand dans ses vues, rien que de juste dans ses projets.
rien que de réglé dans ses démarches, rien que de saint dans sa conduite et dans ses actions. Si l'on pensait à l'immortalité, et qu'on agît dans ses vues, tous les cœurs seraient l'asile de la vertu ; tous les hommes seraient l'imagé de Dieu ; les lois, la paix, L'équité régneraient sur la terre, et le monde serait l'image d'un paradis de délices.
Si l'on était bien pénétré de ces grands senti nienls, et animé de ces grands motifs, verrait on ce qu'on voit si souvent dans ce monde, des hommes ne s'estimer, ne se faire valoir que par des avantages purement extérieurs, par l'amas des richesses, par l'élévation du rang, par l'éclat des pannes? Une Ame qui ne s'estime que par là ne semble telle pas oublier la grandeur de son être et la sublimité de ses destinées? Hommes immortels, honorons nos vertus, et non nos trésors; sachons estimer ce que nous sommes et non ce que nous avons ; et comprenons qu'il n'est rien de si grand dans l'homme que l'homme même.
Ce n'est point cependant assez pour nous de concevoir toute la grandeur de notre destination, l'essentiel est de considérer si nous soutenons la dignité de notre être par la sainteté de nos sentiments et de nos actions. Eh ! quel malheur pour nous, quel crime dans nous, si, étant si grands dans les desseins et les vues de Dieu, nous venions à dégénérer de celle grandeur par la bassesse de nos sentiments et l'indignité de notre conduite ! Ne cessons donc de puiser dans la source abondante que nous ouvre l'immortalité; elle est inépuisable dans les biens qu'elle nous présente.
/ l L AME ELEVEE A WEL
MÉDITATION SIR LE MÊME SUE
La pensée de l'immortalité saintement méditée
nous procure les plus précieux avantages : elle vienl à noire secours pour adoucir l'amertume de toutes nos peines, pour remplir toute l'étendue de nos désirs.
Ranimez donc nos sentiments, Ô mon Dieu! élevez les jusqu'à vous; transportez-les dans le sein de cette immortalité glorieuse où vous nous appelez : elle est au dessus de nos pensées, mais elle n'est pas au-dessus de nos espérances,
Premier point. — La pensée de l'immortalité nous console dans toutes nos peines, quelque grandes, quelque sensibles qu'elles puissent être. El dans combien de tristes occasions n'avons nous pas besoin de nous rappeler cette salutaire pensée dans le cours de cette vie périssable et mortelle. Qu'est-ce, bêlas ! que notre vie, qu'une suite d'afflictions et de calamités ? L'homme, disait Job, a peu de jouis à passer sur la terre, et ce peu de jours est rempli de beaucoup de misères : liomo brevi nivens lempore repletur multis miserm. Tous les hommes marchent par un chemin parsemé de croix et d'épines, et souvent arrosé de leurs larmes. La vie de l'homme est quelque chose de plus qu'une guerre continuelle : militia est; c'est une suite non interrompue de chagrins, d'inquiétudes, d'ennuis, de dégoûts, d'amertumes; c'est un tissu de maux, un flux et reflux conli Quel de vicissitudes et de changements qui, comme autant de Ilots agités, se succèdent les uns aux autres pour nous inonder, souvent même pour nous accabler. Si dans ce déluge de maux nous n'avions pour nous consoler dans la vie que la vie elle-même.
