‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 96 sur 112 · LES JUGEMENTS REDOUTABLES DE DIEU · texte numérisé non relu

LES JUGEMENTS REDOUTABLES DE DIEU

Voici un sujet qui donnera de quoi penser, de quoi méditer el de quoi trembler. Mille fois on a eu la pensée des jugements de Dieu ; peut-être n’y a-t-on pas pensé sérieusement une seule fois ; il est temps de le faire et de nous y préparer.

1° Le monde passe comme une figure qui est à présent, et qui bientôt ne sera plus. La vie s'évanouit comme un songe, en attendant de réveil qui finira l’assoupissement, Les hommes, pour la plupart, coulent leurs jours dans la dissipation, l'agitation, l'oubli d'eux-mêmes et de Dieu; ils vivent presque comme s’ils n'avaient rien à espérer ou à craindre après celle vie, en abusant sans cesse de la mi- . séricorde qui les invite à la pénitence.

La justice aura son temps, et reprendra ses droits avec d'autant plus de rigueur, que le souverain juge aura usé de plus de bonté.

Oui, il viendra, ce grand jour, ce jour terrible; il pa-

raîtra, ce juge irrilé, ce juge ontragé, ce juge alors inflexible; il se montrera aux pécheurs avec celte majesté qu’ils auront méconnue, qu'ils auront méprisée : des prodiges frappants de puissance el de terreur annonceront sa venue, et seront les avant-coureurs de son jugement et de ses vengeances.

On verra avec surprise et avec frayeur, à la voix du souverain juge, le soleil s’éclipser et refuser sa lumière aux yeux étonnés, la lune se couvrir d'une sueur sanglante, les étoiles fumantes se détacher du firmament ; une obscurilté affreuse se répandre sur tout l’univers, et le couvrir de sombres ténèbres; la terre entière, ébranlée jusque dans ses fondements, trembler et porter dans tous les cœurs le tremblement dont elle sera elle-même agitée; la mer en fureur sortir de ses bornes; toute la nature dans le trouble, la confusion, la consternation et l’effroi,

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tendre à une destruction générale : alors un feu vengeur, allumé par le souffle de la colère de Dieu, s’élève du sein de la terre, et consume enfin ce vaste univers; le genre humain est détruit, et le monde finit.

Le-voilà donc anéanti, ce monde entier ! ce n'est plus qu'un tas de cendres inanimées et couvertes d’épaisse fumée. Hélas! était-ce donc pour ce monde périssable qu'il fallait former tant de désirs, faire tant de projets, livrer tant de combats, commettre tant de crimes et de désordres? Que sont devenus ces richesses, ces plaisirs, ces honneurs, et lous ceux qui les possédaient? Ne savait-on pas que tout périrait, et qu'il faudrait un jour tout quitter, et aller rendre comple de toul au juge suprème?

2° Au premier son de la trompette fatale que les anges feront entendre, tous les morts, sortant du tombeau, se rendront dans celte célèbre vallée où sera l'assemblée générale de tous les hommes qui ont été, qui sont, et qui seront à jamais. Oui, tous tant que nous sommes, nous serons cités à ce tribunal redoutable, où le souverain juge nous interrogera, nous examinera, et nous jugera sur tout et dans toute la rigueur de ses jugements.

Il jugera nos pensées ; tant de pensées mauvaises, de pensées hontenses, de pensées criminelles, tant de jugements léméraires : quelle matière de jugement!

Il jugera nos paroles; il les pèsera; paroles oiseuses et inutiles, paroles libres et indécentes, paroles impies et scandaleuses : ah! que n’avions-nous mis un frein à

notre langue ! Il jugera nos affections, nos sentiments;

et sondant le fond de nos cœurs, il y dévoilera ces affections basses et indignes, ces affections coupables et déréglées, ces affections injusteset si souvent fnnestes. De quoi noscœurs dépravésn'étaient-ils pas capables, quand la passion les dominait ?

Il jugera nos actions et tous les motifs qui les auront

animées; vanité, complaisance, amour-propre, respect humain, intérêt, et tant d'autres vers rongeurs qui infectaient toutes nos œuvres de leur funeste poison.

Îl jugera même nos justices et nos prétendues bonnes œuvres, si souvent défectueuses et imparfailes, par les tiédeurs, les négligences, les infidélités qui se glissaient presque dans lout, et qui altéraient tout dans nous.

Oh ! que de péchés inconnus, que de monstres cachés

paraîtront alors, que d'hypocrisies, de dissimulaiions, de déguisements, de perfidies, de désordres secrets ! Ces crimes qu'on avait soustraits aux yeux des autres, qu’on aurait voulu se déguiser à soi-même, ét auxquels on ne pouvait penser sans rougir ; tout cela paraîtra au grand jour, lout sera dévoilé aux yeux de tout l'univers. Quelle honte, quelle confusion pour les coupables ! à montagnes, tombez sur nous! collines, écrasez-nous! s’écrieront-ils, étonnés, alarmés, confondus, sans espoir, sans ressource, dans la vue formidable de ce qui doit arriver.

