LA MORT DU PÉCHEUR OU L’IMPÉNITENCE FINALE
Pensez-y bien ; c’est le péchenur mourant lui-même qui vous le dit.
Le voilà donc ce pécheur, tel que nous l’avons repré-
senté, qui a vécu dans le péché, qui a différé de jour en jour de se convertir ; qui s’est toujours flatté de se convertir à la mort ; le voilà frappé d’une maladie dangereuse; les premiers jours on se rassure, on dit : Ce ne sera rien. Cependant le mal augmente, devient sérieux. Que fait-on alors? médecins, consultes, remèdes, tout est employé en faveur du corps : mais que fait-on pour l'âme? Il n’est pas encore temps : rien ne presse, il ne faut pas effrayer le -malade, attendons demain ; si le mal augmente, on l'avertira. Îl augmente en effet, et la maladie est enfin déclarée mortelle : on commence à se regarder dans la maison; la tristesse est peinte sur les visages ; on n’ose se parler, ou on se parle tout bas; on se cache du malade, on se trouble, on ne sait comment s’y prendre pour l'avertir. Fausse tendresse ! funeste ménagement !
Enfin le malade est à l'extrémité, une faiblesse, un accident le saisit; sans connaissance, sans parole, sans sen-
timent ; fesseur !
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timent ; un confesseur ! : rie-t-on tout alarmé, un confesseur! On s’empresse, inais, Ô Providence ! à Justice redoutable! le ministre du Seigneur ne se trouve point; on cherche, on attend; en attendant le malade meurt : In peccalo vestro moriemini (1), vous mourrez dans votre péché. Peut-être trouvera-t-on d'abord le ministre du Dieu vivant : il vient avec empressement, mais, dans le moment qu’il entre, le malade expire: el la première parole que le confesseur entend, c'est celle-ci : ilest mort, In peccalo.
Peut-être trouvera-t-il le malade encore en vie; mais quelle vie ! et par rapport au salut, n'est-ce pas à peu près comme s’il était déjà mort? Sa lête penchée tombe de faiblesse, ses yeux égarés s’obscurcissent, une pâleur mortelle est peinte sur son visage, ses membres sont glacés, il est languissant et aux prises avec les angoisses d’une triste agonie; cependant point de signe de pénitence sur lequel on puisse compter. Quel état! Est-il bien propre à une conversion ? In peccalo.
Mais donnons au malade ce qu'on peut désirer ; supposons qu’il ait été prévenu, que le confesseur se soit trouvé à lemps, que le malade ait encore sa connaissance, sa liberté ; avec tout cela sera-t-il en sûreté ? Allons, allons en esprit auprès du lit du mourant ; soyons les témoins d’un spectacle en apparence édifiant et touchant, mais en effet le plus terrible et le plus effrayant : je veux dire, voyons dans quelles dispositions sont ordinairement ay lit dela mort ceux qui ont différé jusqu'alors de se converlir. Jugements redoutables de Dieu! je n’y vois d’ordinaire que des pécheurs impénitents, tous différents les
uns des autres, mais tous également impénitents, esclaves du péché durant leur vie, et victimes des vengeances de Dieu à la mort , In peccato.
Pécheur impénitent, qui à toutes les sollicitations qu'on
(1) Joan., xx!.
AME ÉLEV.
L'AME PÊNITENTE,
lui fait ne répond que par une indifférence, une espèce d’insensibilité léthargique; rien ne le touche, rien ne le frappe ; et dans ce dégoût mortel que le malade montre pour les choses de Dieu, on ne voit que trop que Dieu à son tour s’est éloigné du malade , In peccalo.
Pécheur impénitent, qui, au lit de la mort, ne regardant plus Dieu que comme un juge terrible, un inexorable vengeur, se jette dans le sein de la défiance et du désespoir ; qui, à la vue de ses crimes èt de ses horreurs, s'imagine qu'il n’y a plus de pardon et de miséricorde pour lui, ne voit que des éclairs et des foudres dans Dieu, se condamne lui-même, et, par sa défiance funeste, grave dans son cœur son arrêt éternel , In peccato.
