‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 26 sur 112 · SUR CE · texte numérisé non relu

SUR CE

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leur force ? Si on pensait sérieusement que l'on doit mourir, qui est-ce qui s'attacherai si follement à la vie ? Qui est-ce qui se nourrirait de projets, d'idées, d’illusions, s’il entendait la voix de la mort qui lui crie que tout | n’est que néant et que vanité ? Qui est-ce qui s’attacherait si éperdument aux biens de la terre qui vont disparaître, au préjudice des biens éternels qui nous sont pré. parés ? Qui est-ce au contraire qui ne se dirait pas à luimême: Puisque je dois mourir un jour et tout quitter à la mort, pourquoi ne pas m'y préparer en me détachant de tout? On regarderait :haque jour comme pouvant être le dernier des jours ; on ferait chaque action comme pouvant être la dernière action de la vie ; on approcherait du sacré tribunal comme allant au tribunal de Dieu mème ; on recevrait le Saint des Saints comme on recevra un jour le viatique pour l'éternité ; et comme là vie n'est qu’une mort continuelle, toute la vie ne serail qu’une continuelle préparation à la mort. Ainsi tâcherait-on de vivre de la vie des justes pour mourir de la mort des saints, et pour vivre à jamais de la vie des élus

| Moriatur anima mea morte justorum (2).

MÉDITATION

SUR CES PAROLES DE SAINT PAUL : QUOTIDIE MORIOR (JE MEUR£ CHAQUE JOUR) (3).

Combien de vérités importantes sont renfermées dans ces deux grandes paroles! Combien de morts anticipées doivent préparer cette dernière mort, cette mort absolue qui terminera un jour notre course !

Dieu vivant, puisque je dois mourir un jour, faites que toute ma vie soit une continuelle préparation à la mort.

(1) Ecclés., x, — (2) Num., ni, — (3) 1 Cor, xv.

Vous m'avertissez vous-mème de me tenir toujours prêt, parce que je ne sais ni le jour ni l'heure, et que la mort peut venir me surprendre à tous les instants.

1° Je meurs tous les jours. Hélas! à combien de choses ne suis-je pas déjà mort ! Ne suis-je pas mort à toutes les années de ma vie passée ? Elles se sont écoulées ; elles ont passé comme un songe; elles sont passées pour ne revenir jamais. Le reste de mes jours s’écoulera de même insensiblement : j’avance dans ma course, et je me vois mourir chaque jour sans que j’y fasse attention; je me trouverai à la dernière heure, presque sans y. avoir pensé ni m'en être aperçu.

2° Je meurs tous les jours, et tous les jours je perds quelque chose de mon être et de ce qui compose le Cours de ma vie. Je sens que tout dépérit peu à peu ; mon esprit baisse, ma mémoire se perd, mes yeux s’affaiblissent, mes forces diminuent, toute la machine se démonte et menace ruine; toute cela autant d'annonces de mort, autant de morts en détail qui préparent au dernier sacrifice, et ne permettent pas de le perdre de vue.

3° Je meurs chaque jour; j'ai déjà fait une grande par-

tie du chemin, incertain de ce qui m'en reste. Je vis au-

jourd’hui ; le lendemain n’est point à moi. Je respire en ce moment, à peine suis-je assuré de voir le moment suivant. Cette incertitude même continuelle de la vie n’estelle pas une espèce de mort? Dans cet état, à quoi peuton tenir? Peut-on avoir des vues, méditer des desseins, .former des projets? Je, n’en forme qu’un seul; c’est de penser à la mort, de m’y préparer, et même dé me tenir prêt à tous les instants. Quand le dernier viendra, serait-il temps de le faire?

4° Je meurs tous les jours à tout ce qui se passe, à ce qui m'arrive d’affligeant ou de consolant. Le temps qui consume tout, ne nous enlève-t-il pas indifféremment et

les biens et les maux ? Qu’y a-t-il de durable et de con-

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NÉUVIÈME LECTURE. 93

stant en ce monde? Quand nous avons des chagrins,disons: Ils finirontbientôt, pourquoi nous tant affliger ? Quand nous avons quelque consolation, disons : Demain peutêtre nous n'en jouirons plus, pourquoi nous y livrer ? Quelle folie de s'attacher à ce qui, malgré moi, dans quelque temps, ne sera plus ! et quel plus haut point de sagesse, que de né faire aucun fond sur tout ce qui n’a aucun fondement assuré ! Dieu seul est immuable et le bien permanent ; c’est là, à mon âme, et là uniquement qu’il faut s’atiacher ; la mort ne saurait l’enlever.

5° Je meurs tous les jours ; c’est-à-dire, je romps chaque jour quelqu’une des chaînes qui m'’attachaient à la vie. Quand la mort nous trouve attachés par mille liens, des biens, des honneurs, des parents, des amis, des projets, des espérances que’tout à coup il faut rompre, toutes ces chaînes , quelle violence ! quelle douleur! Pour les prévenir, je me dégage tous les jours volontairement moi-même, prévenant, autant qu'il est en moi, l'ouvrage de la mort ; afin que, quand elle viendra, elle ne trouve plus rien à faire dans moi, que de séparer mon àäme d’avec mon corps, et la remettre paisiblement dans les mains de son Créateur.

