‹ L'ame élevée a Dieu par les réflexions et les sentimentsChapitre 7 sur 22 · MEDITATION SUR LES ENGAGEMENTS · texte numérisé non relu

MEDITATION SUR LES ENGAGEMENTS

ri les devoirs du chrétien.

Prosterné à vos pieds, o mon Dieu, je viens considérer mes engagements, et me rendre compte à moi-même de ee que je suis à vos yeux, ou du moins de ce que je dois être, je sui-> chrétien ; cette grande pensée qui se présente à moi mérite toutes mes réflexions et doit exciter tous mes sentiments. Daignez m'éclairer de vos vives lumières, pour l'appro l'omlir et eu connaître tous les engagements et toute l'étendue.

Premier point. — .le suis chrétien ! C'est unegràce ineffable qu'on m'a accordée préférablemenl à tant d'autres, de m'avoir fait naîtrede parents chrétiens, éclairé des lumières de la foi. tandis que tant d'autres gémissent dans les ténèbres de l'erreur et lesombres de la mort.. le pouvais y naître comme eux, et comme eux je pouvais y mourir. Des lors, éloigné i\txs voies du salut, jamais je n'aurais eu paît au bonheur

des s;iinis ; éternellement j'aurais été séparé de Dieu, condamné aux ténèbres el aux tourments éternels. La bonté de Dieu en ;i disposé autrement <mi ma Eaveur ; je suis dans le sein de l'Eglise, au nombre de ses enfants, je n'ai qu'à ('couler sa voix, suivre ses maximes, el marcher dans le chemiu qu'elle me montre, assuré de marcher dans la voie du ciel et d'y arriver un jour, si jusqu'au bout je suis fidèle à le suivre

L'Eglise m'a comme reçu entre ses liras, en naissant; elle m'a régénéré dans les eaux sacrées du baptême ; toute ma vie, elle m'instruit, me dirige; j'espère qu'elle recevra mes derniers soupirs ; après ma mort même, j'aurai encore pari à ses prières el à ses sacrifices. Quelle grâce! quelle faveur! grâce d'autant [dus grande que je n'ai rien fait ni rien pu faire pour la mériter. Dieu me l'a accordée par sa bonté purement gratuite; grâce d'autant plus précieuse,- qu'elle devient pour moi la source d'un nombre presqu'infini d'autres grâces durant cette vie, et que, sans elles, toutes les autres me seraient inutiles pour arriver au ciel; grâce d'autant plus ineffable, qu'elle peut devenir pour moi le principe el le gage du bonheur éternel dans la gloire.

Soyez-en mille fois béni, ô mon Dieu ! je recon nais la grandeur du bienfait ; c'est un pur elfel de votre bonté et de votre tendresse pour moi. Tant d'autres en auraient mieux profité et seraient devenus de grands saints. Si les habitants de Tyr et de Sidon avaient reçu les mêmes lumières, ils auraient vécu sous le ciliée td la cendre. Si tant d'infidèles et de barbares étaient nés dans le sein du christianisme, ils auraient été sainls. Mais, hélas! celle grâce, qu'a t elle produit dans moi, td quel usage

en ;ii je l'ait jusqu'à présent ? Où est la reconnais sance que j'en ai marquée ? où sont les fruits que j'en ai tirés ? où sont les vertus chrétiennes que j'ai pratiquées ? Vous le voyez, ce vide et cet abus, ô mon Dieu! vous en êtes offensé, et je n'eu géniispas dans l'amertume de mon cœur. Si ce cœur a été ingrat, infidèle, au moins devrait-il être affligé cl contrit ; formez-la cette contrition dans moi ; ajoutez cette grâce à tant d'autres, de peur qu'elles ne me soient inutiles, qu'elles ne servent qu'à me condamner, et qu'au lieu de former un chrétien, elles n'aient trouvé qu'un ingrat et un infidèle.

Second point. — Je suis chrétien, j'en porte le nom ; en ai je les vertus ? J'en ai les grâces, en ai je les œuvres ? Quel sujet n'ai-je pas de gémir en considérant ce que doit être un chrétien, et en voyant ce que je suis devant Dieu !

Un chrétien doit être l'image vivante de Jésus Christ ; quels traits de ressemhlanee ai je avec lui ? Ai-je eu ce divin modèle devant les yeux ? l'ai je gravé et retracé dans mon cœur.

Un chrétien doit être détaché du monde, éloigné du monde, crucifié au monde ; et je ne vis que pour le monde, je ne respire que pour le monde. Penser comme le monde, agir comme le monde, suivre en tout les idées, les maximes, 1rs exemples du monde, est-ce là être chrétien ?

In chrétien doit cire humble, fuyant et craignant les honneurs, aimant ou souffrant les mépris, et je ne suis que vanité, qu'orgueil; ne cherchant qu'à m'élever, me distinguer et paraître sensible au moindre mépris, au moindre manque d'attention et d'égards : est ce là être un chrétien véritable ?

Un chrétien doit être mortifié, mort à lui même.

septième lecture <S7

embrasser les rigueurs el les austérités de la pénitence, se faire violence, combattre ses passions, ses inclinations, faire de lui-même une victime continuelle, el je me rechercheen tout; j'aime mesaises, mes commodités ; jecrains tout ce qui m'incommode el me gêne ; je ne veux rien souffrir, ou je ne souffre qu'avec peine. Si pour ma religion il fallail souffrir le martyre, trouverait-elle en moi un martyr ou un apostal '.'

Un chrétien doit être doux, patient, condescendant, charitable, se faisant tout à Ions, supportanl leurs défauts, compatissant à leurs peines, excu sanl leurs fautes. Hélas ! je trouve dans moi des sentiments tout contraires : vif, impatient, quelquefois colère, emporté, d'ailleurs critiquant, blâmant, censurant les autres ; nourrissant dans mon cœur des ressentiments, des aversions, des envies, des jalon sies. En quoi donc suis-je chrétien ? et l'ai je été jus qu'à présent ? Quelle ombre, quel fantôme de chris tianisme ?

La vie d'un chrétien doit être la preuve de sa religion, c'esl à-dire la vie d'un homme Ion l céleste; vivant en ce monde comme n'y vivant pas; possédant comme ne possédant pas; n'ayant que le corps sur la terre el les sentiments élevés au ciel ; toujours disposé et prêt à mourir. A ce portrait, puis-je me reconnaître ? Les sentiments chrétiens vivent-ils dans mon cœur? le sang chrétien coule t il encore dans mes veines? Hélas ! ô mon Dieu, si je ue rougis pas de ma conduite, ma religion rougit elle-même de moi. Je suis chrétien, et je n'en ai que le nom ; et encore ce nom, je le déshonore, je le trahis, je semble le renoncer dans ma conduite et mes mœurs. Ai-je pensé à ce que j'étais et à ce que

je devais rire ? La vie (l'un honnête païen est elle

bien différente de la mienne? Ace prix, fallait-il naître pour ainsi dire chrétien, pour ne vivre ([n'en infidèle, et ne mourir peut être qu'en réprouvé ?

Troisième point. — Je suis chrétien et c'est en qualité de chrétien qu'un jour je serai jugé. Que ce jugement sera rigoureux! qu'il sera redoutable! Quand il me faudra rendre compte de tant de temps que j'ai perdu, de tant de grâces dont j'ai abusé, de tant de devoirs que j'ai violés, de tant de moyens de salut que j'ai négligés, de tant de sacrements que j'ai reçus, de tant d'exemples édifiants dont j'aurai souvent été témoin et souvent touché ; enfin de la grâce ineffable que Dieu m'avait accordée en me faisant naître dans le sein du christianisme, qu'auraïje à répondre ?

Il me semble que Jésus-Christ m'appelle en ce moment, qu'il me transporte à son tribunal redoutable, et que, me faisant assister au jugement d'un mauvais chrétien, je l'entends lui adresser cette terrible parole: quid potui facere, et non feci ? N'eue/. chrétien indigne, venez rendre compte à ma justice des bienfaits de ma miséricorde. Ame infidèle, qu'aije pu faire pour loi que je n'aie pas l'ait? Je t'ai fait naître dans le sein de mon Eglise, je t'ai éclairée (\r< lumières de la foi, je t'ai comblée de mes grâces, je t'ai rachetée de mon sang, je te préparais une éternité de bonheur; en était-ce assez pour te marquer nia tendresse ? En était-ce trop peu pour tedemander ton cœur? nue devais-je attendre de toi? Malheureux ! je voulais être ton Sauveur, et tu m'obliges à le perdre; je t'avais créé pouravoir parla ma gloire, et tu n'auras part qu'à mes ana thèmes. Précipité à

jamais dans la profondeur des abîmes avec les païens et les idolâtres, toute l'éternité tu seras malheureux avec eux. et plus qu'eux, jusqu'à pousser des soupirs de feu, jusqu'à verser des larmes de sang- sur les grâces que tu auras reçues, sur l'abus que tu en auras fait ; tu les compteras, ces grâces, elles seront sans nombre ; tu les regretteras, elles seront sans retour ; tu appelleras ton Dieu, et ce Dieu irrité se dérobera à tes yeux. Tu verras ce qu'il a été pour toi, et ce que tu as été contre lui ; lui toujours miséricordieux, toujours compatissant, toujours bon : et toi, toujours rebelle, toujours ingrat, toujours obstiné à te perdre. Ni cette miséricorde qui t'avait prévenu, ni le ciel qui t'était ouvert, ni un enfer dont tu étais menacé, n'ont pu te ramener dans la voie. Réduit à former ce souhait désespérant et à dire éternellement, inutilement, inconsolablement : Oui, il eût mieux valu mille fois pour moi n'être jamaisné, n'avoir jamais été éclairé des lumières de la foi, avoir été plongé dans les ténèbres de l'idolâtrie, n'être jamais sorti du sein du néant : ce n'eût été qu'un homme de moins dans le monde, el ce sera un chrétien de plus dans l'enfer. Un chrétien dans l'enfer! quelle horreur et quel monstre! Chrétien, et ennemi de Dieu ! Chré tien, et maudit ! Chrétien, et réprouvé !

0 Dieu Sauveur, ù Dieu de bonté! qui nous avez appelés à la lumière de la vérité, préservez- nous de ce malheur, et ne permettez pas que nous en éprouvions jamais les horreurs.

Je le sais, je le sens, voilà à quoi s'expose et à quoi sera réduit tout chrétien qui ne vil pas selon la sainteté de sa foi ; ne m'y suis- je pas exposé moi même en vivant comme j'ai vécu, en déshonorant en

moi le caractère et le n le chrétien, en contre

cl i sa ni ma loi par mes œuvres, en rougissant même souvenl de paraître chrétien, en vivanl comme si je ue l'étais p;is ? Dieu des miséricordes, ayez pitié de mon âme, recevez nies regrets, el daignez encore écouter ma prière.

