‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 101 sur 112 · LE MOMENT DE LA GRACE · texte numérisé non relu

LE MOMENT DE LA GRACE

Pensez-y bien ; un moment de grâce peut attirer une éternité de bonheur.

Quoiqu'il soit vrai de dire en général que tous les temps sont proprés à la grâce; que la grâce ne dépend ni des moments, ni des temps; que Dieu, maître et dispensateur de ses dons, n’est restreint ni par les occasions, ni par les circonstances ; il n’est pas moins vrai de dire, qu'il y

a pour nous et pour certaines âmes en particulier des temps plus précieux, des jours plus favorables, où Dieu nous recherche plus spécialement, où la lumière de la grâce brille avec plus d'éclat, où son attrait se fail sentir avec plus d'ouction, où le ciel semble jeter sur nous des regards plus favorables, et verser ses dons avec plus d'abondance : et voilà ce qu’on appelle les moments de la grâce, les momenis heureux et privilégiés dont parle saint Paul quand il dit: Voici le temps favorable, voici des moments et des jours de salut, Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis (1).

Pensez-y bieu, et profitez-en.

Car, pour descendre dans le détail, et vous le faire encore mieux connaître, le moment de la grâce pour vous, ce sont certaines occasions où Dieu semble tout à coup lever le bandeau de dessus vos yeux et vous montrer les grandes vérités avec plus d’évidence : brieveté de la vie, néant des choses du monde, plaisirs trompeurs, honneurs frivoles, tout se présente aux yeux éclairés par la grâce. Le moment de la grâce, ce sont certains reproches intérieurs d’une conscience troublée et agitée : on

sent qu’on n’est pas ce qu’on devrait être ; on se dit qu’il |

ne faudrait ni vivre ni mourir dans ce trisle état ; qu'il faudrait enfin penser à un relour salutaire à soi et à Dieu. Le moment de la grâce, c'est une prédication touchant, une lecture de piété, un exemple édifiant, un avis salutaire; dans tout autre temps, tout cela aurait élé sans effet, et n’aurait point touché; dans ce bon moment, tout touche et fait impression. Que dirons-nous encore ? Le moment de la grâce, c'est une mort subite, un accident funeste dont on est témoin. À celte vue, que ne se dit-on pas? quels relours, quelles réflexions salutaires ne fait-on pas ? qu'est-ce que ce monde ? qu'est-ce que notre vie?

(1) 11 Cor., vi.

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que sommes-nous sur la terre ? Le moment de la grâce, c’est un chagrin, une croix, une humiliation, un revers de fortune, une maladie dangereuse ; alors on rentre en soi-même, on voit le néant de tout ; tout devient amer, tout dégoûle: on ne trouve de consolation que dans Dieu.

Les voilà ces moments de la grâce, les voilà ces jours de salut, Ecce nunc. Tels, à mon Dieu ! ont été ces heureux moments qui ont formé tant de saints. Le moment de la grâce pour moi, c’est peut-être le moment où je médile celte grande vérité, et où vous me parlez au cœur pour m’attirer tout à vous.

Rien de si important et de si nécessaire pour nous que d’être fidèles au moment de la grâce : ce n’est pas assez de la connaître ; l'essentiel, c’est d’en profiter, c'est d’en suivre les mouvements salutaires, c’est de ne pas l’éloigner par des délais affectés, c’est de ne pas la combattre par des résistances volontaires et réfléchies ; c’est enfin de n2 pas fermer les yeux à la lumière quand elle nous éclaire ; c’est de répondre à Dieu quand il vient frapper

à la porte de notre cœur ; c’est de ne pas contrister l'Esprit- -

Saint dans nous-mêmes.

Il en est de l'affaire du salut comme de toutes les aures, chacune a son temps, et le succès dépend souvent de certains moments plus heureux: si on les manque, ils sont quelquelois sans retour ; et quelles peuvent être les suites de ces oppositions et de ces résistances ?

Pensez-y bien,

Voici deux grandes vérités à méditer sur ce sujet. Dans les voies de la sainteté, rien de si grand et de si sublime où le moment de la grâce mis à profit ne puisse nous élever; et dans les sentiers de l’iniquité, rien de si triste el de si funeste où le moment de la grâce manqué ne puisse nous conduire. Ne craignons pas cependant que la grâce

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