L'ÉTERNITÉ
L'homme entrera un jour dans la maison de son éternité, dit l'Esprit-Saint : 1bit homo in domum æternitatis suæ (1). Il est donc vrai, à homme mortel ! que si vous êtes en ce monde, ce n'est pas our toujours; qu'après celte vie courte et de quelques jours, il en succédera une autre qui n’aura point de fin. Il est donc vrai, à homme pécheur et impénitent ! que tes crimes, tes excès, tes dé-. sordres, ne seront pas impunis, et que les abîmes des vengeances s'ouvriront un jour pour t’engloutir à jamais. Il est donc vrai, Ô âmes justes! que vos vertus, vos afflic-’ tions ne seront pas sans récompense, et qu’une couronne immortelle leur est préparée dans le sein des élus, dans la région des vivants.
Pensez-y bien; le temps ne nous est donné que pour penser à l'éternité.
Éternité ! après quelques années passées dans les amusements, la joie, les plaisirs, l'abondance, une éternité tout entière dans les regrets, les remords et le désespoir ; toujours et jamais; ces deux mots feront la mélitation éternelle du réprouvé ; toujours dans les tourments, toujours dans les flammes, toujours dans le sein des horreurs; jamais la moindre lueur d'espérance. -
Eternité ! après quelques années passées dans les croix, . les peines, les exercices pénibles de la vertu, une éternité tout entière de joie, de consolations, de bonheur, d’ineffables délices : toujours et jamais, ce sera la contempla-
(1) Eccles., x11,
tion éternelle du prédestiné, Toujours dans Dieu, avec Dieu, heureux du bonheur même.de Dieu. Jamais de crainte, de chagrins, de vicissitudes, de changements : Loujours et jamais; jamais et toujours. Malheur à qui n’y pense pas, mais malheur plus grand encore à qui y pense, etqui ne vit pas en chrétien et en saint !
Hélas! insensés que nous sommes ! que faisons-nous le peu de jours que nous passons sur la terre? On ne pense qu'au temps, on ne s'occupe que du temps, on ne travaille que pour le temps, on ne vit que pour le temps ; et l'éternité nous altend, et l'éternité avance à chaque moment; et l'éternité va nous recevoir; demain peut-être nous entrerons dans son sein. Aujourd’hui dans la joie, les festins, les parties de plaisir ; et demain dans les lar+ mes, les soupirs, les sanglots : quel aveuglement !
Il y a une éternité : y avons-nous pensé? y pensonsnous sérieusement, efficacement ? Est-ce ce tendre enfant, qui, à la honte de ceux qui lui ont donné la vie, sait à peine qu'il y en a une autre? Est-ce celte jeune personne, livrée aux amusements, aux enchantements de ce monde, et aux désirs déréglés de son cœur ? Est-ce celte personne avancée en âge, qui ne pense qu'à prolonger une vie qu’elle devrait consacrer à la pénitence et aux larmes ?
Si l'on pensait à l'éternité, quel changement verrait-on dans les cœurs! Cet ennemi ne penserait-il pas à se réconciliéb, et voudrait-il aller paraître devant Dieu, le fiel dans la bouche et l’amertume dans l’âme? Celui-ci garderait-il un bien qu'il sait ne posséder qu’à titre d’injustice ? Celui-là porterait-il dans la conscience un doute qui l’inquiète, et attendrait-il d’en avoir l'éclaircissement au tribunal du souverain juge ? Si l'on y pensait, se conduirait-on comme on se conduit ? agirait-on comme on agit? vivrait-on comme on vit ? Qui est-ce qui, pensant u'après cette vie périssable et mortelle il y en a une immor-
telle et du est-ce qui un abîme à tout en l'éviter ? ( d'une éte après elle Ah!si sirs auraie lisans ? le pas de le c désertes, ] lacles pro dans les te bunaux de absorbé da lui-même l'attends ; ç du soir au.
serais-je en lerminer m une nouvel penser sans serait mon vivais comr rien à espét 0 pensé vous seriez méditée !