Prière — C'est par une grâce spéciale, ô mon Dieu ! que vous m'avez fait chrétien. Jusqu'à présent, je n'ai connu ni la dignité de mon état, ni la sainteté de mes obligations; je n'ai presque eu de chrétien que le nom et hs grâces; il est bien temps que je pense à en prendre la conduite et les sentiments : c'est désormais le grand et l'unique dessein que je forme, bien résolu à y travailler jusqu'à la tin de ma vie. Je sais à quoi je m'.cngage : à porter la croix, à mépriser le monde, à mourir à moimême, à ne craindre que le péché, à n'estimer que la grâce, à n'aimer que la vertu, à ne désirer que le ciel, à ne penser qu'à l'éternité ; c'est-à-dire à vivre en chrétien, et à mourir en saint, pour ressusciter en prédestiné, 'telles sont, ô mon Dieu ! mes obligations ; je m'y engage des ce moment de nouveau, et toute ma vie je vais m'appliquer à les remplir fidèlement, généreusement et constamment. Que je serais heureux si je ne m'en (dais jamais écarté !

Pratiques. — 1° Honorer d'un culte spécial le saint dont nous portons le nom, surtout en imitant ses vertus.

2" Le jour de notre baptême, el quelquefois dans l'année, renouveler les sacrés engagements que nous avons contractés, et en rappeler les saintes obligations.

3° Former souvent sur nous le signe de la croix, mais le tonner avec plus de respect : c'est le signe du chrétien, el comme la profession de sa foi.

\" Demander souvent à Dieu la grâce de vivre et de mourir en véritables chrétiens, et nous tenir toujours prêts à ce dernier passage.

HUITIÈME LECTUHE 01

HUITIEME LECTURE Sur le péché mortel.

Le péché est appelé mortel, [tarée qu'il donne la mort à l'âme. Il y a (rois sortes de morts, qui sonl la suite et l'effet du péché : une mort spirituelle, une mort temporelle, une mort éternelle. Mort spirituelle, par la privation de la grâce et de tous ses biens ; mort temporelle par les calamités, les misères de cette vie et le dernier instant qui doit la terminer; mort éternelle, par la damnation, si l'on persévère dans un état de péché : trois terribles vengeances dont le péché est la cause funeste.

I" Mort spirituelle, par la privation de la grâce et de tous les biens de la grâce. Peut-être, parce que cette mort n'opère pas au dehors ses redoutables effets, parnitra-t-elle moins à craindre au pécheur : mais, hélas! de quels traits mortels cette Ame n'estelle pas percée, et en quel étal funeste est elle réduite. Morte aux yeux de Dieu, et privée de la vie de la grâce, elle est dépouillée, elle est dégradée, elle est abandonnée, elle est livrée en proie aux vers rongeurs qui la déchirent. Mon Dieu! quel abîme de maux !

Elle est dépouillée, dénuée de tout, des dons précieux de la grâce, qui faisaient son plus bel ornement devant Dieu, et sans lesquels elle n'est plus qu'un objet d'horreur à ses yeux ; dénuée de tous les mérites qu'elle avait acquis, qui taisaient son plus précieux trésor, et sans lesquels, réduite à une

affreuse indigence, il ne lui reste que son péché el

ses suites funestes.

Elle est dégradée. A quelle gloire la grâce de Dieu, le sangde Jésus-Christ répandu sur elle, ne l'avaient ils pas élevée? Quels droits ne lui avaient ils pas donnés ? Dans quelle heureuse liberté des enfants de Dieu ne l'avaient- ils pas établie ? De quelle sainte alliance avec Dieu ne l'avaient-ils pas honorée? A combien de titres ne pouvait elle pas se glorifier d'appartenir à Dieu, et de ce que Dieu, à son tour, lui appartenait ? Dieu était son père, Jésus-Christ son Sauveur, l'Esprit-Saint son céleste époux, le ciel son héritage, les mérites infinis d'un Dieu rédempteur son trésor ; mais, ô funestes ravages du péché et de la mort qu'il donne à lïime! en un moment il enlève tous ces titres, brise tous ces liens, efface tous ces traits glorieux : tout ce qu'elle avait de grand dans l'ordre de la grâce lui est enlevé. Le péché, portant la mort dans celte à me, la fait entrer dans un état plus triste que le néant dont la 'j;rÀco l'avait tirée.

Elle est abandonnée : ce n'est pas que Dieu l'ait entièrement délaissée ; sa miséricorde le porte à jeter encore sur elle quelques regards ; mais ce ne sont- plus ses regards de tendresse el de complaisance. 11 lui donne encore des grâces, mais c'est avec poids et mesure ; il lui donne des grâces, mais, dans le cours ordinaire, ce ne soûl plus ses grâces privilégiées et choisies. Il lui donne des grâces, mais reviendra-t-elle avec ces secours ? Elle le peut, c'esl tout ce qu'il y a d'assuré ; le reste es1 plus qu'incer tain. Il lui donne des grâces; il en donnait aces pécheurs malheureux dont il disait : (l'en est fait. qu'il s'aveugle, qu'il s'endurcisse, qu'il se perde;

puisqu'il veut périr, qu'il périsse; sa perle ne peut s'attribuer qu'à lui-même : Curavimus Babylonem, et non est sanata, derelinquamus eam. Babylone a abusé de nos soins, livrons la à son sort et à son malheur.

Enfin elleesi en proie : aux vers rondeurs qui l'agi lenl, aux remords qui la déchirent. Ici, la raison représente au pécheur, malgré lui, l'horreur de sa conduite et le déplorable état de son cœur; là, la conscience, par ses remords, excite au-dedans de lui une guerre intestine et implacable dans ses terribles combats D'une autre part, la religion lui représentant tantôt l'image de la mort qui le menace, tantôt les rigueurs d'un jugement à subir, tantôt ouvrant à ses yeux les abîmes éternels qui lui sont préparés, toujours réveillant sa loi, ses alarmes, fera son tourment, depuis qu'elle ne fait plus sa consolation. Toutes les passions déchaînées de concert contre lui l'agiteront, le tourmenteront, le tyranniseront : malheureux ! environné de tant d'ennemis, il se tournera contre lui-même dans les violentes agitations de son cœur ; tantôt il se réjouira de son péché, tantôt il le délestera ; quelquefoisil voudra le quitter, bientôt il se repentira de l'avoir voulu, roulant tour à tour des projets de conversion et (\e^ projets de crime ; et, dans ce combat intérieur, ('■prouvant déjà en quelque manière un prélude funeste du dépit, de la rage, du désespoir des damnés. Heureux encore s'il éprouve de salutaires remords ! le malheur serait à son comble, s'ils étaient étouffés, si le pécheur était tout à la fois cou pable et tranquille.

2° Mort temporelle; c'est à dire les événements funestes, les accidents, les revers, les morts Iragi ques, et tant d'autres malheurs ; car en vain vou

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(liions nous souvent en chercher d'autres causes que le péché, il en esl l;i source La plus ordinaire. N'est-ce pas en effet le péché qui, dès les premiers temps, attira ledéluge qui submergea l'univers ; qui lit descendre le l'eu du ciel sur les villes infortunées et leurs criminels habitants ; qui arma le liras de l'ange exterminateur contre les premiers-nés de l'Egypte; qui peupla le déserl de serpents; qui lit engloutir les enfants d'Aaron dans le sein de la terre ? Et, sans recourir à ces exemples éloignés, d'où viennent tant de malheurs dont le monde est comme accablé ? d'où naissent depuis tant d'années ces renversements des saisons, ces stérilités di^ campagnes, tant d'accidents imprévus et funestes ? Pourquoi la mort enlève-t elle si souvent, si indifféremment dans tous les Ages? Pourquoi ce qu'on regardait presque comme un prodige parmi nos pères est il devenu si fréquent parmi nous ? ces morts subites, ces morts tragiques, ces victimes transportées tout à coup d'un festin, d'une assem blée, dans le cercueil et dans le tombeau ? Pourquoi ces spectacles terribles sont ils plus fréquents, si ce n'esl parce que les péchés se sont multipliés '/Peut on s'aveugler au point de méconnaître en cela les vengeances de Dieu et les punitions du péché?

El que serait ce si, pénétrant dans l'intérieur des maisons, on considérait les terribles fléaux donl elles sont quelquefois frappées, les fortunes renversées, les héritages dissipés, les procès suscités, les révolutions imprévues, les infirmités accumulées, les santés dépéries,, et plus encore les divisions, les dissensions intestines ? On gémit sous le poids des malheurs ; on les attribue au hasard, à l'injustice des hommes, au destin rigoureux et aveugle : recon

naissons qu'ils n'ont d'autre cause que le péché qui règne dans les maisons, ci qui attire les vengeances célestes : au lieu de nous en prendre aux créatures, reconnaissons que le coup est parti de plus haul ; disons : Nous sommes malheureux parce que nous sommes coupables ; la main de Dieu esl levée sur nous parce que le péché l'a armée contre nous.

El que sérail ce encore, ô mon Dieu ! si, après ces malheurs présents, ces calamités que nous avons sous les yeux, il étail permis de lire dans vos décrets divins, de tirer le voile redoutable qui dérobe l'avenir à nos yeux ? On montrerait des malheurs plus grands qui menacent encore, peut-être les morts tragiques el funestes quisonl réservées aux pécheurs. On annoncerait à l'un qu'après avoir, durant un temps, pris part aux amusements, aux festins, aux spectacles, aux folles joies de ce monde, sa lin arrivera lorsqu'il y pensera le moins; que le temps de la pénitence ne sera plus pour lui, et qu'une pénitence éternelle lui est destinée. On dirait à l'autre qu'à la Heur de son âge, au temps d'une santé llorissanle, lorsqu'il se promettait une longue course, la mort le frappera, sans lui laisser même le temps d'apercevoir le coup qui le frappe. On verrait celui-ci étendu sur un lit de douleur, que des amis, des parents, une femme, des entants trompent par une fausse et cruelle tendresse, en le laissant mourir sans secours, sous un faux espoir de guérison dont ils le flattent. On découvrirait à celui là commenl cl avec quelle inquiétude, pressé par le poids de ses crimes, sitôt qu'il se sentira atteint du Irait mortel, il demandera le ministre de la réconciliation, et, par un juste, mais terrible jugement de Dieu, ce ministre ne se trouvera pas, ne viendra pas à temps;

et le pécheur, en prononçanl le nom de pénitence, mourra en impénitent et en réprouvé. On manifesterait à cet autre le funeste désespoir où Je plongeront à ce dernier moment la vue de ses crimes, l'horreur de sa vie, les approeb.es de son Dieu qui viendra à lui. et qui viendra, non en sauveur, mais en juge, mais en vengeur : Non, se dira ce pécheur, mes péchés sont trop grands ; il n'est plus pour moi de miséricorde; je suis perdu. Ainsi il mourra, le crime et le désespoir dans le cœur ; le moment est venu, il expire. Le corps étendu sur le lit n'est plus qu'un cadavre, et l'âme a déjà paru devant Dieu avec ses péchés. La voilà cette troisième mort, plus funeste que toutes les autres, et la punition la plus redoutable du péché.

