‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 109 sur 112 · LE PARADIS · texte numérisé non relu

LE PARADIS

Fensez-y bien. C'est le terme de votre bonheur ; faites-en l'unique objet de vos soins.

Pour nous faire comprendre quels sont les biens immenses, quelles sont les joies inelfables du paradis, il faudrait qu’une de ces âmes bienheureuses descendiît du ciel et nous en racontât les merveilles. Non, dit saint Paul, l'œil de l’homme ne saurait voir, l'oreille ne saurait en-

tendre, le cœur ne goûtera jamais en ce monde le bonheur

que Dieu a préparé à ses élus dans sa gloire, Nec oculus vidit, nec auris audivit (1). Imaginons-nous si nous le pouvons, quelle sera la joie d’une âme qui entrera un jour dans le ciel. O le doux moment que celui qui, terminaut les misères de cette vie, commencera le bonheur de son éternité! quelles délices, quel contentement, quels transports, quand elle verra enfin son Dieu, quand elle se verra à jamais assurée de son sort !

Quelle joie pour un captif durant de longnes années chargé de chaînes, quand il vient à recouvrer la liberté et à sortir de son triste esclavage ! quelle joie pour un prisonnier durant longtemps enfermé dans les horreurs d'un sombre cachot, quand il revoit enfin la lumière! quelle jéie pour un homme qui a fait un long trajel sur une mer orageuse, à travers les. tempêtes el les écueils, où il a été mille fois en danger de périr, quand il vient enfin heureusement arriver au port après lequel il soupirait depuis si longtemps ! Faible image, image bien imparfaite de la joie, de la consolation, du bonheur d'une âme qui, après la captivité, le triste exil, les longues souffrances de cette vallée de larmes, entre enfin ne l'heureux port du salut, dans la région des vivants, pour vivre à jamais dans le sein des élus, de la vie de Dieu même, l’auteur de

(1) 1 Cor.

en

son être, le terme de ses désirs, le centre de son corps, sans craindre de la perdre jamais, assurée de le posséder toujours, heureuse du même bonheur que lui !

Ah ! qu’il estdoux pour elle de ne s'être point attachée au monde, de s'être éloignée de sa contagion et de ses dangers, de s'être privée de ses trompeuses délices, de s'être fait de saintes violences durant quelques années, pour jouir à jamais d’un bonheur parfait ! qu'il est consolant pour elle d’avoir servi son Dieu, pratiqué la vertu, respecté la sainteté de la loi, pour en recevoir une récompense bien au-dessus de ses mérites et de ses espérances |

Que pense-t-elle alors des fausses joies de ce monde, des biens périssables de la terre, de tout ce qu’on appelle richesses, honneurs, plaisirs et satisfactions ? , qu'est-ce que tout cela paraît à ses yeux ? et que lui en resterait-il quand elle en aurait joui, quand elle s’y serait livrée durant la vie ? N’aurait-il pas fallu les quitter un jour ? Que lui en resterait-il en ce moment, que le regret d'en avoir été malheureusement éprise et séduite?

La voilà donc entrée dans le sein d'Abraham avec les élus ; la voilà assurée de son bonheur éternel, délivrée des dangers, des misères, des craintes, des alarmes de cette vie périssable : nageant dans des torrents dedélices, dans la possession iromuable du souverain bien ; absorbée dans l’océan immense des perfections adorables de l’Etre suprême, dans la contemplation éternelle des bontés, des beautés, des amabilités infinies de son Dieu : non, ce n’est point tant la joie du Seigneur qui est entrée dans elle, comme c’est elle-même qui est entrée dans la joie du Seigneur, Intra in gaudium Domini tui (1). Elle y vit, elle y règne ; elle y vivra, elle y régnera à jamais, sans que ni les vicissitudes des temps, ni l'incertitude des événements, ni lesterreurs des alarmes, viennent jamais altérer son bonheur : tant que Dieu sera Dieu, durant tous les

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L'AME PENITENTE, 427

siècles des siècles, et au delà des siècles, durant une éternité lout entière, elle sera ce qu’elle est, toujours contente, toujours heureuse, toujours assurée et tranquille dans la possession de son sort, toujours s’écriant de concert avec jes élus : Znveni quem diligit anima mea (2), j'ai enfin trouvé celui qui faisait l’objet de tous mes désirs,