Un peintre { Peintre, qui It êles si habile moi, bien infé temps? — En pour le temps, leçon ! ne Trou!
L'AME PÉNITENTE. 379 telle et durable, ne lui consacrerait pas tous ses soins ?Qui
vec
s de est-ce qui, voyant un enfer ouvert sous ses pieds, comme its : un abîme prêt à l’engloutir à jamais, ne se résoudrait pas n'y à tout entreprendre, à tout souffrir, à tout perdre, pour nse, l'éviter ? Qui est-ce qui, envisageant la gloire, les délices d'une éternité bienheureuse, ne soupirerait pas sans cesse
usle Æ aprèselle ? :
ense Al ! si l’on pensait sérieusement à l'éternité, les plaitra- sirs auraient-ils des sectateurs? le monde aurait-il des parset tisans ? le péché aurait-il des esclaves? Non, je ne crains mo- pas de le dire: dès lors les assemblées mondaines seraient -être désertes, les parties de plaisir seraient rompues, les specjoie, tacles profanes abandonnés, il n’y aurait de foule que lar+ dans les temples ; les autels seraient environnés, les tri- | bunaux de la pénitence assiégés ; chacun de nous, comme sons - absorbé dans cette grande pensée, se dirait sans cesse à e en- lui-même : Il y a une éternité, je la crois, je la crains, je , sait l'attends ; elle peut me surprendre à tous les moments; per- du soir au matin je puis y être appelé; et si cela arrivait, de ce serais-je en état d'y entrer? Ah! puisque je ne dois un jour celte terminer ma course en ce monde que pour en commencer pnger une nouvelle dans l’autre, n'est-il pas de la sagesse d’y aux penser sans délai, de m'y préparer sans relâche? Et quel serait mon malheur, si, après des réflexions si solides, je it-on vivais comme j'ai vécu, comme ceux qui semblent n'avoir
ré- rien à espérer ou à craindre après celle vie!
O pensée de l'éternité ! que vous êles grande ! que vous seriez salutaire : mais, hélas ! que vous êtes peu méditée !
HISTOIRE
Un peintre fameux dans l'antiquité fut un jour interrogé par un autre peintre, qui lui fit cette demande : Comment arrive-t-il que vous, qui êtes si habile dans votre art, fassiez si peu de tableaux, tandis que moi, bien inférieur en mérite, j'en fais un si grand nombre dans peu de temps? — En voicila raison, lui répondit l’autre : c’est que vous peignez pour le temps, et moi je peins pour l'éternité, æœternitati pingo. Belle leçon ! ne rougissons pas de l’apprendre. Tous tant qu: nous sommes,
nous avons un tableau à tracer ; car, en qualité de Chrétiens, si nous voulons étre prédestinés, il faut tracer dans nous le portrait et la ressemblance de Jésus-Christ même, qui est le chef et le modèle de tous les élus, Chaque jour nous pouvons y travailler ; une prière adressée à Dieu, une aumône offerte en vue de Dieu, une mortification consacrée en esprit de pénitence ; tout cela autant de coups de pinceau que nous donnons, autant de traits de réssemblance avec le divin modèle qui nous est présenté : mais souvenons-nous toujours que ce portrait doit être fait pour l'éternité, æternitati pingo.
Pénétrés de ces grands sentiments, agissons, vivons désormais comme des personnes remplies de la pensée de l'éternité, soutenues par la foi de l'éternité, animées par l'espérance de l'éternité, en un mot, destinées à l’éternilé, Puisse-t-elle être pour nous à jamais heureuse!
Pensez-y bien, et dites-vous sans cesse à vous-même,
Il y a une éternité.
Je suis fait pour l’éternité.
Je suis peut-être à la porte de l’éternité.
Quel sera mon sort dans l'éternité? Le temps ne m'est donhé que pour y penser. C’est à quoi je vais consacrer lesmoments qui me restent,