3° La mort éternelle. Voilà cette àmeà jamais éloignée de Dieu, séparée de Dieu, maudite de Dieu, à jamais précipitée dans la profondeur des abîmes, dans les feux dévorants, dans des ténèbres affreuses, à jamais déchirée de remords accablants, et livrée à des regrets stériles ; à jamais abreuvée d'amertume et de fiel; à jamais victime de la colère de Dieu, sans que jamais la moindre lueur de consolation vienne brillera ses yeux, parce qu'à jamais le péché vivra dans cette Aine, subsistera dans cette âme, élèvera des cris vengeurs-vers Dieu contre cette âme, demandera une vengeance éternelle contre celle âme. 0 péché! ù mort dans le péché !

Hélas ! pour plusieurs qui lisent ces grandes, ces terribles vérités, ne sont elles que de simples menaces? Combien peut-être, combien sont destinés à une mort prochaine! combien à une mort subite! Combien finiront leur course par une mort sans préparation, sans pénitence, sans sacrements.

ou précédée îles sacrements, mais accompagnée des remords ef suivie de la réprobation ? Combien peutêtre termineront leur carrière, livrés aux horreurs d'une présomption diabolique, d'une impénitence affreuse el volontaire, OU d'un désespoir encore plus affreux ! Quel sort! quel malheur! Nous n'y pensons point, nous ne le prévoyons pas ; et peut-être l'arrêt va être porté contre nous ; peut être Dieu a-t-il déjà les yeux sur nous pour nous désigner à la mort; peut être sous peu va t il lui ordonner de frapper ; el nous nous livrons aux amusements, aux folles joies de ce monde, et nous vivons tranquillement dans le péché! Est-ce folie? est ce aveuglement? Où est notre foi ?

MÉDITATION SUR LE MÊME SUJET

Pour concevoir une juste idée du péché mortel, considérons le sous quatre points de vue différents, ou plutôt sur les quatre grands théâtres des vengeances de Dieu ; je veux dire, l'ange rebelle dans le ciel, le premier homme dans le paradis terrestre, tant de malheureux dans l'enfer, el surtout Jésus- Christ sur le Calvaire ; car en voyant les peines terribles auxquelles Dieu condamne, ou pour le péché, ou pour la seule apparence de péché, nous comprendrons aisément quelle est l'horreur infinie que Dieu en a, et ce que nous avons à craindre si nous venons à le commettre et à y persévérer.

Mon Dieu, éclairez mou esprit el louchez mon cœur : c'esl ici surtout que j'ai besoin du secours de vos giàces pour apprendre à détester l'unique ennemi que j'aie à craindre en ce monde.

Premier théâtre des vengeances de Dieu, et première victime du péché, l'ange rebelle dans le ciel.

lis

De quelle frayeur ne suis je pas saisi à la vue de sa punition! L'ange désobéit à Dieu, et à I instant il porte la peine de sa désobéissance. Le glaive de Dieu est levé sur lui ; l'ange est éloigné de Dieu. chassé à jamais du paradis, précipité {tour toujours dans le sein d'une éternité malheureuse: d'un ange le péché l'ait un démon.

Pensée terrible et effrayante pour moi dans la comparaison que je fais de mon péché avec celui de l'ange coupable! Car enfin l'ange n'avait commis qu'un seul péché, et un péchéde pensée, et un péché d'un moment ; et moi, ô mon Dieu ! qui ai commis tant de péchés, de si grands péchés, el qui en ai commis si souvent! L'ange n'eut pris un seul moment pour se reconnaître; le même instant qui le vit coupable le vit malheureux ; et moi, depuis mon péché. Dieu m'a accordé le temps de rentrer en moi-même, la grâce me l'a souvent inspiré, ma conscience n'a cessé de crier contre moi ; et, malgré cela, j'ai langui, j'ai différé, je gémis peut-être encore dans le péché. Ah ! Seigneur ! ce funeste délai dans le péché n'est-il point un péché plus grand que mon péché même? 11 semble, ù mon Dieu, qu'il devait bien vous en coûter de perdre une créature aussi par faite que l'ange, au moment qu'elle sortait de vos mains. Que si malgré cela vous avez sacrifié à votre colère l'ange rebelle, quelle vengeance ne terez-vous pas éclater contre l'homme pécheur !

Deuxième théâtre des vengeances de Dieu sur le péché, le premier homme dans le paradis terrestre. L'homme, à peine sorti du néant par la création, se précipite dans un néant encore plus affreux par le péché. Bientôt son crime est >ui\ i de sa condamnation et de son malheur : chassé' du paradis, dépouillé

de tous ses avantages, condamné à une pénitence de neuf cents ans, enfin aux horreurs de la niorl.ee n'est encore rien. Adam, par son péché, allume la colère de Dieu contre lui ; niais ce n'est pas contre lui seul qu'elle éclate ; toute sa postérité esl cuve loppée dans le même arrêt, el frappée du même anathème.

Ici, ô mon âme, l'ornions nous une image de tous les malheurs dont le genre humain est accablé; réunissons en esprit toutes les calamités qui ont inondé l'univers : la faim, la soif, les infirmités, les maladies, les chagrins, les guerres, les pestes, les famines, et tous les fléaux de Dieu, et disons-nous : Voilà les effets du péché, et les funestes rejetons de cette tige maudite. Sansle péché, il n'y aurait jamais eu de malheurs sur la terre.

Allons plus loin: descendons en esprit dans le sein des tombeaux ; représentons nous les cadavres de tous ceux qui y ont été ensevelis, ce tas affreux d'ossements, les cendres, la poussière où ils ont été réduits, les vers dont ils ont été dévorés; et, dans noire frayeur, disons-nous encore : Voilà les effets du péché! saus lui il n'y aurait jamais eu ni osse nienls ni cadavres. 0 mon Dieu ! il faut que le péché soit quelque chose de bien affreux ! il faut que la source d'où coulent tant de maux soit bien empoisonnée, pour produire des effets si terribles.

Ce qu'il y a de plus affreux, ô grand Dieu, juste Dieu ! c'est que votre colère, qui depuis six mille ans esl armée contre nous par le péché, ne s'est point encore ralentie ; votre main vengeresse est encore levée sur nous; cette étincelle a produit un funeste incendie, qui ne s'éteindra (pie par l'extinction du genre humain. Tant qu'il restera une goutte du sang

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d'Adam sur la terre, il faudra que ce sang soit purifié par le feu de votre colère, ei ce feu vengeur ne ces sera sur la terre que pour s'allumer avec plus de fureur dans l'enfer, el pour y poursuivre implacablement les restes de cette race coupable et maudite. Mou Dieu, que votre justice es1 redoutable, et ipie le péché doil être horrible à vos yeux !

3° Nouveau théâtre des vengeances dé Dieu encore plus terrible ; tant de millions de réprouvés dans le sein des enfers ! Transportons-nous un moment à l'entrée de ce séjour des vengeances, ei placés près d'un de ses soupiraux embrasés qui vomissent sans cesse des feux et des flammes, formons-nous l'idée du péché et de ses horreurs: voyons ces gouffres affreux ; c'est le péché qui les a creusés dans le sein de la terre ; ces feux dévorants, ces flammes venge resses, c'est le péché qui les a allumés par le souffle de la colère de Dieu ; ces ténèbres épaisse-, elles sont encore moins affreuses que celles que le péché répand dans une àme ; ces victimes infortunées, c'est le péché qui les a précipitées dans ces gouffres d'horreur ; ('coulons les soupirs, les gémissements, les hurlements lamentables el désespérants, c'est le péchéqui les pousse par leurs bouches. Allons donc en esprit dans ces abîmes y puiser l'horreur du péché; considérons-les à travers cessombres lueurs, ces épaisses ténèbres ; quelque sombres qu'elles soient, elles se changeront pour nous en autant de vive- lumières pour nous faire connaître et détester le péché. Sous cette affreuse image, pourrait-il ne pas exciter toute la haine et l'exécration de nos cœurs, puisqu'il mérite toutes les malédictions et les anathèmes du Dieu des vengeances ?

in Mai-, oubliant, s'il se peut, tout ce que nous

avons médité, considérons un quatrième théâtredes vengeances de Dieu, encore plus redoutable que tons les autres ; c'est le Calvaire. C'esl là où un Dieu Sauveur, un Dieu mourant nous appelle au pied de sa croix ; soyons témoins du spectacle sanglant que la foi nous présente ; déjà le bras de Dieu est levé, l'arrêt est porté contre le Saint des saints, la victime esl attachée à la croix, le sang de l'Agneau ruisselle à grands flots sur la terre, le Fils de Dieu même expire sur une croix. Voilà où l'ont conduit nos péchés, dont il s'était rendu la victime.

Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que Jésus Christ, n'avait en lui que la seule apparence du péché, e! que cette seule apparence a suffi pour le rendre anallièine aux yeux de Dieu, et en celle qualité pour le l'aire condamner à la mort; et ce qu'il y a de plus étonnant encore, c'est qu'il ne fallait rien moins que la mort et les mérites d'un Dieu pour expier le péché'. Non, toutes les vertus des saints, tous les mérites des justes, tous les tourments des martyrs, fous les mérites même de la Reine des anges et des saints n'auraient pas suffi pour expier un seul péché. Mais ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que la mort d'un Dieu n'ait pas encore touché nos cœurs pour les arracher au péché. Oui, mon adorable Sauveur, par votre mort vous aurez fait éclipser le soleil, vous aurez ébranlé les fondements de la terre, vous aurez fait ouvrir les tombeaux, vous aurez fait fendre les rochers ; et nos cœurs, plus durs que ces rochers mêmes, seront insensibles et ne gémiront pas sur l'horreur du péché, qui a élevé votre croix, qui a versé votre sang, qui a causé .votre mort ! Y sera I il encore insensible, ce cœur? Non, mon Dieu, à ce moment il va se livrer à l'amertume de sa douleur.