Tel est donc le bonheur ineffable de cetteâme, telle est la joie indicible des élus dans le ciel. Nous sommes faits nous-mêmes pour ce bonheur, nous pouvons un jour avoir part à celte gloire : tous tant que nous sommes, nous avons une place marquée dans le ciel; nous y sommes tous appelés, nous pouvons y arriver, nous devons y aspirer : mais pour cela il faut la mériter. Hélas ! qu'avons-nous fait pour cela jusqu’à présent ? comment et par quoi l’avons-nous mérité ? y avons-nous pensé ? nous en somnies-nous rendus dignes ? Nous savons qu’on n'arrive au à: :r que par le Calvaire ; qu’il faut combaître pour ruiuporter la victoire ; que le royanme du ciel souffre violence : par quels combats avons-nous mérité la couronne de gloire ? et en quel rang pourrions-nous être placés parmi les élus? Nous aspirons au bonheur des sain(s; nous savons ce qu'ils ont fait, ce qu’ils ont souffert : qu’avons-nous fait? qu’avons- nous souffert ? Sainte Jérusalem, entrerai-je un jour dans ton sein ? âmes prédestinées, anrai-je part un jour à votre gloire et à vos délices ?

Pensez-y; ne cessez d'y penser, et plus encore d'y

travailler. Combien, pour n’y avoir pas pensé, en seront à jamais bannis !

HISTOIRE

Le roi Assuérus, voulant récompenser*Mardochée d’un service essentiel qu'il avait rendu à l’État, le fit revêtir des habits royaux, lui mit la couronne sur la tête, le fit monter sur son char de triomphe, en un mot, l'environna de toute la majesté et de tout l'éclat de la dignité royale ; alors il ordonna à un des premiers courtisans de conduire ainsi

() Matth, xxvur, — (2) Cant,, ur.

Mardochée triomphant dans toute la ville impériale, avec un héraut d'armes qui le précédait, en criant à haute voix à tout le peuple ac. couru en foule : C’est ainsi que sera honoré celui que le roi voudra ho. norer, Sic honorabitur quemcumque rex voluerit honorare (1).

Si, dans ce moment, Dieu présentait à nos yeux un de ses élus dans tout l'éclat de la gloire doni il est environné dans le ciel, qu’il nous le montrât avec ces joies, ces douceurs, ces déli :3 dont les saints sont inondés dans la céleste patrie, en nous disant à tous : Sic honorabitur quemcumque rex voluerit honorare, voyez, admirez, Ô hommes mortels! c’est ainsi que Dieu honore, que Dieu récompense ses saints dans sa gloire : à celle vue quels seraient nos transports! |

Hornme ambitieux! nozs dirait-il, que sont tous ces honneursfrivolesdu mondeen comparaison des honneurs, de la gloire qui est destinée aux élus? homme avare! que sont tous ces biens fragiles, ces périssables richesses, en comparaison des trésors immenses que Dieu a préparés dans le ciel? homme sensuel et voluptueux ! que sont tous ces plaisirs honteux, ces douceurs séduisantes et criminelles doni tu jouis dans le temps, en comparaison des pures, des ineffables délices que tu aurais pu goûter dans l'éternité! Sic honorabitur. Ah! que cette vue, que ce spectacle serait bien capable de nous dégoûter de tous les faux biens de ce monde trompeur, et de nous faire soupirer ardemment apres les biens solides et permanents de l'immortalité glorieuse ! Ce que nos yeux ne sauraient voir, la foi nous le montre, du moins rious le fait espérer; rendons-nous dignes de la vie immortelle par'une vie sainte. Le ciel nous attend, cessons de nous attacher à la terre; nous n'avons pointici de cité permanente, le ciel est notre véritable patrie.

Pensons-y, et ne pensons qu’à le mériter : heureux qui y aura pensé

(1) Esth., vi.

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Ayez pi selon le p:

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Je vous mon esprit passions ; € votre misé mon asile ; vres c’est ( abîme de grands que posé à me lé ne es plus et de Père, que plus il ricordes. S je suis, à u et qu’il vor vous voulez Ainsi soit

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L'AME PÉNITENTE. 429 toute sa vie! Où irons-nous quand nous mourrons ? quel sera notre sort ? le paradis ou r’enfer. Beau ciel, e ne te verrai jamais! disait un hérésiarque à la mort : quels sentiments, quelle mort ! Mon fils, regardez le ciel, disait ane mère à son fils souffrant le martyre. L'Eglise nous le dit à tous : Regardez le ciel, rendez-vous dignes d’y entrer un Jour, et voyez si la vie que vous menez peut vous y conduire.

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