SUR LA CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU
La conformité à la volonté de Dieu consiste essentiellement dans ces trois devoirs qu’elle nous impose : vouloir ce que Dieu veut, comme Dieu le veut, parce que Dieu le veut, telle est la conformité bien réglée, Ce que Dieu veut, en voilà l’objel : comme Dieu le veut, en voilà la règle : parce que Dieu le veut, en voilà le motif.
Que l’on serait heureux, à mon Dieu ! que l'on serait saint, si l’on se conforinait ainsi à vos volontés adorables ! Ne serait-ce pas comme entrer dès cette vie dans l'heureux état des élus, dont toute l'occupation est de faire vo!:* sainte volonté dans le ciel ?
1° Vouloir ce que Dieu veut, c’est le premier pasqu'il faut faire dans les voies d'unesainteconformité. Eh ! quoi de plus juste, de plus raisonnable, de plusnécessaire ? La volontéde Dieu est toujours sainte, toujours éclairée, toujours infaillible ; et la nôtre est souvent aveugle, souvent déréglée, toujours bornée, incertaine et flottante, capable de nous séduire, de nous égarer. Ne sommes-nous pas heureux d'avoir une règle sûre et infaillible que nous puissions suivre sans crainte de nous tromper, sans danger de nous égarer ? Dieu ne peut vouloir que le bien ; nous n'avons
qu’à le laisser nous conduire, assurés qu’il nous conduira infailliblement au port.
Vouloir ce que Dieu veut, et tout ce que Dieu veut sans exceplion, sans restriction, sans réserve. Car, comme en . malièré de foi, il faut que la croyance embrasse tous les articles. et que si l’on vient à en excepter un seul, la foi est détruile ; ainsi, en matière de conformité, il faut que la résignation s’élende à tous les objets ; et sion vient à se refuser à un seul, tout le mérite de la conformité est anéanti, Que pourrions-nous, que devrions-nous vous refuser et nous réserver, à mon Dieu ? serait-ce pour notre bien ou pour notre malheur ?
Ainsi l'homme résigné se conformera en tout à la volonté de son Dieu ; dans quelqueétat, dans quelque événement, dans quelque circonstance qu’il puisse se trouver, il trouvera dans sa conformité, une règle dans sa conduite, un asile dans ses combats, une consolation dans ses peines. Si, après un bonheur constant, où tout allait au gré de ses vœux, il tomhe dans un état d'adversité, où tous les malheurs viennent fondre sur lui, il s’écriera avec Job : Si nous avons reçu des biens de la main du Seigneur avec des actions de grâces, pourquoi ne recevrions-nous pas les maux avec soumission ? Si quelque revers de fortune lui enlève ses biens, le réduit dans un état d’indigence ou de médiocrité, il ajoutera avec le même Job : Le Seigneur me les avait donnés, le Seigneur me les a ôlés; que son saint nom soit béni. Et pour se proposer un modèle encore plus parfait, dans quelque état qu'il se trouve, il jettera les yeux sur son divin Maître ; et, animé par son exemple, et soutenu par sa grâce, il s’écriera avec lui: Que votre volonté s’accomplisse, à mon Dieu : et non pas la mienne : Non mea voluntas, sed tua fat (1).
Peut-être dans certains moments la voix de la nature se fera-t-elle entendre, et demandera-t-elle l'éloignement du
(1) Luc, x, 42.