Pécheur impénitent, qui, donnant dans un autre excès, se livre au sentiment d'une confiance présomplueuse ; qui s'imagine qu'un Dieu créateur est trop bon pour perdre à jamais sa créature; que, sa miséricorde étant infinie, lout péché sera aisément pardonné; confiance en apparence chrélienne, et en effet présomption diabolique qui le livre à son sens réprouvé, el met le sceau à sa réprobation, În precato.
Pécheur impénitent, qui, ayant étouffé la foi dans son
cœur, et poussant le désordre jusqu'aux horreurs de l'irréligion et de l’impiété, ne veut entendre parler ni de conversion, ni de religion, ni de sacrements, ferme les yeux et les oreilles à ivut, expire dans ces sentiments, porte la consiernation et l’eflroi dans tous les assistants, consommant ainsi les excès d’une vie impie el scandaleuse par une mort criminelle el funeste, /n peccato. … C’en est fait, le mourant expire, il n’est plus : déjà le son des cloches lugubres se fait entendre ; qu’annoncentelles? qu'il y a une personne de moins dans une famille, un homme de moins dans le monde, et un réprouvé de plus dans les eufers, In peccato.
Quelle mort! peut-on y penser sans frémir ?
calo vest
Un gra grands dés qui lui éta salut de s4 sentant le confesserai zèle, l’exhc malade, et avec le ma confession ton de vor:
Peccator v irrite : à |’ sans plus « différer, lui père, je me frayant :.
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(1) Psalm
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Ans son de l'irr ni de me les ments, stants, cauda- Lo.
déjà le ncenlmille,
uvé de
. Tels sont d'ordinaire, je ne dis pas tous, mais la plupart des pécheurs qui ont différé leur pénitence jusqu'à la mort; telles sont les dispositions de leur cœur qui s’est endurci, ou plutôt tels sont les coups de la main redoutable de Dieu qui les frappe ; vie des pécheurs, mort des réprouvés, élernilé de tourments et de désespoir, 2n peccalo vestro moriemin,
HISTOIRE
Un grand pécheur, qui avait passé sa vie dans l’habitude des pius grands désordres, étant tombé dangereusement malade, un saint prêtre, qui lui était attaché, vint le visiter pour l'enguger à penser enfin au salut de son âme : le malade ne répondit rien : le prétre, en lui représentant le danger où il est, l’exhorte à se confesser. Oui, oui, je me confesserai, dit-il, et il diffère touiours. Le prêtre, animé d’un saint zèle, l’exhorte pins vivement encore. Eh bien ! venez demain, dit le malade, et je me confesserai. Le lendemain le prêtre vient et etant seul avec le malade, il fait le signe de la croix, et veut comniencer cette confession : le malade reste quelque temps sans rien dire ; ensuite, d’un ton de voix terrible, il prononce ces paroles effiayantes de l'Écriture : Peccator videbit, et irascetur 1), le péclieur ouvrira les yeux ect sera irrite : à l'instant il enfonce la tête dans son lit, et se couvre le visage sans plus dire mot. Le confesseur le découvrant : ll ne s’agit pus de différer, lui dit-il, mais de vous confes:er sans délai. — Oui, oui, mon père, je me confesserai, répond le malade; alors il continue ce texte effrayant : Dentibus suis fremet et tabescet, le pécheur grincera des dents il frémira de rage; et à l'instant, comme la première fois, il se cache et s’enfonce dans son lit. Le conlesseur le découvre de nouveau, et le conjure avec larmes de penser à Dieu et à sa confession. Oui, oui, mon père, confessons-nous, confessons-1rous, dit le malade : et pour la troisième fois il se couvre le visage, et avec des yeux égarés il s'enfonce encare plus avant en disant ces dernières paroles : Desiderium peccatorum peribit, les désirs du pécheur périront avec lui. Le contesseur alarme le découvre et le trouve mort.
À retrait effrayant que puis-je ajouter ? Que les larmes parlent, et non les paroles. Pensez-y bien; persez-y Lien ; et ne vivez plus que pour y penser ; cetie pensée seule vous tiendra lieu de toute réflexion.
(1) Psalm. cx1,