quel serait notre sort! Nos yeux âuraient-ils assez de larmes, et nos cœurs assez de soupirs pour déplorer nos malheurs? Mais aussi, quand au milieu des misères de cette vie, qui n'es! qu'une mort continuelle, l'immortalité vient se présenter à nos yeux, ci faire briller le céleste flambeau des splendeurs éternelles, quoi de plus capable que ce point de vue d'adoucir le poids de nos maux, de tempérer l'amertume de nos regrets? Que nous importe, après tout, que durant cette vie nous soyons heureux ou malheureux, riches ou pauvres, grands ou petits, sains ou malades, s'il est vrai de dire que cette vie n'est pour nous qu'un passage, et que l'immortalité doit être notre partage, notre héritage, et notre séjour pour toujours? 0 mon Ame! éclairée par ces grandes et immuables vérités, élevons nos pensées, animons nos cœurs et nos sentiments, soutenons la grandeur de nos maux par la grandeur de nos espérances. Nous avons un espace de temps à souffrir, et l'éternité pour nous consoler. Ce sont ici les ténèbres d'une longue nuit ; le jour de l'éternité doit lui succéder ; et quand l'aurore de ce grand jour viendra enfin à paraître, alors tous les nuages seront dissipés, Ions les Ira vaux seront couronnés, toutes les larmes seront essuyées, la sérénité renaîtra dans nos sentiments, la joie régnera dans nos cœurs, et y fera régner une paix inaltérable. Souffrons donc, s'il le faut, ô mon aine! pleurons, gémissons sur la terre : Nous soin mes dans la vallée de larmes et dans le lieu d'exil ; mais souvenons-nous de la céleste patrie ; nous semons dans les pleurs, mais nous moissonnerons dans la joie; nous passerons parle fer et le feu, mais nous arriverons au lieu de rafraîchissement;
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encore quelques années d'épreuves et quelques jours de combat, et tout va finir et changer. Déjà les saints tiennenl la couronne connue suspendue sur nous ; portons nos regards vers le ciel, l'immortalité qoUs dédommagera un jour de tous les maux cl de toutes les afflictions <lc la terre. .C'est donc à cet heureux terme que vous nous appelez, ô mon Dieu ! la pensée de notre immortalité nous l'annonce et nous y prépare.
Second point. — Douce et salutaire pensée, qui par un nouvel avantage vient combler tous nos désirs et remplir toute l'étendue de nos vieux! Il faut, ô mon Dieu! que le cœur de l'homme soit un fond de misères bien grandes, ou de désirs bien immenses, pour toujours souhaiter, toujours demander, toujours soupirer après quelque bien.
Je fais souvent cette réflexion, et me dis à moimême : On condamne quelquefois les hommes de ce que, toujours avides, ils ne se contentent de rien ; on se trompe. Les hommes sont coupables, il est vrai, de souhaiter avec trop d'ardeur les biens de ce monde ; mais ils ont raison de ne s'en point contenler ; ils sont destinés à quelque chose de plus; il faut bien que cela soit ainsi. Nous voyons que ions les autres êtres se contentent des biens qu'ils possèdent dans leur espèce ; l'homme seul est toujours insatiable dans ses désirs. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a que vous, ô mon Dieu ! qui puissiez le contenter. En vain lui présente-t-on l'amas des biens, des richesses, des trésors de la terre; c'est un amas de poussière qu'on lui jette aux yeux pour l'empêcher de voir la grandeur et de puiser la félicité dans sa source. Aussi, malgré tous ces biens qu'on lui offre et qu'où lui prodigué, il
cherche, il désire, il soupire toujours. Fût-il maître du monde entier, il désirerait d'autres mondes à conquérir.
Voyons les grands de la terre : ils s'imaginaient que la félicité consiste dans la grandeur ; et quand ils sont arrivés au comble de la gloire, ils ont reconnu que cette gloire n'était que fumée. Dégoû tés des grandeurs, ils se sonl tournés du côté des richesses. Voyons les enfants du siècle : ils possèdent des trésors immenses ; et dans le sein même des trésors tout n'est qu'indigence. Peu satisfaits de tout ce qu'ils ont, ils désirent ce qu'ils n'ont pas ; dégoûtés des trésors, ils se plongent dans les plaisirs. Voyons les sensuels et les voluptueux : ils cherchent leur bonheur dans les délices des sens; les délices ont bientôt épuisé leurs attraits, il faut les réveiller par des monstres de volupté, jusqu'à dégrader le sentiment, déshonorer la raison. Qu'était-ce que tout cela dans eux, ù mon Dieu! qu'un désespoir de passion qui se livrait à tout, et ne pouvait se contenter de rien? Maintenant ils sont forcés de s'écrier avec Salomon : Vanité des vanités, tout n'est que vanité et affliction sur la terre : Militas rruillalitm.
