LA GRÈCE
Les Grecs, depuis la plus haute antiquité, ont été en possession de la vérité sur le monde spirituel. Souvent, dans Homère, les mourants prophétisent et rame de Patrocle vient visiter Achille dans sa tente. « Suivant la doctrine du plus grand nombre des philosophes grecs, chaque homme a pour guide un démon particulier (on appelaitrfai>>?(Jn les Esprits) dans lequel était personnifiée son individualité morale »(1). Le commun des humainsétait guidé par des Esprits vulgaires, les sages méritaient d'être visités par des Esprits supérieurs (Id.) Thaïes qui vivait six siècles et demi avant notre ère enseignait, comme en Chine, que l'Univers était peuplé de démons et de génies, témoins secrets de nos actions, de nos pensées même, et nos guides spirituels (2). Il faisait même de cet article un des principaux points de sa morale, en avouant que rien n'était plus propre à inspirer àchaque homme cette espèce de vigilance sur soi-même, que Pythagore nomme plus tard le sel de la vie (3).
Epinoénide, contemporain de Solon, était guidé par les Esprits et recevait souvent des inspirations divines. 11 était fortement attaché au dogme de la métempsycose, et, pour convaincre le peuple,
(1) Maur^', la Magie et l^ Astrologie, p. 263.
(2) Diog. Laertius^ libro I, n» 27.
(3) Dictionnaire universel, historique^ critique et biographique, t. XVII. Voir « Thaïes ».
il y
30 DÉMONSTRATION EXPÉRIMENTALE DE l'iMMORTALITÉ
racontait qu'il ressuscitait souvent, et que, notamment, il avait été Eacus (1).
Socrate (2) et surtoutPlaton, trouvant la distance trop grande entre Dieu et Thomme, remplissaient rintervalle d'Esprits, qu'ils considéraient comme les génies tutélaires des peuples et des individus, et les inspirateurs des oracles. L'âme préexistait au co rps, et arrivait au monde douée de la connaissance des idées éternelles. Pareille à l'enfant, qui a oublié le lendemain les choses de la veille, cettç connaissance s'assoupissait en elle, par son union avec le corps, pour se réveillée, peu à peu avec le temps, le travail, l'usage de la raison et des sens. Apprendre, c'était se ressouvenir; mourir, c'était retourner au point de départ et revenir à son premier état : de félicité pour les bons, de souffrance pour les méchants.
Chaque âme possède un démon, un Esprit familier qui l'inspire, se communique à elle, dont la voix parle à la conscience de chacun de nous et l'avertit de ce qu'elle a à faire ou à éviter. Fermement convaincu que, par l'intermédiaire de ces Esprits, une communication pouvait s'établir entre ce monde des vivants et ceux que nous appelons des morts, Socrate avait un démon, un Esprit familier qui lui parlait sans cesse, et dont la voix le guidait dans toutes ses démarches (3).
(1) Fénclon, Vie des philosophes deVanliquilé.
(2) Phédon, Tiniêe, Phèdre.
(3) E. BonneiTHTi», V Ame et ses manifestations à travers l'histoire^ p. 109 el suivantes. Voir aussi Rossi do Gustiniani : le Démon de Socrate.
c< Oui, dit Lamartine, il est inspiré ; il nous le dit, il nous le répète, et pourquoi refuserioos-nous de croire sur parole l'homme qui donnait sa vie pour l'amour de la vérité? Y a-t-il beaucoup de témoignages qui vaillent la parole de Socrate mourant? Oui, il était inspiré... La vérité et Ja sagesse ne sont point de nous ; elles descendent du ciel dans les cœurs choisis qui sont suscités de Dieu selon les besoins du temps » (1).
Le clair génie des Grecs a compris la nécessité d'un intermédiaire entre l'âme et le corps. Pour expliquer l'union de l'âme immatérielle avec le corps terrestre, les philosophes de l'Hellade avaient reconnu l'existence d'une substance mixtf^ désignée sous le nom A'Ochema, qui lui servait d'enveloppe, et que les oracles appelaient le véMcule léger^ le corps lumineux, le char subtil, Hippocrate, eu parlant de ce qui meut la matière, dit que le mouvement est dû à une force immortelle, ignis, à laquelle il donne le nom ù'énormon ou corps fluidique.