‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 83 sur 112 · SUR LA PERSÉVÉRANCE · texte numérisé non relu

SUR LA PERSÉVÉRANCE

Cette lecture s'adresse à des âmes qui, ayant été autrefois éloignées de Dieu par le péché ont eu le bonheur de rentrer en grâce avec lui par la pénitence; et je dis que le motifle plus grand, le plus efficace, le plus digne de Dieu pour engager à la persévérance dans son saint service, c’est la bonté même de Dieu, et la reconnaissance élernelle que nous lui devons après ce salutaire retour.

Je dis donc à ces âmes: Qu'éliez-vous autrelois ? qu'êles-vous à présent? qu'est-ce que Dieu à fait pour vous et en votre faveur? Vous étiez dans un état de péché, de mort et de damnalion, éloignées de Dieu, ennemies de Dieu, objets de sa colère, frappées de ses anathèmes, dignes des peines de l'enfer, et pouvant être à lous les inslants précipitées dans le sein d'une élernité malheureuse. Dans ce triste élat, où vous ne méritiez que les ets de h justice et des vengeances de Dieu, qu'est-ce que Dieu afait pour vous, et de quelles grâces vous a-t-il prévenues? [1 vous à rappelées avec bonté dans votre fuite, il vous a attendues avec une patience inaltérable dans votre éloignement, il vous a reçues avec une tendresse ineffable dans votre retour: et pour cela que de grâces! eten cela quelle miséricorde! Mais en conséquence quel relour, quelle reconnaissance, quel amourdevez-vous avoir pour Dieu! quelle fidélité, quelle constance, quel attachement inviolable à son saint service ! Ce seul motif de reconnaissance et d’amour envers Dieu ne doit-il pas vous allacher à jamais à lui?

Que si, après de tels bienfaits et une telle miséricorde, vous veniez encore à l’abandonner, à l'offenser, à vous armer contre lui, ne devriez-vous pas vous regarder comme indignes de respirer et de vivre?

Qu’ êtes-vous à présent? Vous devez vous regarder comme autant d'enfants prodigues, vous en avez tous les traits et toute la ressemblance. Or, pensez à cet enfant autrefois indocile, rebelle, éloigné du plus tendre des pères, mais enfin revenu à lui, reçu avec bonté, comblé de nouvelles faveurs, ayant retronvé dans le cœur de son père la place dont il s'était rendu si indigne. Si cet enfant, après une si grande et si ineffable bonté de la part de son père, était retombé dans ses premiers égarements, avait encore outragé, abandonné ce tendre père, avait blessé el percé son cœur d’un nouveau glaive de douleur, ne l’auriez-vous pas regard comme un monstre d’ingralitude ot d'horreur ?

Or, voilà ce que vous seriez aux yeux de Dieu, si vous veniez encore à quilter le Seigneur, à vous éloigner de lui, à l’outrager de nouveau; en un mot, à manquer de persévérance dans son service. De quel œil devriez-vous alors vous regarder vous-mêmes? Pourriez-vous encore

soutenir vos propres regards, et à quoi ne devriez-vous |

pas vous attendre pour l'avenir ?

Car de là qu'arriverait-il? et quelles suites terribles pourraient avoir devant Dieu votre infidélité et votre manque de persévérance !

1° Dès lors vous perdriez entièrement tous les mérites que vous auriez acquis par le passé, le fruit de tous vos travaux, de tous vos combats, de tout ce qu’il vous en : coûté pour revenir à Dieu: l’amitié de Dieu, la grâce sanclifiante, toules vos vertus, tous vos mérites, tous les trésors que vous avez amassés, tout serait dissipé et arraché de vos mains par le péché : vous-mêmes réduites à un état de dépouillement, d’indigence, de misère spirituelle, et,

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au lieu de tons ces biens précieux, n'ayant que des trésors de colère. Triste et funeste état où vous réduiraient votre infidélité et votre rechute!