0 heureuse immortalité! quand viendras-tu nous présenter des objets capables de nous satisfaire? Assez longtemps, courant après le mensonge, nous avons éprouvé que tout le reste, loin de remplir nos vœux, n'a fait qu'aigrir et enflammer nos désirs. Heureuse immortalité ! là les honneurs seront solides; les trésors y seront immenses, les délices y seront pures, les passions, le dirai-je ! oui, les pas sions mêmes y seront sanctifiées, y seront consa crées. Dans un sens, le mal, le désordre du cœur
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humain ne vient que de ce qu'on lui prescrit des bornes trop resserrées en lui présentant des objets peu (lignes de lui. Donnons à l'âme tout son essor ; laissons-la agir dans son étendue, elle portera sa vue vers le ciel, elle fixera ses désirs sur l'immortalité cl les biens véritables : dès lors l'homme ambitieux sera content, l'homme avare sera rassasié, l'homme avide sera satisfait, parce qu'ils trouveront dans L'immortalité des biens solides les véritables délices.
Affections et prières Quand est-ce donc, ô Dion immortel ! ô Roi dos siècles, quand est-ce que le rayon de cette immortalité viendra briller à nos yeux ? quand est-ce que le beau jour de cette immortalité se lèvera sur nous ? quand est-ce que notre immortalité viendra nous recevoir dans son sein ? II viendra ce moment heureux, il se lèvera ce beau jour. En attendant cet instant désiré, animons-nous, soutenons-nous par la douceur de cette espérance. Environnés des nuages du temps, souvenonsnous que les splendeurs de l'éternité doivent être notre partage. Nous vivons sur la terre, n'oublions pas que nous sommes faits pour le ciel ; nous gémissons dans le lieu du pèlerinage, la céleste patrie nous attend ; nous sommes encore sur la mer orageuse du monde, nous entrerons enfin dans le port assuré. Dans cette vue, détachons-nous de tout, consolons-nous de tout. S'il nous arrive des croix, ne nous en aiHigeons pas. elles Uniront. Si nous avons des biens, ne nous y attachons pas, il faudra tout quitter. Et que quittons-nous en quittant ce monde ? Vous seul, ô Eternel! vous seule, ô Immortalité glorieuse ! attirerez mes regards, fixerez mes vœux, contenterez mes désirs, .te vous les consacre dès ce moment, pour ne pas les profaner en les livrant aux biens périssables. Formé pour le ciel, qu'est-ce pour moi que la terre? Destine à l'éternité, le temps doit-il m'occuper? et quand Dieu m'appelle à l'immortalité, le inonde pour-
SEPTIÈME LECTURE 7!l
rait-il m'arrêtër un instant ? 0 immortalité! que mpuis-je dans ce monde m élever au-dessus de ce monde,
où je ne fais que mourir, et porté sur les ailes de l'ai ir
divin, m'envoler dans ton sein pour y vivre à jamais de la vie véritable, de la vie de Dieu même!
Pratiques. — I" Dans les infirmités et maladies du corps, penser qu'il n'est pas immortel, et que, devant finir un jour, il n'est pas surprenant qu'il souffre et dépérisse.
2" Dans les tentations el les passions, se souvenir que l'âme est immortelle, et qu'il ne faut pas la dégrader et la déshonorer par la contagion i\cs vices.
:{" Dans les consolai ions ou les afflictions de la vie, se dire : Tout finira, et qu'ainsi il ne faut ni s'attacher aux unes, ni se laisser abattre par les autres.
4" Se délier des discours, et s'armer contre les maximes qu'on entend débiter contre l'immortalité de nos âmes : laisser ébranler sa foi en ce point, c'est s'exposer à la perdre entièrement dans tout.
SEPTIEME LECTURE Sur l'excellence et la dignité du Chrétien.
Rien de si grand, dans les vues de Dieu el aux yeux de la foi, qu'un véritable chrétien. Jugeons en par la magnificence des litres dont le christianisme l'honore, par la sainteté du modèle qu'il lui présente, par l'élévation des sentiments qu'il lui inspire, et par la grandeur des espérances qu'il lui propose. A ces traits, connaissons ce que nous sommes, ou du moins ce que nous devons être.
