ACTION DE LA VOLONTÉ SUR LE CORPS
dent, il ressentit un matin une vive douleur dans le bras, en même temps qu'il avait une grande soif. Il demanda un verre d'eau. « Au moment, dit-il, où j'allais porter le verre à mes lèvres, je ressentis à la gorge un spasme violent. Aussitôt mon esprit se remplit de la terrible conviction. que j'allais être atteint d'hydrophobie par suite de la morsure que le chat m'avait faite. L'angoisse que j'éprouvai pendant une heure est indescriptible ; l'idée d'une mort si terrible m'était presque intolérable. J*éprouva1 une douleur qui commença dans la main et gagna le coude, puis l'épaule, en menaçant de s'étendre encore. Je sentis que toute assistance humaine était inutile, et je crus qu'il me fallait mourir.
« À la fin, je me mis à réfléchir sur ma situation. Je me dis que je pouvais mourir ou ne pas mourir; que si je devais mourir, je subirais le sort que d'autres avaient subi, que subiront bien d'autres encore,xet qu'il me fallait l'aflFronter en hom'^ie; que si, d'un autre côté, il y avait quelque espoir de conserver la vie, une seule chance était de raflFermir mes résolutions, de braver le mal et d'exercer des efiorts énergiques sur mon esprit. Par conséquent, comprenant qu'il fallait de l'exercice à la fois intellectuel et physique, je pris mon fusil et partis pour la chasse, malgré la douleur dont mon bras ne cessait de souffrir.
« En somme, je ne rencontrai pas de gibier, mais Je marchai pendant toute Taprès-midi, exerçant, à chaque pas que je faisais, un effort d'esprit Hgoureuœ contre la maladie. En rentrant à la
492 DÉHONSTBATION EXPÉRIMBNTALB DB L^IMIIORTALITÉ
maison, j'étais réellement mieux; à dîner, je pus manger et boire de l'eau comme à l'ordinaire. Le lendemain matin, la douleur avait reculé jusqu'au coude; le surlendemain, elle recula jusqu'au poignet, le troisième jour, j'en étais débarrassé. Je parlai de ce fait au D*^ Kinglake, qui me dit qu'à son avis, j'avais eu certainement une attaque d'hydrophobie, qui eût pu devenir fatale, si je n'avais énergiquement réagi contre elle par un vigoureux eflort d'esprit > (1).
L'esprit a quelquefois besoin d'une force surnuméraire pour agir efficacement sur son corps. Dans l'hypnotisme, on peut considérer les injonctions impératives de l'opérateur comme le stimulant nécessaire. Nous rappellerons, pour mémoire, les expériences de M. Focachon (2) et de MM. Bourru et Burot.
Le pharmacien de Charmes applique sur l'épaule de son sujet des timbres-poste, maintenus par quelques bandes de diachylon et par une compresse; il lui suggère en même temps qu'on lui applique un vésicatoire, puis le sujet est gardé en surveillance» Vingt heures après, on enlève le pansement qui est resté intact : au-dessous, i'épiderme, épaissi et mortifié, présente une couleur bleu jaunâtre; cette région de la peau est entourée d'une zone de rougeur intense avec gonflement. Cet état fut constaté par MM. Liégeois, Berheim, Liebault, Beauàis. La suppuration eut lieu un peu plus tard.
Cette grave perturbation organique avait été
(1; Andrew Cross, Mémoires,
\ji) lieauni>>. ie boninanibuliante provoqué^ p. 45.
ACTIOIf DE LA YOLONTÉ SUR LB CORPS 433
causée par la volonté, agissant comme un élément matériel sur les tissus du corps. A la Salpétrière, M. Charcot et ses élèves ont souvent déterminé des brûlures par suggestion. Enfin, MM. Bourru et Burot (1) ont pu, à volonté, produire des stigmates sur le corps d'un sujet ; à une heure indiquée par les opérateurs, le sujet saignait aux endroits touchés par un stylet non pointu. Des lettres tracées sur sa chair se dessinaient en relief, d'un rouge vif, sur le fond pâle de lajpeau (2).
Ceci établit avec évidence que la volonté d'un opérateur peut modifier la matière du corps d'un sujet dans un sens favorable ou néfaste à l'individu, suivant la direction qu'on lui imprime.
Nous pourrions citer aussi le cas du célèbre Edward Irwing qui se guérit par la volonté d'une attaque de choléra pendant l'épidémie de 1832 (3).
Le pouvoir de la volonté s'exerce aussi sur les sensations. Hyacinthe Langlois, artiste distingué, intime ami de Talma. a raconté au D"" Brierre de Boismont que ce grand acteur lui avait rapporté que, lorsqu'il était en scène, il avait le pouvoir, par la force de sa volonté, de faire disparaître les vêtements de son nombreux et brillant auditoire, et de substituer à ces personnages vivants, autant de squelettes. Lorsque son imagination avait ainsi rempli la salle de ces singuliers spectateurs, l'émo-
(1) Bourru et Burot, la Suggestion mentale et V action à distance des Substances toxiques et médicamenteuses,
(2) Bourru et Burot, la Suggestion mentale et les Variations de personnalité, p. 120.