Pour moi, ô mon Dieu! il me semble que pour connaître, déplorer et détester le péché, on n'a besoin ni de raisonnements ni de discours. Je nie prosterne au pied de votre croix, je levé les yeux sur elle ; et à la vue du terrible spectacle que me présente la foi, je me dis à moi même : Voilà l'effet du péché. Cette tête ainsi penchée, c'est l'effet de tant de pensées criminelles qui se forment dans nos esprits; ces yeux noyés dans leurs larmes, c'est l'effet de tant de regards coupables; ce cœur navré de douleur et percé d'une lance, c'est l'effet de tant de désirs criminels conçus dans nos cœurs.

Hélas ! que nous faisons donc un mauvais usage de nos larmes! nous pleurons, nous gémissons sur les malheurs de cette vie, et nous fermons les yeux sur les malheurs plus funestes de l'autre. Qu'un homme ait perdu une partie de ses biens, il n'est plus à lui ; il a perdu les biens de l'éternité, et il est insensible! Qu'une épouse ait perdu un époux qui lui était cher, elle passe sa vie dans la tristesse et le deuil ; c'est une plaie qui saigne toujours dans son cœur; une âme, par le péché, a perdu le céleste époux; son malheur ne la touche pas! Qu'un courtisan ait perdu les bonnes grâces de son prince, il est inconsolable, et la vie lui devientà charge ; on a offensé son Dieu, le meilleur des maîtres, on est tombé dans sa disgrâce, et on n'a pas an soupir, on ne verse pas une larme !

() déplorable aveuglement des hommes! Pleurer pour la perte des biens, et ne pas pleurer pour la perte de l'âme! Pleurer pour la terre, et ne pas pleurer pour le ciel! Donner aux intérêts de ce monde des larmes infructueuses, et néanmoins 1res amères, et être insensible aux intérêts du salut, de

l'éternité même ! El nous sommes chrétiens ? et nous avons la foi ? et nous croyons à l'éternité? 0 péché, que tes ténèbres soûl affreuses! Que ton aveuglement est profond ! mais que les peines qui te sont réservées sont redoutables! Que les regrets, que le désespoir que tu ("inséras seront longs ! <|u'ils seroul amers ! l'éternité même ne suffira pas pour en tarir la source.

Voici, monDieu, les sentiments que je forme en ce moment au pied de voire croix, et à la vue du péché qui a causé voire mort; gravez les à jamais dans mon cœur,

Prières et pratiques. — I Sentiment de douleur, de rçgret, de gémissements, à la vue de mes péchés et des égarements de ma vie. Qui donnera à mes yeux une source de larmes pour les déplorer? Que ne puis-je les laver dans l'effusion de mon sang! Quis dabit capiti niai fùnte/m lacrymarum.

2," Sentiment de crainte et de frayeur salutaire à la vue du danger et des occasions du péché. Craignons, fuyons, tremblons à la vue du péché comme à la vue d'un serpent <pie nous verrions près de nous: Quasi à facie colubri, fui if peccatum.

i!" Sentiment de reconnaissance et d'actions de grâces de ce (pic Dieu ne nous a pas frappés et enlevés de ce monde quand nous étions en état de péché. Si Dieu nous avail enlevés dans tel temps, après cette action, quels seraient notre sort et notre malheur!

4" Sentiment de compassion envers ceux qui ont le malheur d'être en état de péché. Ce sont peut-être nos parents, nos amis ; si nous les voyions frappés de mort et tomber à nos pieds, nous en serions louches jusqu'aux larmes; la mort du péché' est bien plus triste et plus déplorable.

Prière. — Mon Dieu, pFéservez-moi du péché, ç'esl l'unique malheur que je craigne; mais si j'ai le malheur

10't LA.MI. ÉLEVÉE A DIEf

de pécher, punissez-moi en ce inonde, frappez-moi, vengez-vous sur la terre; faites tomber sur moi tous les fléaux de votre colère en celte vie pour me faire miséricorde en l'autre. La grâce que je vous demande connue la plus grande des grâces, c'est que, si vous prévoyez que je doive avoir le malheur de vous offenser encore et de tomber dans le péché, vous m'enleviez de ce monde avant que ce malheur m'arrive. J'aime mieux ne pas vivre que de vivre dans voire disgrâce; j'aime mieux souffrir mille morts que de vous déplaire un instant par la morl que le péché donnerait à mon âme. Hue je ne vive plus que pour pleurer mes péchés, apaiser votre colère et implorer vos grandes miséricordes.

NEUVIEME LECTURE Sur la mort.

L'affaire la plus importante de notre vie, c'est de nous préparer à la mort ; et le moyen le plus assuré de nous y préparer, c'est d'en rappeler, d'en méditer souvent la pensée. Du sein même des ombres dont la mort est environnée sortiront les plus vives lumières. Voici les grandes vérités qu'elle offre à nos réflexions :

I" Nous mourrons. L'arrêt immuable est porté contre nous ; chaque jour il s'exécute sur quelqu'un des enfants d'Adam. Au moment même où je médite, il y a quelqu'un dans le inonde qui rend le dernier soupir et qui commence son éternité. Peut-être celui qui doit le suivre, c'est moi-même. V pense ton ? La ferre entière n'est qu'un vaste théâtre toujours couvert de quelque cadavre nouveau, ei un abîme immense qui s'ouvre pour l'engloutir; et cependant,

NEUVIÈME LECTURE l!>">

cet arrêt porté contre nous, quel esl celui d'entre nous qui se donne le temps de l'écouter, de le méditer, de l'approfondir ? Hommes mortels et toujours mourants, nous vivons comme si nous ne devions jamais mourir; nous éloignons même la pensée de la mort, coin nie si en éloignant sa pensée nous évitions ses horreurs. Aussi vivons nous dans l'oubli de tout, quand nous avons tout à craindre; semblables à ces victimes infortunées qu'on conduit à l'autel, qui ne savent craindre la mort qui les menace que lorsqu'elles sentent le coup qui les frappe.

2° Nous mourrons tous. Formés de la même boue, nous tendons tous à la même lin ; la mort nous citera tous à son tribunal, et nous appellera tous par notre nom : vous tel jour, vous tel autre, vous telle année, vous la suivante, vous demain, vous peutêtre aujourd'hui. Dans un nombre d'années, il y aura dans les villes des hommes nouveaux ; dans les maisons de nouveaux habitants ; dansée monde, un monde nouveau. Ceux qui l'habiteront diront alors ce que nous disons aujourd'hui : nous mourrons tous. On viendra méditer sur notre tombeau; on fera sur nous les mêmes réflexions que nous faisons sur les autres ; les fera l on avec plus de fruit ? en deviendra ton plus chrétien ? Selon les apparences, il eu sera d'eux comme (h; nous. On entendra ces vérités, on en sera touché, on prendra des résolu lions, on formera de bons propos; après quoi on se retirera, on se dissipera, de nouvelles idées effaceront ces idées salutaires ; et quand la mort vien dra, on sera presqu'aussi surpris (pie si jamais on n'en avait entendu parler de sa vie,

3" La mort renversera tous nos projets et dissi

106 l'âme élevée a dti.l"

pefa toutes nos pensées ; car voilà où nous en sommes, dans uoustoutesl projet ; nous en formons un, un autre le suit de près ; un troisième lui succède bientôt ; la mort en forme un quatrième tout opposé, el les renverse tous à l'instant. Ce jeune homme, à la fleur de sou âge, n'a l'imagination remplie que de jeux, de divertissements, de plaisirs ; il voit s'ouvrir devant lui une carrière immense; la

i 1 le laisse avancer quelques pas. et, fondant

tout à coup sur lui, elle l'arrête au commencement de sa course, et, par une fin imprévue, peut clic tragique, elle porte la consternation dans ceux de son âge, tout efïrayés d'entendre dire: Un tel es1 mort ; quand ils pensaient à nouer une partie de plaisir avec lui. Et vous, personne mondaine, tout occupée de vous-même, du monde, d'ornements, de parure, que faites-vous ? Vous parez la victime ; la mort est prête à l'immoler.

Vous vous contemplez dans le miroir que vous présente la vanité, et vous ne voyez pas derrière vous la mort qui vous menace; elle tient le trait vengeur suspendu ; elle attend que la victime soit parée pour l'immoler, et au milieu de cet étalage de vanité, de mondanité, cette victime va tomber toute tremblante, toute palpitante.

0 hommes! quel aveuglement est le notre ! Nous concevons que notre vie n'est qu'un souille, et sur un fondement si fragile nous voulons élever des édifices immenses. Nous portons nos vues bien loin au delà de nous, au dessus de nous, et nous ne voyons pas le tombeau qui s'ouvre sous nos pieds. Hélas ! ne formons nous des projets que pour les voir renversés ! n'ourdissons nous une trame (pie pour la voir coupée ! Nous nous repaissons d'idées

NEUVIEME LECTURE Ml/

flatteuses, d'objets chimériques ; toute notre vie se passe en projets ; et quand il faudra sortir de ce monde, nous aurons encore entre les mains 1rs vues, les projets, les désirs du temps. Quels préparatifs pour l'éternité !

i° La mort nous dépouillera de tout: honneurs, richesses, plaisirs, emplois, dignités, amis, liaisons, il faudra tout quitter. Tout homme se trouvera réduil au terme du prophète Job et pourra s'écrier avec lui: De tout, ce que j'avais sur la terre, il ne me reste que le tombeau pour partage : et solum mihi superest sepulcrnm. Four tout le reste, il faudra dire et prononcer celle parole triste et lugubre : Je laisse, je laisse... ah ! dites plutôt : on m'enlève, on m'arrache. Il faut tout quitter et tout quitter sans délai, et tout quitter sans partage, et tout quitter sans retour. La bière et le tombeau, les vers et les cendres, c'est tout ce qui nous reste, et solum mihi superest scpukrum. Hommes insensés, était-ce donc pour cela qu'il fallait former dans le fond du cœur tant de désirs et tant de projets; dans le sein des familles, se livrera tant de sollicitudes et de soins ; dans le sein des états, allumer tant de guerres, livrer tant de combats, répandre tant de sang, désoler, ravager tant de provinces et de nations? A quel terme toul cela devail il aboutir un jour ! ou plutôt dans (juel abîme, dans quel gouffre tout cela devait il être englouti à jamais ?

.'("Enlin la mort décidera de tout pour toujours ; l'arbre tombera un jour, et il tombera à droite ou à gauche, selon la pente qu'il aura prise durant sa vie; voilà notre image. Toute l'éternité nous serons ce que nous aurons été au moment de la mort. Mourrons-nous en état de grâce, notre sort est fixé ; nous

108 l'ame élevée a DIEl

voilà heureux pour toujours. Mourrons-nous en état de péché, notre malheur est assuré, et l'est à jamais. La mort n'est qu'un moment, et ce moment fatal décide d'une éternité ! o moment ! moment ter rible ! qui pourra balancer ton poids ? qui pourra mesurer ta durée ? qui pourra mesurer tes couse quences terribles?