2° Par le manque de persévérance, votre état devant Dieu deviendrait pire ençore «ue le premier, plus triste, plus déplorable, plus funeste qu'auparavant. C’est le Sauveur même qui nous le dit: Frunt novissima illius homines pejora prioribus (1). Le péché de rechute est bien plus grand devant Dieu, parce qu'il est commis avec plus de connaissance, plus de malice, plus d’ingratitude, après des grâces plus signalées, après des promesses plus solennelles, après des résolutions cimentées par le sang de Jésus-Christ même. Quel crime et quel malheur!

3° En manquant de persévérance, vous rendriez votre retour à Dieu bien plus difficile. Comme les maladies où l'on retombe sont plus dangereuses et plus funestes, ainsi les plaies de l’âme qui se renouvellent sont bien plus profondes et plus envenimées. Des passions qui ont pris une nouvelle force, le penchant au mal devenu plus violent, les habitudes plus enracinées, quels obstacles au retour: et à la pénilence! quels efforts redoublés, quels sacrifices généreux ne demanderaient-ils pas ! en seriez-vous capables ? et si avec moins d’obstacle vous ne vous êles point soutenues, que deviendriez-vous quand les obstacles seraient malheureusement multipliés, et vos forces sensiblement affaiblies ?

Vous auriez à craindre que Dieu ne retirât ses grâces, du moins ses grâces privilégiées et choisies, dont il vous avait si abondamment favorisées. Car enfin un père cruellement outragé par un fils ingrat et dénaturé sera-t-il bien porté à le prévenir et à lui ouvrir son cœur ? Un ami indignement traité, déshonoré, fera-t-il aisément les premières avances pour la réconciliation ? Un roi abandonné et trahi comblera-t-il de ses faveurs signalées un sujet re-

(1) Matth., xu.

belle dont il aurait beaucoup à se plaindre? Dieu est votre roi, votre ami, votre père; si vous étiez assez malheureuses pour l’offenser et l'outrager encore, surtout après qu’il vous a rendu sa tendresse et son cœur, devriez-vous vous attendre à ses grâces de prédilection et de choix ? Ne devriez-vous pas craindre, au contraire, qu’il ne les retirât, de peur d’une nouvelle profanation et d’un nouvel abus ?

4° J'ajoute même en tremblant que, par le défaut de persévérance, vous rendriez en quelque manière suspectes votre pénitence et votre conversion. Je sais bien que la grâce ne rend pas impeccable, et qu'après une conversion, même sincère, on peut relomber ; que la rechute n'est point une marque assurée d’une fausse pénitence, je le sais ; et à Dieu. ne plaise que je veuille jeter le trouble et la terreur dans les âmes ; mais toujours est-il vrai de dire que les rechutes donnent quelque sujet de craindre pour les pénitences passées, surtout quand ces rechutes sont promptes, sont fréquentes, sont plus réfléchies. Or, n'y eût-il sur ce point que la moindre crainte, le moindre soupçon, n’en est-ce pas assez pour faire souverainement redouter la rechute dans le péché, et par à même, pour nous engager à une sainte persévérance dans la grâce, de peur de nous exposer à ces tristes relours? Il y a plus encore; et pour augmenter le désir, le soin d’une sainte persévérance, surtout par le juste motif d’amour et de reconnaissance envers Dieu, vous devez vous considérer, en quelque manière, comme des tisons arrachés de l'enfer par l'effet des bontés de Dieu. Il est bien constant qu’une personne qui nous empêcherait de tomber dans un abîme nous ferait un plus grand bien que si elle nous en relirait après que nous y serions tombés. Voilà ce que Dieu a fait pour vous. Par votre péché vous aviez mérité l'enfer : Dieu, en vousempêchantd'y tomber, a plus fait pour vous que s’il vous en avait retirées après

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Si de pareils motifs trouvent vos cœurs capables de sentiments, ne doivent-ils pas vous engager à une sainte et inviolable persévérance dans son service, vous attacher pour toujours à lui, vous déterminer à perdre mille fois la vie plutôt que de l’abandonner ? Après tout, vous le savez, ce ne sont pas les commencements, c’est la fin qui décide. Celui-là seul sera sauvé, qui aura persévéré jusqu’à la fin, Qui perseveraverit usque in finem, hic salvus erit (4).

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