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calice ; mais bientôt la voix de la grâce étouffera celle de la nature, et une conformité toule divine reprendra le . dessus sur la sensibilité trop humaine. Frappez, punissez, à mou Dieu ! suivez la sainteté de vos vues sans écouter la faiblesse de mes répugnances. Que ces sentiments vous sont précieux, Seigneur ! et qu’une âme vous est agréable quand elle les offre au pied de la croix par les mains d’une conformité si parfaite ! |
2° Vouloir ce que Dieu veut, et comme Dieu le veut. Car telle est notre faiblesse ou notre illusion: souvent la volonté se détermine à laisser à Dieule fond et la substance de ses actions ; mais elle se retranche sur la manière, et s’en réserve les circonstances : on veut les choses, maison les voudrait autrement ; on accepte avec résignation, par exemple, une maladie; mais on ne la voudrait pas si longue et si douloureuse. On se soumet en général aux humiliations et aux affronts, mais on a de la peine à digérer un affront de celte nature. On s'attendait bien à des ingralitudes dans le monde ; mais devait-on s’y attendre de la part de cette personne qu’on avait comblée de bienfaits ? Dans toute autre occasion, je me serais soumis sans peine à votre volonté; mais ici pardonnez ma faiblesse. Mon Dieu, qu’il m’en coûte de me résigner ! Vains prétextes, indignes réserves, que la conformité condamne et réprouve! Oui, âme chrétienne, il faut voussoumettre, quoi qu’il vous arrive, de quelque part qu’il vous arrive, dans quelque circonstance et de quelque manière qu’il puisse vous arriver ; car enfin, vouloir ce que Dieu veut, et ne pas le vouloir comme il le veut, ce serait lui dérober une partie du sacrifice, et vous $avez combien il a en horreur Ja rapine dans l’holocauste: ce serait lui donner l’arbre, et se réserver à soi-même les fruits.
Rappelez toujours l'exemple de votre divin Maitre : son père lui présente le calice d’amertume; les sens sontalar-
286 L’AME ÉLEVÉE A DIKU,
conformité le soumet à tout. Que tout s’accomplisse, à mon"Dieu ! non point comme jele voudrais, mais comme vous le voulez vous-même, Non sicut ego volo (1). Il me suffi de savoir que vous l'avez ainsi résolu dans les vues adorables de votre sagesse, Sed sicut tu.
Le grand exemple! le beau modèle ! trouve-t-il beaucoup de fidèles imitateurs ? Que de ménagements! que de tempéraments! que d’injustes réserves ! Homme de peu de foi, vous défiez-vous de la-bonté de votre Dieu et de la sagesse de ses volontés adorables?
3° Vouloir ce que Dieu veut, comme Dieu le veut, enfin le vouloir parce que Dieu le veut: voilà la perfection de la conformité, et le véritable holocauste qu’elle présente. Non, point d'autre motif, en accomplissant la volonté de Dieu, que cette volonté elle-même. Et quel motif plus grand, plüs relevé, plus saint, plus parfait, peut se proposer une créalure, que la volonté marquée de son Dieu? Nous convient-il de vouloir sonder les desseins de Dieu et de lui demander raison de sa conduite? Comment ceci ? Pourquoi cela? Loin de nous ces sentiments réprouvés. En matière de foi, comment ceci ? comme Dieu le dit ; et en malière de conformité, pourquoi cela? parce que Dieu le veut. Ce motif seul ne doit-il pas nous suffire, et nous tenir lieu de tout motif et de toute raison: parce que Dieu le veut? Ainsi vous-même, mon adorable Sauveur, vous êles-vous résigné à la volonté de votre Père céleste, dans toules les peines, les humiliations, les tourments de votre vie mortelle. Vous le voulez ainsi, Père céleste, je me soumetls à vos ordres. Je le veux parce que vous le voulez, etqu’ ilest de votre bon plaisir qu L ensoit ainsi, Quoniam sic fuitplacilum ante te (2).
Sentiment sublime! vue parfaite: source ineffable de tous les biens ? Que faisons-nous en effet par cette sainte conformité ? nous faisons un heureux échange de notre
(1) Matth., xxvi, 39, — (2) Matth., x.
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volonté en celle de Dieu, c’est-à-dire, d’une volonté humaine et toujours défectueuse en cette volonté divine et parfaite. Une fois ainsi parfaitement résignés à la volonté de Dieu, quels avantages n’y trouverons-nous #33? cette sainte conformité ne deviendra-t-elle pas pour nous le principe, le conible, la plénitude de tous les biens ?
Plénitude de grâces; Dieu les a iheeses dans leur abondance à une âme résignée.
Plénitude de mérites ; en est-il une source plus ineffable que cette sainte conformité dans un parfait abandon ?
Plénitude de consolation; quoi de plus consolant que de se jeter ainsi entreles bras d’un si tendre père ?
Plénitude de paix ; eh! qui pourrait troubler le calme | d'une âme qui repose dans le sein de Dieu ?
Plénitnde de gloire; quelle couronne n’est pas préparée dans le ciel à une âme ainsi disposée sur la terre?
MÉDITATION