() mort! disait le prophète, que ta balance est équitable ! que ton jugement est solide et tes conseils salutaires ! 0 mars ' bonum estjudicium tuum. Et qui est ce, en effet, s'il méditait ces grandes vérités, qui pourrait résister à leur force ? Si l'on pensait sérieusement qu'on doit mourir, qui est-ce qui s'attacherait si follement à la vie? Qui est-ce qui se nourri rail de projets, d'idées, d'illusions, s'il entendait la voix de la mort qui lui crie que tout n'est que néant et vanité? Qui est-ce qui s'attacherait si éperdument aux biens de la terre qui vont disparaître, au préjudice des biens éternels qui non- sont préparés ? Qui est ce au contraire qui ne se dirait pas à lui-même : Puisque je dois mourir un jour et tout quitter à la mort, pourquoi ne pas m'y préparer en me détachant de tout? On regarderait chaque jour comme pouvant être le dernier des jours ; on ferait chaque action comme pouvant être la dernière action de la vie ; on approcherait du sacré tribunal comme allant au tribunal de Dieu même ; on recevrait le Saint des saints comme on recevra un jour le viatique pour l'éternité ; et comme la vie n'est qu'une mort conti nuelle. toute la vie ne serait qu'une continuelle pré paralionà la mort, .\in-i lâcherait on de vivre de la vie (\t'< justes pour mourir de la mort des saints, et pour vivre à jamais de la vie (\e> élus. Morialur anima mea morte juslorum.

MÉDITATION SUR CES PAROLES DE SAINT PAUL: Qitotidiè morior. Je meurs chaque jour.

Combien de vérités importantes sont renfermées dans ces deux grandes paroles! Combien de morts anticipées doivent préparer celte dernière mort, celte mort absolue qui terminera un jour notre course.

Dieu vivant, puisque je dois mourir un jour, laites que toute ma vie soit une continuelle préparation à la mort. Vous m'avertissez vous-même de me tenir toujours prêt, parce que je ne sais ni le jour, ni l'heure, et que la mort peut venir me surprendre à tous les instants.

1° Je meurs tous les jours. Hélas ! à combien de choses ne suis-je pas déjà mort? Ne suis-je pas mort à toutes les années de ma vie passée ? Elles se sont écoulées ; elles ont passé comme un songe ; elles sont passées pour ne revenir jamais. Le reste de mes jours s'écoulera de même insensiblement ; j'avance dans ma course, et je me vois mourir chaque jour sans que j'y fasse attention ; je me trouverai à la dernière heure, presque sans y avoir pensé et m'en être aperçu.

2° Je meurs tous les jours, et tous les jours je perds quelque chose de mon être et de ce qui compose le cours de ma vie. Je sens que tout dépérit peu à peu : mon esprit baisse, ma mémoire se perd, mes yeux s'affaiblissent, mes forces diminuent, toute la machine se démonte et menace ruine; tout cela autant d'annonces de morts, autant de morts en détail qui préparent au dernier sacrifice, et ne permettent pas de le perdre de vue.

3° Je meurs chaque jour ; j'ai déjà fait une grande

110 L'.V.MIi ÉLEVÉE A DIEU

partie du chemin, incertain de ce qui m'en reste. Je vis aujourd'hui ; le lendemain n'est point à moi. Je respire en ce moment, à peine suis-je assuré de voir le moment suivant, dette incertitude même continuelle de la vie n'est-elle pas une espèce de mort ? Dans cet état, à quoi peut-on tenir? Peut on avoir des vues, méditer des desseins, former des projets? Je n'en forme qu'un seul: c'est de penser à la mort, de m'y préparer, et même de me tenir prêt à tous les instants. Quand le dernier viendra, serait il temps de le faire ?

4° Je meurs tous les jours à tout ce qui se passe, à ce qui m'arrive d'affligeant ou de consolant. Le temps qui consume tout, ne nous enlève t-il pas indifféremment et les biens et les maux ? Qu'y a-t il de durable et de constant en ce monde ? Quand nous avons des chagrins, disons : Ils finiront bientôt, pourquoi nous tant affliger? Quand nous avons quelque consolation, disons: Demain peut être nous n'en jouirons plus, pourquoi nous y livrer ? Quelle folie de s'attacher à ce qui, malgré moi, dans quel que temps ne sera plus ! et quel plus haut point de sagesse, que de ne faire aucun fond sur tout ce qui n'a aucun fondement assuré! Dieu seul est immuable, seul il est le bien permanent ; c'est là, ô mon àme, et là uniquement qu'il faut s'attacher; la mort ne saurait l'enlever.

5° Je meurs tous les jours, c'est-à-dire je romps chaque jour quelqu'une des chaînes qui m'attachaient à la vie. Quand la mort nous trouve attachés par mille liens : des biens, des honneurs, des parents, des amis, des projets, des espé: rances, et que tout à coup il faut rompre toutes ces chaînes, quelle violence ! quelle douleur! Pour

les prévenir, je nie dégage tous les jours volontaireineiil moi-même, prévenant, tant qu'il est en moi, l'ouvrage de la mort ; afin que, quand elle viendra, elle ne trouve [dus rien à faire dans moi, que de séparer mon âme d'avec mon corps, et la remettre paisiblement dans les mains de son Créateur.

G0 Je meurs tous les jours, en ce que je me eonsi dère comme déjà mort. Une âme résolue à ne plus vivre que pour Dieu seul ne doit point avoir de part à la vie de ce monde, non plus que les morts qui sont déjà dans le tombeau. 11 n'y a plus pour elle ni plaisirs, ni honneurs, ni intérêts. On la foulerait aux pieds comme les morts, qu'elle ne dirait rien et paraîtrait insensible. Ce n'est plus pour elle qu'indifférence, que dégoût, que langueur. Le cœur est comme mort à tout ce qui ne le touche plus.

7" Je meurs tous les jours. Eh ! comment pourrais je souhaiter de rester plus longtemps en ce monde ? que puis-je avoir à y désirer et à y regretter? le nombre de mes péchés n'est il pas assez grand ? le compte que j'aurai à rendre ne sera-t il pas assez rigoureux ? 0 mon Dieu ! je n'ai déjà que trop abusé de vos grâces, abusé des jours et du temps que vous m'aviez donnés. Heureux si j'étais mort à certaine époque ! j'aurais été bien plus disposé à paraître devant vous ; et d'ailleurs, quand j'aurais encore vécu plus longtemps, ne faudra -t. il pas toujours en venir à ce terme, avec plus de peine, de péchés et de crainte? La mort, pour être différée, en est-elle moins une mort? Mille ans sont à vos yeux, o mon Dieu, comme le jour d'hier qui n'est plus, ou comme s'il n'avait jamais été ; il n'en reste que les regrets.

8° Je meurs tous les jours; heureux si enfin je

puis finir ma course dans votre saint amour; mourir enfin de la mort des justes ! Je ne désire plus vivre que pour cela, je n'aspire plus qua cet heureux terme. Je vais travailler avec tout mon courage, donner tous mes soins à ce grand ouvrage de tous les temps, à cette mort journalière et continuelle, à moi-même et à tout.

Quelle douceur, ô mon Ame, quelle profonde paix ! que la mort sera tranquille si vous vous y disposez par ces sentiments, et si vous pouvez dire sincèrement avec l'apôtre: quotidiè morior ! Oui, tous les jours je connais de plus en plus le néant du monde; tous les jours je me détache des créatures ; tous les jours je brise quelque lien de mon cœur; tous les jours je combats quelque vice ou quelque défaut ; tous les jours je tâche de mourir à quelque chose et je désire mourir à tout. O l'heureuse vie que cette mort continuelle ! qu'elle est sainte ! qu'elle est méritoire pour nous ! qu'elle est agréable à Dieu ! qu'elle nous prépare bien saintement à cette mort absolue qu'il faudra subir un jour ! qu'elle nous dispose bien efficacement à cette vie immortelle et durable que nous espérons ! Mourons tous les jours de la mort des saints, pour vivre un joui" de la vie des élus.

Mourir ou souffrir, disait une grande sainte ; ne pas mourir, mais souffrir, s'écriait une autre. Désirons de tout réunir : souffrir et mourir, vivre et mourir en souffrant.

Il est vrai, ô mon âme! cette mort continuelle est triste et pénible à la nature. On ne meurt pas sans peine et sans qu'il en coûte, armons nous d'une sainte confiance, ranimons notre courage et notre constance. C'est pour Dieu que nous mourons ;

c'est pour vivre à jamais que nous mourons chaque jour ; c'est en union de la mort et du sacrifice de Jésus-Christ que nous offrons notre mort et notre sacrifice. Après tout, quelque longue, quelque triste, quelque affligeante que puisse être cette mort jour nalière, la grâce en tempérera les amertumes, l'espérance en adoucira les rigueurs, la récompense en couronnera les travaux.

Prière. — Il est donc vrai, union Dieu ! que cette mort qui m'est réservée à la lin de mes jours n'est pas la seule que je doive subir. Chaque jour j'éprouve une mort qui est le commencement et l'annonce de cette mort totale qui finira ma carrière. Hélas! nous disons : Nous mourrons un jour ; et nous ne voyons pas que nous mourons à tous les instants. Nous pensons vivre, et nous ne faisons que mourir : la. mort fait chaque jour en nous son ouvrage, et nous ne pensons pas à faire en uous l'ouvrage de Dieu.

Vous qui êtes la vie véritable, recevez dès à présent l'hommage que je vous fais de mes jours : vivez en moi, détachez-moi de tout ce qui doit finir; présentez-moi sans cesse cette mort qui m'arrache à chaque instant quelque portion de notre être. Je meurs chaque jour; à quoi m'attacher en ce monde? Je meurs chaque jour ; pourquoi ne pas nie préparer chaque jour à la mort? t"n jour on dira de moi : Il est mort. Je dois me dire : Je meurs à chaque moment ; et puisque je perds insensiblement cette vie mortelle qui m'est ravie, rendez-moi digne de cette vie immuable qui m'est destinée.

Pratiques. — 1° J'oilrirai chaque jour le sacrifice de ma vie à Dieu.

2° Je regarderai les maladies et les infirmités qu'il m'enverra comme autant d'avis salutaires qu'il me donne, et de moyens de nie préparer à la mort.

3° J'unirai le sacrifice de ma vie à celui de Jésus-Christ sur la croix.

1H l'ame élevée a dieu

4" J'approcherai souvent des sacrements, pour n'être jamais surpris par la mort.

.'i1 .Je regarderai chaque jour comme pouvant être le dernier de mes jours.

6" Je me souviendrai qu'en qualité de chrétien je dois être mort au monde et à tout.

