SUR LE MONDE
Le monde nous flatte ; en nous flattant il nous trompe; en nous trompant il nous perd. Apprenons à le connaître, et nous cesserons de nous y attacher.
1° Le monde nous flatte; c’est par là qu'il nousprend et qu’ilnous séduit. Le monde flatte les passions, et les passions séduisent le cœur, déjà si porté à se prêter à la séduction. Les avenues du monde sont riantes; ilne présente que jeux, qu'amusemenis, que festins, qu’assemblées, que spectacles: les yeux sont éblouis, le cœur entraîné. Le monde ne promet que joie, que contentement, que douceurs .Qu'une jeune personne entre dans le monde, tout lui rit, tout l’enchante, tout semble venir au-devant de tous ses désirs; elle ne voit devant elle qu’un chemin parsemé de fleurs; elle s’imagine que tous les jours qui vont se lever pour elle seront des jours sereins et tranquilles ; qu’elle va fournir lacarrièrela plus heureuse : tout semble le lui annoncer.
Le monde nous flatte, et nous aimons à être flattés ; le penchant naturel au plaisir et à la dissipation empêche le retour à la réflexion: on n’est occupé que de ce qui plaît et amuse, et on craint, on éloigne tout ce qui peut inquiéter et troubler. C'est une ivresse; c’est un prestige: quand est-ce qu’on en reviendra? Il faut attendre un revers qui dessille les yeux. :
Mon fils, disait le Sage, si les mondains, dans leurs flatteuses promesses, vous présentent la douceur du miel, défiez-vous-en: c’est un poison trompeur ; il flatte le goût, mais un jour il déchirera les entrailles: Æ1hi, site lactaverint peccatores, ne acquiescas eis; ipsi te sedu-
cunt. Le conseil est sage; mais les conseils tiennent-
ils contre les exemples? et l'esprit sait-il réfléchir quand le cœur est séduit?
20 En nous flattant, le monde nous trompe; le monde promet beaucoup, et il donne peu; le peu même qu’il donne, loin de contenter, est souvent une source d'inquiétudes et de chagrins. Depuis six mille ans les mondains cherchent le bonheur, aucun n’a encore pu Île trouver : le monde a fait mille infortunés, et le monde n’a pas encore fait un heureux; et on s’y attache, et on ne revient pas de son erreur, et on compte sur lui. Ah! qu'on mérite bien les remords et les chagrins qu’on y essuie !
Le monde nous trompe: et que trouve-t-on dans le monde sur quoi l’on puisse compter ? Des cœurs insensibles, des parents indifférents, des amis inconstants, des ennemis cachés, des richesses périssables, des honneurs frivoles, des plaisirs trompeurs, c’est-à-dire des biens apparents et des maüx trop réels, voilà le monde; et quand même le monde proaiguerait ses satisfactions, ses douceurs prétendues, n’arrive-t-il pas souvent qu'on n’y trouve qu'inquiétudes et qu’amertumes? Combien de fois les parties de plaisir ne se sont-elles pas changées en jours de”tristesse! Combien de fois, dans le sein de la pompe et des spectacles, n’a-t-on pas trouvé le dégoût et l'ennui ! Combien de fois la voix des soupirs ne s’est-elle pas fait entendre au milieu des concerts! Voilà le monde.
On avait formé un. établissement qui unissait deux cœurs faits, ce semble, pour se rendre heureux; la mort enlève un des deux au printemps de ses jours, et fait passer à l’autre une vie dans la tristesse et le deuil. On avait amassé desbiens, on s’était élevé à un poste éclatant : un revers de fortune vient abattre cet édifice de prospérité et ensevèlir le possesseur sous ses ruines: voilà le monde. Tant d’autres ont compté sur lui, et en sont devenus les victimes après en avoir été les idoles.
hir quand
; le monde me qu’il rce d’inles monore pu le onde n’a el on ne lui. Ah!
s qu’on y
dans le rs insenants, des onneurs des biens onde ; et lions, ses u'on n’y bien de ngées en ein de {a égoût et est-elle monde.
it deux la mort et fait uil. On latant :
prospéoilà le ont de-
Monde trompeur ! actuellement même tu te formes encore des adorateurs pour les perdre, et de nouvelles ictimes pour les immoler: tu les conduis comme sur des prairies fleuries et riantes, et tu creuses sous leurs pieds des abîmes pour les engloutir : mille exemples ont précédé, et mille exemples n'ont pas corrigé. Tel jouit à } présent de ses trompeuses faveurs, qui servira un jour de D! monument de ses inconstances; abandonné, méprisé, | rejeté du monde; semblable à ces débris de vaisseaux poussés sur les bords de la mer après un funeste naufrage, triste spectacle, ou des décadences humaines, ou des vengeances divines: déjà la tempête s’élève pour former l'orage qui doit l’engloutir dans le moment où il méditait quelque fête ou quelque festin.
3° Le monde nous perd. Ne suffirait-il pas pour cela de nous flatter et de nous tromper? ne serait-ce pas par cela seul nous donner à nous-mêmes le moyen de nous perdre, en nous donnant celui de nous pervertir ?
