LA NÉCESSITÉ DE LA PÉNITENCE
Le péché doit être expié par la pénitence, et la pénitence seule peut expier le péché.
Îl n’y a que deux chemins pour aller au ciel : l'innocence et la pénitence : si par le péché l’innocence a fait un triste naufrage, il ne reste que la pénitence pour se sauver ; heureux encore que Dieu nous donne le temps de | la faire en ce monde, pour ne pas subir une peine éternelle dans l’autre! Pensez-y bien. |
Saint Pierre parlant aux Juifs, leur représenta si vive. ment l'horreur du crime qu'ils avaient commis en mellant à mort Jésus-Christ, le Saint des saints, que ses auditeurs, touchés, consternés et fondant en larmes, s’écrièrent tous de concert : Ah! mes frères, que ferons-nous donc et que deviendrons-nous ? Quid faciemus, viri fratres (1)? Faites pénitence, leur dit ‘saint Pierre, Pœnitentiam agite; car je vous l’annonce au nom de D'eu même, si vous ne faites pénitence, vous périrez tous, Nisi pænilentiam egeritis, omnes simililer peribitis (2).
Ce qu’il leur disait, il nous le dit à nous-mêmes : Faites pénilence, vous avez élé pécheurs, soyez pénitents ; sans la pénitence, jamais vous n’obtiendrez de pardon ; jamais vous ne rentrerezen grâce avec Dieu ; jamais vous n’en-
trerez dans le ciel ; éternellement vous serez malheureux, réprouvés el maudits, Omnes similiter peribitis. Faite pénitence, Pœnitentiam agite. Ainsi se sont comporlä
(1) Act, 11, — (2) Luc., xt.
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tant de Saints autrefois pécheurs. Voyez un David qui a toujours son péché devant les yeux pour le déplorer. Voyez une Magdeleine inconsolable dans sa douleur ; voyez une sainte Pélagie noyée dans ses larmes; voyez un Augustin gémissant tous les jours de sa vie ; voyez tant d’autres saints pénitents livrés à toute l'amertume de leurs regrets, ensevelis dans les antres et dans les cavernes, et faisant retentir les forêts de leurs soupirs et de leurs sanglots. Pécheurs comme eux, et peut-être plus qu'eux, faites pénilence avec eux, Pœnilentiam agite; sans quoi un malheur éternel sera votre sort. Mais quelle pénitence faut-il pratiquer pour obtenir de Dieu le pardon? En voici les sacrés caractères. |
Pénitence prompte : ne différez pas; aujourd’hui vous vivez, demain peut-être vous ne serez plus. Pénitence sincère : que votre cœur soit brisé de douleur ; les hommes voient le dehors, mais Dieu sonde le fond des cœurs.
Pénitence sévère : plus les péchés ont été grands, plus la pénitence doit être rigoureuse : péchés plus mallipliés, plus réfléchis, réitérés par de tristes rechules, dès lors pénitence plus étendue, plus sévère et plus rigoureuse.
Pénitence universelle : tout a péché dans vous, tout doit être puni. Pénitence d'esprit, pour tant de mauvaises pensées ; pénilence de cœur pour tant d'affections coupables ; pénitence du corps et des sens, pour tant de salisfactions criminelles : tout a été infecté par le péché, tont doit être lavé et purifié par la pénitence.
Pénitence conforme à l’espèce ét à la qualité des péchés : vous vous êtes malheureusement répandu et dissipé dans le monde, condamnez-vous, autant que votre état le permet, à lo retraite et à la solitude ; vous vous êtes attaché aux biens de la terre, faites de plus abondantes aumôues ; vous avez donné dans des excès détestables, expiez-les par le jeûne.
Enfin pénitence constante, et qui dure autant que votre
vie; un seul péché mortel suffirait pour pleurer la vie ont entière et les siècles entiers : que sera-ce de tant de péchés, et de si grands péchés? Pæntitentiam agile.
Pensez-y bien; peut-être n’y avez-vous jamais pensé ?
Votre péché crie sans cesse contre vous devant Dieu : faites-lui entendre la voix de vos gémissements el de votre douleur. Si la pratique de la pénitence vous paraît dure el pénible, pensez à la grandeur de Dieu que vous avez offensé, pensez à la grandeur des crimes que vous avez commis, pensez à la “profondeur des plaies que vous avez faites à votre âme, pensez à la longueur du temps que vous avez perdu, pensez au nombre des grâces dont vous avez abusé, pensez au sang adoräble de Jésus-Christ, que vous avez profané, pensez à la rigueur des jugementk que vous avez à subir, pensez surtout à l'horreur des peines éternelles que vous avez méritées. Hélas! nous devrions déjà depuis longtemps être précipités au fond des enfers, sans espérance, sans retour, dans la rage, la fureur et le désespoir ; ah! que ces grands objets nous engageront puissamment à la pénitence, si nous y pensons, si nous les méditons devant Dieu !
Après tout, si la pénitence est difficile et pénible, Dieu nous l’adoucira par sa grâce; il nous souliendra, il nous animera, il nous purifiera, il nous sauvera: par cette pensée salutaire, la pénitence la plus austère, la plus sévère, la plus rigoureuse, nous deviendra peu à peu supportable, et enfin elle nous deviendra consolante. Que n’ont pas fait et souffert les saints pénitents! que n'a pas souffert Jésus-Christ même, le grand modèle de la péniience! Armons-nous de courage contre nous et vengeons Dieu des outrages que nous lui avons faits. Il vaut mieux souffrir des peines passagères et méritoires en ce monde, que d'être condamnés à des peines éternelles et désespérantes dans l’autre.
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Sans quoi aujourd'hui on néglige de subir la peine des pénilents, et demain peut-être on sera condamné à celle des réprouvés. |
HISTOIRE
Ponce, surnommé de Lazare, vivait dans le onzième siècle ; il s’était livré, durant sa :eunesse, à toutes sortes de crimes, de passions et de brigandages : enfin, touché de Dieu, il considéra les maux qu'il avait faits, le jugement dont il était menacé, et se condamna à toutes les rigueurs de la pénitence. Le dimanche des Rameaux, après la lecture de l’évangile, l’évêque étant avec son clergé et tout son peuple, Ponce vint percer la foule en chemise, nu-pieds ayant une corde au cou comme un criminel. S’élant jeté aux pieds de l’évêque, il lui donna un papier où étaient écrits tous ses péchés, le conjurant de le faire lire devant tout le peuple. Pendant qu’on lisait la confession, il se faisait frapper continuellement de verges, demandant toujours qu’on le frappât plus rudement, et arrosant la terre de ses larmes; il criait qu’il était coupable de tous ces crimes, et qu’il en demandait pardon à Dieu et aux homines. Ce spectacle attendrit tous les assistants, qui fondaient en pleurs comme lui. Le lendemain Ponce distribua tous ses biens aux pauvres, après avoir satisfait à tout ce qu’il pouvait devoir en fait de restitution : après quoi, renonçant pour toujours au monde, il se condamna à une pénitence rigoureuse, qui ne finit qu’avec sa vie. Il mourut en saint.
É PRET bien : après le péché, la pénitence ; et sans la pénitence, enfer.
Dieu ne veut pas la mort des pécheurs, mais leur conversion : :unvertissez-vous donc sans délai,
Rendez grâces à Dieu, qui vous donne pour faire pénitence un temps qui a été refusé à tant d’autres.
Diea ne demande pas de vous une penitence ni si publique ni si austère; mais ne demande-t-il que ce que vous faites? Jugez-vous vousmême avant que Dieu vous appelle à son jugement.