DIXIEME LECTURE Jugement particulier du pécheur.

Le jugement particulier est celui qui se fera de nous au moment même de notre mort ; car avant le dernier jour, ce grand jour des vengeances où tous les hommes cités à la vallée de Josaphat doivent paraître au jugement universel, pour la justification solennelle et publique de la Providence, il y aura un autre jugement particulier et personnel, que chacun doit subira la fin de ses jours.

Jugement moins redoutable en apparence, parce qu'il sera sans appareil, sans solennité, sans éclat ; mais jugement en effet plus redoutable par ses suites et ses effets, puisque c'est là que doit être décide le sort éternel de chacun de nous, et que ce dernier jugement qui doit suivre ne sera que la manifestation du premier qui aura précédé.

Ainsi, après le court espace de quelques années qui se sont écoulées sur la terre ; après une vie souvent passée dans la vanité, les amusements de ce monde, quelquefois dans le désordre et l'excès des passions ; après une maladie peut être longue et languissante, peut-être courte et de quelques jours; après les agitations, les angoisses, les défaillances

du dernier combat, viendra enfin le raoraenl décisif où nous finirons notre course, et où l'on dira de nous ce que nous avons dit de tant d'autres : // est mort. Quelques larmes, ou sincères ou simulées ; quelques regrets, ou par tendresse ou par bien séance, accompagneront le cadavre du mort, qu'il faut bientôt enlever aux yeux effrayés des vivants.

J'accompagne en esprit l'âme qui vient d'en être séparée ; la voilà entrée dans l'éternité, transportée dans cette région sombre des morts. Quelle est en ce moment sa surprise à l'entrée de cette nouvelle carrière ! Seule, étonnée, éperdue, comme investie de la majesté souveraine de Dieu, elle se trouve abandonnée absolument de tout.

Abandonnée du monde et des créatures; ses amis, ses parents, ses protecteurs, tous ceux qu'elle aimait dans ce monde l'ont suivie jusque-là ; mais à l'entrée de cette terre étrangère, sur le bord de cette région de ténèbres tout s'est éloigné. Où sont-ils à présent ces bras de chair, ces objets enchanteurs, cette idole trompeuse du monde ? Hélas! durant sa vie elle leur a sacrifié ses biens, son repos, son salut, et dans ce moment tout a disparu ; l'âme reste seule avec ses œuvres et ses regrets.

Abandonnée de sa propre conscience, je veux dire de cette conscience fausse, erronée, qui l'avait séduite et aveuglée durant sa vie ; mais qui, devenue alors une conscience droite, et sortant de sou assoupissement et de ses erreurs, livre le pécheur à lui-même, à ses regrets et à son malheur.

Ces abandons sont terribles, mais il en est un autre bien plus triste et plus accablant. Abandonnée de son Dieu, c'est-à-dire de ce Dieu autrefois si plein de bonté, de tendresse, et de miséricorde pour elle, et

ne trouvant plus en lui qu'un Dieu juste, irrité et vengeur ; ee n'est plus que le Dieu terrible, le Dieu des années, qui se dépouille du nom de père tendre pour prendre celui de juge irrité et d'ennemi implacable.

Représentons nous donc cette âme dans cette situation terrible, dans ce moment effrayant. La voilà, au sortir de son corps, transportée à l'instant au tribunal de son juge, seule avec Dieu ; le ciel d'une part, l'enfer de l'autre, le tribunal de Dieu entre deux; lame suspendue entre l'un et l'autre, tremblante aux pieds de son juge, dans l'attente formidable de son arrêt éternel. Quels objets vont s'offrir alors à cette âme étonnée ! Le triste tableau de toute sa vie sera présenté à ses yeux, depuis le premier usage de sa raison jusqu'au dernier soupir : toutes ses pensées, toutes ses paroles, toutes ses actions, tous ses péchés, entrent en jugement avec elle. Que de sentiments secrets ! que d'objets cachés ! que d'illusions ! que de faux principes ! que de mystères d'iniquités) que d'excès !

Et ne pensons pas qu'il faille un long temps pour faire celte discussion, et décider du sort éternel de cette àme coupable ; un instant décidera de tout pour toujours : oui, à l'instant même que 1 ame sort de son corps, elle trouve son Dieu ; il se présente à elle, et ne s'y présente qu'en qualité de juge. A ce même instant la lumière divine frappe ses yeux, et dans elle, comme dans un miroir éclatant, elle voit tout à la fois ses péchés, sa sentence et son soit éternel. Elle y voit ses péchés, leur nombre, leurs circonstances, leur énormité, leur durée: elle y voit la sentence qu'elle mérite ; elle la lit de ses propres yeux, en voit l'équité, les motifs, l'étendue : elle voit son

sort durant toute l'éternité, fixé, irrévocable, el par là même désespérant. C'en est fait, lui dit le souve rain juge, lu es jugée, tu es réprouvée ; je te rejette. je le maudis, je l'éloigné de moi pour toujours ; mes yeux et mon cœur sont fermés pour toi ; tu ne me verras jamais. A l'instant même les ministres du Dieu des vengeances se saisissent de la victime, l'entraînent dans ce lieu d'horreur où les tourments seront à jamais son partage ; elle y est précipitée, et tout est fini,

Hélas ! ô mon Dieu ! il n'y a qu'un moment que cette âme a rendu le dernier soupir : son corps esi encore étendu dans le lit de douleur, et garde encore un reste de la chaleur naturelle ; les assistants en pleurs l'entourent dans un morne silence, ils l'arrosent de leurs larmes, le considèrent avec effroi, et se retirent tout consternés: non, le corps n'est point encore enseveli dans la terre, et déjà lame est ensevelie dans les enfers.

Eglise sainte, vous vous revêtez d'ornements lugubres à la perte de vos enfants : incertaine de leur sort, vous priez encore pour eux ; vous invitez par de tristes sons les fidèles à y joindre leurs prières ; vous envoyez vos ministres offrir le sacrilice des vivants et des morts. Arrêtez, Eglise sainte ; ministres du Dieu vivant, suspendez vos vœux ; et vous, cloches lugubres, faites entendre sur cette âme des sons encore plus lamentables : il n'est plus de ressource pour elle ; prières, larmes, supplications, sacrifices, tout est inutile; le règne de la miséri corde a fini ; celui de la justice commence pour ne finir jamais.

Telles sont donc pour cette âme les suites terribles de ce jugement redoutable: la malédiction

US l'ami: élevée a dieu

éternelle de Dieu qui tombe sur elle, des peines affreuses qui commencent pour éterniser son tourment; un désespoir affreux qui comble tous ses malheurs. Voilà, dis je, celte Ame frappée de Dieu, maudite de Dieu, éloignée de Dieu pour toujours. Non, jamais elle ne verra Dieu, jamais elle ne se réunira à l'auteur de son être; un sombre nuage le dérobe pour toujours à ses yeux : elle fera entendre ses soupirs, ils seront rejetés; elhe poussera des cris lamentables, jamais ils ne seront écoutés; et celui qui par sa possession devait assurer sa félicité, par sa séparation et sa perte fera à jamais son malheur.

Qu'il sera affreux, qu'il sera accablant le déses^ poir de cette âme, qui sentira qu'elle aurait pu être heureuse, et qui se voit condamnée à un malheur sans consolation, sans espérance, à jamais sans remède ! Mais, c'en est fait, le jugement est porté sur cette âme, le sort arrêté, le malheur à son comble ; les abîmes se sont ouverts pour l'engloutir à jamais. Le chaos immense se ferme sur elle, et sur cet abîme fermé la main de Dieu grave, en caractères de feu, ces paroles à jamais redoutables : Eternité, éternité, éternité !

MKDITATION SLR LE MEME SUJET

Le jugement redoutable que cette âme vient de subir, je sais, ô mon Dieu, que je le subirai moimême un jour, et qu'au moment même de ma mort, je paraîtrai devant vouspour rendre compte de toute ma vie et recevoir l'arrêt de mon sort éternel. Je vais m'y disposer seul avec vous seul, comme je serai alors; prosterné à présent au pied de votre croix.

comme alors au pied de voire tribunal, je vais me juger moi-même, ou plutôt me présenter à nous comme à mon souverain juge, et apprendre sur quoi un jour je serai jugé.

Soutenez-moi, ô mon Dieu ! je vous demande en ce moment toutes les lumières qui peuvent éclairer mon esprit, toute la douleur qui doit pénétrer et briser mon cœur ; enfin toutes les grâces dont j'ai besoin, pour me préparer à ce terrible jugement, et pour en prévenir les rigueurs.

Le souverain Juge est donc assis sur son tribunal, l'âme est là. tremblante, effrayée au pied de ce tribunal, dans l'attente formidable de son arrêt éternel. Dieu ouvre le livre de vie et de mort à ses yeux, et le jugement redoutable commence. Voici, ô mon âme, quelle en sera la matière ; voici les sept chefs principaux sur lesquels nous serons interrogés, et sur lesquels nous aurons tous à répondre ; préparons-nous-y, c'est là-dessus que se décidera notre éternité.

1° Jugement sévère des péchés que nous aurons commis : péchés de pensées, de paroles, d'actions, d'omissions ; péchés de tous les temps et de tous les âges ; péchés dans leur espèce et leurs circonstances ; péchés peut-être cachés dans le tribunal de la pénitence, parce qu'une fausse honte aura fermé la bouche, malgré les remords secrets d'une conscience alarmée ; péchés déguisés qu'on n'aura déclarés qu'à demi, qu'on aura palliés ou dissimulés, voyant qu'on laissait des replis dans l'âme, et que le cœur n'était pas en repos; péchés oubliés, mais peut être comme volontairement oubliés, parce qu'aussitôt qu'ils venaient se présenter à l'esprit, on les éloignait comme autant de pensées impor-

tunes qui troublaient les plaisirs et réveillaient les remords. Que de monstres cachés jusqu'alors paraîtront au grand jour !

Peut-être durant nia vie aurais-je dissimulé, excusé mes péchés. Dieu me les présentera alors dans toute leur énormité : hélas ! quelque grands qu'ils soient, si on les avait déclarés, ils seraient pardonnes; mais s'ils ont subsisté jusqu'à la mort, ils vivront dans l'éternité, pour la rendre à jamais malheureuse.

2° Jugement rigoureux des péchés que nous aurons fait commettre. Tant de mauvais conseils, tant de mauvais exemples, tant d'occasions données a l'offense de Dieu et à la perte des âmes ; ces discours libres et licencieux qu'on aura tenus ; ces livres pernicieux qu'on aura communiqués, ces airs libres et indécents, ces ornements, ces parures mondaines, ces railleries impies sur la religion et ses saintes pratiques : tout cela ne rendra-t-il pas responsable devant Dieu de tout le mal qu'on aura occasionné? Combien peut être seront à ses yeux plus coupables par les crimes qu'ils auront fait commettre aux autres que par ceux qu'ils auront eux-mêmes commis !

