MÉDITATION SUR LA SAINTETÉ
Voici les grandes vérités que la sainteté nous présente: qu'elies sont solides! qu'elles sont sublimes! comment on!-elles échappé à nos esprits? ou si elles s’y sont présentées, comment ont-elles fait si peu d'impression sur nos cœurs ?
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vez leur donner l’efficace et la force ; gravez-les si profondément dans mon cœur, qu’elles ne s'en effacent jamais, et qu'elles deviennent la règle de toute ma conduite. Première vérité. Nous ne sommes en ce monde que pour être saints. Voilà la grande affaire qui nous est confiée ; toutes les autres peuvent bien nous amuser et nous partager ; mais celle-ci doit nous occuper et nous poséder ; toutes les autres peuvent bien être distribuées selon les différents élats et conditions de la vie : en sorte que l’une soit l'affaire du négociant, l’autre celle du magistrat, l'autre celle du courtisan et du souverain : mais celle-ci domine sur toutes les autres, et nous intéresse tous tant que nous sommes ; c’est celle du négociant dans son commerce, du magistrat sur son tribunal, du riche dans son palais, du roi même élevé sur le trône; parce qu'avant que d'être tout cela, nous sommes chrétiens, et que nous ne sommes chrétiens, que pour être saints. Non, mon Dieu! vous ne nous avez point mis en ce monde pour être grands, pour êtres riches, pour être heureux, mais pour être saints. Toutes les autres affaires, sans celle-là, ou nous sont indifférentes, ou nous sont étrangères, ou nous sont funestes. Vérité si constante, que, quand nous réussirions dans toutes les autres, si nous échouons en celle-ci, tout est perdu sans ressource: au contraire, quand nous échouerions dans toutes les autres, si nous réussissons dans celle-ci, tout est assuré pour toujours. Ame chrétienne! Dieu vous voit livrée en proie à l’amertume des afflictions, accablée sous le poids de là calamité; il voit tomber à côté de vous tout ce qui vous intéresse ; il vous voit environnée des débris de vos biens, de votre santé, de votre fortune ; mais au milieu de ce désastre funeste, vous vous soutenez, et sur ces débris épars s'élève l'édifice de votre saintelé ; vous n'avez rien perdu, C'était la seule chose qui vous intéressât véritablement ; elle subsiste, tout est sauvé, parce qu'il en faut toujours revenir à ‘cette
grande maxime, que nous ne sommes au monde que pour être saints.
J'ai été convaincu de cette grande maxime dans la spéculation ; l’ai-je bien suivie dans la pratique ? Je sais que je ne suis au monde que pour être saint ; ai-je travaillé à le devenir? de quoi me servira d'être pénétré des grandes vérités de la religion, si, dans ma conduite, elles disparaissent? Mon Dieu! je ne veux plus vivre que pour me sanctifier ; c’est l’unique vue que vous vous êtes proposée, c'est l'unique que je veux suivre.
Deuxième vérité. Rien de si digne de nous que la sainteté : hommes destinés pour le ciel, que faisons-nous sur la terre, et de quoi nous occupons-nous en ce monde ? Accumuler des trésors, établir une fortune, s'élever à un rang distingué; voilà ce qu'on appelle de grandes affaires ! le sont-elles en effet ? Ne consultons pas les idées des hommes, c’est une balance trompeuse; qu’est-ce que la sainteté dans les vues de Dieu ? C’est le chef-d'œuvre de ses mains, c’est l’objet de ses complaisances : à ce double titre ne mérite-t-elle pas tous nos soins? Quand autrefois il fallut créer ce vaste univers et le tirer du néant, étendre l’immense capacité des airs, affermir les fondements de la terre, donner des bornes aux flots de la mer, l'Ecriture nous dit que le Tout-Puissant se jouait avec son ouvrage : Ludens in orbe terrarum (1); mais s'agit-il de former des saints, de disposer les lumières qui éclairent les saints, les occasions qui préparent les saints, ce n’est plus une main qui se joue avec son ouvrage, c'est un Dieu qui médite, qui souffre, qui donne son sang et sa vie ; la sainteté lui paraît mériter tout cela : il fallait toute la sagesse de son conseil pour former un si grand projet, toute la puissance de son bras pour l’exécuter, toute la magnificence de ses trésors pour l'embellir, toute l'effusion de son sang pour le cimenter et le perfectionner.