(3) The life of Edward îrwing, cité par Hack Tuke.
Au
tu
Hon qu'il en éprouvait donnait à son Jeu une telle force, qu'il en résultait souvent les effets les plus saisissants (1).
Ce fait n'est pas isolé ; Goethe pouvait avoir aussi des visions volontaires, et l'on sait que Newton était capable de se représenter, à volonté, l'image du soleil. Le IV Wigan mentionne une famille dont chaque membre avait la faculté, lorsqu'il le désirait, devoir mentalement l'image d'un objet et d'en faire, de mémoire, une peinture plus ou moins exacte.
Cette puissance de la volonté, qui agit dans le corps avec tant d'empire, lorsqu'on sait s'en servir, a aussi une action certaine ^ur d'autres organismes. Nous voulons l'établir expérimentalement.
ACTION OE hà. VOLONTt À DISTANOB.
L'influence de la volonté d'un hypnotiseur sur son sujet est un fait qui n'a plus besoin de démonstration aujourd'hui. La suggestion, dont les formes sont si variées, a mis hors de contesta l'action qu'exerce sur l'esprit d'un sujet sensible, un ordre formulé d'une voix impérative. Cet ordre se grave dans l'esprit du patient et peut lui faire exécuter tous les mouvements, donner toutes les hallucinations des sens, comme il peut troubler ses facultés intellectuelles et même les annihiler complètement, pour un temps déterminé. Les trai-
(1) BrieiTe d« Buiamoat, Ut iJaUucmaiùmt.
ACnON ]« LA TOLORTÉ À DISTAMCB
tés sur l'hypnotisme sont remplis d'exemples de ce genre d'actions volontaires. Ce que nous voulons montrer ici, et ce qui a été contesté assez souvent, c'est l'action, à distance, de la volonté ; les anciens magnétiseurs avaient révélé son existence, et, malgré leurs répugnances, Il faudra bien que les expérimentateurs modernes arrivent à la confesser. C'est d'ailleurs ce que font les plus sincères.
Voici deux faits, puisés à des seurces sûres, qui montrent, sans conteste, l'influence de la volonté s'exerçant en dehors des limites de l'organisme.
Dans son célèbre rapport à TAcadémie sur le magnétisme, le D' Husson relate ainsi le premier :
<x La Commission se réunit dans le cabinet de M. Bourdais, le 6 octobre, à midi, heure à laquelle M. Cazot (le sujet) y arriva. M. Foissac, le magnétiseur, avait été invité à s'y rendre à midi et demi ; il resta dans le salon à l'insu de Cazot, sans aucune communication avec nous. On alla cependant lui dire, par une porte dérobée, que Cazot était assis sur un canapé, éloigné de dix pieds d'une porte fermée, et que la Commission désirait qu'il l'endormît et l'éveillât à cette distance,lui restant dans le salon et Cazot dans le cabinet.
a A midi 37 minutes, pendant que Cazot est occupé à la conversation à laquelle nous nous livrons, ou qu'il examine les tableaux qui ornent le cabinet, M. Foissac, placé dans la pièce voisine^ commence à magnétiser ; nous remarquons qu'au bout de quatre minutes Cazot clignote légèrement des yeux, qu'il a un air inquiet, enfin qu'il s'en-
dort m w^i wiûutea . . • >
EXPËRIHENTALB DE L IMMORTALITE
ïsultatest bien net et hors de toute suspicion, produit devant des investigateurs peu crét possédant toute la compétence voulue pour aoncer en connaissance de cause. Cédons nant la parole à M. Pierre Janet, dont les s sur l'hypnotisme font autorité dans le savant (1).
1 peut endormir le sujet sans le toucher, commandement non exprimé, mais simplelensé devant lui, ou même loin de lui. Dana mvelle série d'expériences, dont le récit )as encore publié, après une assez longue ion du sujet, je suis parvenu à reproduire ême, à volonté, ce curieux phénomène.
as de suite, j'ai essayé d'endormir M."' B,.,, iz moi, en prenant toutes les précautions Lespourque lapersonne ne fût pas avertie de itention, et en variant chaque fois l'heure :périence, et toutes les fois M"' B... s'est aie du sommeil hypnotique, quelques miprès l'heure où j'avais commencé à y penser.
'ificationl de ce fait devait naturellement iuer une supposition nouvelle. Puisque la tion mentale pouvait endormir M"' B..., elle était à l'état de veille, la même suggesivait la faire passer d'une phase du sommeil ne autre .
âtait facile de le vérifier, M"" B... étant en
r, de M. Pierre Janet : l'Automatisme psychologique. !e que nous ciUiDs est emprunté à un article : les Phase* iiaiye* de l'Hypnutiisnte. Voir uu&jt les uxpOriouces du iPotetà rHôtel-Dieu,