0 mon Dieu ! n'était-ce pas assez pour moi du poids accablant de mes propres péchés, sans me charger encore de ceux des autres ? Tel sera cependant le jugement que vous m'en ferez subir, et le compte que vous m'en demanderez.

3° Jugement terrible des péchés que nous n'avons pas empêché de commettre y étant obligés. Dans mille occasions on le pouvait et on le devait. On était chargé de l'édification, du bon ordre ; on l'a négligé. On voyait cette personne remplie d'amer-

IHXIK.Mi: LECTURE 121

fume et de fiel; un mot l'aurait adoucie. On était chargé de l'éducation de cette autre, on l'a laissée à ses penchants : on en répondra sang pour sang, âme pour âme. On entendait la médisance déchirer la réputation du prochain, l'impiété, l'irréligion débiter de funestes maximes : un lâche respect humain a fermé la bouche; ce silence même est un crime, souvent un scandale, quelquefois une prévarication et une espèce d'apostasie. Combien d aines porteront devant Dieu le terrible fardeau, et des péchés qu'elles auront commis, et de ceux qu'elles auraient dû empêcher de commettre !

N'ai-je rien à me reprocher en ce point? Dieu en jugera, non plus dans sa miséricorde, mais dans la rigueur inexorable de sa justice ; et qu'aurai-je à répondre, si je suis moi-même obligé de me condamner?

4° Jugement redoutable du bien que nous n'aurons pas fait. J'entends l'Apôtre qui dit : Scienti bonum et non facienti, peccatum est Mi. Connaître le bien et ne pas le pratiquer, c'est un crime. Que de bien on aurait pu faire et qu'on aura négligé! On annonçait la parole de Dieu, y avons nous été assidus? On offrait le sacrifice divin, y avons-nous assisté? On exhortait à l'approche des sacrements, les avons-nous fréquentés ? Les cris de l'indigence et de la misère sont allés jusqu'à nous, avons-nous ouvert à leurs besoins un cœur tendre et une main bienfaisante? Les malades, les avons-nous soulagés dans leurs infirmités ? les affligés, les avons nous consolés dans leurs peines? les prisonniers, les avons-nous visités dans leurs fers ?

Combien se rassurent, parce qu'ils n'ont pas commis de grands crimes, quand ils déviaient trembler

\'ll l'ami-; élevée a dieu

pour n'avoir pas pratiqué de grandes vertus, ayant tant de moyens de le faire! 0 mon âme ! priez, tremblez, jugez vous vous-même, et n'ai tendez pas que sur tout cela Dieu vous appelle à un jugement sans retour.

.'»" Jugement formidable du bien même que nous aurons fait; car le Dieu vengeur menace d'appeler en jugement les justices mêmes. Nous aurons pratiqué de bonnes œuvres ; mais comment, par quel motif, et dans quelles vues? La vanité, le respect humain n'y ont ils point eu de part ? Des aumônes sans choix, des prières sans attention, des confessions sans douleur, des communions sans préparation et sans fruit : arbre trompeur, vous n'avez que des fruits gâtés ; le ver rongeur de l'amour propre les a tous infectés. Hélas! quel sera mon sort? Nous croirons avoir ramassé des trésors de mérite, et nous paraîtrons devant Dieu les mains vides. Mon Dieu, que vos jugements sont terribles ! Peut-être que mes vertus mêmes en feront la matière, et que ce que je croyais devoir mériter quelque chose devant vous sera un titre de condamnation contre moi.

G0 Jugement effrayant des grâces que nous avons reçues, et dont nous n'aurons pas profité. Tant de lumières, de saintes lectures, d'exemples édifiants, de vives inspirations, de remords salutaires. Dieu, tenant la balance en main, mettra d'une part ses dons et ses grâces, et de l'autre il attendra que nous niellions notre fidélité el notre correspondance. Que sont devenues tant de grâces, et quel fruit en avezvous retiré? Tyr et Sidon, venez confondre ces chrétiens ingrats et perfides. Malheureux ! vous m'obligez de mettre mes grâces négligées au rang de

DIXIÈME LECTURE \'l'-\

vos crimes accumulés, et ce qui devait assurer voire bonheur va mettre! le sceau à votre perte et à voire réprobation.

Comment, ô mon Dieu ! ne treuiMerais je pas à la vue et dans l'attente d'un jugement si rigoureux? Si cette seule pensée est capable de m'alarmer à présent, que sera-ce donc au moment de l'exécution ?

7° Jugement, et jugement encore plus formidable des grâces mêmes que nous n'aurons pas reçues. Eb quoi ! ô mon Dieu ! sommes-nous coupables de ce que vous n'avez pas été libéral ? Voici l'explication de ce redoutable mystère du jour des vengeances. Ces grâces. Dieu nous les avait préparées ; c'est par notre faute que nous ne les avons pas reçues. Si nous avions été fidèles, elles nous étaient assurées ; les premières en auraient attiré d'autres, qui auraient été suivies d'autres encore plus précieuses, notre infidélité les a éloignées et nous en a rendus responsables. Le soleil brillait, et nous avons fermé les yeux; sommes nous excusables, si nous nous sommes aveuglés ? Ames infortunées ! tandis que plusieurs seront condamnées pour les biens qu'elles auront reçus, vous le serez encore pour ceux mêmes dont vous aurez été privées. Que de grâces vont en ce moment s'élever contre vous, et contre vous demander vengeance !

Tel et. plus redoutable encore sera le jugement que j'aurai à subir à ma dernière heure ; sur tout cela je serai examiné, je serai jugé. Hélas! ne me trouverai je point alors dans l'état de cette âme cou pable dont j'ai médité le malheur?

Que reste t-il donc alors? si ce n'est que le souve rain Juge porte enfin sur celle àme la terrible seu tence qui doit fixer à jamais sou sort avec sou

124 l'ame élevjïf. a dieu

malheur : Retire: -vous de moi, âme maudite, aile; au feu éternel. Terribles paroles ! je suis assuré de les entendre prononcer un jour sur quelqu'un, et je suis incertain si elles ne seront point prononcées contre moi. Que puis je désormais autre chose, que d'en faire le reste de mes jours le sujet de mes réflexions, de mes craintes et de mes regrets ?

Prière- — Que vos jugements sont redoutables, ô mon Dieu ! et que les hommes sont aveugles, de ne pas les méditer jour et nuit ! Demain peut-être ils les subiront, et ils vivent aujourd'hui dans la dissipation et l'égarement. Juste Juge, n'entrez pas en jugement avec votre serviteur ; le juste même ne pourrait en soutenir les rigueurs; que sera-ce de l'homme pécheur et coupable? Quel sera mon sort en ce jour formidable ? serai-je au nombre des élus ? aurai je le malheur d'être rejeté avec les réprouvés".' Vous êtes encore à présent un père plein de bonté, écoutez la voix de mes regrets et de mes soupirs, tandis qu'il en est temps. De ma part, je vais me disposer à ce grand jour, et voici les résolutions que je forme au pied de votre croix, comme au pied du tribunal de votre justice.

Fratiques. — 1° Je méditerai souvent sur la rigueur de vos jugements; j'en rappellerai souvent la pensée, bien capable de m'en inspirer la crainte salutaire.

2" Je tâcherai de m'y préparer chaque jour ; je me jugerai sévèrement moi-même ; je me mettrai au-dessus des jugements des hommes, quand ils m'éloigneront de votre sainte loi.

3° Je suivrai les conseils du prophète pénitent; dans toutes mes pensées, mes paroles, mes actions, vos jugements seront la règle de ma conduite, puisque tout cela doit être la matière de n on jugement.

4° Enfin j'espérerai en vous; j'implorerai votre miséricorde ; je tâcherai de me tenir prêt à paraître devant vous quand vous m'appellerez. Ainsi travaillerai-je à me rendre mon juge propice et son jugement favorable. Tels

sont mes sentiments; puissé-je les conserver toute ma vie, et les porter gravés dans mon cœur jusqu'au moment où j'irai paraître devant vous.

ONZIEME LECTURE Sur la perte de Dieu.

Voici la méditation éternelle du damné, et les sentiments qui occuperont, qui tourmenteront, qui déchireront à jamais son cœur, sans qu'il puisse s'en éloigner un instant : J'ai perdu Dieu, je l'ai perdu par ma faute, je l'ai perdu pour toujours. Courtes paroles, mais grand sujet de méditation pour toute la vie, peut être pour l'éternité tout entière.

Représentons-nous une âme plongée dans l'amertume de sa sombre douleur, concentrée en elle même, absorbéedans la profondeur de ses réflexions accablantes, et dans l'abîme de son affreux déses poir, se disant sans cesse à elle-même :

1" J'ai perdu Dieu, mon créateur, mon sauveur, l'auteur de mon être, mon premier principe, ma fin dernière, la source de mon bonheur. J'ai perdu Dieu : j'étais faite pour le posséder, il m'avait créée pour lui, il me destinait à sa gloire ; c'est pour cela qu'il m'avait mise sur la terre : actuellement je devrais régner avec lui dans le ciel. J'ai perdu Dieu : hélas ! on me l'avait annoncé, je m'y exposais de plein gré. Insensée ! que je connaissais peu la grandeur de cette perte et l'abîme de ce malheur ! J'ai perdu Dieu, et en le perdant j'ai tout perdu : biens, honneurs, plaisirs, liberté, consolation, espérance ;

126 L'AME ÉLEVÉE A 1)1 El"

et que peut-il rester à celui qui a perdu le souverain bien? J'ai tout perdu, hélas! il n'en fallait pas tant pour exciter des regrets durant ma vie. A la moindre perte on est si sensible, on se livre à des retours si amers : on peut cependant se consoler d'une chose qu'on perd par une autre; mais en perdant Dieu j'ai tout perdu sans réserve. J'ai perdu une bonté dont les douceurs sont ineffables ; une beauté dont les charmes sont ravissants ; une libéralité dont les trésors sont immenses : toutes ces perfections adorables devaient faire ma félicité, et elles combleront à jamais mon malheur.

J'ai perdu Dieu : à peine dégagée des liens de ce corps, j'ai envisagé la fin où j'étais appelée; à la pensée de ces attraits ravissants, mille mondes se seraient présentés à moi, je les aurais rejetés; j'avais entrevu mon bonheur, la violence, la véhémence du penchant m'y conduisaient; je me suis élancée vers lui avec plus de rapidité que le feu vers sa sphère : ah ! disais-je, voilà ma félicité et le centre de mon bonheur ; mais, hélas ! ce bonheur s'est dérobé à mes avides désirs, un chaos immense vient nous séparer. 0 Etre suprême et vengeur! fallait il me montrer tant de charmes, pour les faire aussitôt disparaître? fallait il me faire sentir tant d'attraits pour les ravir si subitement à mon cœur? fallait-il exciter en moi une soif si ardente pour me laisser consumer par de si violentes ardeurs?