1° Qu'est-ce qu'un chrétien ? C'est un disciple de Jésus-Christ, éclairé des lumières delà loi, nourri dans les splendeurs de l'Evangile, instruit des vérités
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immuables fie la religion. Grâce ineffable! titre glorieux! e'est de Jésus-Christ même que nous l'avons hérite, c'est lui qui nous l'a mérité et acheté au prix de son sang, dans lequel nous avons été régénérés en même temps que dans les eaux sacrées du baptême.
Qu'est ce qu'un chrétien? l'n membre de Jé>us- Christ. Tous les chrétiens ne sont plus qu'un corps dont Jésus-Christ est le chef, et dont ils doivent être les membres, vivant de la vie d'un Dieu, puisque les membres doivent vivre de la vie du chef. Membres de Jésus Christ, dès lors nous sommes par excellence le temple de Dieu, d'abord dans nos âmes, qui, par la grâce de la régénération, sont le trône de l'Esprit-Saint ; ensuite dans nos corps mêmes. qui. selon l'oracle de saint Paul, sont le temple vivant du même Esprit-Saint : templum sunt Spiritûs sancti. A tous ces titres, ajoutons ce dont saint Pierre honore tous les chrétiens, en les appelant tantôt un sacerdoce royal, tantôt une nation sainte, tantôt un peuple d'acquisition, glorieuse conquête acquise à Jésus-Christ au prix de son sang. Quels titres ! quel sacré caractère ! Si les chrétiens savaient ce qu'ils sont, vivraient ils comme ils vivent ? ver rait on d'autres chrétiens que des sainte ?
2° Qu'esl ce encore qu'un chrétien, et que doit-il être? l'n homme formé mit les maximes de l'Evangile et sur le modèle île Jésus-Christ même. Aussi les chrétiens formés sur ce grand modèle. qu'ont-Hs été, et quels hommes ont-ils présentés à l'univers ? Des hommes nouveaux et jusqu'alors inconnus au monde ; des hommes d'une vraie sagesse, dont les païens n'ont jamais connu que le nom ; en eux on admirait l'assemblage de toutes les vertus : fidélité
SEPTIÈME LECTURE Ni
dans les discours, sincérité dans les sentiments, droi ture dans la conduite, modestie sans affectation, élé vation sans enflure, humilité sans bassesse; u'ayani des passions que pour les combattre ; dos plaisirs que pour les sanctifier ; des devoirs que pour les rem plir ; aimant le bien, et ne le connaissant que pour le pratiquer ; méprisant les éloges, et ue sachant que les mériter; craignant de paraître presqu'autant que de pécher, et craignant de pécher bien plus encore que de mourir. Voilà le chrétien ; son cœur est le sanctuaire de la vertu ; sa bouche l'interprète de la vérité ; toute sa conduite, l'expression fidèle d'un Homme -Dieu. Tel est l'homme, s'il est parfait chrétien ; s'il n'est pas tel, le christianisme lui reproche ses faiblesses, condamne ses fautes, et le [tresse de faire ses efforts pour ne pas déshonorer sa dignité.
3° Dignité du chrétien ; comprenons la encore par la noblesse des sentiments que sa religion lui inspire en le rendant supérieur à tout.
Elle l'élève au-dessus des événements et de tous les revers. Que tous les maux viennent l'accabler et fondre sur lui ; que ses biens lui soient enlevés ; que Ions ses amis l'abandonnent ; que sa fortune chancelle ; que sa santé dépérisse ; que tout lui manque cl lui soit ravi; la foi lui reste, il n'a rien .perdu. Dépouillé de tout, il paraîtra plus grand, parce qu'il paraîtra grand par lui-même, donnant aux yeux de l'univers le spectacle qu'un païen disait être si digne de Dieu : un homme de bien aux prises avec la fortune.
Elle l'élève au-dessus du monde ; elle le fait triompher de ses erreurs, sa foi les dissipe; de ses don eeurs. son cœur les méprise; de ses terreurs, son
si l ami: élevée a dieu
courage les brave: que pourrait craindre du monde celui qui n'a à craindre que le péché.