6° Je meurs tous les jours, en ce que je considère comme déjà mort. Une âme résolue à ne plus vivre que pour Dieu seul ne doit point avoir de part à la vie de ‘ce monde, non plus que les morts qui sont déjà dans le tombeau. Îl n’y a plus pour elle ni plaisir, ni honneur, ni intérêt. On lafoulerait aux pieds comme les morts, qu’elle ne dirait rien et paraîtrait insensible. Ce n’est plus pour elle qu’indifférence, que dégoût, que langueur. Le cœur estcomme mort à tout ce qui ne le touche plus.

7° Je meurs tous les jours. Eh ! comment pourrais-je souhaiter de rester plus longtemps en ce monde ? que puis-je avoir à y désirer et à y regretter ? le nombre de mes péchés n'est-il pas assez grand ? le compte que

j'aurai à rendre ne sera-t-il pas ässez rigoureux ? (0 mon Dieu! je n’ai déjà que trop abusé de vos grâces, abusé des jours et du temps que vous m'aviez donnés ! heureux si j'étais mort en certain temps! j'aurais été bien plus disposé à paraître devant vous : et d'ailleurs, quand j'aurais encore vécu plus longtemps, ne faudrat-il pas toujours en venir à ce terme, avec plus de peine, de péchés et de crainte? La mort, pour être différée, en est-elle moins une mort ? Mille ans sont à vos yeux, Ô mon Dieu ! comme le jour d’hier qui n’est plus, ou comme s’il n’avait jamais été ; il n’en reste que les regrets. |

8° Je meurs tous les jours : heureux si enfin je puis finir ma course dans votre saint amour, mourir enfin de la mort des justes! Je ne désire plus vivre que pour cela, je n’aspire plus qu’à cet heureux terme. Je vais travailler de tout moi-même, donner tous mes soins à ce grand ouvrage de tous les temps, à cette mort journalière et continuelle à moi-même et à tout.

Quelle douceur, à mon âme ! quelle profonde paix ! que la mort sera tranquille, si vous vous y disposez par ces sentiments, et si vous pouvez dire sincèrement avec l'Apôtre : Quotidie morior ! Oui, tousles jours je connais de plus en plus le néant du monde ; tous les jours je me détache des créatures ; tous les jours je brise quelque lien de mon cœur ; tousles jours je combats quelque vice ou quelque défaut; tous les jours je tâche de mourir à quelque chose, et je désire de mourir à tout. O l’heureuse vie que cette mort continuelle ! qu'elle est sainte" qu'elle est méritoire pour nous ! qu’elle est agréable à Dieu ! qu’elle nous prépare bien saintement à cette mort absolue qu’il faudra subir un jour ! qu’elle nous dispose bien efficacement à cette vie immortelle et durable que nous espérons ! Mourons tous les jours de la mort des saints pour vivre un jour de la vie desélus.

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Mourir ou souffrir, disait une grande sainte (1); ne pas mourir, mais souffrir, s’écriait une autre (2). Désirons de tout réunir ; souffrir et mourir, vivre et mourir en souffrant.

Ilest vrai, à mon âme ! cette mort continuelle est triste et pénible à la nature. On ne meurt pas sans peineet sans qu'il en coûte ; armons-nous d’une sainte confiance, ranimons notre courage et notre constance. C’est pour Dieu que nous mourons ; c’est pour vivre à jamais que nous mourons chaque jour ; c’est en union de la mort et du sacrifice de Jésus-Christ que nous offrons notre mort et notre sacrifice. Après tout, quelque longue, quelque

triste, quelque affligeante que puisse être cette mort jour-

nalière, la grâce en tempérera les amertumes, l’espérance en adoucira les rigueurs, la récompense en couronnera les travaux.

PRIÈRE

IL est donc vrai, 6 mon Dieu ! que cette mort qui m'est réservée à la fin de mes jours n’est pas la seule que je doive subir. Chaque jour j'éprouve une mort qui est le commencement et l’annonce de cette mort totale qui finira ma carrière. Hélas ! nous disons : Nous mourrons un jour ; et nous ne voyons pas que nous mourons à tous les instants. Nous pensons vivre, et nous ne faisons que mourir ; la mort fait chaque jour en nous son ouvrage, et nous ne pehsons pas à faire en nous l’ouvrage de Dieu.

Vous qui êtes la vie véritable, recevez dès à présent l'hommage que je vous fais de mes jours: vivez en moi, détachez-moi de tout ce qui doit finir : présentez-moi sans cesse cette mort qui m’arrache à chaque instant quelque portion de notre être. Je meurs chaque jour ; à quoi m'attacher en ce monde ? Je meurs chaque jour ; pourquoi ne pas me préparer chaque jour à la mort ? Un jour on dira de moi: Il est mort. Je dois me dire : Je meurs à chaque moment, et puisque je perds insensiblement cette vie mortelle qui m'est ravie, rendez-moi digne de cette vie immuable qui m’est destinée.

PRATIQUES

19 J'offrirai chaque jour le sacrifice de ma vie à Dieu.

(1) Sainte Thérèse, (2) Sainte Madeleine de Pazzi,

2o de regarderai les maladies et les infirmités qu'il m'enverra comme autant d'avis salutaires qu’il me donne, et de moyens de me préparer à la mort. ‘

3° J’unirai le sacrifice de ma vie à celui de Jésus-Christ sur la croix,

49 J'approcherai souvent des sacrements pour n'être jamais surptis par la mort. | 6° Je regarderai chaque jour comme pouvant être le dernier de mes jours.

6° Je me souviendrai qu’en qualité de chrétien je dois être mort au monde et à tout.

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