Tout demande son Dieu à ce réprouvé : son à me lui demande son Dieu, comme première et essentielle vérité; sa volonté demande son Dieu, comme souveraine bonté ; toutes ses affections lui demandent son Dieu, comme source des pures délices ; à tous ces désirs si empressées et si violents rien ne

s'offre que cette pensée à jamais désespérante : J'ai pierdir Dieu. Vbi est Deus tvus?

Mais que dis je, j'ai perdu Dieu. Non, je le trouve encore. J'ai perdu un Dieu bon, un Dieu miséricordieux, un Dieu père ; et je ne trouve plus qu'un Dieu irrité, implacable et vengeur : je le vois armé contre moi, et sa présence ne se fait sentir que par ses rigueurs.

2° J'ai perdu Dieu, et je l'ai perdu par ma faute. Je suis damné, et je pouvais me sauver. Tant que l'homme est en cette vie, il est fasciné par les objets créés, aveuglé, entraîné par les sens. Esaii, pour un mets ordinaire, vendit son droit d'aînesse. Il ne connut pas d'abord son malheur; mais quand il vit les bénédictions dont il s'était privé, quand il fit réflexion sur sa perte, et sur le prix auquel il l'avait livré, il jeta des cris, il fit des gémissements, il poussa des hurlements lamentables : irrugiit clamore magnô. Triste, mais naturelle figure du réprouvé qui sacrifie son Dieu, qui immole son salut et son âme; il la sacrifie, il l'immole; et à quoi ? à une légère satisfaction, à des objets périssables, à un plaisir d'un moment. Durant la vie, séduit par ses passions, il fait le sacrifice comme sans peine, il est aveuglé sur sa perte ; mais lorsque les yeux dessillés par la mort lui feront apercevoir la grandeur du bien perdu, l'indignité du bien préféré, le néant de tout bien auprès de ce bien suprême, ah! quels seront alors son étonnement, son regret et son désespoir! Quoi ! pour des biens périssables, des biens d'un moment, des plaisirs trompeurs, et toujours mêlés d'amertume, m'être privé des biens véritables, des biens immortels ! avoir pu me sauver, et m'être damné, et damné pour des riens!

lis l'ame ÉLEVÉE A DIEl'

J'ai perdu Dieu par ma faute. Si, contraint par une fatale nécessité, si, conduit par un implacable destin, on était tombé dans l'enfer; si l'on s'était perdu parce qu'on ne pouvait se sauver ; si, victime dévouée à la fureur de Dieu, on n'avait pu éviter son malheur, on pourrait maudire son sort sans s'en prendre à soi-même. Mais non; dans l'abîme de ses maux, le réprouvé voit qu'il ne peut s'en prendre qu'à lui; obligé de dire à sa confusion, et d'avouer dans son désespoir qu'il n'a perdu Dieu que parce qu'il a voulu le perdre, qu'il n'est malheureux que parce qu'il a été coupable, qu'il est damné, et qu'il pouvait se sauver.

J'ai perdu Dieu, et je l'ai perdu par ma faute. Qu'estce que Dieu n'a pas fait pour me sauver? Manquaisje de secours et de moyens de salut? que de grâces ! que de lumières ! que de saintes aspirations ! que de bons désirs! que de remords touchants! Parents chrétiens, éducation sainte, horreur naturelle du péché, crainte salutaire de Dieu imprimée dans mon cœur, j'ai abusé de tous ces moyens, j'ai franchi toutes ces bornes, j'ai étouffé tous ces saints désirs et ces vifs remords ; je pouvais me sauver et je me suis perdu. J'avais devant les yeux tant de bons exemples, j'en étais touché, édifié ; le monde même me faisait des leçons capables de me désabuser; il m'ennuyait, il me dégoûtait, il me présentait mille raisons de le détester ; je ne cessais de me plaindre de la rigueur et de la pesanteur de son joug; je faisais de temps en temps des réflexions sur le danger qui me menaçait ; la mort d'un parent, la conversion d'un ami me troublaient, m'effrayaient : je peu sais à revenir à Dieu; je différais, je me rassurais sur la résolution de faire un jour pénitence ; je n'en

ai pas eu Le 'temps, ou j'en ai abusé, el je suis «la min'; !

Que fallait-il faire pour me sauver ? Hélas ! sou venl beaucoup moins <|iie je n'en ai fail pour me perdre. Ali ! si tel jour, dans telle occasion, j'avais suivi la lumière qui nf éclairait ; si j'avais profité du lion moment qui me pénétrail ; si j'avais profité de cette retraite où l'on m'invitait ; si, ce jour de solennité, j'avais approché des sacrements comme j'y étais porté ; si j'avais fait à Dieu ce sacrifice qu'il me demandait, actuellement je serais avec les élus dans le ciel, et je suis réprouvé à jamais!

Durant un temps j'avais si bien commencé ; j'étais à Dieu, et j'étais si content. Encore quelques années de persévérance, quelques jours de combat, j'étais sauvé, et je suis damné! "7

Qu'il est triste, qu'il est affreux de voir qu'on a été comme environné de grâces, comblé de miséri cordes ; et, malgré ces miséricordes et ces grâces, délie réprouvé et à jamais malheureux! Que des infidèles et des idolâtres soient damnés, ce sera leur faute; ils ont péché contre leur raison, contre leur conscience ; mais des chrétiens ! mais moi, né dans le sein de la foi, dans l'éclat des lumières et l'abondance des grâces; malheureux! je n'ai que trop mérité mon malheur. Je pouvais me sauver et je suis damné !

3° J'ai perdu Dieu, et je l'ai perdu pour toujours. C'en est donc fait : mon arrêt est porté, mon sort est décidé, mon malheur est à jamais sans ressource : il y a un Dieu, et jamais je ne le verrai ! il y a une région des élus, et jamais je n'y entrerai ! il y a un bonheur, et jamais je ne le posséderai! Terrible pensée, jamais et toujours : jamais de consolation.

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jamais de fin, jamais de miséricorde, jamais de lueur d'espérance! toujours dans les larmes, toujours dans les regrets, toujours dans les souffrances, toujours dans l'amertume et le désespoir! Les années auront passé, les siècles se seront écoulés ; le soleil aura mille fois commencé et fini sa carrière; les royaumes auront changé mille lois de face ; et le damné ne fera encore que commencer sa carrière. Mais quoi ! mon Dieu, ne vous laisserez-vous jamais toucher, jamais apaiser? vous, autrefois si bon, si miséricordieux, si compatissant, ne vous laisserezvous point attendrir par les cris, les gémissements, les larmes, les soupirs de feu que pousseront des créatures formées à votre image, et rachetées de votre sang? Quoi! après des millions d'années et des siècles révolus, votre justice ne sera-t-elle point satisfaite ! et quelques lueurs de miséricorde ne viendront-elles point paraître à mes yeux? Non, ce Dieu vengeur sera à jamais sourd à ma voix, et implacable dans ses vengeances. Un mur de division s'élèvera à jamais entre lui et moi ; un nuage sombre et affreux le dérobera sans cesse à mes yeux; un chaos immense nous séparera, nous divisera à jamais. Je lèverai les yeux, et je ne le verrai point ; je pousserai des cris, et il ne les entendra point ; j'appellerai un père, et je ne trouverai qu'un vengeur.

Tel sera à jamais le sort et le malheur des damnés. Plus ils avanceront dans le sein de cette éternité, plus Dieu s'éloignera d'eux ; jamais il ne leur aura paru plus grand, plus beau, plus parfait, plus digne de leur amour : au milieu même des blasphèmes qu'ils vomiront, ils seront obligés de reconnaître qu'il méritait infiniment d'être aimé. Le cerf altéré

qui court après les fontaines, la pierre qui tend rapidement vers son centre, ne sont qu'une image

faible de la véhémence avec laquelle cette âme esl entraînée vers son Dieu. Elle le cherche, elle le désire, elle soupire malgré elle vers lui ; mais ce Dieu irrité se soustrait à la véhémence de ses désirs ; une main invisible semble attirer celte àme vers Dieu, et une main vengeresse et implacable l'arrête et la repousse à l'instant. Quel tourment comparable à la violence de ce tourment ! ne désirer qu'un objet, s'y porter avec la plus vive ardeur, et ne pouvoir jamais le posséder. Se voir dans la nécessité fatale de le désirer avec la dernière violence, et être dans l'impossibilité absolue de s'unir à lui, toujours attirée, toujours rebutée, toujours poussée vers le ciel, et toujours repoussée dans l'enfer : quel orage, quelle .tempête n'exciteront pas dans cette âme des sentiments si contraires et si violents ? tant d'amour et tant de haine, tant de désirs et tant de rebuts, tancl d'ardeurs et tant de froideurs. Toujours unie à Dieu par l'instinct delà nature, et toujours séparée de Dieu par l'opposition du péché. Ainsi, partagé par des sentiments contraires, le réprouvé veut et ne veut pas ; il tend à Dieu, et il s'en éloigne ; il l'aime et le hait ; le fuyant comme son ennemi, et forcé de l'aimer comme son principe, également malheureux, et dans le désir extrême qu'il aurait de le posséder, et dans l'impossibilité éternella de jamais l'obtenir. Aussi, dans cet état violent et funeste, le pécheur, se voyant abandonné de Dieu, éloigné de sa tin, sans remède, sans ressource, sans espérance, se livre à toute l'horreur de son désespoir ; et par un excès de fureur et de rage, il tourne ses armes contre lui-même : il maudit son sort ; il voudrait arracher

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et déchirer son cœur; il voudrait périr, s'anéantir; il en vient jusqu'à s'élever contre Dieu même, et à vomir contre lui des horreurs, des imprécations, des exécrations, des blasphèmes. Dieu irrité et implacable, venge-toi par la destruction de mon être ; qu'un coup favorable de tes vengeances m'anéantisse à jamais ; rassemble sur ma tète tous les tourments ; mais extermine-moi, et coupe jusqu'à la racine de mon être ; maudit cet être que j'ai reçu ! maudit le sein qui m'a porté ! maudit le jour funeste qui m'a vu naître ! maudite la vie que j'ai .menée ! maudits l'air que j'ai respiré, les crimes que j'ai commis, les détestables plaisirs que j'ai goûtés ! Tout est fini ; il ne reste que mon malheur, qui commence toujours pour ne finir jamais.

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