3° Que restera-t-il donc, que de porter enfin la dernière sentence et l’arrêt éternel qui doit décider de tout pour toujours, et fixer à jamais le sort des élus ou des réprouvés? Venez, Ô vous, les bien-aimés de mon père, dira aux justes le juge suprême ; venez, entrez en possession du royaume céleste qui vous a été préparé de toute éternité; vous avez gémi, vous avez pleuré, vous avez souffert ; venez recevoir la juste récompense de vos gémissements et de vos soupirs, Vente, benedicti Patris met, etc. Et vous pécheurs, vous coupables, vous obstinés, relirez-vous de moi pour toujours ; je vous maudis à jamais : allez, soyez précipités dans les feux éternels, qui ont élé allumés pour les démons et les anges rebelles, Discedite à me, maledicti, in ignem æternum. À ce moment même, d'une part, le ciel s'ouvre, le juge suprême

y monte en triomphe avec ses élus; mais de l’autre, l’enfer ouvre aussi ses abîmes, et engloutit à jamais les

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réprouvés dans ses feux vengeurs, où il n’y aura plus nour eux que pleurs et que grincements de dents, qu'amertume et que Miel, que rage et que désespoir pour partage. Tout est fini dans le temps, lout sera immuable dans l’éternité. Pensons-y, et ne cessons jamais d'y penser.

Heureux, si en y pensant toute notre vie, nous pouvons enfin trouver un juge propice et obtenir un jugement favorable!

HISTOIRE

Balthazar, i'impie Balthazar est enivré dans les excès d’un festin, au milieu de sés courtisans : livré aux délices de la table, blasphemant contre Dieu, abusant de sa miséricorde, il en vient jusqu’à profuner les vases du temple sacré : il regarde ce jour comme un jour de plaisir et de joie : malheureux! le moinent de son jugement est venn ; à l'instant il voit ne main terrible qui écrit sur la muraille son arrét en ces termes : Mane, thecel, phares, j'ai compté, j'ai pesé, j'ai divisé. J'ai e mpté tes jours, tu es à la fin ; j'ai pesé tes actions, elles te condamnent ; jai divise ton royaume, et je le livre à tes ennemis. Telle est la sentence portée, et le jugement arrêté contre lui. La nuit même tout s'exécute, et il meurt ; il meurt en réprouvé, comme il avait vécu en impie.

Craignons les jugements imnpénétrables du Seigneur ; tenons-nous prêts à tous les instants; tremblons sous sa main puissante, et n'oublions jamais que, comme il est le Dieu des miséricordes, il est aussi le Dieu des vengeances.

Pensez-y bien.

Saint Jérôme n été un des plus saints pénitents de l’Église de Dieu; dégoûté du tumalte et de la grandeur de Rome, il se retira dans la Palestine, et s’ensevelit, en quelque manière, dens la solitude ; là on ne peut exprimer quelle fut l’austérité de sa vie, la sévéri.é de ses pénitences, de ses mortifications, de ses macérations, des sain'es rigneurs qu’il exerça sur lui- méme. On le voyait, une pierre à la main. se frapper la poitrine, et mettre son corps tout en sang; dans cet état, tonjours tremblant et alarmé, il méditait sans cesse la rigueur des jugements de Dieu. Absorbé dans cette profonde pensée : Hélas ! s’ecriait-il en tremblant, il me semble entendre à tous les moments le son terrible de cette trompelte fatale qui nous appellera ious au jugement ; jour et nuit elle vient retentir à mes orcilles, et mon esprit consterné ne prut 8e rassurer au souvenir d'un Dieu terrible qui doit me juger. Il passa sa vie dans la crainte et l'attente des jugements de Dieu ; heureux de les avoir prévenus par une pénitence si longue et si rigoureuse !

1° Apnrenons à méditer les jugements de Dieu, puisque nous devons un jour y paraître. |

20 dial à les craindre, puisqu’ils doivent décider de notre sort À amais.

3° Apprenons à nous y préparer, puisque de cette préparation dépend ou le bonheur ou le malheur éternel.

4° Jugeuns-nous sévèrement nous-mêmes, afin que Dieu nous juge dans sa miséricorde,

50 Mettons-nous au-dessus des vains jrgaments des hommes, quand -Îls seront capables de nous éloigner de la loi de Dieu.

6° Enfin prions le Seigneur de nous étre propice dans ce jour terrible de ses vengeances,

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