Le monde nous perd, parce qu'il estennemi et maudit de Dieu, parce qu’on ne saurait servir à la fois deux maîtres ; parce que les maximes du monde sont tout opposées à celles de l'Evangile ; parce que le monde allume et fomente toutes les passions; parce que tous les objets, tous les attraits que présente le monde, conjurent contre notre salut, parce que ses exemples sont contagieux, ses spectacles séduisants, ses discours pervers, ses dangers fréquents, ses revers funesles ; toutest danger et séduction dans le monde.
Le monde nous perd, parce qu'il nous aveugle par le bandeau qu’il met sur nos yeux, et qu’on craint de tirer ; parce qu’il nous entraîne par les liens qu'il forme, et qu'on ne peut rompre, lors même qu’on gémit sous leur poids ; parce qu’il subjugue par la domination qu’il exerce, quoiqu'on déteste son esclavage, parce qu’il nous arrête par les nouveaux piéges qu’il nous tend sans cesse lors-
que nous penserions à secouer son joug. Mille fois on s’est Mhuelli plaint du monde, on en a connu le néant et la vanité, MWKoir on à formé la résolution de le quitter. Qu'est-ce que le Mn a monde? s’est-on dit en soi-même dans ces heureux mo- Œues ments où la grâce touchait, où la conscience parlait, où Mbeine Dieu rappelait et tendait les bras: qu’est-ce que lemonde? # et on y estencore, et on se débat dans ses liens, pour n'avoir pas le courage de faire un effort généreux qui puisse affranchir pour se rendre à Dieu et à soi.
Après tout, le monde passe et nous passons avec lui ; Bi les jours s’écoulent, les années avancent, le monde s’en- ES fuit, il nous quittera avant que nous ne le quittions; nous | déplorerons peut-être à jamais tant de travaux stériles, tant de temps perdu, tantde grâces profanées ; nous maudirons un jour ce monde que nous chérissons : sera-t-il temps de le faire ?
Quoi qu’il en soit, craignons le monde, parce qu’il nous
flatte ; défions-nous du monde, parce qu’il nous trompe ; 3° détestons le monde, parce qu’il nous perd. Malheureux mon qui le méconnaît, plus malheureux qui s’y engage !infini- }S tien. ment plus malheureux qui s'expose à y mourir ! Dieu est dure notre maître, le monde n’est qu’un usurpateur ; Dieu est Chr notre père, le monde n’est qu’un tyran. Rendons-nous à % œil qui nous nous devons; aurions-nous jamais dü lequitter? ' consacrons-lui du moins le peu de jours qui nous res- # àl tent : ils peuvent encore nous mériter une éternité de #5 mo bonheur. 4 ni Heureuse la personne à qui Dieu a ouvert de bonne lar heure les yeux sur le néant et les illusions du monde, ou plutôt sur ses piéges et ses dangers ! Pourra-t-elle jamais reconnaître la grandeur du bienfait? Aura-t-elle jamais assez de sentiments de retour? Ah! si elle savait les chagrins qu’elle aurait essuyés, les dangers qu’elle aurait ci courus, les amertumes où elle aurait été plongée ! Mais n
surtout à la mort, quand il faudra sortir de ce monde,
e fois on s’est ll uelle consolation pour elle de s en être éloignée, et d’aet la vanité, M£ ir consacré à Dieu les sentiments de son cœur ! Il lui est-ce que le Æ, aura coûté quelques peines, quelques privations, quel-
eureux mo- Œues sacrifices; mais peu d'années finiront le cours de ses > parlait, où M peines, et l'éternité en sera le prix et la récompense.
e lemonde” !
| liens, pour (# . enéreux qui 1° Quittons le monde avant que lemonde nous quitte : Us faisons à présent avec mérite ce qu’il faudra faire un jour is avec lui ; Ré par nécessité et sans fruit. 10nde s’en- DE Les jeunes personnes entrent trop tôt dans le monde ; lions ; nous ÎE les personnes âgées le quittent trop tard ; tous se repentiux stériles, D ront un jour de s’y être engagés. Jeunes personnes, ne nous mau- M vous empressez pas d’y entrer : vous n’en éprouverez que S: sera-t-il Di trop tôt les revers et les dangers. Personnes avancées en
| | âge, quittez-le sans délai ; n’attendez pas que le monde qu’ilnous D vousdise de vousretirer.
Avis salutaire.
us trompe : 3° Il y a trois sortes de personnes qui regardent le lalheureux monde bien différemment ; le pécheur, le sage et le Chrége!infini- D tien. Le pécheur le regarde comme quelque chose qui a Dieu est dure ; le sage, comme quelque chose qui passe; le ‘3 Dieu est Chrétien, comme quelque chose qui est passée. De quel nS-nous à | œil le rezardons-nous ?
lequitter ? F Entrons souvent dans les sentiments que nous aurons NOUS res- % } la mort. L'homme vivant aime le monde : l'homme
lernité de À mourant le méprise ; l’homme mort lé déteste. L’éter-
nité ne suffira pas pour épuiser ses regrets et tarir ses de bonne D jarmes. |
onde, ou MÉDITATION
le jamais ;