(1) Prov., vin.
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C'est le chef-d'œuvre de ses mains ; c’est encore l’objet de ses complaisances. Avez-vous vu mon serviteur Job? disait le Seigneur : Considerasti servum meum Job (1) ? Grand Dieu ! quand du haut du ciel vous considériez l'univers, A avait des savants, des grands, des conquérants, des monarques élevés sur letrône ; et Job était sur son fumier, dévoré de la lèpre ; cependant c’est sur ce Job affligé que vous fixiez vos regards de complaisance : tout le reste disparaissait à vos yeux. Oui, une âme sainte, inconnue peut-être dans ce monde, ensevelie dans l'oubli, voilà un spectacle digne de Dieu, juste estimateur de toutes choses, et qui sait discerner le faux éclat des véritables lumières. Aux yeux de la foi rien de si grand, de si exçellent et de si digne de Dieu et de nous que la sainteté.
Pénétrez-moi de ce sentiment, à mon Dieu! tout le reste disparaîtra à mes yeux, et touchera peu mon cœur, parce que tout le reste n’est rien devant vous.
Troisième vérité, puisée dans le sein même de nos regrets et de nos pensées. Que faisons-nous pour devenir sain{s ? Qui êtes-vous ? d’où venez-vous ? où allez-vous ? Qui êtes-vous ? je suis chrétien. D'où venez-vous ? du sein de Dieu. Où allez-vous ? à l'éternité. Vous êtes chrétien, vous en avez lenom ; en avez-vous les vertus? Vous allez à l'éternité ; en prenez-vous le chemin ? étranger en cette terre de pèlerinage et d’exil, vous souvenez-vous que le ciel est votre patrie ? Appelé à l'héritage céleste, tâchez-vous d’attirer la tendresse du père de famille qui vous invite ? Vous avez une couronne préparée dans le ciel, pensez-vous qu’elle se donne au mérite ? |
En qualité de chrétiens, il y a dans nous un grand nom, de grands titres, de grandes espérances ; les soutencns-nous par de grands sentiments ? Hélas! tout est erand dans nous, à l'exception des mérites et des vertus.
(5) Job, 1.
0 mon Dieu ! quel est notre aveuglement ! Que faisonsnous pour être saints, ou plutôt que ne faisons-nous pas pour nous éloigner des voies de la sainteté?Si on nousdisait que pour être saints il faut prendre une voie toute contraire à celle de |’ Évangile, c’est à-dire, qu'au lieu de la ferveur, du renoncement, de la mortification, de la vigilance, des bonnes œuvres, il faut de la tiédeur, de la dissipation, de ja négligence, de l’oisiveté, de l’omourpropre, aurions-nous bien à changer dans nos mœurs ? et, sans y rien changer, ne serions-nous pas déjà de grands saints ?
Voiià ce que je me dois dire à moi-même : Qu'ai-je fait pour devenir saint ? Où sont les mortifications que j'ai pratiquées, les pénitences que j'ai exercées, les sacrifices que j'ai faits ? Tant de dissipation dans ma conduite, tant d'inutilité dans mes occupations, tant de lâcheté dans mes œuvres, tout cela est-il bien propre à m’ouvrir les voies de la sainteté et à m'y conduire ? Encore une fois, que faisons-nous pour devenir saints : et à quel titre espérons-nous être placés parmi eux ?
Quatrième vérité. Cependant, si nous ne sommes pas saints, que serons-nous un jour ? et de quoi nous servira tout le reste qui nous ocenpe, qui nous agite, qui nous transporte? Quand nous voyons les enfants se jouer entre eux dans les amusementsque porte leur âge, nous sommes surpris de les voir s’occuper si sérieusement à des riens : Ce sont des enfants, disons-nous ; hélas ! à ce prix, que d'enfants dans le monde, ét dans un âge bien avancé ! Car enfin, en comparaison des grands objets que l’éternité et la sainteté nous présentent, les amusements des enfants sont-ils plus vains que nos occupations prétendues importantes ? Quand est-ce donc que la foi nous dessillera les veux ? Attendons-nous, pour les ouvrir, que la mort vienne les fermer pour toujours ? Nous aurons acquis de grands biens, nous serons parvenus à de grands