Elle l'élève au-dessus de lui-même; s'élever audessus du monde, c'est grandeur d'âme ; mais s'élever au dessus de soi même, c'esl héroïsme. Qu'il est grand de voir un homme s'armer généreusement contre lui-même : se déclarer une guerre implacable, toujours le glaive à la main, couper jusqu'à la racine de ses passions : retrancher jusqu'aux moindres rejetons de son amour-propre ; offrir île lui même à Dieu une victime continuelle, immolée sur l'autel de la charité ! Tel est le chrétien. 11 sent ce qu'il en coûteà son cœur; mais il sait ce qu'il doit à sa foi.
Elle l'élève au-dessus des tourments, des tyrans, de la mort. Quand on ne vit que de sacrifices, il en coûte peu de mourir ; et n'est-ce pas là ce que les païens mêmes admiraient dans les premiers chrétiens, dignes de ce grand nom? Quel genre d'hommes est donc celui-ci, s'écriaient-ils: quod genus hoc hominum est? Si on lesdéfèreà notre tribunal, ils s'y présentent d'eux-mêmes ; si on les condamne à la mort, ils en rendent grâce comme d'un bienfait : si on les conduit au supplice, ils y vont en triomphe. Le- menace ton de leur faire essuyer toute l'horreur des tourments : Vous le pouvez, disaient ils, nous ne sommes hommes que pour mourir ; mais nous De sommes chrétiens que pour mourir en saints; nous avons un corps qui succombe, mais une foi qui triomphe. Frappez, brûlez, déchirez, immolez; vous croyez nous donner la mort, vous ne faites que nous rendre à une vie plus heureuse : pour nous; ce n'est pas le temps qui finit, c'est l'éternité qui coin menée. Quels hommes! quels sentiments! Ce n'était, après tout, que de vrai- chrétiens.
\" VA commeiil ces généreux athlètes auraient ils pu se démentir à la vue des couronnes qu'ils alleu daient, et soutenus par la grandeur de leurs espé ra uces ? Car, en ee point, quelle est encore la grandeur du chrétien et sa prééminence sur tous les autres. Ici, élevons nos pensées et nos sen timenls, notre espérance est pleine d'une immortalité glorieuse: spes illorum immortalitate plena est. Voilà notre partage, notre héritage ; notre sort est dans la région des vivants. Le heau spectacle que donna autrefois une mère généreuse! Elle avait sept enfants, tous les sept furent, conduits au martyre. Le tyran dictait les arrêts de mort, les bourreaux préparaient les bûchers, les taux et les glaives, tous les instruments du supplice; le sang des illustres martyrs coulait à grands Ilots sous les yeux de cette généreuse mère : Petite, nati, ut aspiciatis cœlùm, disait elle, pleine des sentiments de la foi ; mes fils, mes chers fils, regardez le ciel, vous allez vous en assurer l'entrée ; il vous ouvre son sein. Ces! là ce que nous dit l'Eglise à nous-mêmes pour élever nos sentiments et animer l'ardeur de notre courage : Regardez le ciel ; souvenez-vous qu'en qualité de chrétiens, il est voire patrie ; que la terre est pour vous un lieu d'exil; que le inonde est pour vous une terre étrangère.
Nos espérances nous élèvent au ciel : portons y nos cœurs et nos vœux ; gardons nous de nous laisser avilir par la contagion des biens périssables ; laissons passer sous nos pieds le torrent des choses humaines. En qualité d'hommes, nous sommes dans le monde ; mais, en qualité de chrétiens, nous ne sommes pas de ce monde : quid agis in mundo, ([ni major es mundo /Quoi ! vous êtes chrétiens, et vous
tenez au monde ! Vous (Mes chrétiens, et vous prenez pari aux folles joies, aux pompes de ce monde ! Vous êtes chrétiens, et l'on vous voil dans les assemblées. (Unis les spectacles du monde ! ijuid agis m mundo ? Souvenez-vous que si vous êtes dans le monde, ce n'est que pour eu être ou les modèles par vos vertus, ou la condamnation par l'opposition de vos mœurs, ou les vainqueurs par la supériorité de vos sentiments; c'est-à-dire que vous n'êtes chrétiens que pour être saints.
Telle est la grandeur sublime où le christianisme nous élève; mais en même temps telles sont les obligations indispensables qu'il nous impose!